Des dérives sectaires toujours présentes dans le domaine de la santé

Il ressortait du sondage commandé par l’Unadfi1 à la fin de décembre 2021, qu’environ un Français sur trois considère la santé comme un domaine menacé par des dérives sectaires. Pourtant ce phénomène est bien plus inquiétant et présent que ne peuvent le penser les Français.

A la faveur de la crise sanitaire, les dérives sectaires dans le domaine de la santé ont connu un écho grandissant s’appuyant notamment sur des doctrines dangereuses : déni de l’existence du virus, mise en cause et refus de la vaccination et nombre de produits et de pratiques pseudo-médicales censés guérir tous les maux. S’il y a bien un terreau favorisant les dérives sectaires dans le domaine de la santé c’est celui de la vulnérabilité, de la souffrance et des inquiétudes liées à la maladie. Fragilisées face à des éléments qu’elles ne maitrisent pas, les personnes peuvent se tourner vers des promesses soi-disant miraculeuses. Dès lors elles courent un risque et peuvent tomber sous l’emprise d’un pseudo-thérapeute.

Cependant des personnes en bonne santé mais en recherche de santé parfaite peuvent aussi tomber sous cette emprise.  Pour Bruno Falissard, psychiatre et directeur du Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations à Villejuif, les victimes risquent de perdre des sommes importantes, de subir des violences mais aussi de perdre des chances de guérison. Autre danger, celui du refus de vaccination qui fait courir un risque à la collectivité. Bruno Falissard plaide pour le retour du Groupe d’appui technique sur les pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique dont l’Inserm était membre. Si le danger provient de certains pseudo-thérapeutes il peut aussi émaner de praticiens formés à la médecine académique.

Du côté des pouvoirs publics ce danger est pris au sérieux. Pour la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) la santé est le domaine qui inquiète le plus en termes de dérives mais aussi de discours complotistes. 38% des signalements reçus entre 2019 et 2020 concernent la santé. Samir Khalfaoui, du pôle santé à la Miviludes, rappelle que ce chiffre est minimisé par rapport à la réalité. En effet, de nombreuses victimes n’osent pas effectuer un signalement, témoigner de leurs histoires, ou en sont dissuadées.  Selon la Miviludes, il existerait plus de 400 pratiques et quatre Français sur dix y recourent, dont 60 % parmi les malades du cancer. Ces chiffres sont cependant difficiles à estimer étant donné leur caractère mouvant. Comme peuvent le constater les associations de nombreuses pratiques nouvelles voient le jour régulièrement. 

(Sources : INSERM, 04.04.2022 & La Dépêche, 22.04.2022)

1. Lire sur le site de l’Unadfi, Quelle perception ont les Français du phénomène sectaire : https://www.unadfi.org/prevention/aide-aux-victimes/demander-de-laide/partenaires/quelle-perception-ont-les-francais-du-phenomene-sectaire-%EF%BF%BC/ contre les risques sanitaires

QAnon veut croire aux « medbed » magiques

Au sein de la mouvance d’extrême droite QAnon, une théorie du complot est en train de gagner en popularité : celle de l’existence de « medbeds ».

L’arrivée de ce dispositif est très attendue. Ces lits médicalisés seraient capables de guérir les cancers les plus graves, de faire repousser les membres et même d’inverser le cours du vieillissement. Un groupe QAnon basé à Dallas est persuadé que c’est grâce aux pouvoirs curatifs de ces lits médicalisés miraculeux que John F. Kennedy est toujours vivant et a pu rester jeune. 

Romania Didulo, une leader conspirationniste proche du mouvement QAnon et se présentant comme la « Reine » du Canada, a aussi fait la promotion de ces lits médicalisés. En août dernier elle a publié un post promettant que ces appareils « seront rendus accessibles gratuitement pour tous les Canadiens. » YamatoQ, la frange japonaise de QAnon, a également embrassé cette théorie, et a même fabriqué sa propre version de l’appareil avec des fils de cuivre.

Les adeptes de cette théorie croient en des prophéties. La première dit que Trump connaît l’existence de ces lits et les rendra bientôt accessibles au public. La deuxième concerne les grandes compagnies pharmaceutiques, qui seraient vouées à complètement disparaître d’ici très peu de temps.

