QAnon veut croire aux « medbed » magiques

Au sein de la mouvance d’extrême droite QAnon, une théorie du complot est en train de gagner en popularité : celle de l’existence de « medbeds ».

L’arrivée de ce dispositif est très attendue. Ces lits médicalisés seraient capables de guérir les cancers les plus graves, de faire repousser les membres et même d’inverser le cours du vieillissement. Un groupe QAnon basé à Dallas est persuadé que c’est grâce aux pouvoirs curatifs de ces lits médicalisés miraculeux que John F. Kennedy est toujours vivant et a pu rester jeune. 

Romania Didulo, une leader conspirationniste proche du mouvement QAnon et se présentant comme la « Reine » du Canada, a aussi fait la promotion de ces lits médicalisés. En août dernier elle a publié un post promettant que ces appareils « seront rendus accessibles gratuitement pour tous les Canadiens. » YamatoQ, la frange japonaise de QAnon, a également embrassé cette théorie, et a même fabriqué sa propre version de l’appareil avec des fils de cuivre.

Les adeptes de cette théorie croient en des prophéties. La première dit que Trump connaît l’existence de ces lits et les rendra bientôt accessibles au public. La deuxième concerne les grandes compagnies pharmaceutiques, qui seraient vouées à complètement disparaître d’ici très peu de temps.

Des entrepreneurs profitent de ces croyances

Une société du nom de Tesla Biohealing, basée dans le Delaware, propose d’ores et déjà à la vente ce qu’elle appelle des « Générateurs MedBed ». Si la société se distancie des théories complotistes de QAnon, elle s’adresse néanmoins à ses défenseurs. Une certaine Julie, vendeuse pour Tesla Biohealing, a vanté les mérites des produits de la société dans un message posté dans une discussion QAnon sur le réseau Telegram : « pour votre information, mon époux utilise un ‘Générateur Medbed’ et un ‘Biohealer Tesla’ pour traiter ses tumeurs de la glande salivaire agressives et inopérables. Cette technologie est d’un très grand soutien. » Tesla Biohealing attribue sa technologie à James Liu, médecin et président de cette société. Par le passé il a été accusé par la Federal Trade Commission (l’équivalent de la Direction générale de la Concurrence) de publicité mensongère alors qu’il proposait des traitements pour l’asthme. De plus, le précédent conseil d’administration de sa société avait émis une résolution l’accusant de sabotage, de contrefaçon, et d’avoir envoyé de l’argent appartenant à la société à sa petite amie d’Internet. Aujourd’hui, James Liu assure que des produits de Tesla Biohealing, des boîtes en métal à placer sous le matelas de son lit, peuvent mener le malade vers la guérison. Ces boîtes généreraient de l’énergie vitale qui aiderait à guérir les malades de « cancers en phase terminale » et ceux « paralysés depuis six mois après un AVC ». Pour les maladies les moins graves, l’entreprise conseille un « Biohealer pour adulte », au prix de 599 dollars. Pour les cancers sévères, elle conseille « deux Générateurs Medbed ou plus », qui coûtent  1999 dollars l’unité.

D’autres entreprises osent aller plus loin encore. Une entreprise suisse du nom de 90.10 est parvenue à acquérir le nom de domaine très convoité « medbed.com » et propose sur son site, vidéo à l’appui, l’accès pour le malade à une « énergie infinie » et la possibilité de « reprogrammer son ADN », le tout sans effets secondaires. L’entreprise ne vend ni ne livre aucun produit. Elle prétend pouvoir transformer à distance les lits de ses clients grâce à une technologie dont elle a déposé la marque : « Faster than Light Technology ». Cette technologie est censée « téléporter ou diffuser sans délai de l’énergie et des fréquences quantiques dans le corps humain. » Sur son site internet l’entreprise a publié des vidéos de prétendus clients qui affirment qu’en une seule nuit de sommeil leur lit aux pouvoirs augmentés était parvenu à réaligner leur colonne vertébrale, nettoyer leurs sinus, guérir des douleurs osseuses, leur révéler leur véritable but dans la vie. Le président de 90.10 a déclaré ne pas être au courant des théories conspirationnistes défendant l’existence des « medbed », ces lits médicaux guérisseurs. L’appellation « medbed » signifierait « meditation bed ». Selon lui, le système qu’il propose n’est pas de nature médicale, mais « a pour objectif d’acheminer de l’énergie quantique à l’intérieur du corps. » Cela pour la modique somme de 2 500 dollars.  

