La figure de proue du complotisme suisse accusé de violence par trois de ses enfants

Trois des onze enfants d’Ivo Sasek1 ont révélé, dans un documentaire en deux parties diffusées sur la chaîne Suisse SRF, avoir subi pendant de nombreuses années des châtiments corporels et des maltraitances psychologiques.

Fondateur du groupe chrétien Organische Christus-Generation (Génération du Christ Organique), Ivo Sasek est surtout connu pour être à l’origine de la chaîne complotiste Kla Tv, une référence dans le milieu.

Appartenant au milieu de la droite conservatrice, l’homme entend lutter contre la corruption des politiciens et les mensonges des médias. Pour lui et ses 2000 disciples, tout le monde est sous le joug de Satan.

Dans ses vidéos, il a toujours donné l’image d’une famille harmonieuse. Pourtant trois de ses fils qui ont fui le groupe donnent une tout autre image de leur vie hors caméra.

L’aîné Simon raconte les châtiments corporels qu’il a subis dès l’âge de deux ans. Son éducation est aussi passée par la lecture de Mein Kampf considéré par son père comme venant juste après la Bible. Il lui a fallu beaucoup de temps pour comprendre que cela n’était pas normal, mais quand il a questionné ses parents ceux-ci ont mis ses interrogations sur le compte « de forces démoniaques qui se seraient emparées de lui ». Pour les chasser il raconte avoir été frappé par toute sa famille.

A bout, en 2016 il quitte le groupe. Et depuis, tous les membres du groupe, même ses proches, ont rompu avec lui car Ivo Sasek interdit d’avoir des relations avec ceux qui s’en vont. Après le départ de son fils il a enjoint les membres de sa communauté à ne « plus être en contact avec Simon pas même par un seul cheveu, car à chaque contact, le levain de la mort, du mensonge et de la destruction commence à faire des ravages.»

Simon et ses frères n’ont pas été les seuls à souffrir dans le groupe. Hanna B, une ancienne membre, a elle aussi été maltraitée par ses parents. Comme Simon elle a été reniée par sa famille et le groupe lorsqu’elle en est partie à l’âge de seize ans. Selon eux, elle aurait été sous l’emprise de Satan. Cependant, depuis son départ, sa mère et ses trois sœurs seraient elles aussi parties. Interrogée dans le documentaire, sa mère a confirmé les maltraitances sur sa fille et les regrette amèrement. 

(Source : Blick, 22.04.2022)

  1. Pour en savoir plus sur Ivo Sasek lire sur le site de l’Unadfi : L’ésotérisme new age cheval de Troie de l’extrême droite ? https://www.unadfi.org/actualites/groupes-et-mouvances/lesoterisme-new-age-cheval-de-troie-de-lextreme-droite

Violences conjugales au sein d’un couple Témoins de Jéhovah  

Un homme handicapé a été condamné à six mois de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Compiègne (60) pour avoir frappé sa femme atteinte de sclérose en plaque. Il a aussi été condamné à l’indemniser de 750 euros pour préjudice moral et à une interdiction de voir son épouse.

Le couple qui s’est rencontré au sein d’une congrégation Témoins de Jéhovah en 2017 avait décidé de s’unir pour se soutenir mutuellement. Mais deux semaines après leur mariage l’homme a commencé à infliger des coups à son épouse qui lui lisait des versets bibliques pour l’apaiser sans y parvenir. 

Les violences se sont poursuivies jusqu’au 14 février 2022. À la suite d’une nouvelle scène de violence la femme décide de porter plainte.

Selon Le Courrier Picard qui relate l’affaire, les amis, la famille, tous étaient au courant des violences conjugales. Mais « chez les témoins de Jéhovah, seul l’adultère est un motif autorisé pour divorcer. Les coups ne comptent pas ».

Finalement l’homme n’a pas été condamné pour l’épisode du 14 février, mais pour les faits de violences habituelles.   