Des entrepreneurs profitent de ces croyances

Une société du nom de Tesla Biohealing, basée dans le Delaware, propose d’ores et déjà à la vente ce qu’elle appelle des « Générateurs MedBed ». Si la société se distancie des théories complotistes de QAnon, elle s’adresse néanmoins à ses défenseurs. Une certaine Julie, vendeuse pour Tesla Biohealing, a vanté les mérites des produits de la société dans un message posté dans une discussion QAnon sur le réseau Telegram : « pour votre information, mon époux utilise un ‘Générateur Medbed’ et un ‘Biohealer Tesla’ pour traiter ses tumeurs de la glande salivaire agressives et inopérables. Cette technologie est d’un très grand soutien. » Tesla Biohealing attribue sa technologie à James Liu, médecin et président de cette société. Par le passé il a été accusé par la Federal Trade Commission (l’équivalent de la Direction générale de la Concurrence) de publicité mensongère alors qu’il proposait des traitements pour l’asthme. De plus, le précédent conseil d’administration de sa société avait émis une résolution l’accusant de sabotage, de contrefaçon, et d’avoir envoyé de l’argent appartenant à la société à sa petite amie d’Internet. Aujourd’hui, James Liu assure que des produits de Tesla Biohealing, des boîtes en métal à placer sous le matelas de son lit, peuvent mener le malade vers la guérison. Ces boîtes généreraient de l’énergie vitale qui aiderait à guérir les malades de « cancers en phase terminale » et ceux « paralysés depuis six mois après un AVC ». Pour les maladies les moins graves, l’entreprise conseille un « Biohealer pour adulte », au prix de 599 dollars. Pour les cancers sévères, elle conseille « deux Générateurs Medbed ou plus », qui coûtent  1999 dollars l’unité.

D’autres entreprises osent aller plus loin encore. Une entreprise suisse du nom de 90.10 est parvenue à acquérir le nom de domaine très convoité « medbed.com » et propose sur son site, vidéo à l’appui, l’accès pour le malade à une « énergie infinie » et la possibilité de « reprogrammer son ADN », le tout sans effets secondaires. L’entreprise ne vend ni ne livre aucun produit. Elle prétend pouvoir transformer à distance les lits de ses clients grâce à une technologie dont elle a déposé la marque : « Faster than Light Technology ». Cette technologie est censée « téléporter ou diffuser sans délai de l’énergie et des fréquences quantiques dans le corps humain. » Sur son site internet l’entreprise a publié des vidéos de prétendus clients qui affirment qu’en une seule nuit de sommeil leur lit aux pouvoirs augmentés était parvenu à réaligner leur colonne vertébrale, nettoyer leurs sinus, guérir des douleurs osseuses, leur révéler leur véritable but dans la vie. Le président de 90.10 a déclaré ne pas être au courant des théories conspirationnistes défendant l’existence des « medbed », ces lits médicaux guérisseurs. L’appellation « medbed » signifierait « meditation bed ». Selon lui, le système qu’il propose n’est pas de nature médicale, mais « a pour objectif d’acheminer de l’énergie quantique à l’intérieur du corps. » Cela pour la modique somme de 2 500 dollars.  

(Sources: Radio-Canada, 01.04.2022 & Times of Israël, 01.04.2022)

Décès pendant une cure de détoxification

Une jeune femme belge d’Anvers décède brutalement dans des circonstances non élucidées alors qu’elle participait à une cure de détoxification à Heesselt, un village rural des Pays-Bas.

Tinne G., 35 ans, avait participé à plusieurs reprises à des cures de détoxification, dont deux dans ce village.  Le lieu semble très prisé des personnes en quête de sens et de spirituel, avec au milieu d’une forêt, le « Tantra Temple », pour une « recherche plus profonde des couches de vous-même ».

Cette dernière cure a été fatale à la jeune femme, victime d’une mort soudaine. Une enquête et des tests toxicologiques sont en cours.

Ce décès n’est pas le premier aux Pays-Bas. En 2016, l’autorité sanitaire des produits alimentaires et de consommation (NVWA) avait alerté sur un remède impliquant déjà un décès suspect. La personne avait consommé une sorte de « thé minceur » avant de succomber à une crise cardiaque.

Jan Tytgat, professeur de toxicologie à Louvain, avertit que ces cures très suivies, « qui diffèrent en en termes de durée et d’intensité », ne sont pas sans danger. Elles utilisent souvent des produits contenant de la caféine, aux effets diurétiques, faisant penser que « tout sort du corps rapidement »… mais il y a des risques surtout avec des produits achetés sur internet sans savoir précisément ce qu’ils contiennent.  La « détoxification spirituelle » avec des substances entraînant des états d’ivresse puissants se développe aussi aux Pays-Bas. Une substance hallucinogène psychoactive illégale, l’Ayahuasca, très utilisée dans ces cures, peut provoquer en particulier des « bad trip » aux conséquences désastreuses pour le cerveau et peut conduire à des pathologies psychotiques sévères.   

