Des dérives sectaires toujours présentes dans le domaine de la santé

Il ressortait du sondage commandé par l’Unadfi1 à la fin de décembre 2021, qu’environ un Français sur trois considère la santé comme un domaine menacé par des dérives sectaires. Pourtant ce phénomène est bien plus inquiétant et présent que ne peuvent le penser les Français.

A la faveur de la crise sanitaire, les dérives sectaires dans le domaine de la santé ont connu un écho grandissant s’appuyant notamment sur des doctrines dangereuses : déni de l’existence du virus, mise en cause et refus de la vaccination et nombre de produits et de pratiques pseudo-médicales censés guérir tous les maux. S’il y a bien un terreau favorisant les dérives sectaires dans le domaine de la santé c’est celui de la vulnérabilité, de la souffrance et des inquiétudes liées à la maladie. Fragilisées face à des éléments qu’elles ne maitrisent pas, les personnes peuvent se tourner vers des promesses soi-disant miraculeuses. Dès lors elles courent un risque et peuvent tomber sous l’emprise d’un pseudo-thérapeute.

Cependant des personnes en bonne santé mais en recherche de santé parfaite peuvent aussi tomber sous cette emprise.  Pour Bruno Falissard, psychiatre et directeur du Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations à Villejuif, les victimes risquent de perdre des sommes importantes, de subir des violences mais aussi de perdre des chances de guérison. Autre danger, celui du refus de vaccination qui fait courir un risque à la collectivité. Bruno Falissard plaide pour le retour du Groupe d’appui technique sur les pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique dont l’Inserm était membre. Si le danger provient de certains pseudo-thérapeutes il peut aussi émaner de praticiens formés à la médecine académique.

Du côté des pouvoirs publics ce danger est pris au sérieux. Pour la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) la santé est le domaine qui inquiète le plus en termes de dérives mais aussi de discours complotistes. 38% des signalements reçus entre 2019 et 2020 concernent la santé. Samir Khalfaoui, du pôle santé à la Miviludes, rappelle que ce chiffre est minimisé par rapport à la réalité. En effet, de nombreuses victimes n’osent pas effectuer un signalement, témoigner de leurs histoires, ou en sont dissuadées.  Selon la Miviludes, il existerait plus de 400 pratiques et quatre Français sur dix y recourent, dont 60 % parmi les malades du cancer. Ces chiffres sont cependant difficiles à estimer étant donné leur caractère mouvant. Comme peuvent le constater les associations de nombreuses pratiques nouvelles voient le jour régulièrement. 

(Sources : INSERM, 04.04.2022 & La Dépêche, 22.04.2022)

1. Lire sur le site de l’Unadfi, Quelle perception ont les Français du phénomène sectaire : https://www.unadfi.org/prevention/aide-aux-victimes/demander-de-laide/partenaires/quelle-perception-ont-les-francais-du-phenomene-sectaire-%EF%BF%BC/ contre les risques sanitaires

Interrogations sur la cession d’un terrain de la ville de Louviers aux Témoins de Jéhovah

Les élus de l’opposition de Louviers (27) se sont interrogés lors du conseil municipal du 28 mars 2022 sur la rétrocession d’un terrain communal aux Témoins de Jéhovah, alors que celui-ci avait été préempté par la ville.

Pour Nolwenn Léostic (EELV), conseillère municipale de l’opposition du groupe « Unis », le fait que les Témoins de Jéhovah s’étendent encore semble discutable alors que « cette association a déjà une emprise foncière extrêmement importante à Louviers. ». Philippe Brun (SE), un autre conseiller municipal, s’inquiète que Louviers ne devienne un « Jéhovah Land ».

Le groupe, dont le siège national est à Louviers, occupe déjà un vaste espace auquel les Témoins de Jéhovah voulaient adjoindre un terrain de 1200 m2 sur lequel ils projetaient de bâtir des logements pour leurs fidèles.

Mais la ville a fait jouer son droit et préemption et acquis le terrain par l’intermédiaire de l’Établissement public foncier de Normandie (EPFN).

Finalement 776m2 de terrain vont être rétrocédés aux Témoins de Jéhovah qui se sont engagés en contrepartie à détruire de vieux hangars et à dépolluer le site.

Si Philippe Brun n’a « aucune volonté de porter atteinte à la liberté de culte et d’association » il s’inquiète cependant car « les Témoins de Jéhovah sont surveillés par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) ». 

(Source : La Dépêche de Louviers, 22.04.2022)

Que peuvent faire les maires contre les dérives sectaires sur leur territoire ?  