(Source : Le Courrier Picard, 26.04.2022)

Arrestation du leader

Eligio Bishop, chef du groupe Carbon Nation, a été arrêté et a comparu pour la première fois devant un juge dans le courant du mois d’Avril 2022. Il est accusé de viol, de séquestration et d’envoi de messages à caractère sexuel explicite. Le juge n’a pas souhaité établir une caution.

Les faits reprochés au leader émanent d’une ex-adepte qui après avoir fui le groupe a raconté à la police comment il maltraitait les femmes. Il aurait posté des vidéos à caractère sexuel d’elle et de lui sur les réseaux sociaux sans son consentement. Cette première plainte a permis l’ouverture d’une enquête, les témoignages d’autres ex-adeptes aboutissant à l’arrestation de Bishop.

Selon les témoignages d’ex-adeptes, Carbon Nation a débuté comme un mouvement de contre-culture noire mais s’est progressivement transformé en quelques chose de totalement différent.  Le groupe a changé quand il a commencé à tourner davantage autour du leader dont le surnom est passé de « Natureboy » à « 3God ». Les membres subissent alors une importante violence mentale, verbale et physique notamment les femmes. Les critiques montrent aussi que les adeptes qui choisissent de vivre avec le groupe doivent remettre leur argent et leurs biens et ont interdiction de quitter le groupe. Les membres de la communauté n’étaient pas forcément nombreux, mais le leader était très suivi sur les médias sociaux.

Fondé aux Etats-Unis, le groupe a tenté de migrer en Amérique centrale ou en Amérique du Sud dans le but de créer une communauté idéale. Il avait été expulsé du Costa Rica, du Nicaragua et du Panama. En 2020, Eligio Bishop et plusieurs membres du mouvement ont été arrêtés à Hawaï, pour avoir violé la politique sanitaire, et renvoyés en Californie. Les adeptes déclarent suivre un régime végétalien. Les objectifs du groupe sont d’enseigner sur différents sujets dont la religion et la sexualité et d’aider l’humanité notamment en guérissant les hommes et les femmes noirs de leur traumatisme.

La police continue son enquête afin d’éclaircir les faits. Les membres encore présents dans le groupe soutiennent le gourou et déclarent que les accusations sont fausses, n’hésitant pas à vanter les qualités du leader et ils assurent que tout ce qui se passe sexuellement dans le groupe est fait par consentement. 

(Sources : Fox 5 Atlanta, 15.04.2022 & 11Alive, 20.04.2022)

Travail dissimulé, châtiments corporels sur les enfants, culture de la surveillance : des ex-membres de la secte des Douze Tribus témoignent

Le nom de la communauté des Douze Tribus (The Twelve Tribes) s’est retrouvé placardé dans la presse du Colorado au début de l’année 2022 après qu’un incendie destructeur s’est déclaré le 30 décembre 2021. Le feu s’est étendu sur 2500 hectares, brûlant sur son passage habitations, bâtiments et forêts.  L’enquête n’a pas encore permis d’en identifier la source, mais les soupçons pèsent sur une cabane qui a pris feu dans l’enceinte d’un camp où est installée la communauté des Douze Tribus. D’anciens membres ont saisi cette occasion pour parler de leur expérience dans les médias. Le Denver Post, un quotidien du Colorado, publie ce mois de mars une longue série de témoignages.

« Ils se comportent comme s’ils étaient complètement séparés du monde, mais ils ont les mêmes préoccupations. Ils veulent l’argent du monde. Au fond, il n’est vraiment question que d’argent » raconte Frank W, un homme de 64 ans récemment renvoyé du groupe. Il raconte avoir approché le groupe au plus bas de la crise de la cinquantaine qu’il traversait. Il a ensuite effectué pour le compte du groupe divers travaux à travers tout le pays. Il pouvait travailler jusqu’à douze heures par jour. Jamais il n’a été rémunéré. Un autre ex-membre confie avoir commencé à travailler dans une usine à l’âge de 13 ans. Ses journées : réunion d’adoration à 6h, puis départ pour l’usine jusqu’à 17h. Seconde réunion d’adoration à 18h, puis retour au travail d’environ 19h30 à 22h. « Nous arrêtions l’école à douze ou treize ans, et c’était le cas pour presque tout le monde » raconte-t-il.