(Source : 7sur7.be, 11.04.2022)

L’influence de Guylaine Lanctôt

Les récents discours antivax ont remis sur le devant de la scène le personnage de Guylaine Lanctôt, source d’inspiration de nombreux conspirationnistes. Cela fait plus d’une trentaine d’années qu’elle diffuse son message antivaccin et anti-institutions.

Avec la pandémie, Guylaine Lanctôt a multiplié les séminaires, les présentations ou encore sa présence dans des vidéos. Ses propos, qui inquiètent les professionnels de santé, sont repris par de nombreux conspirationnistes antivaccin.

Guylaine Lanctôt est une médecin québécoise déchue. Radio Canada a enquêté sur elle et s’est infiltré dans une de ses sessions de développement personnel. Durant les trois jours, elle a expliqué que le but de la vie était de devenir un être souverain libéré de tout attachement matériel ou social. Elle-même a renoncé à ses rôles de citoyenne, de mère et de contribuable.   Selon elle, il faut abandonner les institutions financières, elle encourage aussi à quitter le système de santé. Sans conteste New Age, sa doctrine prône la transformation de l’être humain en un être souverain et libre. Ses enseignements comportent des risques pouvant entrainer la mort notamment par l’arrêt des traitements et des médicaments. 

Connue par son livre La mafia médicale dans les années 1990, elle semble bénéficier d’un regain de popularité à Guylaine Lanctôt grâce à la pandémie. Trouvant un nouveau public dans les sphères conspirationnistes, ses théories sur la maladie et le vaccin l’amènent à être citée ou invitée par des personnalités connues dans le milieu complotiste. Elle y partage ses idées empreintes de New Age comme le fait que le vaccin sépare le corps de l’âme ou que les virus seraient simplement un rejet des choses dont le corps n’a plus besoin. Elle a par ailleurs multiplié la publication de nouveaux livres et carnets présentant sa doctrine sur la santé, la société, la loi ou encore l’éducation. Son calendrier de conférences s’est largement rempli à la suite de la pandémie. Ses propos sont aussi mêlés à des idées répandues dans la sphère QAnon.

Le Centre d’expertise et de formation sur les intégrismes religieux, les idéologies politiques et la radicalisation a publié au début de l’année 2022 un rapport sur les discours complotistes qui se sont répandus au Québec durant la pandémie. On y retrouve Guylaine Lanctôt clairement identifiée comme l’un des fers de lance du mouvement New Age en ce qui concerne la santé. Du côté du Centre de la prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRMV) on constate que les idées sur la santé véhiculées par Lanctôt peuvent conduire des personnes à une radicalisation. Les individus vont adhérer à des principes allant à l’encontre de la médecine pouvant être dangereux. Les personnes se tournant vers ces idéaux sont bien souvent dans une période de questionnement ou de vulnérabilité.

Des témoignages accablants

L’été dernier, un chanteur québécois est décédé du sida. Il avait abandonné sa trithérapie après avoir découvert une théorie indiquant que le sida n’est qu’une invention pharmaceutique pour engranger des profits. Il est alors entré en contact avec Lanctôt qui lui a envoyé des articles démontrant « la fraude du VIH ». Dans un courrier, elle lui précisait que le VIH lui aurait été injecté par l’entremise d’un vaccin contre l’hépatite B et ne l’encourageait pas à suivre son traitement. Les proches du chanteur ont compris qu’il ne faisait confiance qu’aux idées de Lanctôt et ses disciples ; ils racontent qu’avant de mourir il se soignait avec des solutions d’eau salée, des suppléments alimentaires et des laxatifs.

Radio Canada a pu parler avec d’autres proches de victimes des théories de Lanctôt, qui témoignent que ces théories ont conduit à la mort de leurs proches. L’un a perdu ses deux sœurs. La plus grande ayant lu La Mafia médicale était convaincue que tout était une arnaque et que les médicaments ne servaient qu’à enrichir l’industrie pharmaceutique. Elle a transmis ses théories à son autre sœur.

