Besoins psychologiques et théories conspirationnistes

L’adhésion aux théories du complot n’est pas un fait récent mais la pandémie n’a fait qu’accélérer leur potentiel d’attractivité. Pour The Conversation, Teodora Drob, étudiante en doctorat de psychologie à l’Université du Québec à Montréal, tente de décrire et d’analyser les rapports entre nos besoins psychologiques et ces théories.

Les différentes théories complotistes semblent avoir un point commun : la subversion. En effet elles vont contester les explications officielles en mettant en cause des acteurs puissants et malveillants et en proposant des explications alternatives.

De nombreux chercheurs ont déjà démontré que la croyance en des théories conspirationnistes pourrait combler certains de nos besoins psychologiques. Tout d’abord la quête de sens : ces théories offrent des réponses à des situations incertaines. Des études ont permis de montrer que l’adhésion à ces théories est plus forte dans un cadre sociopolitique incertain. En outre, la tendance à croire aux phénomènes surnaturels ou paranormaux constitue un terreau propice à la croyance conspirationniste.

Ensuite ces croyances procurent un sentiment de sécurité aux individus qui ont l’impression d’exercer un contrôle sur leur vie notamment en rejetant les discours officiels. Ces théories vont aussi permettre à des individus d’accepter les problèmes sociétaux et de trouver un confort psychologique perdu.

Les théories conspirationnistes peuvent aussi apporter une valorisation de l’estime de soi et le sentiment d’appartenance à un groupe social. L’impression par exemple de détenir une vérité, des informations importantes, peut entrainer chez certains conspirationnistes une augmentation de leur estime de soi. Ce point montre que les théories du complot peuvent combler certains besoins sociaux.

Malgré ces potentiels bienfaits, les théories du complot engendrent davantage de frustration car elles vont souvent à l’encontre de ces besoins. Notamment du fait de leur négativité qui entraine des émotions négatives, contrariantes et appellent à une méfiance constante pouvant engendrer un sentiment d’impuissance. 

(Source : The Conversation, 07.12.2021)

Les jeunes séduits par les théories complotistes ?

Début décembre 2021, une étude réalisée par l’institut de sondages CSA pour Milan Presse a montré que 85% des 10-15 ans sont séduits par une théorie complotiste et environ un quart estime que les médias « traditionnels » les manipulent.

Pour Jérémie Peltier, directeur d’études à la Fondation Jean Jaurès et auteur de plusieurs études sur le complotisme, les jeunes sont plus exposés aux théories du complot car ils s’informent pour la plupart sur les canaux de diffusion les plus utilisés pour la diffusion de contenus complotistes. Il ajoute qu’il peut y avoir « quelque chose de gratifiant » à croire en une théorie du complot. Allant dans ce sens, la psychanalyste Claude Halmos admet qu’une des raisons qui poussent les adolescents vers les théories du complot est le sentiment de supériorité qu’elles peuvent procurer.  Ce sentiment de supériorité, qui s’acquiert d’ailleurs rapidement sans avoir vraiment étudié un sujet, peut permettre de compenser un sentiment d’infériorité chez des adultes et chez les plus jeunes il exprime aussi une révolte contre un manque de reconnaissance notamment dans le cercle familial.

Ces croyances représentent un danger pour les plus jeunes compte tenu de leur fragilité. Les jeunes peuvent aussi subir l’impact de certains influenceurs ou célébrités qui font office de figure morale et d’autorité, mais répandent de fausses informations et des théories complotistes notamment sur la Covid19 sans se soucier de leur dangerosité.

Face à cette prolifération, les parents jouent un rôle important et doivent échanger avec les enfants dès leur plus jeune âge sur ces sujets. Ils doivent apporter des réponses à leurs questionnements avec discernement avant qu’ils ne choisissent d’aller chercher des explications ailleurs. L’éducation aux médias et à l’information relève de l’ensemble des adultes et en premier lieu de la famille. Le sondage prouve en effet que pour les 10-15 ans les parents restent la première source d’information. 

