Belgique / Médecines non conventionnelles et cancers

La Fondation contre le cancer lance une campagne d’information sur le recours aux médecines non conventionnelles et examine les conditions d’une utilisation sans risques de ces médecines. Le Dr Didier Vander Steichel, directeur scientifique et médical de la Fondation belge, confie qu’il s’agit d’une intitiative « courageuse et engagée ».
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Belgique / Vers la reconnaissance de 4 médecines non conventionnelles

Alors que la Commission de la Santé de la Chambre discutait de l’opportunité de reconnaître l’acupuncture, la chiropraxie, l’homéopathie et l’ostéopathie, des universitaires belges ainsi que l’association belge des syndicats médicaux (Absym) se sont prononcés contre toute reconnaissance et financement public de ces médecines non-conventionnelles.
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Commission d’enquête sur l’influence des mouvements sectaires dans le domaine de la santé

Lors de la réunion constitutive du 10 octobre 2012, Jacques Mézard, rapporteur de la Commission, avait souligné l’importance de s’interroger sur l’influence des mouvements sectaires dans le domaine de la santé : «le développement de pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique sans fondement scientifique ou encore de prises en charge psychologiques hors du cadre psycho-thérapeutique pose aujourd’hui une réelle question de santé publique encore mal connue, qu’il importe d’évaluer. Au-delà du risque pour la santé, toutes ces pratiques ne sont pas sectaires, mais elles sont une véritable porte d’entrée pour les mouvements sectaires.»

Les auditions ont démarré le mercredi 24 octobre 2012. La commission rendra son rapport en avril 2013.
 

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Dérives thérapeutiques et dérives sectaires : la santé en danger

M. Alain Milon, président. – Mes chers collègues, nous poursuivons les auditions de notre commission d’enquête sur l’influence des mouvements à caractère sectaire dans le domaine de la santé en rencontrant M. Jean-Pierre Jougla, ancien avocat et ancien avoué, coresponsable du diplôme universitaire « Emprise sectaire et processus de vulnérabilité » à la faculté de médecine de Paris V.

La commission d’enquête a souhaité que notre réunion d’aujourd’hui soit ouverte au public et à la presse ; un compte rendu en sera publié avec le rapport. Son enregistrement vidéo sera diffusé sur le site du Sénat.

Pour ceux qui n’auraient pas assisté à la précédente audition, j’attire l’attention du public ici présent qu’il est tenu d’assister à cette audition en silence. Toute personne qui troublerait les débats, par exemple en donnant des marques d’approbation ou d’improbation, sera exclue sur le champ.

Avec M. Jougla, nous recevons un autre acteur éminent de la vigilance sectaire. M. Jougla se consacre en effet aujourd’hui, à travers le diplôme universitaire qu’il contribue à diriger et animer, à la formation des professionnels de la santé et de la justice et des travailleurs sociaux appelés à intervenir auprès de victimes de sectes.

Je rappelle à l’attention de M. Jougla que notre commission d’enquête s’est constituée à l’initiative du groupe RDSE du Sénat. M. Jacques Mézard, auteur de la proposition de résolution qui se trouve à l’origine de la constitution de cette commission, en est le rapporteur.

Je vais maintenant, conformément à la procédure applicable aux commissions d’enquête, demander à M. Jougla de prêter serment.

Je rappelle pour la forme qu’un faux témoignage devant notre commission serait passible des peines prévues aux articles 434-13, 434-14 et 434-15 du code pénal.

Monsieur Jean-Pierre Jougla, veuillez prêter serment de dire toute la vérité, rien que la vérité, levez la main droite et dites : « Je le jure ».

M. Jean-Pierre Jougla. – Je le jure.

M. Alain Milon, président. – A la suite de votre exposé introductif, mon collègue Jacques Mézard, rapporteur, vous posera quelques questions puis les membres de la commission d’enquête vous solliciteront à leur tour.

Monsieur Jougla, vous avez la parole.

M. Jean-Pierre Jouglacoresponsable du diplôme universitaire « Emprise sectaire et processus de vulnérabilité » à la faculté de médecine de l’université Paris V. – Depuis les années 1960, essentiellement sous l’influence du mouvement « New Age », le monde occidental a vu éclore une multitude de théories et pratiques thérapeutiques qui se concrétisent de deux façons.

La première concerne l’élaboration de diagnostics fondés sur l’intuition, la perception d’énergies, le karma, l’utilisation d’une anatomie ésotérique révélatrice de « corps subtils » – corps éthérique, corps astral, corps causal – empruntés à un groupe de nature sectaire, la théosophie de Blavatsky et Besant au XIXsiècle.

Le principe consiste en un diagnostic de ces corps subtils, invisibles par hypothèse, partant du principe que le corps physique n’est rien et que la véritable thérapie qui doit se mettre en place doit porter sur ces corps éthériques, sur cette sorte d’anatomie invisible.

J’ai conscience de vous faire entrer ici dans un monde totalement irrationnel mais il s’agit de la réalité de ce que les gens vivent à l’intérieur des sectes ; si l’on ne saisit pas cette dimension irrationnelle, on ne peut comprendre comment l’emprise sur les gens qui vont entrer dans cette logique va se mettre en place…

J’ai beaucoup travaillé sur l’Ordre du Temple solaire (OTS) ; la plupart de ses 700 adeptes – dont soixante-quatorze sont morts à l’occasion de plusieurs suicides dirigés – sont entrés dans le groupe par le biais de conférences données par l’un des deux ou trois gourous, Luc Jouret, médecin homéopathe, étant en quelque sorte chargé du rôle de « commercial ».

A travers ses conférences sur les problèmes de santé, de bien-être, d’écologie avant l’heure, Luc Jouret attirait des adeptes auxquels il ne parlait pas de la mission du Temple solaire – sauver l’humanité – afin ne pas les faire fuir mais à qui il racontait comment prendre en charge leurs propres problèmes de santé grâce à des méthodes naturelles et comment assurer leur survie face à l’Apocalypse qui allait arriver, de façon à permettre au petit nombre d’élus qu’ils constituaient de reconstruire la planète.

Ces gens étaient pourtant tout à fait sains d’esprit et occupaient des fonctions enviables, comme le responsable des cigares Davidoff ou celui des montres Piaget qui ont non seulement laissé leur fortune mais également leur vie dans l’aventure du Temple solaire !

Le diagnostic débouche sur une pratique de soins, la plupart du temps fondés sur un transfert d’énergie manuel ou spirituel, selon que l’on a affaire à des groupes sectaires thérapeutiques de nature religieuse ou non – manipulations physiques, guérisons spirituelles par la prière, la concentration ou le transfert de formes pensées censées apporter une guérison des « corps subtils ».

Ces pratiques de soins sont très variables. Certaines sont héritées d’une vieille tradition alchimique basée sur la notion de la théorie des signatures de Paracelse selon laquelle on trouve dans la nature des médicaments à partir de la forme de la plante qui ressemble à la pathologie dont la personne est porteuse. Cela ne repose sur rien d’autre que sur une vision d’ordre magique qui était celle des XVe, XVIeet XVIIe siècles. Cela a donné lieu, entre autres, à la théorie de la médecine spagyrique.