Une autre victime témoigne qu’après la lecture de l’ouvrage elle a changé radicalement son mode de vie :  rejetant alors les vaccins pour ses enfants et se tournant vers des remèdes naturels. Elle n’a changé de point de vue qu’après avoir appris la leucémie de son fils mais il lui a fallu un long parcours psychiatrique pour abandonner de manière définitive ses croyances.

Les familles sont démunies face au peu de recours contre ce type d’agissements et de dérives. Elles aimeraient que la population soit protégée de ce type de gourou criminel. Du côté du collège des médecins, une ancienne membre regrette que, malgré sa radiation, Lanctôt continue de sévir dans le milieu de la santé alternative et estime qu’elle devrait être sanctionnée pour exercice illégal de la médecine.

Le parcours de Guylaine Lanctôt

Dans les années 1980, alors spécialiste en phlébologie, elle était considérée comme une experte dans son domaine. Possédant plusieurs cliniques au Canada et aux Etats-Unis, elle était alors perçue comme une médecin renommée possédant un bon sens du business. En 1992, elle explique qu’à la suite d’une conférence en France elle découvre le mouvement antivaccin. Elle débute alors la rédaction de son ouvrage La mafia médicale. Le livre est publié en 1994 et constitue la pierre angulaire de sa doctrine. Elle y critique fortement les vaccins qui seraient responsables de l’épidémie de sida et pourraient causer l’autisme. Elle dénonce l’establishment médical qui serait à la solde des industries pharmaceutiques. Au-dela d’un simple livre antivaccin et prônant une santé alternative cet ouvrage est clairement anti-institution. Les institutions de santé canadiennes décident d’intervenir estimant que l’ouvrage constitue un danger public dans le sens où il empêche les enfants d’être protégés et pousse les individus à l’abandon des traitements. Le Collège des médecins examine les failles dans le raisonnement de Lanctôt. En 1997, le comité tranche sur le fait qu’elle trompe le public par la communication d’informations inexactes et contraires aux données de la science et que ses opinions portent préjudice à la santé et au
bien-être public. Elle est alors radiée de façon permanente et perd ainsi son titre de médecin. Cette sanction rare montre l’ampleur de la situation.

Au-delà des soucis avec les institutions de santé, Guylaine Lanctôt a fait faillite. Avant la publication de son livre elle a tenté de vendre ses cliniques mais refusant les offres insuffisamment généreuses à son gout, elle est en faillite en 1995. Elle prétend alors ne plus rien avoir, ni propriété, ni droit d’auteur, ni cliniques. La justice constate que sa faillite est dûe à une insouciance et constate la disparition sans aucune explication de près de 200 000$ d’actifs. Dès lors, Guylaine Lanctôt cesse de se soumettre ses déclarations d’impôt, renie les institutions financières et se revendique citoyenne souveraine. Cela lui cause des problèmes avec la justice, elle purge une peine de deux ans de prison en 2008.

Devant les tribunaux, Guylaine Lanctôt a expliqué qu’elle refusait de participer au processus judiciaire, car elle ne s’identifiait plus comme Guylaine Lanctôt. Pendant les procédures, elle a même remis au juge un avis de décès annonçant le décès de cette dernière. Aujourd’hui, elle prétend lors de ses stages ne plus payer d’impôts et invite ses fidèles à faire de même en leur donnant des solutions pour se cacher du fisc, quitter les banques et avoir recours au travail au noir.  Elle explique aussi qu’il y a deux Guylaine Lanctôt : un être humain et une autre, créé par le gouvernement, qui doit payer l’impôt. Elle prétend ne plus posséder de biens, cependant selon l’enquête de Radio Canada la maison dans laquelle elle habite appartient à une associée de Lanctôt qui participe activement à la publication de ses livres et enseigne sa doctrine. Les profits dégagés par la vente des ouvrages ou encore les formations qu’anime Guylaine Lanctôt semblent difficile à évaluer. Son livre La mafia médicale a fait l’objet d’une réédition en 2021, elle publie de nombreux nouveaux ouvrages présentant sa doctrine et ses croyances. Ses stages sont encore régulièrement remplis. Elle d’un nouveau public issu des mouvements de contestation des mesures sanitaires. L’ensemble de ses rentrées d’argent lui permettrait de dégager un profit attrayant. Depuis plus de 30 ans, elle gravite autour des milieux antivaccin, New Age et complotiste, sa position d’ex-médecin lui conférant de plus une position d’autorité.  