(Sources : France Info, 03.12.2021 & 11.12.2021 & La Croix, 01.12.2021)

Le journaliste Thomas Huchon invité par l’Adfi Aube et l’Upop

Invité à l’initiative de l’Adfi Aube et de l’Université Populaire de l’Aube fin novembre, le journaliste Thomas Huchon est intervenu sur le complotisme lors d’une conférence donnée à la Maison du patrimoine de St Julien les Villas.

Thomas Huchon a expliqué les mécanismes du complotisme et le rôle des réseaux sociaux dans la propagation des théories conspirationnistes.

Interrogé sur les prochaines élections présidentielles, il a pointé trois risques majeurs induis par le complotisme : l’apparition d’un nouveau candidat 100% complotiste, l’utilisation d’arguments complotistes par des candidats et « l’émergence en permanence de fausses informations qui vont créer un débat dans lequel on ne peut pas discuter. »

Une vingtaine d’antivax s’étaient réunis à l’extérieur du bâtiment pour manifester leur opposition à la vaccination. Certains d’entre eux sont entrés pour tenter de monopoliser la parole au moment des questions, dont une représentante de Réinfo Covid, se présentant comme juriste bac +9, et un pharmacien. 

(Source : L’Est Eclair, 05.12.2021)

Les nombreux points communs entre la mouvance complotiste et les sectes

Le Dr Janja Lalich, professeure émérite à l’université d’Etat de Californie, spécialiste des mouvements sectaires, s’est entretenue avec l’Express sur les similitudes entre les mouvements complotistes et les sectes. Elle livre au journal ses constatations sur le sujet.

Pour elle qui étudie le phénomène sectaire depuis 30 ans, il serait temps d’en reprendre la définition. Les sectes, agissant autrefois sous la houlette d’un leader bien identifié dans un endroit bien localisé, se déploient désormais sur Internet sans leader défini. Malgré un développement sur la toile, elles n’en restent pas moins fermées et on y retrouve « le même type d’étroitesse d’esprit que dans les sectes classiques » ce qui rend difficile toute communication avec leurs membres. Ce sont des traits qui se retrouvent également dans la mouvance complotiste.

Pour Janja Lalich le fait que les sectes se différencieraient des mouvements complotistes par leurs croyances religieuses, n’est pas un argument suffisant pour gommer leurs similitudes. D’ailleurs, explique-t-elle, « toutes les sectes ne sont pas religieuses ». Elle-même a été membre d’une secte politique dans les années 1970.

Même si les membres des communautés complotistes n’interagissent que sur internet, il n’en demeure pas moins que, comme dans les sectes, l’effet de groupe revêt une grande importance. Les membres s’y sentent comme dans une famille qui utilise le même langage, se regroupent autour des mêmes idées. Leurs membres n’ont pas besoin d’un leader, leurs idées et leurs croyances suffisent à guider leurs actions et à se rendre à tel ou tel événement.

Janja Lalich n’imagine pas que la mouvance complotiste, si ample qu’elle soit, puisse donner naissance à une secte globale, mais elle pense qu’il pourrait en émerger de petits groupes pouvant rassembler des milliers de personnes étant donné le nombre d’internautes partageant des idées complotistes. D’ailleurs, leur capacité à se regrouper et à s’organiser physiquement a déjà commencé à se concrétiser par exemple lors de mouvements de contestation antivax.

Qu’il s’agisse des sectes classiques ou des mouvements complotistes, les crises ont toujours profité à ce type de mouvement, dont l’expansion a été sans précédent depuis le début de la crise sanitaire. En cherchant des solutions, les gens tombent dans le piège. Mais le glissement est progressif, aussi Janja Lalich donne quelques clés pour déterminer si un proche adhère à ces théories. Elle explique : « il deviendra beaucoup plus étroit d’esprit. Il ou elle passera probablement tout son temps sur Internet, et il deviendra impossible de lui parler ».