Chacun, dans les années 1960, a pu trouver dans ces médecines prétendument nouvelles une forme d’originalité, une façon de vivre non conventionnelle, relayée à droite par la revue Planète et les théories de Pauwels et, à gauche, par les pratiques des « médecins aux pieds nus », à la mode à l’époque de Mao. Les médecins aux pieds nus étaient à la médecine ce que les hauts fourneaux individuels prônés par Mao étaient à l’aciérie, c’est-à-dire de la poudre de Perlimpinpin !

Ces dérives ont atteint un point culminant aux Philippines dans les années 1980 avec les « médecins aux mains nues », présentés comme réalisant des guérisons miraculeuses et qui opéraient les maladies les plus graves. J’ai personnellement connu un spécialiste du cancer de région parisienne, atteint lui-même de cette maladie, qui est allé se faire opérer par ces médecins qui n’étaient rien d’autres que des fumistes, des charlatans et des escrocs ! Ils faisaient croire qu’ils opéraient un patient en mettant les mains dans son corps et en en retirant des éléments qui n’étaient rien d’autre qu’un foie d’un poulet qu’ils avaient dissimulé pour réaliser leur tour de passe-passe !

A l’époque, cela a produit un scandale et l’on pouvait raisonnablement penser que ceci mettrait fin à toutes les pratiques médicales déviantes. Il n’en a rien été et l’on voit aujourd’hui des personnes qui prétendent guérir de maladies graves comme le faisait autrefois le roi pour les écrouelles !

Le week-end dernier, une « gourelle », qui a rang de déesse au niveau mondial, est venue à Toulon prendre dans ses bras des milliers de personnes, ainsi qu’elle le fait partout dans le monde, prétendant guérir les plaies des lépreux uniquement par l’étreinte, comme le roi guérissait les écrouelles ! Si, à l’époque, cette dernière vision superstitieuse a toujours prêté à sourire, de telles pratiques sont aujourd’hui prises au sérieux et prônées par des personnes cultivées, intellectuellement épanouies qui considèrent qu’il s’agit d’une panacée et que l’humanité doit s’imprégner de bonté. Je ne suis pas contre mais j’ai le sentiment que ces méthodes farfelues sont en train de se généraliser !

M. Vuilque disait tout à l’heure que la presse avait beaucoup oeuvré en faveur de la prise de conscience de la dangerosité du phénomène sectaire ; il faut aussi reconnaître que la presse oeuvre dans le sens de la démocratisation de ces méthodes thérapeutiques – que je qualifie personnellement d’illusoires !

Une des premières causes qui expliquent le succès de ces dérives en matière de santé réside dans le vide laissé par la médecine préventive, hygiénique ou pédagogique. Cela fait plusieurs années que je m’occupe de victimes de sectes ; j’ai vu mourir des dizaines de personnes prises en charge par ce type de soins – marcher pieds nus dans la rosée le matin, recevoir l’énergie transmise par un groupe de prières ou par l’imposition des mains. Des gens appartenant parfois au corps médical, pris dans leur propre pathologie, perdaient tout repère scientifique. Je me suis posé la question de savoir comment il pouvait se faire que ces personnes équilibrées et cultivées puissent céder à des chimères…

Une autre des causes du succès de ces thérapies déviantes vient du manque d’humanité que l’on rencontre fréquemment dans la relation entre médecin et patient. Pourquoi ? Le médecin de famille, il y a cinquante ou quatre-vingt ans, se distinguait précisément par son écoute, sa présence, son empathie ! Le médecin d’aujourd’hui, qu’il travaille de façon individuelle ou dans une structure – et peut-être surtout dans une structure – est pris sous la pression d’exigences productivistes, gestionnaires, normatives. Ceci ne lui laisse plus de place pour satisfaire le besoin narcissique du patient, aujourd’hui plus grand qu’il y a vingt ou trente ans. Le besoin narcissique n’est rien d’autre que ce besoin d’être pris en charge globalement, d’être au centre d’un processus ou même parfois simplement conforme à une mode. Il y aura des efforts à faire sur ce point dans le monde médical…

Je ne veux pas généraliser mais s’il existait une meilleure écoute et des réponses plus adéquates, les personnes auraient moins besoin de se tourner vers des charlatans dont la seule qualité est d’être des bonimenteurs et d’avoir cette empathie si nécessaire à chacun aujourd’hui.

Le patient qui utilise ces méthodes trouve un bénéfice immédiat dans le simple fait qu’en s’appropriant le pseudo-savoir – généralement simpliste, donc facile à assimiler – il prend en compte sa personne, s’intéresse à lui-même et trouve un outil qui donne un sens à sa vie. C’est en tout cas la réponse que m’ont donnée toutes les anciennes victimes de thérapies de ce genre. C’est ce que les sociologues appelleraient le « guérir par soi-même », qui vient remplacer le soin scientifique et qui constitue l’un des nouveaux paradigmes de la santé. On ne doit pas le négliger.

La troisième cause de succès vient du relativisme ambiant : tout se vaut, ce qui revient à dire que la médecine scientifique ne vaut pas plus que le chamanisme, par exemple, la médecine scientifique étant elle-même décrite par ceux qui la contestent comme pourvoyeuse de profit financier pour l’industrie pharmaceutique – quand elle n’est pas présentée comme toxique. Il existe malheureusement quelques exemples dont la presse s’empare, montrant parfois la toxicité de certains médicaments imprudemment mis sur le marché et faisant les choux gras de ceux qui contestent la médecine officielle.

Le relativisme rend donc les superstitions aussi valides que les sciences. La science va même être reléguée au rang de mythe et les critères de rationalité seront désormais présentés comme des contingences d’une culture relative. On tombera alors bien bas !

Présenter ces méthodes thérapeutiques illusoires comme supérieures à la médecine scientifique permet en pratique aux gens qui adhèrent à ces théories d’accéder à une dimension élitiste, créant la cohésion autour d’un maître à penser, à travers une doctrine.

A chaque fois que vous aurez affaire à des gens impliqués dans cette croyance, vous n’aurez plus accès à l’explication rationnelle et scientifique : ils sont totalement fermés à cet aspect des choses…

Chaque méthode thérapeutique illusoire devient une vérité absolue, fondée sur l’expérience individuelle et non plus sur l’expérience scientifique. Vous trouverez toujours des gens qui prétendront connaître un malade qui a guéri grâce à telle ou telle méthode. Nous avons tous connu des gens bien intentionnés qui nous ont conseillé de ne plus nous soigner et qui nous ont donné une adresse…

Une autre explication réside dans la complexification de la médecine scientifique. On est aujourd’hui en face d’une parcellisation du savoir médical qui interdit à chacun d’avoir une maîtrise globale de la connaissance. Les méthodes thérapeutiques illusoires détiennent une réponse, le holisme, qui consiste à prendre la maladie dans son ensemble et à apporter une réponse globale au malade. Cette globalité affirme que la dimension spirituelle, au sens religieux du terme, constitue à la fois la cause de la maladie et le processus de soins…

On trouve là des influences venues des Etats-Unis. Même dans le domaine de l’aide aux victimes d’attentats ou de prises d’otages, sujet sur lequel j’ai beaucoup travaillé, une des revendications du Nord de l’Europe est d’intégrer la dimension religieuse dans le soin, partant du principe que le patient ne retrouvera une santé globale qu’en se situant à nouveau dans cette globalité. Il ne s’agit de rien d’autre que de l’accès à la pensée magique…

J’ai beau avoir une longue expérience, je ne suis pas un « chasseur de sectes ». Je suis avant tout juriste, donc respectueux des opinions de chacun et des libertés fondamentales. Il n’est donc pas besoin que je précise que la démarche des patients – et parfois aussi de certains médecins – est sincère. M. Blisko vous a rappelé qu’un vieux rapport du Conseil national de l’Ordre des médecins estimait à 3 000 le nombre de médecins ayant des pratiques de nature sectaire. Ces médecins sont non seulement sincères mais aussi respectables et l’on peut parfois les comprendre, compte tenu de ce que je viens de dire.