Les sectes avancent souvent masquées et savent s’immiscer discrètement dans les communes. Face à un phénomène difficile à identifier, les maires sont souvent démunis face à l’entrisme sectaire sur leur territoire. A partir d’exemples concrets, le journal Maires de France donne des pistes pour protéger les administrés.

Les personnes âgées sont une cible des sectes, souvent en raison de leur isolement. La maire d’une commune rurale, dont c’est le premier mandat, raconte avoir voulu aider une dame âgée qui s’isolait progressivement et ne votait plus sous l’influence des membres d’une secte. Les tentatives de dialogue ayant échoué avec la personne âgée, l’élue n’a pas osé se tourner vers ses enfants car elle craignait d’être trop intrusive.

Dans une autre commune, un maire confronté au même groupe sectaire pour un problème concernant une personne âgée de 95 ans, a immédiatement fait appel aux enfants de cette dernière. La secte avait réussi à remplacer les auxiliaires de vie et à obtenir des assurances vie aux noms de certains de ses membres. Prévenir les enfants est capital car ils peuvent demander des mesures de protection. Un maire peut aussi envoyer un travailleur social chez la personne ciblée par la secte afin de montrer qu’elle n’est pas seule.

Le secteur de l’éducation est lui aussi sujet à l’entrisme des sectes. Concernant l’instruction à domicile, le maire peut s’assurer que l’enfant étudie dans de bonnes conditions matérielles. Le respect des programmes est contrôlé par l’Education nationale. Les maires peuvent aussi s’interroger lorsque des parents demandent des régimes spéciaux qui pourraient alerter sur une radicalité.

Concernant les secteurs des « médecines douces » et du bien-être, leur absence d’encadrement laisse le champ libre à l’implantation de groupes sectaires. La Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires (Miviludes) préconise de n’accepter que de vrais professionnels de santé dans les maisons de santé financées par les mairies. Il ne doit pas y avoir de confusion possible pour les usagers de ces lieux. Les porteurs de projets peuvent se renseigner auprès de l’agence régionale de santé (ARS) ou de la Miviludes. Les mouvements sectaires recherchent parfois une caution municipale en s’installant dans de tels lieux.

Apparaître dans un bulletin municipal, dans la liste des associations de la commune ou rencontrer un maire peut aussi leur permettre d’apparaître plus respectables. Un maire des Vosges a ainsi signalé en 2020 avoir reçu le courrier d’une secte mondialement connue qui sollicitait une rencontre. Il l’a refusé mais a appris plus tard que la même lettre avait été envoyée à des centaines d’autres mairies.

La location de salle est aussi un problème pour de nombreuses communes. Si elles ne peuvent pas refuser de louer, elles ont la possibilité d’utiliser des moyens détournés comme justifier d’un planning de location déjà complet.

Jean-Louis Amelineau, président d’Info Sectes Aquitaine donne des pistes pour aider les maires confrontés aux problèmes causés par des groupements sectaires sur leur commune. Il leur conseille de former les agents communaux, les habitants et de se rapprocher d’associations ou de services de l’Etat compétents. Les maires peuvent aussi se renseigner auprès de la gendarmerie s’ils ont des doutes sur certains exposants de salons de bien-être. 

(Source : Maires de France, février 2022)

La Fraternité à Meylan

La Fraternité Saint-Pie-X mène un procès en diffamation contre le maire de Meylan. Cette fois, elle accuse l’élu de la commune iséroise pour des propos tenus dans le journal municipal.  Il y justifiait son refus qu’une église de ce mouvement soit construite dans la ville. 

En 2017, la Fraternité Saint-Pie-X (FSSPX) demande un permis de construire pour une église de 650m2 dans son parc privé et un parking de 299 places. Déjà présente à Meylan depuis des années avec son école privée hors contrat et un prieuré, la communauté catholique parvient à faire valider son nouveau projet par la mairie de droite. Une association locale de gauche, MeyDIA, attaque FSSPX en justice en raison d’un manque de conformité de ces aménagements avec certaines règles d’urbanisme. La Fraternité modifie alors sa maquette en conséquence.  MayDia n’en reste pas là et décide d’activer un second recours en annulation, une demande rejetée par le tribunal administratif de Grenoble. L’association fait encore appel. Entre temps, la mairie a changé de représentant. Le nouveau maire divers gauche, Philippe  Cardin, hérite de ce dossier. Dans le journal municipal, il signe alors un édito dans le numéro d’avril-mai 2021. Il y exprime son inquiétude de voir une communauté intégriste s’installer davantage : « Ces valeurs sur lesquelles s’est construite la ville de Meylan sont bien différentes des messages extrémistes, intolérants et violents portés par la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X. » Il fait ici référence aux positions politiques radicales, racistes, antisémites et homophobes du groupe intégriste. Il dit agir au nom de la liberté d’expression en expliquant que ces gens sont « contre la liberté de croire » dès lors qu’il s’agit de musulmans, protestants ou juifs. En juillet 2021, FSSPX a porté plainte pour diffamation contre le maire et réclame 135 000 euros de dommages et intérêts pour « atteinte à son honneur ».