Un autre, né dans le groupe et parti à 19 ans, confie pour sa part avoir commencé à travailler dans les boulangeries et restaurants du groupe à l’âge de 7 ans. « L’école pour les enfants n’était pas une véritable priorité. Ils encourageaient tous les enfants à aller au travail. L’accent était mis sur ça. »

Dans la droite ligne de la culture patriarcale défendue par les enseignements de la secte, les garçons allaient travailler à l’extérieur de la communauté, quand les filles restaient travailler dans l’enceinte du camp. Alina Anderson, une ex-membre née dans le groupe et qui en est partie à l’âge de 14 ans déclare avoir été renvoyée du groupe d’élèves scolarisés sur place à son onzième anniversaire. Par la suite, elle passait son temps à s’occuper des tâches ménagères, préparait le repas pour une centaine de personnes tous les jours (ce qui signifiait cuisiner le pain et aller récolter à la main les légumes qui allaient servir au repas) et lavait le linge de deux hommes célibataires. Alina Anderson évoque aussi les châtiments corporels sur enfants, pratique encouragée dans la communauté : « nous étions en gros battus pour absolument tout et n’importe quoi, et ça pour qu’ils puissent vous faire devenir la personne qu’ils voulaient que vous soyez. Demander de la nourriture supplémentaire au petit déjeuner pouvait provoquer une fessée. » Elle et d’autres se souviennent que les adultes interdisaient régulièrement l’accès à la nourriture aux enfants en guise de punition, parfois pendant plusieurs jours. A l’âge de six ou sept ans, Alina fut enfermée dans une cave sombre pour avoir dérobé de la nourriture dans le réfrigérateur : « la fois où j’ai été enfermée dans le donjon -ce n’était pas un vrai donjon, mais on en avait vraiment l’impression– je pense que c’était pendant plus d’un jour, parce que nous jeûnions tous les vendredis, donc j’avais l’habitude d’être affamée, et là c’était plus long que ça. ».

D’autres ex-membres ayant grandi dans le groupe ont révélé avoir reçu des fessées à même la peau, que ce soit sur leurs mains, sur leurs pieds ou sur leurs fesses, même pour la plus petite des bêtises. Il n’était pas anormal qu’un enfant reçoive vingt ou trente fessées dans la journée. Cette violence a entraîné ces dernières années un exode de masse. Ceux qui ont fui sont en majorité des membres issus de la première génération d’enfants nés et élevés dans le groupe et devenus à leur tour parents : « Il était inenvisageable pour moi de battre mes enfants de la manière dont j’ai été battu » confie un ex-membre ayant gardé l’anonymat. « Je ne pouvais vraiment pas. Et vous y êtes obligés si vous êtes là-bas. Si vous ne battez pas vos enfants, vous risquez de gros problèmes. » Un autre ex-membre, Luke Wiseman, 46 ans, décrit la pression exercée par le groupe sur les parents : « si vous ne sortez pas votre enfant de la pièce pour lui donner une fessée pendant les assemblées, alors tout le monde va vous prendre pour un mauvais parent (…) Quand mon fils avait deux ans, les gens me tapotaient l’épaule pour me dire « ton fils n’écoute pas ». Donc si après je ne sors pas de la pièce avec mon enfant pour lui donner une fessée, c’est que je n’accueille pas le message comme il faut. ». Mais une réalité encore plus sombre se cache derrière cette maltraitance : les ex-membres témoignent presque tous d’abus sexuels dont ils ont connaissance ou qu’ils ont eux-mêmes subis.   Ils expliquent que bien que l’agression sexuelle des enfants ne soit pas tolérée chez les Douze Tribus, cela arrive cependant et lorsqu’un abus est avéré, l’affaire n’est pas forcément rapportée à la police. Tout dépendra in fine du statut de l’agresseur au sein du groupe. Il est fréquent que les enfants qui dénoncent un agresseur ne soient pas crus. Quelques cas d’abus sexuels se sont retrouvés dans l’actualité.