(Source : Radio Canada, 03.03.2022)

Nouveau rapport de la DGCCRF : « Attention aux risques des pratiques de soins non conventionnelles »

Après une première enquête menée en 2018, la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF) lance une nouvelle alerte dans un rapport publié sur son site le 14 mars 2022, à l’issue d’une campagne de contrôles menée entre octobre 2020 et septembre 2021.

Cette fois, la DGCCRF a étendu son enquête à une cinquantaine de pratiques différentes telles que l’acupuncture, l’hypnothérapie, mais aussi à des pratiques prétendant avoir une action sur les énergies comme le reiki, l’access bars, les thérapies quantiques, la « biorésonance », la « géobiologie », le magnétisme…

Les inspecteurs ont visité 381 établissements. A l’issue de leur contrôle, ils ont donné 189 avertissements, 55 injonctions et dressé 17 procès-verbaux. Ces 261 établissements ont majoritairement été l’objet de rappels à l’ordre « pour pratiques commerciales et allégations trompeuses, pour usurpation de titre et pour exercice illégale de la médecine » et si la plupart du temps les manquements sont dus à une méconnaissance de la réglementation, « pour une part non négligeable on relève une véritable volonté de tromper le consommateur » a noté la DGCCRF.

Ainsi de nombreux thérapeutes n’hésitent pas à reprendre des codes médicaux, comme des plaques devant leur cabinet, ou à user de termes et expressions en rapport avec la santé et les maladies. Or les communications en lien avec la santé, les maladies, sont strictement encadrées par le Code de la consommation. Il est ainsi considéré comme une pratique commerciale trompeuse d’« affirmer faussement qu’un produit ou une prestation de services est de nature à guérir des maladies, des dysfonctionnements ou des malformations ». Pourtant bon nombre de thérapeutes y ont recours en prétendant même pouvoir guérir ou en encourageant l’abandon des traitements conventionnels.

Le référencement de ces praticiens dans des annuaires en ligne censés être réservés aux professions médicales ou paramédicales est également de nature à induire les patients en erreur.

La DGCCRF s’inquiète aussi de l’augmentation des propositions de soins en visio mises en place pour s’adapter aux contraintes sanitaires et des dérapages que cela peut occasionner comme ceux de thérapeutes qui proposent des séances de réflexologie ou de reiki à distance alors que ces pratiques sont censées être basées sur le toucher.

Ce contrôle a également montré d’importantes lacunes dans la formation de ces thérapeutes. Certains centres de formations proposent des stages de quelques jours coûtant plusieurs milliers d’euros, restent vagues sur la nature des diplômes qu’ils délivrent et recourent « abusivement à des formulations du type : formations diplômantes ou certifiantes ».

Le rapport souligne aussi que beaucoup de ces formations ne délivrent aucune information sur les obligations légales des futurs praticiens.

La DGCCRF déplore aussi que certaines soient prises en charge au titre de la formation professionnelle et recommande aux pouvoirs publics, lors de l’attribution de financements publics, une vigilance particulière quant « à la licéité des pratiques faisant l’objet de formations ». 

(Sources : Le Quotidien du médecin, 18.03.2022 & JIM, 23.03.2022)

Lire le rapport de la DGCCRF dans son intégralité : Attention aux risques des pratiques de soins “non conventionnelles” :

https://www.economie.gouv.fr/dgccrf/attention-aux-risques-des-pratiques-de-soins-non-conventionnelles

Lire les articles sur le rapport de 2019 sur le site de l’Unadfi :

Rapport accablant de la DGCCRF sur les « médecines douces »

https://www.unadfi.org/actualites/domaines-dinfiltration/sante-et-bien-etre/pratiques-non-conventionnelles/rapport-accablant-de-la-dgccrf-sur-les-medecines-douces/f

La DGCCRF publie une fiche pédagogique sur la pratique de soins non conventionnelles :

Dérive mystique ?

Courant décembre 2021, les policiers municipaux de Saint Jory (31) ont découvert deux corps sans vie chez un magnétiseur renommé de la région. Sa famille et lui n’ayant donné aucun signe de vie depuis plusieurs jours, les policiers se sont rendus à leur domicile. Si le magnétiseur, âgé de 63 ans était vivant, sa femme et sa mère étaient toutes deux décédées, mais avec plusieurs jours de décalage. Jusqu’à présent les causes de leur mort n’ont pas été élucidées. Le rôle de la femme dans le décès de la mère et la raison pour laquelle l’homme n’a pas déclaré leurs décès demeurent un mystère, tant les propos du magnétiseur sont incohérents.