(Sources: Radio-Canada, 01.04.2022 & Times of Israël, 01.04.2022)

Deux enfants assassinés sur fond de complotisme et de foi chrétienne

Le 9 août 2021 Matthew Coleman a tué ses deux enfants parce qu’il les croyait porteurs d’ADN reptilien, une idée qui lui serait venue à force de s’abreuver de théories complotistes, en particulier celles du britannique David Icke.

L’homme de 40 ans a déclaré au FBI avoir eu la vision selon laquelle sa femme serait porteuse d’ADN reptilien qu’elle aurait transmis à leurs 2 enfants. Croyant que l’ADN de ses enfants était altéré, l’homme a imaginé qu’ils allaient « devenir des monstres » et que les tuer était le seul moyen de « sauver le monde ».

Lui et sa femme s’étaient progressivement radicalisés autour de théories du complot comme celles de QAnon sur l’existence d’une élite mondiale qui serait à l’origine de la pandémie de Covid 19 et dirigerait des réseaux pédocriminels impliquant des enfants.  Mais Matthew Coleman est devenu plus paranoïaque, au point de croire que sa propre famille était partie prenante du complot mondial.

Les premiers éléments de l’enquête, dévoilés en septembre 2021, montraient que le processus de radicalisation du couple aurait débuté au sein de la sphère chrétienne évangélique fondamentaliste dont il faisait partie depuis de nombreuses années. Au quotidien, tout tournait autour de la Foi, jusqu’au travail de Matthew Coleman qui avait créé un club de surf chrétien.

Pour Helen Rose, résidente de Santa Barbara, qui a grandi au sein du même foyer que lui, Matthew Coleman a toujours été fanatiquement chrétien, mais selon elle, il souffrait d’une maladie psychiatrique qui n’a pas été traitée. Les visions et les révélations divines qu’il pensait avoir ont même été encouragées par sa communauté chrétienne.

Par la suite, la radicalisation du couple s’est poursuivie sur internet si bien que le monde imaginaire répandu par les conspirationnistes a pris le pas sur la réalité et est devenu tangible, pour lui en particulier.

Les derniers éléments de l’enquête ont montré qu’en plus de QAnon, qui trouve un écho favorable dans la sphère évangélique, Matthew Coleman aurait été influencé par les théories conspirationnistes de David Icke. Il l’aurait vraisemblablement découvert sur Twitter avant novembre 2020 puisque que ce dernier a définitivement été banni de la plateforme pour avoir diffusé de fausses informations sur la pandémie de Covid 19.

Figure majeure du conspirationnisme depuis plusieurs décennies, David Icke, ancien footballeur et ancien journaliste sportif, répand la croyance selon laquelle une race de reptiliens appelés Archontes ou Anunnaki aurait envahi la Terre et créé une race hybride humains-archontes. Connus sous le nom de Babylonian Brotherhood, d’Illuminati ou d’Elite, ils manipuleraient les évènements pour maintenir les humains dans la peur afin de se nourrir de leur énergie négative.

L’émergence des réseaux sociaux lui a permis de propager ses théories à grande échelle et de rassembler des millions de followers sur Facebook, YouTube et Twitter, dont Matthew Coleman.

Pour l’agent du FBI qui a interrogé Coleman, il ne fait aucun doute que les théories de David Icke ont fortement influencé ses visions. 

(Sources : Vice, 05.04.2022 & 10.09.2021)

David Lynch lance une initiative pour la paix à 500 000 dollars

L’argent devra aider à former « des milliers d’étudiants à devenir des activistes experts en méditation » en vue d’apporter la paix sur terre.