Pour aider, il faut s’armer de patience et « construire une relation très humaine ». Ne pas parler des croyances, mais au contraire évoquer le passé et les bons souvenirs. Elle rappelle que quitter un groupe est l’une des choses les plus difficiles qui soit. Il ne faut jamais affronter l’adepte, mais au contraire le mettre à l’aise, le rassurer. (Source : L’Express, 15.11.2021)

Des communautés complotistes sur le point de voir le jour

Nées sur internet à la faveur de la crise sanitaire, plusieurs communautés conspirationnistes, ayant pour ennemis communs la vaccination anti-Covid et la politique sanitaire du gouvernement, cherchent désormais à se regrouper physiquement dans des lieux reculés pour vivre autour d’idéaux communs.

Rejetant les autorités, leurs membres aspirent à fonder une société différente, plus proche de la nature. Pour One Nation, il s’agit de « démarrer un nouveau monde », « de se ressaisir sereinement de son pouvoir personnel et refuser toute autorité illégitime », tandis que pour Réinfocovid l’idée est davantage de se replier pour échapper à la « dictature sanitaire ». Si Louis Fouché affirme qu’il n’existe aucun projet communautaire l’impliquant, le journal Le Monde avait cependant signalé l’intention de membres du collectif de s’installer dans l’Aveyron.

Ce « conspirationnisme totalement assumé », se diffuse « des ‘antivax’ aux complotistes New Age cherchant à vivre en autonomie, en passant par les survivalistes », constate le chercheur en psychologie sociale Sylvain Delouvé.

Ce type de communauté attire de plus en plus l’attention de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), qui a reçu 28 saisines au sujet d’écovillages en 2021, dont 9 sur One Nation. Mais « si ces groupes sont profondément conspirationnistes, ils ne s’inscrivent pas « à ce stade dans la dérive sectaire », explique Christian Gravel, Secrétaire général du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR) et président de la Miviludes.

Cependant constate Pascale Duval, porte-parole de l’Unadfi, il y a chez les adeptes de ces communautés, inspirées par des idées new age « un besoin de fuir notre société pour recréer la leur. Avant, elle existait de façon virtuelle. Aujourd’hui, ils sont en train de la matérialiser ». 

(Source : Blue Win, 21.11.2021)

Réinfo Covid s’exporte

Connu en France, le groupe Réinfo Covid qui milite pour « « une politique sanitaire juste et proportionnée » est aussi implanté outre-Atlantique au Québec. Le groupe ouvertement anti-vaccin prolifère sur les réseaux sociaux et multiplie ses réunions publiques pour diffuser son idéologie.

Fondé en juin 2021, le groupe organise des conférences de presse pour dénoncer la gestion de la pandémie et aborder le sujet de la vaccination, n’hésitant pas à diffuser de fausses informations. Réinfo Covid Québec organise aussi des manifestations d’opposants aux mesures sanitaires et à la vaccination obligatoire. Leur porte-parole est un médecin à la retraite. Comme il l’indique sur son site web, le groupe souhaite réunir des médecins et des soignants mais pas uniquement. Il prétend réunir des opinions différentes autour d’un dénominateur commun mais au sein du groupe des personnes vont défendre des idées plus extrêmes. Il est difficile d’estimer le nombre de personnes adhérant au groupe. Seule indication chiffrée : le nombre de membres du groupe Facebook, 13 500 au début du mois de novembre. Un grand nombre de publications, notamment sur la dangerosité des vaccins, y sont largement partagées et commentées. Sur leur site on peut retrouver certaines théories complotistes, la promotion de traitements dont l’efficacité n’a pas été prouvée ou encore de nombreuses fausses informations censées permettre aux internautes de se « réinformer ».