Depuis, le maire est soutenu par le Conseil municipal qui a voté à l’unanimité la protection institutionnelle, ce qui permet que les frais de justice soient couverts par la mairie. Le conseil métropolitain va dans le même sens. Le mardi 8 février, jour du procès, un « rassemblement républicain » s’organise devant le palais de justice de Grenoble avec plusieurs élus de la région. De son côté, le parquet a estimé que les propos de Philippe Cardin n’ont en aucun cas excédé la liberté d’expression définie par la loi de 1881. Le jugement sera rendu le 29 mars. 

(Sources : La Croix, 03.02.2022 & France 3 Auvergne Rhône-Alpes, 08.02.2022)

La Fraternité à Dijon

La Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, mouvement catholique traditionaliste, s’est offusquée des propos tenus à son encontre par le maire de Dijon en 2020. Après un premier recours en justice pour diffamation qui a abouti à une plainte non recevable, la communauté tient à réitérer sa démarche.

La ville de Dijon compte deux prêtres de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X (FSSPX) pour une dizaine de membres. Pour cette frange de la communauté catholique traditionnaliste qui ne reconnaît ni le concile de Vatican II ni l’autorité du pape, messes en latin et positions politiques radicales constituent la norme. Certains de ses adeptes, un prêtre traditionnaliste, un ingénieur-électronicien et un médecin ont saisi la justice après s’être sentis « blessés » par les propos du maire de Dijon François Rebsamen lors d’un conseil municipal en 2020. Celui-ci avait dénoncé, à la suite d’une manifestation contre l’avortement deux jours plus tôt « toutes les dérives qui sont aujourd’hui les dérives que l’on peut appeler terroristes bien évidemment, mais pire que cela toutes celles qui sont des religions qui aujourd’hui, manifestent dans la rue, comme la Sainte Famille l’autre jour ». Finalement, les plaignants n’ont pu trouver satisfaction auprès de la justice ; leur erreur sur les dates auxquelles le maire aurait prononcé ces mots a vite conduit à la nullité de la procédure. Une nouvelle requête devrait être déposée avec les corrections nécessaires. Les membres de la FSSPX justifient leur démarche : « On maintient notre idée d’être entendus par la justice car nous ne sommes pas des terroristes, et nous ne voulons pas porter cette image. ». 

(Source : France Bleu, 03.02.2022)

La Scientologie pourra s’installer à Saint-Denis

Fin décembre 2021, la cour d’appel administrative de Paris a confirmé l’annulation d’un arrêté municipal empêchant l’installation à Saint-Denis (93) du « centre de formation » de la Scientologie. Depuis l’acquisition du bâtiment par le groupe en 2017, la mairie s’opposait à l’installation d’un centre scientologue sur son territoire.

Dans sa décision la cour d’appel administrative de Paris précise que le refus des travaux par la municipalité constituait un « détournement de pouvoir ». Cette décision se base notamment sur des déclarations publiques d’élus de la ville montrant leur hostilité au projet. En 2019, la mairie de Saint-Denis avait refusé par un arrêté que le bâtiment devienne un établissement recevant du public, stipulant des failles en matière de sécurité incendie et d’accessibilité aux personnes handicapées. En 2020, le tribunal de Montreuil avait annulé l’arrêté municipal.

À la suite de la décision en appel, la municipalité doit réexaminer sous trois mois la demande d’autorisation de travaux. 

(Sources : 20 minutes, 21.12.2021 & Le Figaro, 21.12.2021 & Libération, 21.12.2021)

Lire à ce sujet :

– La Scientologie va-t-elle pouvoir s’installer à Saint- Denis ? : https://www.unadfi.org/actualites/groupes-et-mouvances/la-scientologie-va-t-elle-pouvoir-s-installer-a-saint-denis/

– La Scientologie prend racine en région parisienne : https://www.unadfi.org/actualites/groupes-et-mouvances/la-scientologie-prend-racine-en-region-parisienne/ 

Réactions sur l’installation de la Scientologie à Saint-Denis : https://www.unadfi.org/non-classe/reactions-sur-linstallation-de-la-scientologie-a-saint-denis/

Des associations appellent au renforcement de la Miviludes

Devant la croissance et la diversification du phénomène sectaire, la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) et plusieurs associations ont demandé, dans un communiqué publié le 27 décembre 2021, davantage de moyens pour la Miviludes.