Il ne faut toutefois pas perdre de vue que divers courants ont un intérêt financier à véhiculer de telles croyances et cherchent également à établir un pouvoir sur les autres. Je pourrais vous donner ainsi des exemples de lobbying que j’ai vécus de très près…

Les produits et les pratiques vendus par ces supports de méthodes thérapeutiques illusoires coûtent très cher et sont achetés à la place de médicaments éprouvés qui pourraient être remboursés. Il s’agit d’un danger qu’il convient de contenir : celui de voir peu à peu ces méthodes thérapeutiques illusoires remplacer des soins éprouvés. Certes, il s’agit d’une façon de désengorger le système mais on ne peut fermer les yeux sur le fait que des compagnies d’assurance proposent de rembourser certaines méthodes thérapeutiques illusoires, leur offrant ainsi une forme de reconnaissance.

Cette sincérité qu’on ne peut remettre en cause se solde bien souvent par le décès du patient suite à un manque de soins efficaces.

Le second danger qui me paraît directement lié à la dimension sectaire réside dans le fait que le patient est amené à s’enfermer dans la théorie qu’il a faite sienne et qui lui interdit toute perception objective du réel.

Je reprends l’exemple évoqué par Mme Picard lors de son audition devant votre commission d’enquête d’un jeune enfant mort de dénutrition, alors qu’on ne peut raisonnablement pas dire que les parents ont voulu sa mort.

Ces parents étaient adeptes d’une méthode qui n’était pas sectaire en soi mais autour de laquelle ils avaient constitué un groupe de nature sectaire, dans lequel ils enseignaient ladite méthode. Le médecin légiste qui a réalisé l’autopsie m’a dit que cet enfant paraissait sortir d’Auschwitz ! C’était un enfant du Biafra, avec des yeux et un ventre énormes qui pesait quatre ou cinq kilos à l’âge de seize mois. Sa mère avait établi qu’il était allergique à tout aliment sauf au lait maternel et ne le nourrissait qu’au sein. Etant elle-même végétalienne, son lait était certainement très appauvri.

Cet enfermement peut se comprendre : on a hypostasié la pensée et on nie le réel pour ne pas remettre en cause le bien-fondé de la pensée. Cependant, toutes les semaines circulaient dans la maison de ces parents un certain nombre d’élèves et de praticiens. Ceux-ci voyaient l’enfant et n’avaient pas la même prégnance par rapport à la théorie. Ils ont été incapables d’avoir une distance suffisante pour faire un signalement !

Pire : deux ou trois médecins ont suivi l’enfant. Ils se sont contentés de demander à la mère de le faire hospitaliser, sans veiller à ce qui pouvait se passer ! Je rencontre fréquemment des membres du corps médical totalement aveuglés pas la force de conviction de la personne sous l’emprise d’une théorie thérapeutique illusoire. Je n’arrive pas à le comprendre…

Je me souviens de cette jeune kinésithérapeute atteinte d’un cancer, uniquement soignée par la méthode d’Invitation à la Vie (IVI), qui consiste en une simple imposition des mains et en une prière collective. Son frère était médecin. Elle a réussi à convaincre tout le monde qu’elle était dans un processus de guérison grâce à la méthode qu’elle suivait ! Elle est morte assez rapidement, dans des souffrances démentielles, ayant jusqu’au bout refusé de se faire soigner à Montpellier, où des médecins et des spécialistes du cancer pouvaient la prendre en charge.

J’ai toujours rencontré cette sincérité et je n’ai jamais pu arriver à convaincre les gens qui s’étaient laissé entraîner dans de telles pratiques de prendre de la distance et de voir les choses en face.

Je ne sais ce que votre commission peut faire mais je crois surtout, étant profondément républicain et démocrate, que la seule réponse réside dans l’information et la formation. Il n’en existe pas d’autres. Il y a toutefois un gros travail à faire, tant la formation, sur le plan médical, est passée au deuxième degré !

Ces méthodes thérapeutiques illusoires concernent aussi bien les thérapies physiques que les thérapies de la psyché ou de l’âme, avec la notion de guérison spirituelle qui passe par la guérison des « corps subtils » ou par la dimension religieuse et la prière.

Je n’ai pas à me prononcer sur la validité de ces méthodes thérapeutiques illusoires – bien que l’appellation que j’emploie indique ma position. Il existe des structures qui devraient avoir vocation à donner leur expertise. Pourquoi la faculté ou les organismes de recherche gouvernementaux ne donnent-ils pas leur avis ? Il existe depuis trente ans un droit de la consommation pour les aliments que nous achetons et que nous consommons, et personne ne donne de label aux méthodes utilisées en la matière ou aux produits vendus ! Cela me dépasse !

Si je n’ai pas à me prononcer sur la validité de ces méthodes, je pense que beaucoup de choses pourraient être faites par les structures scientifiques, à condition qu’on leur en donne les moyens, non seulement en France mais également en Europe.

M. Vuilque évoquait le lobbying important des groupes sectaires. Je sais, pour l’avoir vécu, que la Scientologie a par exemple trois lobbyistes permanents au Conseil de l’Europe, qui entrent comme ils veulent dans des bureaux qui ne sont jamais fermés à clef et qui ont un contact direct et amical avec énormément de personnels de cette structure internationale. Le lobbying existe. C’est un des dangers, – me semble-t-il en tant que juriste – du phénomène sectaire.

Là où le lien social, le contrat social repose constitutionnellement sur des organismes comme le vôtre, censés faire la loi, en amont, à un niveau qui s’impose à la loi française, certaines choses ne relèvent plus du tout de la délégation démocratique mais de la pression lobbyiste. Il y a là quelque chose de profondément choquant : le phénomène sectaire fait partie de ce travail de lobbying.

Je suis juriste pour le compte de la fédération européenne des centres de recherche et d’information sur le sectarisme (Fecris). Lorsque la Fecris a été acceptée au Conseil de l’Europe en tant qu’organisation non gouvernementale (ONG), un recours a été formé par cinq députés, condition nécessaire pour ne pas accepter cette reconnaissance. J’ai déposé un mémoire pour défendre la position de la Fecris. Ce mémoire n’est jamais arrivé chez le destinataire ! Fort heureusement, je l’avais envoyé en recommandé et j’en détenais la preuve. On m’a donc donné un nouveau délai pour le déposer à nouveau. Je ne puis bien entendu accuser personne…

Une autre cause explique la montée de ces méthodes thérapeutiques illusoires. Il s’agit du lien de confiance avec le thérapeute. Le besoin de donner sa confiance aveuglément à celui qui se présente comme détenteur d’un savoir exclusif et élitiste – particularités des groupes de nature sectaire en matière de santé – entre déjà dans les composantes de la relation d’emprise de nature sectaire si l’on accepte le début de définition de ce qu’est une secte au sens de l’article 223-15-2 du code pénal, qui décrit l’adepte comme une personne en état de sujétion psychologique ou physique.