En 2004, l’hebdomadaire de Floride Broward Palm Beach New Times publiait un témoignage d’une ex-membre des Douze Tribus dans lequel elle accusait son mari d’avoir abusé sexuellement de leurs enfants. Elle révélait également que les dirigeants du groupe l’avaient empêchée de divorcer et avaient couvert les agissements de son époux. Elle avait alors quitté le groupe, puis s’était tournée vers les autorités compétentes. L’homme a finalement été reconnu coupable d’agressions sexuelles en 2006. En 2007, un ancien professeur ayant exercé au sein des Douze Tribus avait plaidé coupable d’abus sexuels sur deux jeunes garçons dans les années 1990. Enfin, plus récemment, en janvier 2022 la police a procédé à l’arrestation de Ron Williams, sur la base d’un mandat en cours depuis 2020 pour exploitation sexuelle d’enfants. Les autorités du Comté de Boulder avaient trouvé dans ses affaires plus de mille images d’enfants sexuellement agressés. Il vivait parmi les Douze Tribus, dans le camp que la police soupçonne d’avoir été le lieu de départ de l’incendie de Boulder. Mais d’ex-membres mettent en garde : que des cas d’abus sexuels débouchent sur des poursuites au pénal reste une exception et ces récits en cachent bien d’autres. 

(Sources : The Denver Post, 03.04.2022 & 07.04.2022)

Un gourou arrêté

Domicilié dans le Var, persuadé d’être la réincarnation du Christ, Matthieu F. a été placé en détention provisoire. Il est soupçonné de viols et d’abus de faiblesse sur au moins deux femmes.

Sur son site internet, Matthieu F. se présente sous diverses appellations : « alchimiste », « thérapeute holistique », « prêtre exorciste orthodoxe » ou encore « guide des voies alchimiques du féminin et masculin sacrés ». Il était obsédé par l’alchimie, la théologie et le surivivalisme.

Il était rapidement apparu comme un « original » auprès de son voisinage. Le maire de son village témoigne que tout le monde l’appelait « le gourou » en rapport avec ses activités mais personne ne se méfiait vraiment de lui. Cependant, des voisins s’étaient plaints de cris provenant de chez lui la nuit. Il aurait écrasé les doigts de ses adeptes dans un étau pour faire sortir le mal présent en eux.

Persuadé d’être la réincarnation du Christ il se préparait à la fin du monde. Il avait des réserves de nourriture, d’alcool, de drogues et d’armes. Il avait de nombreux projets pour accueillir des adeptes financés avec leur argent. La mère d’une victime parle de 60 000 euros qu’il aurait pris à sa fille. Celle-ci lui donnait une grande partie de ses revenus et avait même fait plusieurs crédits sur ordre du gourou. En plus d’importantes exigences financières et de violences psychologiques rabaissant la jeune femme régulièrement, le gourou la battait en prétextant des séances d’exorcisme censées la libérer du mal et l’obligeait à dormir sous la pluie. Il l’a aussi violée à plusieurs reprises. La jeune femme a rencontré ce gourou à un moment où elle était fragile et vulnérable alors qu’elle travaillait beaucoup et sortait d’une rupture amoureuse. Sa mère l’a vue changer au fur et à mesure de sa « thérapie ». Elle racontait qu’elle allait réaliser un « grand projet » avec le gourou. Petit à petit une rupture s’opérait entre la mère et sa fille jusqu’à ce que celle-ci coupe totalement les ponts.  Elle va alors s’installer chez le gourou et vivre un véritable enfer. Totalement sous emprise, elle continue de travailler pour apporter de l’argent. Dès lors, une collègue, inquiète de ces changements décide de prévenir la gendarmerie. Le garde champêtre de la commune se rend alors au domicile du gourou. Celui-ci est absent et il découvre la jeune femme agonisante sur le sol d’une caravane sans fenêtre. Elle y logeait car pour le gourou elle n’était pas assez propre et pure pour vivre avec lui.