Dans la vidéo qui accompagne l’annonce du lancement de l’initiative, Lynch déclare « nous ne savons pas ce qu’il adviendra demain si nous n’apportons pas la paix sur cette planète […] cette guerre en Ukraine… les gens disaient qu’elle n’arriverait pas, et maintenant nous y sommes. Des gens meurent. Des villes sont détruites. Les choses sont très, très précaires. Tout le monde le sait […] Les gens font des tas de choses pour aider l’humanité, mais cela dure depuis trop longtemps. Parler, faire des marches, des chansons – ça n’a jamais apporté la paix. » Selon le communiqué, il est prévu de former à la pratique « 10 000 étudiants à l’Université Internationale de Maharishi aux Etats-Unis, 10 000 à l’université jumelle en Inde, et 10 000 dans des universités partenaires présentes en dix points chauds tout autour de la planète ».  A l’issue de plusieurs années de formation ces étudiants deviendraient “des experts avancés en méditation génératrice de paix  et laisseraient en héritage une paix globale et durable ».  

(Source : www.people.com, 14.04.2022)

Lire sur le site de l’Unadfi, La méditation transcendantale  Que sait-on de ? : https://www.unadfi.org/actualites/groupes-et-mouvances/que-sait-on-de-meditation-transcendantale/

Prison pour deux dirigeants

Nachman Helbrans et Mayer Rosner, tous deux dirigeants de Lev Tahor, ont été condamnés à 12 ans de prison. Ils sont accusés d’avoir kidnappé une fille de 14 ans et de l’avoir forcée à avoir un enfant avec son nouveau mari. Le mariage avait été organisé de force par Helbrans en 2017.

A la suite du mariage de sa fille, la mère avait choisi de fuir le groupe avec ses enfants en direction de New York. Peu de temps après des membres de Lev Tahor sont venus kidnapper la fille ainsi que son frère. Ils seront retrouvés au Mexique. Le groupe a effectué de nouvelles tentatives d’enlèvement.

Lors du jugement, le juge Damian Williams, de la cour du district sud de New York, a rappelé qu’aucune mère ne peut accepter de voir ses enfants enlevés et forcés à des relations sexuelles. Il espère que les sanctions seront un message important pour ceux qui enlèvent et exploitent sexuellement des mineurs.

En plus de leurs peines de prison, les deux accusés sont inscrits pendant 5 ans sur la liste des délinquants sexuels avec une obligation de suivi.  

(Sources: Radio-Canada, 01.04.2022 & Times of Israël, 01.04.2022)

Lire l’ensemble des articles sur Lev Tahor sur le site de l’Unadfi : https://www.unadfi.org/mot-clef/lev-tahor/

Arrestation du leader

Eligio Bishop, chef du groupe Carbon Nation, a été arrêté et a comparu pour la première fois devant un juge dans le courant du mois d’Avril 2022. Il est accusé de viol, de séquestration et d’envoi de messages à caractère sexuel explicite. Le juge n’a pas souhaité établir une caution.

Les faits reprochés au leader émanent d’une ex-adepte qui après avoir fui le groupe a raconté à la police comment il maltraitait les femmes. Il aurait posté des vidéos à caractère sexuel d’elle et de lui sur les réseaux sociaux sans son consentement. Cette première plainte a permis l’ouverture d’une enquête, les témoignages d’autres ex-adeptes aboutissant à l’arrestation de Bishop.

Selon les témoignages d’ex-adeptes, Carbon Nation a débuté comme un mouvement de contre-culture noire mais s’est progressivement transformé en quelques chose de totalement différent.  Le groupe a changé quand il a commencé à tourner davantage autour du leader dont le surnom est passé de « Natureboy » à « 3God ». Les membres subissent alors une importante violence mentale, verbale et physique notamment les femmes. Les critiques montrent aussi que les adeptes qui choisissent de vivre avec le groupe doivent remettre leur argent et leurs biens et ont interdiction de quitter le groupe. Les membres de la communauté n’étaient pas forcément nombreux, mais le leader était très suivi sur les médias sociaux.

Fondé aux Etats-Unis, le groupe a tenté de migrer en Amérique centrale ou en Amérique du Sud dans le but de créer une communauté idéale. Il avait été expulsé du Costa Rica, du Nicaragua et du Panama. En 2020, Eligio Bishop et plusieurs membres du mouvement ont été arrêtés à Hawaï, pour avoir violé la politique sanitaire, et renvoyés en Californie. Les adeptes déclarent suivre un régime végétalien. Les objectifs du groupe sont d’enseigner sur différents sujets dont la religion et la sexualité et d’aider l’humanité notamment en guérissant les hommes et les femmes noirs de leur traumatisme.