La différence est notable entre les discours publics et les idées partagées sur internet et les réseaux sociaux. Sur ces plateformes le groupe semble enclin à plus de radicalité.  Pour Stephanie Yates, professeure au Département de communication sociale et publique de l’Université du Québec à Montréal, le discours sur les espaces numériques est différent car il est notamment moins fondé scientifiquement et plus émotif en faisant plus appel à la peur. Pour elle, les discours dans les espaces numériques s’adressent à des personnes déjà sympathisantes et ne requièrent aucune édulcoration et les remises en question seront quasi-inexistantes.

L’ouverture de Reinfo Covid à une pluralité de discours est aussi un constat du journaliste français William Audureau qui montre que le fonctionnement du groupe permet à certaines personnes sans background médical d’exprimer et de promouvoir des « discours parfois assez exotiques ». Il a remarqué que la quasi-intégralité des publications tournent autour de la dangerosité supposée des vaccins et des masques, bien que le groupe se défende d’être antivaccins et anti-masques.   (Source : Radio Canada, 13.11.2021)

Lire sur le site de l’Unadfi, L’inquiétante évolution du collectif Réinfocovid : https://www.unadfi.org/actualites/groupes-et-mouvances/l-inquietante-evolution-du-collectif-reinfocovid/

 

 

One Nation poursuit sur sa lancée

Après l’échec de son installation dans le Lot, le mouvement One Nation envisage désormais de s’établir dans les Alpes de Haute-Provence. Une équipe de journalistes de l’Œil du 20h de France 2 a infiltré le mouvement lors d’un atelier de trois jours organisé près de Valence (26) par Alice Pazalmar, la fondatrice de One Nation.

Très présent sur les réseaux sociaux, le mouvement appelle à faire sécession avec l’État, à l’image des Citoyens souverains. Dans ses vidéos, Alice engage ses adeptes à brûler leur passeport, à retirer leur plaque d’immatriculation pour ne plus être repérables. État dans l’État, One Nation délivre désormais ses propres permis de conduire et ses propres cartes d’identité.

Pendant les trois jours d’atelier Alice Pazalmar distille de longs monologues antisystèmes aux 25 participants issus de tous les milieux sociaux. Ils sont venus de toute la France pour « participer à la libération de l’humanité », ou « pour passer à l’action ».

Si le projet d’installation dans le Lot a échoué, le groupe poursuit son idée d’établir des communautés physiques dans tout le pays. Baptisées One Lab par Alice Pazalmar, ces « oasis » où démarrer « un nouveau monde » ont pour vocation de vivre selon les idéaux des membres du groupe. L’idée d’Alice Pazalmar est de laisser à chacun l’initiative sur le terrain et ensuite de partager les idées qui ont fonctionné. Mais selon les journalistes infiltrés au séminaire, le but est aussi de constituer un maillage de communautés en sécession avec l’État dans toute la France, sortes d’États dans l’État. Si le nombre de présents à l’atelier était réduit, le réseau compterait environ 4 000 membres actifs qui communiquent en permanence sur une messagerie cryptée.

Ce sont ces mêmes membres qui avaient conseillé à la mère de Mia d’enlever sa fille et de contacter Rémy Daillet pour passer à l’action.

Pour Rudy Reichstadt, directeur de Conspiracy Watch, « on retrouve chez Alice Pazalmar un discours qui est celui du complotisme le plus radical. On voit là les germes de ce qui pourrait être une dérive sectaire. ». Antivax, cette dernière adhère aussi aux thèses de QAnon.

Selon l’Unadfi, l’idéologie new age, en engageant ses « adeptes à se couper de la société pour en créer une autre », est une porte vers le complotisme et l’une des principales sources d’inspiration des mouvements comme One Nation. Pascale Duval, porte-parole de l’association, estime qu’il y a « vraiment chez eux un besoin de fuir notre société pour recréer la leur ».