Envoyée directement à l’hôpital, elle a passé trois mois en soins psychiatriques. Avertie par un ami médecin, la mère est venue chercher sa fille qui n’avait pas osé la recontacter. En phase de reconstruction après le drame qu’elle a subi, la jeune femme a porté plainte en mai 2021 ce qui a permis l’arrestation de l’homme en février 2022 et la découverte d’une autre jeune femme ayant subi les mêmes sévices qu’elle.

Le gourou est placé en détention provisoire depuis le 23 février. L’enquête va se poursuivre pour connaître les agissements exacts et savoir si d’autres personnes en ont été victimes.  

(Source : Le Figaro, 02.03.2022)

Des dérives sectaires au sein d’une école juive orthodoxe

Une quinzaine de responsables d’une école juive orthodoxe, la yeshiva Beth Yossef basée à Bussières (Seine-et-Marne), ont été placés en garde à vue la suite d’une intervention de la police le 31 janvier dernier. Ils sont soupçonnés de maltraitances physiques et psychologiques. À la suite de ces interpellations, sept dirigeants ont été mis en examen pour « violences aggravées ».

En juillet 2021, un jeune américain a pris la fuite de cette école hors-contrat pour se rendre à l’ambassade des Etats-Unis et y demander de l’aide. Il témoigne alors des maltraitances subies et de l’insalubrité des lieux. Il raconte avoir subi des violences de la part des responsables de l’école, avoir reçu de la nourriture périmée ou même avoir été privée de repas. En parallèle, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) avait émis durant l’été 2021 un signalement sur l’école suspectant des dérives sectaires et un endoctrinement. Les autorités se penchent alors sur le témoignage du jeune homme et retrouvent d’anciens élèves qui racontent tous de mauvais traitements subis. Ils témoignent avoir vécu en vase clos avec interdiction de sortir de l’école, confiscation de leur passeport et privation de soins. La yeshiva Beth Yossef est réputée pour avoir des méthodes strictes et accueillait une soixante d’élèves décrits comme difficiles.

Lors de leur intervention, fin janvier 2022, les gendarmes et les services de la préfecture de Seine-et-Marne ont fait des observations similaires aux témoignages.  Dans un communiqué de presse diffusé à la suite des interpellations, la procureure déclare que « cet établissement accueillerait de manière non déclarée de nombreux mineurs de nationalité américaine et israélienne ne parlant pas le français, dans des conditions abusives : enfermement, confiscation des documents d’identité, conditions de vie dégradées, actes de maltraitances, absence d’accès à l’éducation et aux soins, et sans possibilité de revenir dans leurs familles ». Lors de leurs auditions, les élèves ont pu décrire les différents sévices physiques dont ils ont été victimes. Ils étaient isolés du monde extérieur avec un unique coup de téléphone possible à leur famille. Pour la plupart, les élèves étaient d’origine israélienne mais aussi américaine, belge, roumaine ou irlandaise. Ils vivaient tous au sein du domaine dans des conditions de logements insalubres. Les services de l’aide sociale à l’enfance (ASE) ont décidé de placer les 40 mineurs de l’école en foyer le temps des investigations.

Durant le mois de février 2022, sept personnes ont été mises en examen à la suite des interpellations, notamment un rabbin qui officiait dans la yeshiva mais aussi le directeur de l’établissement et plusieurs membres de l’équipe éducative.  

(Sources : Le Parisien, 31.01.2022 & Huffington Post, 31.01.2022 & Le Point, 31.01.2022 & La Croix, 01.02.2022 & 20 Minutes, 06.02.2022)

Une ancienne élève du Foyer de Charité de Courset dépose plainte

Le 17 décembre 2021, une plainte pour agression sexuelle et violence a été déposée « contre X et contre le Foyer de Charité de Courset en tant qu’institution », auprès du parquet de Boulogne-sur-Mer, par une ancienne élève de l’institution.

Selon Me Margaux Machart, l’avocate de la plaignante, les faits qui se seraient déroulés dans les années 1980 auraient été commis par des sœurs pas encore clairement identifiées par la victime. Me Machart précise qu’elle et sa cliente ont déposé plainte pour « agression sexuelle, violence, non dénonciation de crime ou délit et toute infraction que l’enquête pourrait mettre à jour ». Mais elles souhaitent aussi que les autorités se penchent sur des témoignages reçus par le Foyer de Courset qui n’ont jamais été rendus publics.