A partir de cet article, la définition peut devenir la suivante : « La secte est un mouvement portant atteinte aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales, qui abuse de l’état d’ignorance ou de la situation de faiblesse d’une personne en état de sujétion psychologique ou physique, créé, maintenu ou exploité, résultant de l’exercice de pressions graves ou réitérées ou de techniques propres à altérer son jugement pour conduire à un acte ou une abstention gravement préjudiciable ».

C’est ici que les groupes qui pratiquent les méthodes thérapeutiques que je qualifie d’illusoires peuvent présenter un danger de nature sectaire. Ne pas se soigner constitue bien, selon moi, une conséquence préjudiciable pour la personne qui ne guérira pas ou qui peut mourir !

Ce lien de confiance qui va se mettre en place entre patient et soignant est important et peut dériver vers une nature sectaire. Ce lien de confiance va de pair avec deux autres notions, d’une part l’autorité du soignant, d’autre part sa légitimité.

L’autorité relève de l’éthique médicale ; c’est un vieux débat : Hippocrate avait déjà posé le problème. Les médecins prêtent d’ailleurs toujours serment, donnant ainsi tout son sens à la notion de respect de la personne.

Le problème de l’autorité de celui qui a entre ses mains la vie et la mort du malade peut rapidement glisser vers un rapport de domination. Il est bien évident que le patient est dans une relation de confiance qui peut devenir une relation de soumission. Du fait de la confiance du patient, l’autorité de celui qui détient le savoir médical peut très vite, si la personne veut en abuser, dériver vers la domination et la soumission, qui constituent le rapport de sujétion décrit par l’article 223-15-2 du code pénal.

C’est ici que l’on trouve ce que la Miviludes appelle les « dérives sectaires ». Personnellement, je trouve cette terminologie dangereuse : elle sous-entend en effet qu’il existe des sectes qui ne dérivent pas. Or, toute secte est une dérive, ne serait-ce que par rapport à un fonctionnement démocratique !

L’autorité du soignant va de pair avec sa légitimité. A partir du XVIIe siècle, sous l’influence des Lumières, le paradigme scientifique est venu fonder la médecine moderne. Peu à peu, cette dimension scientifique a arraché la médecine à la sphère de l’intuition, de la magie, des recettes domestiques et des croyances religieuses, dans lesquelles la maladie pouvait incarner tantôt l’oeuvre du démon, tantôt la souffrance rédemptrice.

Ne vous trompez pas : les méthodes thérapeutiques illusoires que vous voyez aujourd’hui à l’oeuvre sous des aspects folkloriques, orientalistes ou autres nous ramènent à cet ancien paradigme !

Dans le même temps, la science moderne s’est efforcée de retirer la charge du soin au personnel religieux ainsi qu’aux lieux de soins privés appartenant aux organismes caritatifs pour donner la primeur à l’hôpital public et laïciser le soin. Cette dimension est essentielle dans le débat qui nous intéresse.

Depuis le début du dernier tiers du XXsiècle et l’expérience des totalitarismes, on assiste à une remise en cause de la légitimité du fondement scientifique comme si devait être oubliée l’exigence de l’« essai thérapeutique » reposant sur l’emploi du placebo et l’étude dite « prospective, randomisée et en double aveugle ». Les postulats vont ici remplacer les preuves.

Nous sommes aujourd’hui les témoins d’une remise en cause du fondement scientifique, fondement obligatoirement laïque de la médecine moderne, au profit de théories dépassées.

Ici réside le danger insidieux que représente le changement de paradigme prôné par les « conspirateurs du Verseau », comme les appelle Marilyn Ferguson, dont je vais dire ici quelques mots.

Abandon du fondement scientifique au profit de quoi ?

Sans verser dans la théorie du complot, on peut considérer qu’une entreprise de démolition des paradigmes de la modernité – aussi bien le paradigme scientifique de la médecine moderne que le paradigme du fondement démocratique du politique, que celui de l’enseignement et bien d’autres paradigmes participant du lien social – est poursuivie par les groupes sectaires contemporains, justement parce que chacune des très nombreuses sectes que l’on voit aujourd’hui éclore aspire à l’exercice de la domination et à l’exercice d’un pouvoir de nature politique non seulement en son sein – sur les adeptes – mais aussi autour d’elle, sur la société.

Combien voit-on éclore de nouvelles sectes ? Vous avez interrogé M. Vuilque sur le nombre d’enfants que comptent les sectes. Si on estime que les Témoins de Jéhovah appartiennent à un groupe sectaire, si l’on prend pour argent comptant le nombre de membres qu’ils revendiquent – environ 125 000 hommes et autant de femmes – et que chacun a un enfant, on explose le nombre d’enfants dont parlait le rapport de la commission présidée par M. Vuilque.

Les associations sur le terrain estiment qu’il existe environ 600 à 800 000 adeptes. Je pense qu’elles sont largement en-dessous de la réalité.

Pour éviter d’être taxé de « conspirationniste » ou de céder sans preuve à la théorie du complot, je m’appuierai sur les écrits de Marilyn Ferguson, oubliés à juste titre si l’on considère la médiocrité de leur forme qui, dans les années 1980, dans son livre intitulé The Aquarian Conspiracy ou La Conspiration du Verseau – traduite en français par le titre édulcoré Les Enfants du Verseau comme s’il pouvait être choquant qu’il existe des conspirateurs de cette théorie – décrivait ce qu’elle percevait comme l’émergence « New Age » d’un paradigme culturel global, annonciateur d’une ère nouvelle dans laquelle l’humanité parviendrait à réaliser une part importante de son potentiel physique, psychique ou spirituel. Dans le même temps, la Scientologie affirmait que l’homme n’utilisait que 20 % de son cerveau, reprenant une pseudo-citation d’Einstein et sous-entendant qu’elle était capable de donner accès aux 80 % laissés en jachère ! Dans le même temps, on faisait dire à André Malraux que le XXIsiècle serait religieux ou ne serait pas !

Marilyn Ferguson nous dit que la transformation récente de la médecine est une vitrine de la transformation de toutes nos institutions. Elle poursuit en décrivant la réalité d’aujourd’hui : « C’est là que nous pouvons voir ce qui se produit lorsque les consommateurs se mettent à retirer sa légitimité à une institution autoritaire ». Il s’agit ici de l’institution médicale. La Scientologie ne fait rien d’autre lorsqu’elle attaque la psychiatrie : elle reprend exactement les mêmes propos.

Et Marilyn Ferguson de continuer : « Nous pouvons apprécier le pouvoir d’une minorité quand il s’agit d’accélérer un changement de paradigme, le pouvoir des médias et des communications informelles pour modifier nos attentes et nos conceptions de la santé, l’avantage de la « politique aïkido » sur la confrontation ou la rhétorique, l’utilisation des sources nouvellement accessibles, les potentialités qu’offrent les psychotechniques et l’intérêt porté récemment à l’intuition, aux rapports humains et à l’écoute intérieure ».

C’est là le programme que posait Marilyn Ferguson dans les années 1980, réalisé sur toute la côte Ouest des Etats-Unis et dont on a vu des traces dès les années 1960 avec des mouvements hippies mais qui, aujourd’hui, sont peu à peu en train, sans en avoir l’air, de gagner toutes les consciences contemporaines !