Si la menace de dissolution n’existe plus depuis son intégration au Comité interministériel de Prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR) du ministère de l’Intérieur, la Mission risque la paralysie, selon les signataires du communiqué car « sa capacité d’action, les moyens humains et financiers » sont insuffisants.

L’équipe de la Miviludes devrait être renforcée par deux agents, courant 2022, ce qui porterait le nombre de ses agents à 10 ( ils étaient  14 avant le rattachement  au ministère de l’Intérieur).

Mais cela ne sera pas suffisant pour les signataires qui demandent des « moyens identifiés accrus tant en nombre de fonctionnaires affectés à plein temps sur ses missions, qu’en budget de fonctionnement pour permettre un travail efficace de terrain. »

Un proche de la Mission déplore que son budget de fonctionnement, fixé depuis des années à 85 000 euros, reste inchangé. Selon cet interlocuteur ce budget aurait été refondu dans celui du CIPDR, ce qui lui fait craindre que « dès août, la part Miviludes sera déclarée épuisée pour l’année en cours ».

Pour Malik Salemkour, président de la LDH, « la Miviludes est un outil essentiel » de la lutte contre les dérives sectaires, en particulier dans ce contexte de pandémie mondiale qui a été un terreau fertile pour les sectes.  Pour lui, la faiblesse des moyens alloués risque de mettre « en péril sa capacité d’agir efficacement, d’instruire toutes les saisines et de mener sa mission d’investigation et d’enquête ».

Charline Delporte, présidente du Centre national d’accompagnement familial face à l’emprise sectaire (CAFFES) et cosignataire du communiqué, ajoute que « la Miviludes devrait être totalement indépendante, afin de ne pas être liée aux changements de majorité. On doit protéger et garder la Mission ! »

Georges Fenech, ancien président de la Miviludes, ancien magistrat et ex-député LR, tempère, en expliquant que la question du budget de la Miviludes sera discutée lors de son prochain conseil d’orientation. Il note que « malgré les restrictions budgétaires, l’impulsion politique est là ». 

(Sources : communiqué de la LDH & Marianne, 27.12.2021)

Le Sénat vote en faveur de l’interdiction des thérapies de conversion

La Haute assemblée, après l’Assemblée nationale, a adopté à 305 voix contre 28 une proposition de loi soutenue par le gouvernement interdisant les pratiques qui visent à imposer l’hétérosexualité aux personnes lesbiennes, gays, bi et trans (LGBT).

Les sénateurs ont dénoncé des pratiques qualifiées de « barbares, « indignes » et « d’un autre âge ». La proposition de loi prévoit un délit spécifique pouvant aller jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 45 000 Euros d’amende contre les « thérapeutes » ou religieux qui prétendent « guérir » les homosexuels et les transsexuels.

Elisabeth Moreno, ministre chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes, a dénoncé ces pratiques comme « des atteintes insupportables à l’intégrité humaine ». Ces actes pouvaient déjà tomber sous le coup de la loi quand ils étaient associés à des violences, abus de faiblesse,
exercice illégal de la médecine, harcèlement ou discrimination. Or il s’agit, selon la ministre, de mieux identifier le délit. Comme le précise le rapporteur Dominique Vérien, « nommer le délit c’est poser une interdiction franche et c’est reconnaître le mal qui est fait ».

Députés et sénateurs, après des débats vifs, doivent désormais s’accorder sur une version commune du texte pour faire adopter la loi, mais l’Assemblée nationale, très majoritairement favorable au texte, aura le dernier mot.

D’autres pays ont déjà interdit ces pratiques en Europe (Malte, Allemagne, Espagne). Au Canada un projet de loi a été adopté début décembre..  

(Sources : Huffington Post, 08.12.2021 & Le Monde, 08.12.2021)

Note des renseignements territoriaux sur les mouvements d’opposition au pass sanitaire

Depuis plusieurs semaines, chaque week-end est marqué par les manifestations des opposants au pass sanitaire. Une note des renseignements territoriaux alerte sur la présence parmi les manifestants, aux profils variés, de protestataires dont les convictions rejoignent celles de groupes sectaires. Lire la suite