La police continue son enquête afin d’éclaircir les faits. Les membres encore présents dans le groupe soutiennent le gourou et déclarent que les accusations sont fausses, n’hésitant pas à vanter les qualités du leader et ils assurent que tout ce qui se passe sexuellement dans le groupe est fait par consentement. 

(Sources : Fox 5 Atlanta, 15.04.2022 & 11Alive, 20.04.2022)

Travail dissimulé, châtiments corporels sur les enfants, culture de la surveillance : des ex-membres de la secte des Douze Tribus témoignent

Le nom de la communauté des Douze Tribus (The Twelve Tribes) s’est retrouvé placardé dans la presse du Colorado au début de l’année 2022 après qu’un incendie destructeur s’est déclaré le 30 décembre 2021. Le feu s’est étendu sur 2500 hectares, brûlant sur son passage habitations, bâtiments et forêts.  L’enquête n’a pas encore permis d’en identifier la source, mais les soupçons pèsent sur une cabane qui a pris feu dans l’enceinte d’un camp où est installée la communauté des Douze Tribus. D’anciens membres ont saisi cette occasion pour parler de leur expérience dans les médias. Le Denver Post, un quotidien du Colorado, publie ce mois de mars une longue série de témoignages.

« Ils se comportent comme s’ils étaient complètement séparés du monde, mais ils ont les mêmes préoccupations. Ils veulent l’argent du monde. Au fond, il n’est vraiment question que d’argent » raconte Frank W, un homme de 64 ans récemment renvoyé du groupe. Il raconte avoir approché le groupe au plus bas de la crise de la cinquantaine qu’il traversait. Il a ensuite effectué pour le compte du groupe divers travaux à travers tout le pays. Il pouvait travailler jusqu’à douze heures par jour. Jamais il n’a été rémunéré. Un autre ex-membre confie avoir commencé à travailler dans une usine à l’âge de 13 ans. Ses journées : réunion d’adoration à 6h, puis départ pour l’usine jusqu’à 17h. Seconde réunion d’adoration à 18h, puis retour au travail d’environ 19h30 à 22h. « Nous arrêtions l’école à douze ou treize ans, et c’était le cas pour presque tout le monde » raconte-t-il.

Un autre, né dans le groupe et parti à 19 ans, confie pour sa part avoir commencé à travailler dans les boulangeries et restaurants du groupe à l’âge de 7 ans. « L’école pour les enfants n’était pas une véritable priorité. Ils encourageaient tous les enfants à aller au travail. L’accent était mis sur ça. »

Dans la droite ligne de la culture patriarcale défendue par les enseignements de la secte, les garçons allaient travailler à l’extérieur de la communauté, quand les filles restaient travailler dans l’enceinte du camp. Alina Anderson, une ex-membre née dans le groupe et qui en est partie à l’âge de 14 ans déclare avoir été renvoyée du groupe d’élèves scolarisés sur place à son onzième anniversaire. Par la suite, elle passait son temps à s’occuper des tâches ménagères, préparait le repas pour une centaine de personnes tous les jours (ce qui signifiait cuisiner le pain et aller récolter à la main les légumes qui allaient servir au repas) et lavait le linge de deux hommes célibataires. Alina Anderson évoque aussi les châtiments corporels sur enfants, pratique encouragée dans la communauté : « nous étions en gros battus pour absolument tout et n’importe quoi, et ça pour qu’ils puissent vous faire devenir la personne qu’ils voulaient que vous soyez. Demander de la nourriture supplémentaire au petit déjeuner pouvait provoquer une fessée. » Elle et d’autres se souviennent que les adultes interdisaient régulièrement l’accès à la nourriture aux enfants en guise de punition, parfois pendant plusieurs jours. A l’âge de six ou sept ans, Alina fut enfermée dans une cave sombre pour avoir dérobé de la nourriture dans le réfrigérateur : « la fois où j’ai été enfermée dans le donjon -ce n’était pas un vrai donjon, mais on en avait vraiment l’impression– je pense que c’était pendant plus d’un jour, parce que nous jeûnions tous les vendredis, donc j’avais l’habitude d’être affamée, et là c’était plus long que ça. ».