Selon Laurent Nuñez, coordinateur national du renseignement, le plus grand danger d’un mouvement comme One Nation c’est le séparatisme. Le raisonnement de ces gens « qui se mettent en marge des règles de la République et rejettent toute autorité étatique ou locale » lui rappelle celui de l’ultra droite qui amène ses membres « à se retirer, s’entraîner, s’organiser, avoir la capacité de se défendre et finalement d’occuper un territoire ».

En 2020, la Miviludes a reçu neuf signalements sur One Nation.  (Sources : France TV Info, 15.11.2021, La Voix du Nord & BFM TV, 19.11.2021)

Pour visionner l’émission : https://www.francetvinfo.fr/faits-divers/enlevements/enlevement-de-mia/one-nation-enquete-de-l-oeil-du-20h-au-coeur-d-un-mouvement-complotiste_4846133.html

Pour en savoir plus sur One nation, lire sur le site de l’Unadfi : La nation virtuelle ne verra pas le jour dans le monde réel : https://www.unadfi.org/actualites/groupes-et-mouvances/la-nation-virtuelle-ne-verra-pas-le-jour-dans-le-monde-reel/

Dans la tête des complotistes, les dessous de l’infox, RFI, 19.11.2021, 19 minutes

L’émission de RFI, Les dessous de l’infox a reçu dans son édition du 19 novembre le journaliste et auteur William Audureau pour parler de son livre Dans la tête des complotistes.

Une année durant, il a infiltré des groupes complotistes, a discuté avec des conspirationnistes pour comprendre ce qui les a amenés à adhérer à ces thèses. Comprendre ce mode de pensée est aussi la clé pour les aider à en sortir.

(Source : RFI, 19.11.2021)

Écouter l’émission : https://www.rfi.fr/fr/podcasts/les-dessous-de-l-infox/20211119-dans-la-t%C3%AAte-des-complotistes

Le fact-checking est-il utile ?

Face à l’avalanche de fake news qui se répandent sur internet depuis le début de la pandémie, de nombreuses rédactions se sont lancées dans la vérification des faits (fact-checking) pour les contrecarrer.

Si le fact-checking fait hésiter à partager une fausse information, cela n’aura cependant pas « d’incidence sur l’impression globale du sujet » explique Emeric Henry, professeur associé au Département d’économie de Sciences Po. Ainsi on peut corriger une information ponctuelle prouvant qu’un accident de vaccination est faux, sans modifier l’impression globale du public réticent au vaccin contre la Covid-19.

La vérification des faits comporte aussi le risque d’attirer l’attention sur l’information que l’on veut contrer et d’augmenter son audience.

Atteindre sa cible dans le fact-checking est très difficile, car ceux qui partagent de fausses informations ne s’intéressent qu’à celles qui vont dans le sens de leurs croyances et confortent leur opinion. C’est ce que déplorait déjà Caitlin Dewey, la spécialiste des Hoax du Washington Post, en 2014. Cependant, pour le journaliste William Audureau, le fact-checking aide ceux qui font encore confiance à la presse.

Les spécialistes du fack-checking ont cependant constaté que le manque d’efficacité du procédé pourrait tenir au format utilisé pour exposer les faits corrigés. Il semblerait que le format vidéo soit plus efficace pour convaincre quelqu’un, en particulier lorsque les gens confrontent leurs idées. Dan Sperber et Hugo Mercier, chercheurs en psychologie cognitive, ont montré que la capacité à raisonner est meilleure dans le cadre d’un dialogue que d’articles qui seraient donc moins efficaces.

Par ailleurs, le fack-checking ne se prête pas à certains exercices comme la vérification de faits en temps réel comme lors de débats sur les chaînes de télévision, BFMTV ou LCI. Le fact-checking demande de l’approfondissement et ne doit surtout pas tomber dans l’approximation. Les « fact-checkeurs doivent se concentrer sur des sujets vérifiables le plus objectivement possible » explique Emeric Henry.