Ce livre écrit en 1980 par une sociologue orientée et militante, qui se voulait une photographie des théories « New Age » expliquant les changements que devait entraîner obligatoirement le passage dans l’ère astrologique du Verseau, continue à inspirer aujourd’hui la plupart des groupes sectaires mais aussi les théoriciens négationnistes de la réalité sectaire qui n’ont certainement pas manqué d’écrire à votre commission d’enquête pour dire qu’il existait des personnes qui portaient atteinte aux libertés fondamentales. C’est fréquent…

C’est en me basant sur la notion centrale de changement de paradigme développée par Marilyn Ferguson que j’analyse les progrès de la délaïcisation des soins et le retour en force de la médecine archaïque.

Pour comprendre le retour de l’archaïque, il faut d’abord souligner que les mots utilisés pour parler de la santé et des sectes sont significatifs en eux-mêmes ; à notre insu, le paradigme « New Age » pénètrent nos propres conceptions.

Les termes que nous utilisons ne sont pas neutres et il faut y voir d’abord et avant tout l’expression d’un néolangage sectaire de combat. Je vous renvoie à 1984 de George Orwell, qui décrit un fonctionnement de mécanismes totalitaires immédiatement applicable au fonctionnement de groupes sectaires, en particulier la création d’une langue.

On utilise ainsi les termes de :

– « médecine alternative » ce qui laisse entendre que les méthodes non éprouvées auraient au moins la même valeur que la médecine scientifique ;

– « médecine complémentaire », sous-entendant que la médecine scientifique a besoin d’un complément et qu’elle est donc incomplète ;

– « médecine traditionnelle » : âyurvédique, chinoise, spagirique, druidique, chamanique ou autres, dont l’ancienneté serait une preuve de validité ;

– « médecine naturelle » qui renvoie la croyance rousseauiste de la bonté de la nature, la médecine éprouvée étant artificielle et toxique ;

– « médecine douce » à base de techniques non envahissantes qui laisse croire que l’allopathie serait agressive donc essentiellement dangereuse ;

– « médecine holistique » hypertrophiant le rôle de la psyché quand ce n’est du spirituel, ce qui laisse à penser que la médecine allopathique ne serait que parcellaire ;

– « médecine quantique » – par résonance ou non -, « vitaliste » et autres « médecines énergétiques ».

Parions sur l’arrivée prochaine d’une médecine nano-spirituelle !

Le simple fait d’utiliser ce vocabulaire dans le langage quotidien, sans se poser plus de question, démontre jusqu’où les paradigmes « New Age » ont pu pénétrer nos consciences de façon totalement insidieuse.

Après avoir éreinté sans appel possible et dans une perspective « manichéenne » la médecine allopathique et la chirurgie, qu’elle qualifie de « rationnelles » pour leur carence en humanité – la critique n’est donc pas nouvelle – Marilyn Ferguson s’embarque dans une explication exclusive de la maladie à partir du « conflit » dont le patient serait porteur, lequel conflit générerait la maladie, et de la force de la volonté individuelle qui peut guérir le patient. Vous avez entendu parler des théories de Ryke Hamer : il s’agit exactement de la même chose !

Pour Marilyn Ferguson, nous sommes des champs oscillants à l’intérieur de champs plus vastes… Cette logique de champs peut vous aider à comprendre comment un gourou est perçu par ses adeptes : il se présente comme un champ « plus vaste » pour que le champ « inférieur » – le champ des disciples – soit holistiquement absorbé.

C’est, sous l’angle d’approche de la vulnérabilité, le danger majeur dont les méthodes thérapeutiques illusoires sont porteuses pour l’individu : préparer des individus à tout accepter, au nom d’un changement de paradigme, celui de partager avec d’autres « conspirateurs » cette vérité supérieure qui les amène à la perte de toute distanciation et de tout esprit critique ainsi qu’à la soumission à un gourou détenteur d’un savoir exclusif qui fonde le pouvoir légitimant l’assujettissement.

J’en reviens au Temple solaire : soixante-quatorze personnes sont parties ; une dizaine a sûrement été assassinée pour avoir dévié de la doctrine et décrit ce qui était en train de se passer, ou pour avoir réclamé le remboursement de sommes avancées au gourou et dépensées par lui.

La plupart des personnes sont parties dans le cadre d’un suicide de groupe, à trois reprises. Vous voyez jusqu’où peut aller la mission de l’adepte. Il ressort des écrits internes du groupe que ces gens étaient persuadés que la vie sur terre était devenue impossible, celle-ci s’étant densifiée et trop matérialisée. Les « fermes de survie » créées dans plusieurs régions du globe étant insuffisantes pour sauver l’humanité, il fallait rallier une « ferme de survie » de repli, Sirius.

Partir sur Sirius, comment faire ? Seule l’âme de ces adeptes pouvait faire le voyage. Pour cela, il fallait un « combustible ». On enseignait aux adeptes que ce dernier serait tiré de la carbonisation des cellules du corps, transmutées par l’expérience vécue intérieurement en « carbone métachimique » : cela ne veut rien dire mais ils y ont cru !

La plupart des suicides se sont accompagnés d’un coup de feu tiré dans la tête par un 22 long rifle à un coup afin que l’âme sorte du corps, ce qui obligeait à chaque fois l’exécutant à recharger l’arme. La tête des adeptes était recouverte d’un sac plastique pour qu’ils ne voient pas ce qu’il advenait de leurs « frères et soeurs ». Il ne fallait pas dévier du but : Sirius ! C’est pourquoi un incendie a été provoqué à chaque fois, afin de carboniser les cellules et libérer l’énergie et entrer dans un processus d’aimantation, les âmes devant être aimantées pour partir dans un voyage de groupe jusqu’à Sirius.

Cette aimantation devait être si forte qu’elle pouvait aimanter toutes les âmes des non-adeptes suffisamment évolués pour aider le Temple solaire à continuer à oeuvrer sur Sirius.

Le délire interprétatif peut aller jusque-là, sans droguer les personnes ni les diminuer intellectuellement, en remplaçant seulement une vision du réel par un réel totalement fantasmé !

C’est sous cet angle de l’approche de la vulnérabilité que l’on peut comprendre que la secte est d’abord et avant tout une structure d’exercice du pouvoir au sein d’un milieu clos.

Les changements de paradigme prônés non seulement par les groupes issus du « New Age » mais également par tous les groupes qui ne relèvent pas de cette obédience vont passer par l’exercice de pouvoirs de nature littéralement étatique, et ce quelle que soit la taille de la secte : pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire.

En matière de pouvoir législatif, c’est le gourou qui génère la norme. La doctrine est le ciment du groupe. Les théories sur la santé constituent la plupart du temps une des composantes essentielles de la loi interne de la secte, qui légitime le pouvoir du gourou. Le gourou est celui qui sait ; on ne peut remettre en question ce qu’il dit. Il n’existe pas de fonctionnement démocratique dans l’élaboration de la loi à l’intérieur d’une secte et il ne viendrait à l’idée d’aucun adepte de remettre en question ce que dit le gourou.