D’autres ex-membres ayant grandi dans le groupe ont révélé avoir reçu des fessées à même la peau, que ce soit sur leurs mains, sur leurs pieds ou sur leurs fesses, même pour la plus petite des bêtises. Il n’était pas anormal qu’un enfant reçoive vingt ou trente fessées dans la journée. Cette violence a entraîné ces dernières années un exode de masse. Ceux qui ont fui sont en majorité des membres issus de la première génération d’enfants nés et élevés dans le groupe et devenus à leur tour parents : « Il était inenvisageable pour moi de battre mes enfants de la manière dont j’ai été battu » confie un ex-membre ayant gardé l’anonymat. « Je ne pouvais vraiment pas. Et vous y êtes obligés si vous êtes là-bas. Si vous ne battez pas vos enfants, vous risquez de gros problèmes. » Un autre ex-membre, Luke Wiseman, 46 ans, décrit la pression exercée par le groupe sur les parents : « si vous ne sortez pas votre enfant de la pièce pour lui donner une fessée pendant les assemblées, alors tout le monde va vous prendre pour un mauvais parent (…) Quand mon fils avait deux ans, les gens me tapotaient l’épaule pour me dire « ton fils n’écoute pas ». Donc si après je ne sors pas de la pièce avec mon enfant pour lui donner une fessée, c’est que je n’accueille pas le message comme il faut. ». Mais une réalité encore plus sombre se cache derrière cette maltraitance : les ex-membres témoignent presque tous d’abus sexuels dont ils ont connaissance ou qu’ils ont eux-mêmes subis.   Ils expliquent que bien que l’agression sexuelle des enfants ne soit pas tolérée chez les Douze Tribus, cela arrive cependant et lorsqu’un abus est avéré, l’affaire n’est pas forcément rapportée à la police. Tout dépendra in fine du statut de l’agresseur au sein du groupe. Il est fréquent que les enfants qui dénoncent un agresseur ne soient pas crus. Quelques cas d’abus sexuels se sont retrouvés dans l’actualité.

En 2004, l’hebdomadaire de Floride Broward Palm Beach New Times publiait un témoignage d’une ex-membre des Douze Tribus dans lequel elle accusait son mari d’avoir abusé sexuellement de leurs enfants. Elle révélait également que les dirigeants du groupe l’avaient empêchée de divorcer et avaient couvert les agissements de son époux. Elle avait alors quitté le groupe, puis s’était tournée vers les autorités compétentes. L’homme a finalement été reconnu coupable d’agressions sexuelles en 2006. En 2007, un ancien professeur ayant exercé au sein des Douze Tribus avait plaidé coupable d’abus sexuels sur deux jeunes garçons dans les années 1990. Enfin, plus récemment, en janvier 2022 la police a procédé à l’arrestation de Ron Williams, sur la base d’un mandat en cours depuis 2020 pour exploitation sexuelle d’enfants. Les autorités du Comté de Boulder avaient trouvé dans ses affaires plus de mille images d’enfants sexuellement agressés. Il vivait parmi les Douze Tribus, dans le camp que la police soupçonne d’avoir été le lieu de départ de l’incendie de Boulder. Mais d’ex-membres mettent en garde : que des cas d’abus sexuels débouchent sur des poursuites au pénal reste une exception et ces récits en cachent bien d’autres. 

(Sources : The Denver Post, 03.04.2022 & 07.04.2022)

Les 25 ans du suicide collectif de la secte Heaven’s Gate  

Le 26 mars 1997, la police découvre dans une maison près de San Diego les cadavres des 39 membres de la secte Heaven’s Gate. Les leaders étaient parvenus à élaborer une doctrine associant motifs bibliques et croyance en l’existence d’extraterrestres.

Benjamin Ethan Zeller, professeur de religion, explique les bases de la doctrine transmise aux membres du groupe Heaven’s Gate : « Ti et Do [les pseudonymes des deux leaders du groupe] informaient les membres qu’un OVNI descendrait sur Terre et, reconstituant sous un prisme technologique le principe biblique de l’enlèvement de l’Eglise, sauverait la chair des quelques croyants sélectionnés. »

Grâce à cet enseignement Ti et Do ont réussi à attirer des déçues de la société, insatisfaites de l’environnement religieux d’où elles venaient mais désireuses néanmoins de pratiquer une forme de foi.

