Les dérives sectaires n’épargnent pas la Dordogne  

Dominique Poumeyrol, président de l’antenne de l’Association de Défense des Familles et de l’Individu Victimes de sectes (Adfi) de Dordogne, ne désarme pas. Lui qui s’investit depuis longtemps auprès des victimes de dérives sectaires, traite chaque année une dizaine de dossiers.

Tout le monde peut être confronté à une secte explique Dominique Poumeyrol. La recherche du bien-être ou de solutions pour se soigner, la volonté de s’investir dans une cause, sont autant de raisons d’entrer dans une secte.

Depuis le début de la pandémie, il constate une évolution des demandes et s’inquiète quant aux dérives concernant le domaine de la santé. Il y a quelques années déjà, il avait aidé les victimes d’un thérapeute qui a finalement été condamné en 2020 à 18 mois de prison pour abus de faiblesse1.

Aujourd’hui c’est une entreprise née en Dordogne, mais dont le rayonnement est national, qui inquiète Dominique Poumeyrol. Science of Eden, dont l’une des dirigeantes était kinésithérapeute, diffuse les théories du russe Grigori Grabovoï, inventeur du PRK-1U, un appareil censé ressusciter les morts. Grigori Grabovoï a été condamné dans son pays pour avoir fait croire à des mères, dont les enfants étaient morts dans la tuerie survenue à Beslan en 2004, qu’il allait pouvoir les faire revenir à la vie. En dépit de sa condamnation il attire des adeptes du monde entier. En France, Science of Eden aurait une centaine de personnes à son service. Pour vendre l’appareil de Grabovoï, ces dernières organisent des conférences dont l’entrée coûte 100 euros. Le PRK-1U est vendu 10 000 euros. Pour ceux qui ne peuvent pas investir de telles sommes, l’entreprise propose d’autres produits : séminaires, vidéos et surtout des séries de chiffres à réciter pour guérir de diverses pathologies.

Dominique Poumeyrol s’inquiète aussi de la présence d’un groupe templier qui prétend vouloir « se battre pour la chrétienté » et d’une église évangélique dont plusieurs membres auraient été abusés sexuellement. L’une des victimes reçues par Dominique Poumeyrol n’a pas voulu porter plainte. 

(Source : Sud-Ouest, 22.02.2022)

  1. Lire sur le site de l’Unadfi : Condamnation du thérapeute énergéticien : https://www.unadfi.org/actualites/groupes-et-mouvances/condamnation-du-therapeute-energeticien/

Le bien-être à tout prix ?

La journaliste Kate Spicer s’intéresse de longue date au développement personnel, participant elle-même à des festivals ou des retraites bien-être. La série Nine Perfect Strangers ayant pour cadre une retraite bien-être qui tourne mal n’est pas une simple fiction pour elle et lui a rappelé plusieurs expériences qu’elle a elle-même vécues.

La première concerne un séjour dans une clinique ayurvédique en Inde. Dès son arrivée, on lui a retiré son téléphone portable et on l’a affublée d’un pyjama blanc Durant sa retraite santé de deux semaines, le pire n’a pas été de se lever à l’aube pour faire du yoga, mais le traitement quotidien au Ghee, un beurre clarifié qui était même administré en lavement.

Une autre fois, malgré l’expertise d’un thérapeute ayant traité des célébrités telles que la princesse Diana, elle n’a pas constaté les bienfaits de son traitement par irrigation du côlon. Non seulement l’expérience a été douloureuse, mais elle lui a laissé un sentiment de culpabilité, le thérapeute la rendant responsable de l’échec de la séance. Un sentiment qu’elle a souvent rencontré dans ce milieu.

Parmi ses expériences les plus étranges figure une retraite chamanique en Amazonie au cours de laquelle elle a consommé de l’ayahuasca. Au menu, nouilles froides et poisson séché et surtout interdiction de manger de la salade pour éviter les interactions néfastes avec la substance hallucinogène.

Curieuse de savoir si d’autres avaient vécu des expériences similaires à la sienne, elle a lancé un appel sur les réseaux sociaux où les réponses ont afflué. Deux de ses connaissances ont payé entre 1500 euros et 2500 euros pour un séjour détox comprenant jeûne, lavements auto-administrés et partage de leurs observations en groupe. Un autre a quitté un camp de yoga en France après qu’on lui a demandé d’avaler une longue bande de mousseline au petit déjeuner pour la ressortir ensuite dans le but d’éliminer la crasse de l’estomac. Une autre personne a été invitée à boire son urine lors d’un stage de naturopathie pour guérir un abcès dentaire. Cela n’aurait pas fonctionné car son urine n’était pas propre, selon la thérapeute. Un autre témoin a appris que sa douleur chronique au genou était « due à l’attraction gravitationnelle de la pleine lune ». Tandis qu’une femme ayant participé à une retraite ménopause lui a rapporté avoir été invitée à « tenir ses mains en forme de vulve » et les « battre contre ses parties féminines ».