Je ne retiendrai que trois ou quatre des attributs régaliens relatifs au pouvoir exécutif en matière de santé. Le premier est celui d’une langue propre. Poser le vocabulaire, c’est nommer les choses. Cela fait partie de l’enseignement. La secte thérapeutique va donc mettre en place un charabia pseudo-scientifique en matière de santé, que l’adepte s’épuise à essayer de comprendre. Tout le temps qu’il y passera le coupera de la pensée critique et le persuadera qu’il est supérieur au reste de la société.

Le système éducatif constitue une autre dimension régalienne. Il existe un enseignement en rapport avec la santé à l’intérieur de presque tous les groupes sectaires, ainsi qu’un système économique permettant de lever l’impôt et de faire travailler les gens. Un système économique propre est mis en place par tous les groupes travaillant sur la santé par le biais du paramédical et des livres qui vont avec. C’est une économie importante. Et il existe un système de santé privé qui délaïcise la santé, échappant à la science pour mieux obéir à une croyance.

Enfin, quelle place occupe le pouvoir judiciaire dans le domaine de la santé au sein des sectes ? La santé et la maladie vont être interprétées comme une punition pour avoir désobéi à la norme posée par le gourou ou pour avoir désobéi à un ordre supérieur.

Pour ce qui est des sectes guérisseuses, je vous renvoie au rapport de 1995, qui dressait une topologie des sectes.

Lorsque l’on est confronté à des sectes guérisseuses, la doctrine thérapeutique devient alors l’essentiel du fonctionnement du groupe et constitue la mission à laquelle les adeptes adhèrent.

La vérité révélée par le gourou devient alors la seule grille de compréhension du monde. C’est ici qu’une forme de fanatisme peut être rencontrée. L’adepte est persuadé que le savoir du gourou est la panacée et le réel objectif cède le pas à l’idéologie.

Par une sorte de renversement faustien le pouvoir chimérique de « redonner la vie » retire à la mort toute signification. Cette scotomisation du réel explique l’absence d’émotion du groupe à l’occasion du décès d’un patient, qui va non seulement être nié mais également recevoir de multiples interprétations de nature à créer la culpabilité chez ses proches : il n’a pas survécu parce qu’il n’a pas adhéré. S’il avait cru, il aurait guéri.

Il y a là une charge de culpabilité colossale pour les familles des disparus qui ont, à un moment ou un autre, partagé le cheminement du patient.

Dans le même temps, alors que la médecine scientifique est présentée comme le lieu de tous les échecs, les issues fatales causées par le soin du thérapeute illusionniste sont réduites à l’expression d’un prétendu refus de guérir du patient.

Ce sont les sectes guérisseuses qui constituent depuis une quinzaine d’années l’essentiel des sectes contemporaines. Pour la plupart, elles se constituent autour d’un « soignant » qui utilise une des nombreuses méthodes thérapeutiques illusoires du nouveau marché du soin mais, parfois, le « soignant » construit sa propre méthode à partir de divers emprunts aboutissant à un syncrétisme de bazar.

La forme sectaire apparaît dès lors qu’autour du soignant, un groupe se crée, fédéré par une doctrine et caractérisé par le rapport d’autorité soumission que j’évoquais au début de cet exposé.

La plupart du temps, on ne peut connaître l’existence d’un groupe sectaire guérisseur qu’à la suite de plaintes de victimes, plus exactement de saisines par ces victimes des associations de terrain ou de la Miviludes, ou plus souvent encore à l’occasion d’une prise en charge thérapeutique, sociale ou juridique. C’est très souvent lors de la gestion professionnelle du problème de la victime qu’apparaît la réalité du lien d’emprise sectaire.

C’est en partant de ce constat qu’il nous est apparu nécessaire de former les professionnels au diagnostic de l’emprise et à la prise en charge de la victime. C’est ainsi qu’est né le diplôme de troisième cycle sur l’emprise sectaire, d’abord à la faculté de médecine de Lyon, il y a une dizaine d’années puis aujourd’hui, à la faculté de médecine Paris V – René Descartes.

Face à la spécificité de l’emprise sectaire, on pourrait envisager de mettre en place une spécialité en matière d’expertise.

Dans les dossiers que j’ai à suivre, je me suis rendu compte que l’irrationnel auquel on pouvait avoir affaire dépassait de très loin ce que les juristes sont capables d’accepter. Une particularité du juriste est d’avoir été formé à la théorie du consentement éclairé. Pour lui, tout ce qui se passe dans les rapports entre individus relève de cette dimension rationnelle. Le juriste ne peut accepter que le lien qui se met en place relève d’autre chose.

Influence des sectes dans le domaine de la santé, lobbying, instrumentalisation des institutions, banalisation des propos, confusion, intoxication : l’archaïsme est en train de revenir en force au coeur des théories et des pratiques.

Au-delà, les enjeux de santé s’inscrivent dans une forme de régression sociale. Ces méthodes thérapeutiques illusoires font échapper la santé à la sécularisation, à la laïcisation du soin qu’avait permis la science. Plus le monde de la santé aura de difficultés à vivre du fait du manque de moyens, plus on aura tendance à accepter de se défausser sur ce que les Anglo-Saxons appellent les « organismes de charité ».

Les XVIIIe et XIXe siècles avaient vu le passage de « l’Hôtel-Dieu » à « l’Hôpital public ». L’héritage des Lumières a permis l’essor de la médecine scientifique occidentale. Le XXIe siècle risque de générer le glissement de « l’Hôpital public » à « l’autel des gourous ». Les Lumières seraient alors éteintes par l’obscurantisme sectaire que les méthodes thérapeutiques illusoires contribuent à diffuser auprès d’un public avide et de plus en plus influençable !

Mme Gisèle Printz, présidente. – La parole est au rapporteur…

M. Jacques Mézard, rapporteur. – Qu’est-ce qui vous a amené à vous pencher de manière aussi complète sur ces problèmes ?

M. Jean-Pierre Jougla. – En premier lieu, ma formation de juriste de droit public. Au début de mon activité d’avocat, le hasard a fait que je me suis occupé de divorces de personnes se trouvant dans des sectes ou qui en étaient sorties. En tant qu’avocat, j’ai donc défendu des adeptes qui possédaient une conviction. Or, je me suis alors rendu compte que ce que l’adepte considérait comme l’expression d’une liberté était en fait décrit par celui qui en était sorti comme un enfermement.

En tant que juriste de droit public, ces notions de liberté fondamentale étaient pour moi centrales. C’est pourquoi je continue à mener une réflexion sur ce sujet, estimant que le phénomène sectaire contemporain – qui n’a rien à voir avec le phénomène sectaire religieux du XIXe siècle sur lequel Max Weber avait travaillé – constitue avant tout une atteinte à une liberté fondamentale et tente de renverser l’essentiel du socle de la démocratie, basé sur le respect des droits individuels.

M. Jacques Mézard, rapporteur. – Dans quelles conditions avez-vous été amené à assister au décès de victimes ?

M. Jean-Pierre Jougla. – Travaillant sur les sectes, je suis fréquemment contacté, dans le cadre associatif mais également à titre individuel, pour essayer de trouver des solutions.

Je me souviendrai toute ma vie d’un adepte d’un groupe sectaire pour lequel il fallait à tout prix se purifier. La purification du corps, qui est le temple de l’âme comme chacun le sait, passait par des mauvais traitements que la personne s’imposait, se privant totalement de nourriture. J’avais contacté un médecin qui connaissait ce patient, lui-même membre du groupe sectaire. Il m’a assuré que tout était sous contrôle : trois jours après, le patient mourait !