Si la secte comptait quelques 200 membres dans les années soixante-dix, ce nombre avait fortement diminué dans les années 80 (80 membres) et 90 (39 membres). En cause, la mort de Ti d’un cancer du foie. Au moment de son décès, les adeptes n’ont pas vu l’ascension de son corps vers le ciel, alors que selon la doctrine de Heaven’s Gate, elle faisait partie des élus destinés à être sauvés de la mort. Pour éviter de faire face à la contradiction, Do suggéra que c’était son âme qui était montée, et qu’à la venue de l’OVNI leurs âmes seraient capturées. Pour maintenir l’emprise sur le peu d’adeptes qui étaient restés, Do s’appuya sur la notion du salut chrétien, offrant aux membres restants une vision du groupe comme élu, unique parmi le reste de la population humaine. 

(Source : daily.jstor.org, 25.04.2022)

L’Eglise de Jésus de Christ des Saints des derniers jours vue de l’intérieur   

Si l’Eglise mormone compte près de 16 millions de membres dans le monde aujourd’hui, depuis quelques années de nombreux fidèles l’ont quittée pour diverses raisons.

Brut a publié dans une courte vidéo mise en ligne sur le site de France TV Info les témoignages d’anciens mormons qui racontent des us et coutumes du groupe qui peuvent étonner ceux qui en ignorent l’existence, mais qui ont surtout pesé sur leur quotidien.

A la différence des autres chrétiens les mormons croient en l’existence d’écrits supplémentaires, tel que le Livre de Mormons et en des prophètes vivants qui dirigent encore à ce jour l’Eglise et diffusent un ensemble de règles auxquelles doivent se conformer les membres. Une adepte explique qu’à partir d’un certain niveau dans le groupe, les adeptes doivent porter « le vêtement du Temple », des sous-vêtements sacrés qu’ils ne peuvent retirer qu’à de rares exceptions. Selon une autre ancienne mormone, le groupe enseignerait aux femmes à ne jamais dire non à leur époux.

L’Eglise a un fort ascendant sur ses fidèles, mais des problèmes liés à son histoire et des anachronismes dans le Livre de Mormons ont amené beaucoup de fidèles à s’interroger sur la véracité des écrits et sur ce qu’ils avaient appris toute leur vie en son sein. Certains ont été choqués par la découverte de doctrines racistes ou sexistes ayant cours dans les années 1900, d’autres accusent même Joseph Smith d’être un prédateur sexuel.

Pour certains, ces découvertes ont été douloureuses et ont remis en question leur foi. Mais au lieu de rester isolés, les anciens adeptes, « les exmos », ont créé des communautés sur TikTok et Reddit où ils échangent et se soutiennent sur leur nouvelle liberté, mais aussi sur la perte de leurs amis et famille restés dans le groupe. 

(Source : France Tv Info, 09.02.2021

Pour visionner la vidéo de Brut : https://www.francetvinfo.fr/societe/religion/video-ces-anciens-mormons-racontent-a-quoi-ressemble-l-eglise-mormone_4951605.html

Quel bilan un an après l’assaut du capitole ?

 Début janvier 2021, l’attaque du Capitole a permis au monde de découvrir le groupe QAnon. Aujourd’hui, même s’il est divisé, le groupe continue de créer et d’alimenter les discours conspirationnistes.

Le fait que Donald Trump n’ait pas été réélu à la présidence des Etats-Unis ainsi que la non-réalisation d’autres prophéties ont entrainé de nombreux complotistes adhérant aux idées de QAnon vers la repentance. D’autres au contraire ont renforcé leurs croyances. Le groupe a aussi connu des tensions en interne et de nouvelles personnalités ont émergé alors que le célèbre « Q » n’a pas diffusé de message depuis longtemps. Certains nouveaux adeptes rassemblent autour d’eux d’importantes communautés et appellent à des actions violentes. C’est le cas de Romana Didulo qui avait appelé ses 70 000 abonnées à attaquer des centres de vaccination. Pour Tristan Mendès-France, maître de conférences associé à l’Université de Paris et spécialiste des cultures extrêmes, la division de QAnon entraîne le risque de voir des petites communautés se former avec des membres très radicaux.