L’homme, aveugle, était très connu dans la région pour ses dons de guérisseur. Il vivait à Saint Jory avec sa femme, elle aussi magnétiseuse, et sa mère. Réputé très pieux, le couple versait dans la littérature millénariste et se préparait activement en vue de l’apocalypse en prévision de laquelle il avait stocké de grandes quantités de nourriture, surtout depuis le début de la pandémie qu’il avait interprétée comme un signe de la fin des temps.

La dérive du magnétiseur est ancienne. Son don de guérison lui aurait été révélé en 2000 par un évêque lors d’un pèlerinage à Lourdes. Croyant en ses capacités de guérison, il a abandonné son métier d’accordeur de pianos pour se consacrer à ses patients qu’il recevait dans une atmosphère très mystique. Chaque séance débutait par une prière et était ponctuée de la visite de sa chapelle privée.

Conforté par ses succès auprès de clients qui venaient de loin et attendaient de longues heures pour recevoir ses soins, et conforté dans son choix de vie par son curé, il en est venu à croire qu’il avait la capacité de tout guérir.  Quand son père lui a annoncé son cancer en 2010 il l’a dissuadé de suivre une chimiothérapie et l’a soigné, entre autres, à l’eau bénite pouvant, selon lui, guérir les tumeurs ou la leucémie. Son père meurt, mais cet échec ne le dissuade pas de poursuivre ses soins. Il encourageait certains de ses patients à arrêter leur traitement et leur prescrivait des huiles essentielles ou des plantes pour traiter des pathologies graves comme la sclérose en plaque. Quant aux vaccins, il y était totalement opposé et prétendait pouvoir soigner le Covid.

Hospitalisé en psychiatrie depuis la macabre découverte, s’il n’a pas donné d’explication sur la mort des deux femmes, il aurait récemment confié à son curé : « elles sont dans la lumière ». 

(Source : Marianne, 11.03.2022)

Que peuvent faire les maires contre les dérives sectaires sur leur territoire ?  

Les sectes avancent souvent masquées et savent s’immiscer discrètement dans les communes. Face à un phénomène difficile à identifier, les maires sont souvent démunis face à l’entrisme sectaire sur leur territoire. A partir d’exemples concrets, le journal Maires de France donne des pistes pour protéger les administrés.

Les personnes âgées sont une cible des sectes, souvent en raison de leur isolement. La maire d’une commune rurale, dont c’est le premier mandat, raconte avoir voulu aider une dame âgée qui s’isolait progressivement et ne votait plus sous l’influence des membres d’une secte. Les tentatives de dialogue ayant échoué avec la personne âgée, l’élue n’a pas osé se tourner vers ses enfants car elle craignait d’être trop intrusive.

Dans une autre commune, un maire confronté au même groupe sectaire pour un problème concernant une personne âgée de 95 ans, a immédiatement fait appel aux enfants de cette dernière. La secte avait réussi à remplacer les auxiliaires de vie et à obtenir des assurances vie aux noms de certains de ses membres. Prévenir les enfants est capital car ils peuvent demander des mesures de protection. Un maire peut aussi envoyer un travailleur social chez la personne ciblée par la secte afin de montrer qu’elle n’est pas seule.

Le secteur de l’éducation est lui aussi sujet à l’entrisme des sectes. Concernant l’instruction à domicile, le maire peut s’assurer que l’enfant étudie dans de bonnes conditions matérielles. Le respect des programmes est contrôlé par l’Education nationale. Les maires peuvent aussi s’interroger lorsque des parents demandent des régimes spéciaux qui pourraient alerter sur une radicalité.

Concernant les secteurs des « médecines douces » et du bien-être, leur absence d’encadrement laisse le champ libre à l’implantation de groupes sectaires. La Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires (Miviludes) préconise de n’accepter que de vrais professionnels de santé dans les maisons de santé financées par les mairies. Il ne doit pas y avoir de confusion possible pour les usagers de ces lieux. Les porteurs de projets peuvent se renseigner auprès de l’agence régionale de santé (ARS) ou de la Miviludes. Les mouvements sectaires recherchent parfois une caution municipale en s’installant dans de tels lieux.

Apparaître dans un bulletin municipal, dans la liste des associations de la commune ou rencontrer un maire peut aussi leur permettre d’apparaître plus respectables. Un maire des Vosges a ainsi signalé en 2020 avoir reçu le courrier d’une secte mondialement connue qui sollicitait une rencontre. Il l’a refusé mais a appris plus tard que la même lettre avait été envoyée à des centaines d’autres mairies.