J’ai également vu plusieurs personnes atteintes de cancer mourir d’absence de soins, avec des interprétations complètement farfelues : une main qui pèse cinq ou sept kilos, gonflée par la prolifération de cellules cancéreuses, va tomber : c’est un processus de guérison ! Elle repoussera ! Des gens ont cru ce genre de choses ! A chaque fois, l’irrationnel prend le pas sur le raisonnement et sur le bon sens même…

M. Jacques Mézard, rapporteur. – Il existe des pratiques dites non conventionnelles dont certaines ne paraissent pas dangereuses et d’autres qui aboutissent à ce que vous venez de décrire. Quels sont selon vous les pratiques les plus dangereuses ?

M. Jean-Pierre Jougla. – Je me suis toujours refusé à entrer dans une classification. Ce n’est pas la pratique qui est importante mais le lien de sujétion qui est gravissime. Au-delà de l’issue plus ou moins regrettable d’une thérapie, il y a surtout la désocialisation de la personne, en ce sens que celle qui est enfermée dans une croyance aussi prégnante que celle dont nous parlons perd sa dimension de citoyen. C’est une autre façon de répondre à la première question que vous posiez : ce qui est important dans une société, c’est le contrat qui nous lie, ce sont les paradigmes sur lesquels nos sociétés reposent.

J’ai essayé de vous convaincre que l’aventure des groupes thérapeutiques illusoires se basait essentiellement sur une remise en cause des paradigmes qui nous fondent. Le système de soins va la plupart du temps avec une vision politique théocratique et créationniste, toutes choses que la science avait reléguées dans le placard de l’histoire et qui remontent aujourd’hui. On peut le croiser avec le phénomène des minorités, avec celui des fanatismes : il y a autour de la santé un enjeu plus dangereux que les conséquences que le défaut de soins peut avoir…

M. Jacques Mézard, rapporteur. – Le diplôme universitaire dont vous vous occupez relève d’une faculté de médecine. Vous nous avez rappelé qu’une estimation ancienne considérait plus de 3 000 médecins comme déviants.

Comment expliquez-vous ce processus par lequel des praticiens formés dans nos facultés de médecine – certains aussi à l’étranger – arrivent à sortir du système dans lequel ils ont étudié pour recourir à des méthodes dont on connaît l’absence d’effets ou le danger ? On trouve aujourd’hui sur Internet des personnes se prétendant médecins et donnant des références qui tiennent des propos particulièrement inquiétants…

M. Jean-Pierre Jougla. – Je ne prétends pas avoir l’explication globale mais j’ai souvent discuté avec des médecins qui prônent ces méthodes. Ce qui me frappe, c’est leur besoin d’explication globale que la science ne leur donne plus. Quand un généraliste fait un diagnostic, il demande des examens dont la technicité lui échappe totalement. Une forme de frustration tout à fait normale va découler de cet abandon du savoir. Un certain nombre d’entre eux vont trouver la réponse dont ils ont besoin dans une dimension qui a toujours été présente, celle de la pensée magique. Curieusement, même une personne possédant une formation scientifique peut être submergée par cette dimension.

Ceci est très certainement lié à l’affectif. On reproche la plupart du temps à la médecine une certaine déshumanisation mais on peut constater que la dimension affective demeure chez le médecin. Celle-ci trouve une satisfaction dans la réponse holistique. Je suis capable de donner une réponse au mal dont souffre le patient, même si cette réponse est totalement illusoire. Cela satisfait le besoin affectif du praticien.

Cela peut apparaître simpliste mais c’est ce que j’ai ressenti après avoir discuté à plusieurs reprises avec des médecins pratiquant ces méthodes, abandonnant complètement le savoir qu’ils pouvaient avoir acquis antérieurement !

La plupart du temps, les médecins qui ont recours à ces méthodes thérapeutiques illusoires n’ont aucune idée de l’origine de celles-ci ni aucune connaissance des théories sur le vitalisme ou sur les pratiques alchimiques du XVIe ou XVIIe siècle qui ont participé à l’apparition de la science moderne mais qui ont été totalement dépassées. Ils continuent à prendre ces théories au pied de la lettre, sans avoir une connaissance historique de ce qui a pu se dérouler.

M. Jacques Mézard, rapporteur. – Ce qui est frappant dans un certain nombre de petites structures, c’est le but financier de ce charlatanisme !

M. Jean-Pierre Jougla. – Je n’insiste jamais sur ce point. Bien sûr, certaines victimes ont parfois été escroquées et délestées de sommes très importantes mais, lors de nos échanges, elles me disent que c’est accessoire, qu’elles peuvent se refaire une santé financière. Mais elles ne revivront jamais la période de leur vie qui a été mise entre parenthèses, les laissant parfois pendant des années coupées de la vie réelle et de leur environnement familial. Leurs parents ont même pu mourir sans qu’elles aient repris contact. C’est là le manque majeur.

La démarche judiciaire recherche toujours les abus sous l’angle financier ou sexuel mais ne s’intéresse pas suffisamment à l’abus de pouvoir, qui constitue une maltraitance psychologique. Il est difficile de prendre la mesure de ces maltraitances. On a besoin de concret…

M. Jacques Mézard, rapporteur. – Il est intéressant de connaître votre réponse par rapport aux questions que nous pouvons nous poser à partir d’exemples que nous connaissons…

M. Jean-Pierre Jougla. – Je suis habitué à ce genre de « fausse route » : dans le monde de la justice, c’est quasiment systématique.

M. Jacques Mézard, rapporteur. – Le reliez-vous aux attaques de certains groupes contre la psychiatrie ? Comment s’expliquent-elles ?

M. Jean-Pierre Jougla. – Vous faites essentiellement allusion à la Scientologie, maître d’oeuvre des attaques contre la psychiatrie. Il faut en chercher les raisons dans les pathologies de Ron Hubbard lui-même. Il suffit de le lire pour comprendre de quoi il s’agit….

Ce qui m’étonne, c’est de voir que, cinquante ans après, on continue à prendre ses critiques au pied de la lettre – camisole de force, électrochocs… techniques aujourd’hui totalement abandonnées mais toujours considérées par les adeptes comme d’actualité !

M. Jacques Mézard, rapporteur. – Avez-vous beaucoup d’étudiants ? Comment voyez-vous le développement du diplôme ? Il paraîtrait intéressant qu’on s’en inspire dans nombre de facultés de médecine…

M. Jean-Pierre Jougla. – Le nombre d’étudiants est relativement modeste. Je ne pense pas qu’ils soient trop nombreux. A l’heure actuelle, les étudiants doivent être une quinzaine, ce qui est un succès relatif pour un diplôme universitaire de troisième cycle.

M. Jacques Mézard, rapporteur. – Ma question a pour but de voir s’il serait selon vous utile de développer une information de base dans le cadre de la formation médicale, notre commission d’enquête concernant les dérives dans le domaine de la santé.

M. Jean-Pierre Jougla. – Il serait important de délivrer une formation dans les universités en direction des médecins sur les dérapages auxquels ils peuvent être confrontés, ne serait-ce que pour qu’ils s’en rendent compte lors de la prise en charge d’un patient et puissent agir en conséquence.

