Les renaissances du respirianisme

C’est dans les années quatre-vingt aux Etats-Unis que Wiley Brooks a introduit le respirianisme, un régime qui consiste à ne se nourrir que d’air et de lumière. Il prétendait que sa force et sa bonne santé lui venaient de ce régime, mais fut rapidement démasqué : il se faufilait discrètement dans des épiceries et des fast-food ouverts la nuit pour se nourrir. Et pourtant, le respirianisme perdure et a prospéré dans les décennies suivantes, jusqu’à aujourd’hui où des personnes s’en réclament encore.

Le respirianisme, dans sa théorie, est un régime vieux de plusieurs siècles et originaire d’Orient. On en trouve des évocations dans d’anciens textes hindous. Lorsque l’américain Wiley Brooks s’en est fait le chantre en 1980, il vivait dans une société en guerre contre le gras, contre le sucre et contre les calories. Les shows télévisés et les livres mettaient en avant et rendaient à la mode les régimes restrictifs. Les boissons « light » étaient en vogue. Brooks put trouver alors oreille attentive pour son respirianisme. Il accéda d’abord à la notoriété en apparaissant à la télévision dans l’émission de variétés « That’s Incredible ! » (C’est Incroyable !), où il épata le public en soulevant une barre de près de 500 kilogrammes. Au cours de l’interview qui suivit cet exploit, il prétendit n’avoir pas mangé depuis une vingtaine d’années. Un an plus tard, il passait à nouveau à la télévision et réitérait ses propos, se parant du masque d’expert de l’alimentation : « tous les composants dont nous avons besoin se trouvent dans l’air que nous respirons […] La seule chose qui nous garde en vie est l’acte de respirer. […] Manger de la nourriture est une habitude que nous acquérons, exactement comme la consommation d’alcool ou de cigarette. » D’autres affirmations quelque peu loufoques suivirent : les mères pratiquant le respirianisme n’auraient pas besoin de nourrir leur bébé, puisque celui-ci naîtrait avec la capacité de ne se nourrir que d’air et de lumière. Les grévistes de la faim qui décédaient ne mourraient pas de faim, mais mourraient par leur propre volonté. Brooks et ses boniments amusaient le public, voire l’intriguaient. Dans une société alors ouverte aux idées New Age, le lien que Brooks dessinait entre respirianisme et état de santé aida à la diffusion de ses enseignements, et il se construisit rapidement une cohorte d’adeptes. À la fin de l’année 1982, il ouvrit en Californie un institut pour y donner des cours, le Breatharian Institute. Des dizaines d’adhérents payaient jusqu’à 500 dollars pour y assister. Durant le premier cours, Brooks leur enseignait qu’il ne fallait pas commencer directement par un jeûne mais qu’il fallait d’abord que les adeptes « nettoient leur corps » en ne mangeant que de la nourriture d’une couleur jaune à « basse fréquence ». Au cours des années qui suivirent, les règles qui dictaient ce que les adeptes du respirianisme pouvaient ou ne pouvaient pas manger changèrent constamment.

Le manque de consistance des enseignements de Brooks, puis la découverte par un collaborateur qu’il se nourrissait en cachette la nuit finirent par provoquer un départ en masse des élèves de son institut.  Pour se rattraper de cet échec, il changea légèrement son argumentaire dans le courant des années 1990 : il ne considérait plus la nourriture comme une addiction, mais comme un médicament capable de soigner les effets néfastes de la pollution de l’air.

Sa doctrine prit une tournure résolument spirituelle à la fin de cette décennie : en 1999 il ouvrit un institut à Santa Cruz où il donnait des séminaires durant lesquels il parlait de « fontaine de jouvence » et de comment « obtenir la vie éternelle à partir de maintenant et pour toujours. » En 2009, il prêchait encore tout autre chose : un cheeseburger à McDonald’s et un Coca Light pouvaient aider un adepte du respirianisme à rester en bonne santé. Puis on le vit vendre en porte-à-porte « l’élixir des dieux », une bouteille d’eau d’un litre qui trouvait prétendument sa source aux «  légendaires fontaines de jouvence et d’immortalité du jardin d’Eden » et qui coûtait jusqu’à 10 000 dollars. Dans les années 2010, il accusait les illuminati et les chemtrails de rendre plus compliqué pour les respirianistes le suivi de leur régime.