La location de salle est aussi un problème pour de nombreuses communes. Si elles ne peuvent pas refuser de louer, elles ont la possibilité d’utiliser des moyens détournés comme justifier d’un planning de location déjà complet.

Jean-Louis Amelineau, président d’Info Sectes Aquitaine donne des pistes pour aider les maires confrontés aux problèmes causés par des groupements sectaires sur leur commune. Il leur conseille de former les agents communaux, les habitants et de se rapprocher d’associations ou de services de l’Etat compétents. Les maires peuvent aussi se renseigner auprès de la gendarmerie s’ils ont des doutes sur certains exposants de salons de bien-être. 

(Source : Maires de France, février 2022)

Lithothérapie : une escroquerie dangereuse

La lithothérapie est une pratique pseudoscientifique qui consiste en l’utilisation de certains cristaux à des fins de guérison du corps et de l’esprit. Avec la crise sanitaire, cette pratique a séduit un plus grand nombre de personnes qui délaissent parfois la médecine. Pourtant aucune étude ne prouve les effets de ces pierres.

Certains influenceurs, célébrités et médias font la promotion de cette pratique qui est devenue un véritable business exploitant les vulnérabilités. Certains défenseurs de cette pratique proposent des ateliers pour se protéger du coronavirus grâce aux cristaux. Le journal Libération constate que des praticiens assurent que les pierres pourraient accompagner une personne souffrant du cancer ou du Covid-19 sur le chemin de la guérison. Pourtant, des malades sont décédés après avoir fait le choix de refuser la médecin et de se tourner vers les pierres. Sur Internet, de nombreux sites vendent ce genre de produits pour le bien-être et la santé. Cependant, certaines pierres contenant des métaux lourds peuvent être dangereuses voire mortelles.

La presse féminine est un relais important de cette pratique avec de nombreux articles présentant et vantant les mérites de la lithothérapie sans mentionner aucune source scientifique.

Pour Romy Sauvayre, sociologue des sciences et des croyances, la situation est alarmante. Elle constate que l’engouement autour de ces pratiques est arrivé en même temps que le Covid et son absence de remèdes. Avec la crise sanitaire, un nouveau public s’est tourné vers les soins non conventionnels. Selon elle, n’importe qui peut croire en ces théories à partir du moment où elles permettent de se sentir mieux. Cette impression de mieux va devenir plus importante que la recherche de preuves scientifiques. La croyance et l’adhésion à la lithothérapie peuvent mener vers d’autres croyances ou vers le complotisme. Romy Sauvayre rappelle que dans la plupart de ces croyances il y a un mélange d’éléments vérifiables et de fausses croyances, afin de donner du poids aux discours. Les gourous qui usent de ces techniques mettent aussi en avant une forme de supériorité vis-à-vis des autres.

Les scientifiques condamnent de leur côté sans appel ces pratiques et aucune étude ne montre le moindre effet de guérison par les pierres ni le fait qu’une énergie puisse provenir de ces cristaux. Comme le rappelle Jean-Claude Boulliard, physicien et directeur de la collection des minéraux de la Sorbonne, l’énergie vibratoire perçue dans la lithothérapie n’existe pas. Comme l’a montré une étude britannique menée en 2001 par Chris French, le seul effet de ces cristaux serait un effet placebo bien plus efficace chez les personnes ayant déjà un fort niveau de croyance dans les phénomènes surnaturels.


(Source : Libération, 30.01.2022)

Détournement de concept scientifique

La physique quantique, concept scientifique flou pour beaucoup d’entre nous, est régulièrement détournée dans le champ des thérapies dites alternatives. Mathieu Repiquet, membre du collectif No Fake Med1 , souligne que ce n’est pas nouveau. En effet, le concept est apparu dès les années 1990 dans le milieu New Age. Mais ce qui l’inquiète c’est la prolifération des pseudo thérapies qui s’appuient sur ce concept scientifique.

Sur le site Médoucine2 , sur lequel il a récemment enquêté, de nombreux thérapeutes utilisent des références à la physique quantique dans leur pratique afin de se prévaloir d’une caution scientifique. Or dans le domaine des médecines alternatives, l’utilisation de ce concept ne repose sur aucun fondement scientifique. Les pseudo thérapeutes profitent de la méconnaissance du public sur le sujet pour construire et valider leurs théories et offrent des promesses de guérison infinies pour des maladies allant de la dépression au cancer.