L’affaire a éclaté à la suite des révélations d’anciennes élèves en juin 2020. Elles avaient fait part dans la presse d’abus « spirituels, sexuels ou d’autorité » ciblant particulièrement un ancien responsable du Foyer, le père Tierny, relevé de ses fonctions en 2006 et aujourd’hui décédé. Plusieurs anciennes élèves se sont tournées vers le Centre national d’accompagnement familial face à l’emprise sectaire (Caffes) pour témoigner d’abus de toutes sortes. À la suite de cela, l’association a rencontré l’évêque d’Arras qui a ensuite nommé un commissaire apostolique, chargé « de restaurer l’unité au sein de l’institution » et a émis auprès du procureur de la République un signalement qui a entraîné l’ouverture d’une procédure.  (Source : La Voix du Nord, 05.01.2022)

Les enfants captifs de la secte Lev Tahor

Un Israélien de 22 ans, réchappé de la secte fondamentaliste et anti-sioniste Lev Tahor, installée au Guatemala, a récemment échoué, malgré l’aide d’agents israéliens, dans sa tentative d’arracher son fils âgé de deux ans à ce groupe extrémiste.

Selon plusieurs médias israéliens, l’odyssée du jeune père, Israël Amir, s’inscrit dans un contexte de plus en plus alarmant d’abus sexuels, de maltraitance, d’enlèvements d’enfants et de mariages forcés de très jeunes adolescentes, alors que Lev Tahor envisage de quitter le Guatemala pour l’Iran.

Pour le Jérusalem Post, cette perspective offrirait aux quelques 250 adeptes de la secte une plus grande liberté dans leurs pratiques cultuelles, ultra-radicales, en échange d’un soutien à la république islamique d’Iran dans ses visées anti-sionistes.

Toutefois, les tentatives menées par des membres de la secte pour rejoindre l’Iran à partir du Kurdistan se sont jusqu’ici révélées vaines et les adeptes ont dû regagner le Guatemala, après avoir été renvoyés en Turquie.

La chaîne de télévision israélienne N12 a diffusé le 30 décembre dernier un reportage consacré à ce groupe parfois surnommé le « Taliban juif », en raison des robes noires dont sont vêtues, de la tête aux pieds, les femmes et les fillettes de plus de trois ans.

L’équipe d’agents venus en soutien d’Israël Amir ont réussi à s’infiltrer et prendre des photos du camp retranché de la secte, surveillé par un mirador, où l’on voit des enfants – dont le fils d’Israël Amir- totalement négligés, certains enfermés dans des cages.

Le reportage révèle également que les mères ont reçu l’ordre de tuer leurs enfants, puis de se suicider si les autorités guatémaltèques tentaient de pénétrer dans la secte. Les femmes ont même reçu un cours sur la façon d’égorger leur progéniture.  

(Sources : Times Of Israel, 31.12.2021 & 03.01.2022)

 

Sept membres d’une secte condamnés à 50 ans de prison

Le tribunal de Bocas del Toro (Panama) a condamné sept membres de la secte « La Nueva Luz de Dios » à 50 ans de prison, la peine maximale encourue au Panama. Deux autres membres du groupe avaient, précédemment, été condamnés à 47 ans de prison après avoir passé un accord avec la justice.

Ils étaient accusés d’avoir, lors d’une cérémonie d’exorcisme, tué six enfants, âgés d’un an à 17 ans, et une femme enceinte.

Le 14 janvier 2020, la femme avait été assassinée devant cinq de ses enfants, et un autre mineur. Ils avaient eux-mêmes été battus à mort par la suite, le tout en présence des autres membres du groupe. Ce sont des témoins de la scène, eux-aussi victimes de violences, qui ont alerté la police après avoir réussi à fuir.

Selon Claire Nevache, chercheuse au Centre international d’études politiques et sociales du Panama, l’affaiblissement des cultes institués serait à l’origine de l’infiltration d’églises animées de « mauvaises intentions » parmi les populations locales qui souffrent déjà de l’absence des autorités.