Un autre obstacle de taille, pour les fact-checkeurs est Facebook, l’un des principaux canaux de diffusion de fausses informations. Si des partenariats ont été noués entre Facebook et des médias comme les Décodeurs du Monde ou Factuel de l’AFP, on ignore leur impact sur un réseau social où les fausses informations circulent six fois plus vite que les vraies. Pour une société comme Facebook, dont le modèle économique repose sur le nombre d’engagements sur une publication, c’est-à-dire de like, partages, et commentaires, il n’est guère intéressant de freiner leur propagation.  (Source : L’Express, 25.11.2021)

Démantèlement d’un réseau complotiste qui préparait des actions violentes

Le complotiste Rémy Daillet, qui avait fait parler de lui lors de l’enlèvement de la petite Mia, a été mis en examen le 22 octobre 2021 pour avoir fomenté un coup d’État et des actes de terrorisme antimaçonniques et antisémites. Au moins quatorze autres personnes, proches de l’extrême droite, ont été mises en examen pour avoir participé au projet.

Un réseau de « cellules clandestines hiérarchisées sur le territoire national » a été démantelé par la DGSI et le Parquet national antiterroriste.

Tout est parti d’une vidéo diffusée en octobre 2020 dans laquelle Rémy Daillet appelait au renversement d’Emmanuel Macron. Il y invitait ses spectateurs à se joindre à lui via une adresse mail figurant sur son site. Contre toute attente cela a fonctionné et il a ainsi recruté un ancien militaire, un agent de sécurité, un animateur, et d’autres … qui se sont organisés en diverses branches : armée, civile. L’agent de sécurité, dans l’appartement duquel ont été retrouvées des armes, avait même conçu le « plan d’assaut du jour J ».

Tout s’est déroulé sur internet, le recrutement, l’organisation du réseau, ainsi que les entretiens avec Rémy Daillet, alors exilé en Malaisie -il a été extradé depuis. Évitant les réseaux sociaux comme Facebook, les membres échangeaient via Proton mail, une messagerie sécurisée, et utilisaient un VPN pour dissimuler l’origine géographique de leur connexion. Lors de ces conversations privées, les protagonistes discutaient tout autant des cocktails Molotov et grenades à fragmentations que des cibles à attaquer, parmi lesquelles figuraient Jacques Attali, Olivier Véran, Emmanuel Macron, mais aussi des antennes 5G ou des centres de vaccination. Lors de ces rencontres virtuelles, les troupes étaient galvanisées par les discours guerriers de Daillet et des autres chefs. Le jour du putsch, Daillet prévoyait d’entrer de force à l’Élysée et d’ouvrir le feu si les forces de l’ordre leur tiraient dessus.

Si Rémy Daillet affirmait être fort d’une troupe de 10 000 à 20 000 hommes et femmes, l’un des protagonistes mis en examen révèle qu’ils n’étaient que 300.

Parmi ces 300, quatorze meneurs ont été mis en examen. Ils ont en commun leur haine des juifs et de l’autre en général. Leur univers tourne autour de la fachosphère d’extrême droite qui s’affiche sur internet. Leurs références vont du survivaliste Piero San Gorgio aux antisémites Hervé Ryssen ou Vincent Renouard. Alain Soral avec Egalité et réconciliation, TV Liberté, Riposte laïque comptent parmi leurs médias préférés.

Si la majorité du projet s’est déroulé sur internet, l’un des leaders a aussi recruté deux membres, dans un café et lors d’une manifestation anti-pass sanitaire organisée par Florian Philippot. L’un d’eux, professeur de physique-chimie, deviendra l’artificier du groupe.

L’influence de Daillet a dépassé les frontières, puisqu’il a réussi à rallier à sa cause un autre Youtubeur résidant aux Etats-Unis. Ce dernier avait envoyé des pièces pour remilitariser une mitrailleuse de la seconde guerre mondiale. Des armes ont été découvertes chez plusieurs des protagonistes lors des perquisitions de la police.  (Source : Libération, 22.11.2021)