Si certains croient aux bienfaits de ces pratiques, la journaliste estime que « en l’absence de science, le bien-être extrême peut parfois se révéler psychologiquement – et peut être aussi physiquement- nocif. »

Ce que confirme Le Dr Kate Stannard. Pour elle, les lavements peuvent avoir un avantage fonctionnel en médecine, mais sont peu susceptibles d’avoir des vertus pour la santé, un régime riche en fibre serait plus sain. Quant à boire sa propre urine, cela lui semble absurde de réingérer ce que le corps a physiologiquement éliminé.

Mais l’engagement envers ces pratiques ne relève peut-être pas uniquement de la croyance en l’amélioration de sa santé, il nécessite aussi un acte de foi, comme toutes les religions.

C’est ce qu’avait déjà conclu l’historien Christopher Lasch lorsqu’il avait étudié les groupes de bien-être émergents dans les années 1970. Il avait vu dans la culture du bien-être une religion de l’amélioration de soi.   (Source : The Sunday Times, 09.01.2022)

La bonne santé des dérives sectaires

Pascale Duval, porte-parole de l’Unadfi, et Stéphane François, professeur de science politique à l’université de Mons, ont été invités par France Culture à l’émission Sous les radars consacrée aux dérives sectaires dans le champ de la santé et du bien-être, des domaines que beaucoup pourraient penser sans risques.

En recherche de solutions naturelles pour faire face au virus ou en quête de sens, l’intérêt des Français pour des offres de soins ou de bien-être s’est accru depuis le début de la pandémie, certains d’entre eux se retrouvant dans les griffes de praticiens peu scrupuleux.

Prenant racine dans le New Age, une idéologie apparue à la fin du XIXe siècle, ces pratiques amènent une défiance envers la science et la médecine, qui n’est pas sans poser des problèmes à la collectivité, en particulier en ce qui concerne le refus de vaccination.

Interrogés par la journaliste  Nora Hamadi, Pascale Duval et Stéphane François se sont attachés à expliquer comment ces pratiques peuvent conduire à des dérives sectaires et quelles solutions peuvent être envisagées pour y faire face.

(Source : France Culture, 06.11.2021)

Ecouter le podcast : https://www.franceculture.fr/emissions/sous-les-radars/la-bonne-sante-des-derives-sectaires

Dérives sectaires : Ces nouveaux mouvements qui surfent sur la pandémie,

Marie Drilhon, présidente de l’Association de Défense des Familles et de l’Individu victimes de sectes (ADFI) Yvelines, membre du bureau de l’UNADFI, a été l’invitée de l’émission 7 milliards de voisins sur RFI.

Aux côtés des journalistes Timothée de Rauglaudre et Jean-Loup Adenor, elle s’est exprimée sur l’évolution des dérives sectaires depuis le début de la pandémie. Outre un accroissement des signalements – la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Mivuldes) en a noté en 2020 40% de plus qu’en 2015 – les intervenants pointent les secteurs de prédilection des nouveaux gourous, en particulier le bien-être.

L’émission a également donné la parole à Enzo, un ancien Témoins de Jéhovah âgé de 21 ans qui a raconté son endoctrinement par le groupe.

(Source : RFI, 22.11.2021)

Ecouter le podcast : https://www.rfi.fr/fr/podcasts/7-milliards-de-voisins/20211122-d%C3%A9rives-sectaires-ces-nouveaux-mouvements-qui-surfent-sur-la-pand%C3%A9mie

Croyances spirituelles et complotisme d’extrême-droite

Avant la pandémie, Rein Lively, jeune américaine d’une trentaine d’années, s’intéressait au domaine du bien-être : médecine naturelle, alimentation biologique, yoga, guérison ayurvédique, méditation… Les confinements successifs l’ont menée à passer davantage de temps sur internet, et plus particulièrement sur des sites de bien-être. Elle est alors happée dans des contenus de plus en plus liés au mouvement anti-vaccin et aux thèses de QAnon. Lire la suite

A voir : Le retour des sorciers, Martin Weil, TMC, 09.06.2021,

L’ésotérisme a le vent en poupe auprès des jeunes. Le journaliste Martin Weil a enquêté sur les raisons de ce regain d’intérêt qui a  dépoussiéré des pratiques occultes, considérées autrefois comme folkloriques, pour les faire entrer de plain-pied dans le 21ᵉ siècle. Lire la suite

Les charlatans et les mouvements sectaires à l’affut de la Covid

Avec la crise de Covid-19, de nombreux praticiens et des groupes sectaires se sont développés et proposent des cures de bien-être et de développement personnel et des soins pouvant être dangereux pour l’individu et sa santé. Ils exercent aussi une emprise mentale qui peut mener l’individu à une rupture avec ses proches et son passé.  Lire la suite

Le yoga : porte d’entrée du complotisme ?

Avec l’épidémie de Covid-19, les théories complotistes ont pénétré l’intégralité de la société et les groupes de bien-être et de yoga ne semblent pas épargnés par cette tendance. Cette diffusion se fait par le biais d’influenceurs ou influenceuses qui propagent notamment les théories de QAnon.  Lire la suite