Ainsi en 2020 trois membres d’une autre secte avaient été arrêtés après avoir enlevé et violé six enfants. L’enquête de la police avait mené à l’arrestation du gourou et à la découverte d’une fosse commune cachée dans la jungle. 

(Source : Sud-Ouest, 04.12.2021)

Pour rappel, lire sur le site de l’Unadfi : Découverte macabre d’une fosse commune : https://www.unadfi.org/actualites/groupes-et-mouvances/decouverte-macabre-dune-fosse-commune/

« Amour et Miséricorde » : la parole des témoins

Le groupe de prière fondé par la « voyante », Eliane Deschamps, jugée pour abus de faiblesse, est décrit dès 2002 par plusieurs témoins et proches de ses adeptes comme un collectif qui joue sur la manipulation mentale de ses fidèles.

Une des parties civiles au procès, Marie-France, explique avoir dès cette époque perdue tout contact avec son fils. Il lui avait annoncé qu’il avait « envie de changer d’air […] pour se rapprocher du groupe Amour et Miséricorde ». « Il est devenu très distant, le dialogue était impossible ». à
45 ans, il est resté membre et adepte de la communauté et a coupé les relations avec sa mère.

Magalie Breux, une des filles de la « voyante », a quitté le groupe au bout de dix ans. Elle raconte les visions de sa mère, ses « apparitions » de la vierge, les pèlerinages et les défilés des fidèles dans la maison familiale. Elle décrit les brimades, les humiliations et l’emprise que sa mère a exercée sur elle. « On n’avait pas de vie sociale en dehors de la communauté ». Ce qu’elle décrit semble être un processus avéré d’emprise, de rupture, mais aussi de pression financière. « Jésus prend possession de son corps et lui dit que les adeptes doivent se détacher de leurs biens les plus chers ». Les adeptes devaient en effet donner leurs bijoux ou des tableaux et versaient une pension de 300 à 350 euros par mois, parfois même déposaient régulièrement des sommes allant jusqu’à 5 000 euros.

« J’ai eu une vie d’esclave pendant dix ans : je faisais le ménage tous les jours à fond, je faisais la cuisine, j’obéissais, j’étais en soumission totale, sous emprise », témoigne à la barre Brigitte Delecourt, autre adepte pendant dix ans.

A l’inverse de ces témoignages, certains membres actuels de la secte sont venus au procès pour tenter de convaincre de leur « liberté », assurant qu’ils ne se considéraient ni sous emprise ni sous influence.

Un des avocats des parties civiles fustigent ces témoignages « positifs », qui relèvent selon lui d’une « entreprise cosmétique » visant à masquer l’emprise.

« Eliane dirigeait tout », dit Gwenola Boucher-Doigneau, ex-adepte, qui a quitté la secte à 25 ans. « Je la divinisais, j’aurais tout fait pour elle. Je me serais jetée d’une falaise si elle me l’avait demandé ». Elle raconte que la gourelle lui avait, entre autres, interdit de demander une péridurale lors d’un accouchement. Elle l’avait également forcée à rédiger une lettre à son père pour lui faire savoir « qu’il n’était plus son père ».

La sœur de Gwenola, Isabelle, et sa mère Brigitte avaient rejoint le groupe. « On était tous collés à Eliane comme la bernique à son rocher », dit cette dernière. Pierre, son mari et père de Gwenola, qui a tout fait pour faire sortir sa famille du groupe, analyse comment l’emprise a pu s’opérer. « Tout s’est fait progressivement, par la séduction ».

« C’est une véritable fabrique de l’état de faiblesse », explique une psychologue spécialiste du fait sectaire citée à la barre lors du procès. « L’individu passe de sujet à objet à travers la coupure avec son réseau d’appartenance ».   (Sources : Le Figaro, 23.11.2021 & France Bleu Bourgogne, 22.11.2021 & Le Parisien, 22.11.2021 & elle.fr, 23.11.2021 & TV5Monde, 22.11.2021)