Cette formation est dupliquée dans divers secteurs. M. Vuilque a évoqué la formation de l’Ecole nationale de la magistrature (ENM) ; elle est relativement modeste et regroupe bon an mal an quatre-vingts à cent personnes – soixante magistrats, vingt policiers. C’est une goutte d’eau dans l’océan judiciaire !

Mme Muguette Dini. – Vous avez affirmé que les magistrats et la justice prenaient peu en compte la dépendance psychologique des adeptes.

Ceci peut être rapproché des violences conjugales – qui ne sont pas obligatoirement physiques mais aussi psychologiques. Au Canada, on estime que dans les couples, 30 % des conjoints sont des pervers manipulateurs. Comment sensibiliser la magistrature à cette violence psychologique qui s’exerce à la fois au sein des couples mais aussi des sectes – phénomène qui me paraît très proche ?

M. Jean-Pierre Jougla. – Nous demandons, dans le cadre du diplôme universitaire, à des victimes de venir témoigner pour que les étudiants, qui sont des professionnels, entendent la parole d’une victime, ce qu’ils n’avaient pas eu l’occasion d’entendre jusque-là.

Pour ce qui est de l’ENM, je leur apporte des écrits internes de sectes ou gourous pour bien leur faire comprendre l’enjeu dont il s’agit, le pari étant de les faire entrer dans une logique de nature sectaire. Lorsqu’un parent divorce et qu’il a connu le fonctionnement du groupe sectaire, il sait profondément qu’il va être question d’un projet de société. Le groupe sectaire peut fort bien avoir décidé que l’enfant du groupe est un enfant de la cinquième race – celle du Verseau – promis à un avenir extraordinaire, avec la désocialisation qui va de pair. Celui qui demeure dans le groupe sectaire a la sincère conviction que le mieux pour l’enfant est de lui faire vivre ce projet. Il s’agit là d’un conflit dans le projet éducatif, lourd de conséquences pour l’enfant.

Arriver à faire comprendre à un avocat – mais aussi à un magistrat – ce dont il est question dans un bref laps de temps n’est pas évident. Personnellement, lorsque je suis amené à dispenser ce genre de formation à l’ENM, j’essaie de partir de cas concrets, afin de bien établir les enjeux. Je mène de quasi-jeux de rôle qui mettent en scène le père et la mère de l’enfant, en interprétant le rôle du gourou. J’explique que, dans une incarnation passée, à l’époque égyptienne, l’enfant était en réalité celui de deux autres adeptes qui lui avaient fait faire un bon extraordinaire dans sa progression intérieure. Pour que celle-ci puisse continuer après plusieurs siècles d’interruption, la chance nous ayant réunis dans le même groupe, il faut confier l’enfant à ses deux parents extraordinaires de l’époque égyptienne. Les parents biologiques vont donc accepter d’abandonner l’enfant à l’éducation de deux autres personnes…

Tout va bien tant que cela fonctionne. Mais le jour où l’un des deux parents biologiques divorce ou se retire du groupe et qu’il explique la théorie de l’enfant égyptien à un juge, c’est lui qui va passer pour fou ! Il faut arriver à passer au-dessus du diagnostic pathologique que le magistrat va opérer automatiquement pour entrer dans la réalité du groupe sectaire. Il convient donc d’en connaître la spécificité et le contenu de la doctrine. Cela signifie que l’on se heurte à des écrits abscons. On ne peut demander cela à un magistrat. Il faut donc désigner un expert et avoir la connaissance suffisante pour expliquer les choses clairement à quelqu’un qui aura à trancher. Ce n’est pas facile…

Mme Hélène Lipietz. – Je suis également avocate en droit public et j’ai souvent rencontré des patients qui remettaient en cause non des dérives sectaires de l’hôpital – quoi qu’on puisse se demander s’il n’en existe pas en cas d’acharnement thérapeutique – mais surtout le fait que les médecins ne savent pas répondre à leur angoisse, cette absence était considérée comme une faute médicale. On m’a souvent demandé ce que l’on pouvait faire pour mettre en cause la responsabilité des médecins.

Pensez-vous que la formation initiale des médecins puisse éviter que certaines personnes ne se tournent vers les méthodes thérapeutiques illusoires ? Une formation plus littéraire des médecins, tournée vers davantage de psychologie, ne constituerait-elle pas un moyen de lutter contre les dérives sectaires ?

M. Jean-Pierre Jougla. – Je le pense. Je ne sais quelles formes cela peut revêtir mais il est vrai que les humanités donnaient des réponses que la science peine à trouver.

Il faut un équilibre entre les deux. On ne peut être médecin sans formation scientifique. C’est le cas dans tous les domaines. Dans le milieu judiciaire, s’il n’y a pas d’empathie avec le client, il manque quelque chose à la dimension pédagogique que tout juriste doit posséder pour expliquer que le conflit entre deux parties est une façon de détruire le lien social fondé sur la raison. La passion vient alors aveugler la raison. Le travail du juriste consiste à apporter un éclairage ; le travail du médecin devrait être également celui-là.

On se heurte toutefois aux exigences de la productivité et le temps nécessaire à ce genre de pédagogie devient rare. Il faudrait changer beaucoup de choses dans la société !

Mme Muguette Dini. – Il s’agit aussi d’un manque dans la formation. Certains médecins possèdent une empathie naturelle, d’autres non mais à aucun moment on ne cherche à l’expliquer. Peut-être conviendrait-il de créer une méthode…

C’est un problème pour tous les métiers directement liés à l’humain – enseignants, magistrats, avocats, médecins – de ne pas savoir écouter ou faire preuve d’empathie.

M. Jacques Mézard, rapporteur. – On ne le peut pas toujours. J’ai également de nombreuses années de pratique en tant qu’avocat. Il est parfois difficile de faire preuve d’empathie ou de sympathie !

On constate cependant que, dans nos sociétés occidentales d’Europe du Nord, la durée de vie s’est allongée et continue à progresser grâce aux progrès scientifiques ! Or, d’aucuns prônent un certain retour à la nature, l’action de l’homme étant selon eux néfaste. C’est une relative contradiction qui doit être relevée…

M. Jean-Pierre Jougla. – Je partage votre sentiment. J’ai fréquemment constaté que les gens qui prêchent une méthode naturelle, confrontés à la maladie, ont fréquemment recours à la médecine scientifique…

M. Jacques Mézard, rapporteur. – Heureusement ! Il en va d’ailleurs de même dans bien d’autres domaines…

Mme Gisèle Printz, présidente. – Tous ceux qui recourent à des gourous ont besoin qu’on les écoute et qu’on les aime. Ils ne trouvent souvent personne à qui parler, personne auprès de qui s’épancher. Or, les gourous les écoutent et leur portent une certaine attention…

M. Jean-Pierre Jougla. – Vous venez de donner la réponse à une question qu’on me pose souvent : existe-t-il un profil type de l’adepte ? Tout le monde est concerné : nous avons tous besoin d’être écoutés et aimés !

C’est pour cela que la démarche de toute emprise sectaire commence toujours par un « bombardement d’amour ». On donne le sentiment à l’adepte d’être entré dans une vraie famille, d’être enfin compris et estimé à sa juste valeur, alors que personne, dans sa propre famille biologique, n’avait jusqu’alors été capable de reconnaître !