Il est difficile d’estimer le nombre d’adhérents à QAnon, le groupe n’étant pas structuré et s’organisant principalement en ligne. Certains individus ne revendiquent pas une appartenance au groupe mais restent perméables aux idées conspirationnistes qu’il défend. Comme l’explique Tristan Mendès-France, on peut aussi retrouver certains marqueurs de QAnon dans un groupe sans que celui-ci soit étiqueté QAnon. Le groupe se trouve maintenant sur des réseaux sociaux moins connus comme Odysee, VK ou Telegram. Les idées conspirationnistes continuent à circuler comme le fait que Joe Biden serait en prison à la Maison Blanche et aurait été remplacé par un acteur. Le pouvoir serait alors secrètement détenu par Donald Trump et l’armée. Autre idée, celle que certains dirigeants de pays, comme Emmanuel Macron, ont été exécutés en 2018 et remplacés par des sosies.

Un an après l’assaut du Capitole les spécialistes constatent que les théories de QAnon ont aussi infusé la société américaine. Durant le courant de l’année 2021, un sondage montrait que 15% des Américains croient en l’existence d’une élite pédosatanique dirigeant secrètement le monde. Cette théorie est l’une des rengaines défendues par QAnon.

En France, le groupe n’a pas non plus une réelle existence mais certaines personnes défendant les idées complotistes ont largement relayé les discours de QAnon, comme Jean-Bernard Fourtillan fervent antivaccin qui affirmait en décembre 2021 que Donald Trump était secrètement au pouvoir.  QAnon est aussi implanté dans d’autres groupes anti-vaccins et opposants aux mesures sanitaires comme ReinfoCovid. Certains groupes comme les DéQodeurs se sont eux désolidarisés de certaines théories du groupe mais en conservent certaines idées comme le trucage de l’élection de Joe Biden ou la nocivité des vaccins contre le Covid-19 qui tueraient plus qu’ils ne protègent.  

(Sources : Le Monde, 07.01.2022 & La Croix, 11.01.2022)

Parler à un proche complotiste

Ce témoignage est celui d’une femme américaine qui ne sait plus comment aborder son frère devenu l’archétype du complotiste moderne : antivax notoire, imprégné de diverses théories conspirationnistes plus loufoques les unes que les autres, et dont le nombre de followers sur les réseaux atteint maintenant 12 500.

Elle nous livre ses tiraillements sur l’attitude à adopter face à lui. Une partie d’elle-même s’inquiète et veut sauver son frère, une autre a envie de rire tant les fake news ou théories relayées sont grotesques. Une autre encore s’apprête à lui claquer la porte au nez tant les conséquences de tels discours paraissent graves et intolérables. Elle craint que des réponses froides et rationnelles face aux vidéos que lui envoie son frère n’aient aucun impact, voire même qu’il se radicalise encore davantage. Elle compare la fracture progressive qui divise sa famille à celle que la société américaine connaît actuellement. 

Selon elle, et comme l’a théorisé le professeur agrégé de psychiatrie Frank Yeomans, il existe des personnalités « narcissiques malignes » qui répandent des théories du complot dans les « esprits captifs » de leurs partisans et prennent plaisir à s’autoglorifier tout en détruisant les autres. Des profils comme Hitler font appel à une masse de gens dont le sentiment d’impuissance est fort. Ces dirigeants catalysent puis militarisent des espoirs, des croyances. Puis ils s’en prennent à la personne ou au groupe désigné comme responsable de tous les maux de la société. F. Yeomans pense que Donald Trump réunit les caractéristiques de ce type de personnalité.

Ce genre de personne s’appuie dans un second temps sur des intermédiaires qui propagent les théories du complot (entreprises, politiciens, célébrités), prêts à justifier toutes les actions du narcissique malin pour conserver leur pouvoir.

Enfin, une troisième catégorie de complotistes se dessine, des gens comme le frère de l’auteure, qui essaient de donner un sens au monde et à leur vie. Les informations conspirationnistes les y aident. La théorie de la dissonance cognitive (attribuée au psychologue Leon Festinger) permet également de comprendre comment l’esprit humain est capable d’extraordinaires efforts pour rechercher une cohérence psychologique interne face à des idées opposées.

La journaliste conclut son article sur la nécessité de maintenir un lien avec ces personnes et de conjuguer sagesse et compassion dans le rapport entretenu.   (Source : Huffington Post, 21.01.2022)