Nonobstant ces bizarreries, et même si le règne de Brooks fut bref et que très peu d’adeptes lui soient finalement restés loyaux, les années 1990 ont vu fleurir d’autres gourous qui ont trouvé le succès sous l’étendard du respirianisme. En tête, Jasmuheen, une Australienne du vrai nom d’Ellen Greve, qui prétendait ne s’alimenter que d’air et de quelques tasses de thé de temps à autre. Elle fut incapable de prouver la validité de ce qu’elle clamait lorsque pour une émission de télévision elle accepta de se laisser enfermer dans une chambre d’hôtel sans nourriture ni boissons. Le médecin qui supervisait l’expérience constata au bout de 48 heures qu’elle souffrait de déshydratation et de pression artérielle élevée : elle critiqua la qualité de l’air de la chambre prétendant que l’air contenait 70% des nutriments dont elle avait besoin. A l’instar de Brooks, elle fut aussi percée à jour par des personnes l’ayant vue commander un plateau-repas dans un avion. Les préceptes dont elle faisait la promotion ont coûté la vie à deux de ses admirateurs, une Ecossaise de 49 ans du nom de Verity Linn, et une Australienne de 33 ans Lani Morris. Toutes deux sont décédées de déshydratation en plein jeûne et dans des endroits reculés. Toutes deux possédaient l’ouvrage de Jasmuheen Living On Light (« Vivre de Lumière »). Dans les années 2010, le respirianisme a continué à faire parler de lui s’appuyant sur l’engouement du public pour le bien-être. L’alimentation y est au centre et dorénavant ce ne sont plus les biscuits sans sucre qui aident à mincir, mais les jus purifiants, les jeûnes intermittents et les régimes Keto. Des personnes se réclament avec fierté du respirianisme, comme une femme ukrainienne du nom de Valeria Lukyanova, aussi connue comme la « Barbie humaine », qui déclarait en 2014 être une adepte du respirianisme et ne manger que des « micro-aliments cosmiques ». En 2017, un couple d’origine Californienne, Akahi Ricardo et Camila Castillo prétendait n’avoir pas mangé depuis trois ans, et ce alors même qu’ils venaient d’avoir leur premier enfant. La popularité du régime ne faiblit pas, et on constate toujours sa dangerosité :  en 2017 un Allemand de 22 ans, Finn Bogumil, inspiré par les préceptes du repirianisme, est mort de faim pendant l’accomplissement d’un jeûne.

 (Source : sfgate.com, 09.04.2022)

Mort d’une adepte du respirianisme

Le 8 juin 2017, Jeannette, une adepte belge du groupe Contact & Muziek, est décédée « de mort naturelle dans des circonstances suspectes », selon la police d’Utrecht. Soupçonnant les autres membres du groupe de négligence et de non-assistance à personne en danger, les autorités ont ouvert une enquête.

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Le respirianisme, une pratique responsable de décès

Parmi les pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique, appelée plus communément « médecines douces » ou « thérapies alternatives », le respirianisme1 propose de se nourrir d’air et de lumière. Extrêmement dangereuse, elle aurait déjà fait plusieurs morts. En Belgique, sa pratique est étroitement surveillée par le Centre d’informations et d’avis sur les organisations sectaires nuisibles (CIAOSN).

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« Buvez … éliminés », le respirianisme de Jasmuheen

Née en Australie en 1957, Jasmuheen, de son vrai nom Ellen Greve, aurait été contactée dans les années 90 par « Kuthumi »1, un des maîtres ascensionnés de la théosophie, pour fonder ensuite un réseau international qui prendra le nom de MAPS2 (Mouvement pour une Société éveillée et positive). Depuis, Jasmuheen vend des livres et vidéos, tient des conférences et retraites et estime le nombre de respirianistes dans le monde, y compris en Europe, à plusieurs milliers.

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Le respirianisme par l’équipe de « La blouse et les lunettes »

Le respirianisme, dont les adeptes prétendent ne plus boire ni manger depuis des années mais se nourrir uniquement de lumière (le “prana”) est expliqué, non sans humour, par l’équipe de « La blouse et les lunettes ». Dans cette web-émission proposée et réalisée par le magazine Sciences et Avenir, le journaliste Victor Rodgère vous explique comment distinguer le mythe de la réalité pour des objets et des pratiques pseudo-scientifiques ou pseudo-thérapeutiques.

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