Julien Bobroff, physicien et professeur à l’université Paris-Sud, rappelle que les lois de la physique quantique ne s’appliquent qu’à l’infiniment petit, à l’échelle de l’atome, et ne sont pas applicables à l’échelle de l’homme, même si celui-ci est constitué d’atomes. Ainsi faire croire qu’il est possible de soigner en ayant recours à la physique quantique est illusoire. Pourtant, les thérapeutes n’hésitent pas à accoler ce terme à d’autres pour vendre diverses prestations (reiki quantique, soins énergétiques quantiques…).

Dernièrement le milieu des influenceurs bien-être a récupéré ce concept et vante les bienfaits du « saut quantique ». Ils s’appuieraient sur une loi particulière de la physique quantique, celle du « saut quantique », qui postule qu’un atome a la faculté de changer de palier sans passer par un état intermédiaire. Dans le monde du développement personnel, le « saut quantique » viserait à atteindre un état méditatif permettant de projeter une meilleure version de soi-même dans une autre réalité. Mais impossible de réussir ce fameux saut sans passer par la case initiation dont le coût peut être parfois exorbitant.

Ce détournement de concepts scientifiques n’est pas nouveau dans le « charlatanisme thérapeutique ». A l’époque des ondes radio, explique Julien Broboff, une multitude d’appareils ayant des prétentions thérapeutiques ont été inventés pour profiter de l’ignorance des gens.

Aujourd’hui aussi les thérapeutes quantiques utilisent des appareils, dits de médecine quantique, pour diagnostiquer ou soigner des maladies, causées, selon eux, par un déséquilibre du « taux vibratoire ».


Mathieu Repiquet souhaiterait que les scientifiques s’impliquent davantage pour faire face à la prolifération des thérapies en tout genre, mais il déplore surtout que les autorités laissent faire, alors que les outils juridiques pour les combattre sont nombreux : « Publicité mensongère, allégations thérapeutiques infondées, pratique illégale de la médecine »

(Sources : Marianne & Avantages, 07.02.2022)

  1. Ce collectif a pour objectif d’alerter sur les dangers des pratiques de soins non conventionnelles.
  2. Un annuaire douteux des PSNC :
    https://www.unadfi.org/actualites/domaines-dinfiltration/sante-et-bien-etre/
    pratiques-non-conventionnelles/un-annuaire-douteux-des-psnc/

Covid: les contrats juteux des Frères de Plymouth

Plusieurs dizaines d’entreprises liées à la secte chrétienne fondamentaliste des « Frères de Plymouth » ont bénéficié de contrats mirobolants – jusqu’à 2,2 milliards de livres- passés par les autorités de santé britanniques dans leur lutte contre le coronavirus.

Selon The Times, la fourniture de tests PPE, masques, blouses, ventilateurs a été attribuée à ces firmes sans que d’autres, plus légitimes pour cette production, y aient eu droit.

Plusieurs millions de masques, précise le quotidien, ont ainsi été produits sans la qualité standard requise par les responsables de la sécurité sanitaire (Health & Safety
Executive). Les Frères de Plymouth, qualifiés de « secte » évangélique par d’anciens membres, entretiennent des liens avec le Parti Conservateur dont certains députés ont longtemps fait pression pour qu’ils obtiennent le statut d’association caritative.
Entre autres exemples, le Times révèle que le Department of Heath and Social Care (DHSC), a commandé, en 2020, pour près de 680 millions de livres de masques PPE à l’entreprise Unispace Global, spécialisée dans la décoration intérieure. Le gouvernement s’est ainsi privé d’une « perte de taxes publiques significative », reconnaît le DHSC.

Le groupe, dont fait partie Unispace, appartient à deux frères australiens Charles et Gareth Hales, fils du Bruce Hales, le leader mondial des Frères de Plymouth Bruce Hales. Il coiffe plus de 45 entreprises ayant eu affaire avec la cette secte, née en 1831 d’un groupe de dissidents de l’Eglise Anglicane

Les Frères de Plymouth comptent quelque 50.000 membres à travers le monde, dont 16.000 au Grande Bretagne. Leur interprétation ultra-rigoriste de la Bible, les enjoint à éviter tout ce qui leur semble relever du péché, comme regarder la télévision, écouter la radio ou aller au cinéma.

(Source : The Times, 05.02.2022)

Lire sur le site de l’Unadfi l’ensemble des articles sur les Frères de Plymouth : https://www.unadfi.org/mot-clef/freres-de-plymouth/