Un ministre-pasteur contraint de quitter son poste

Milton Ribeiro, ministre de l’Education brésilien et pasteur évangélique, a été contraint à la démission à la suite d’une affaire de pots-de-vin visant à favoriser certains de ses amis pasteurs évangéliques.

Le scandale a éclaté à la suite de la diffusion par un média brésilien d’un message audio dans lequel on entend le ministre dire : « Ma priorité est d’aider les villes qui en ont le plus besoin et ensuite tous les amis du pasteur Gilmar. » Il ajoutait ensuite que cette volonté provenait du président Jair Bolsonaro en personne.  Cette affaire montre que même en l’absence de mandat politique officiel certains pasteurs utilisent leur position et leurs amitiés notamment pour l’obtention de financements publics.

Le congrès brésilien comptabiliserait 84 députés évangéliques. Selon le politologue Pablo Ramirez, ce cumul des fonctions est propre aux évangéliques et leur permet de défendre des idées conservatrices.

Alors que l’élection présidentielle va avoir lieu dans six mois au Brésil, cette affaire s’avère gênante pour Jair Bolsonaro qui semble en perte de vitesse parmi l’électorat évangélique. Mais le rapport ambigu entre le président et le lobby évangélique demeure.  

(Source : La Croix, 05.04.2022)

Institut Aubert : l’affaire enfin jugée ?

Instruite depuis la fin des années 1990, l’affaire visant l’Institut Aubert devrait finalement être examinée en octobre 2022 par la 9e chambre du tribunal correctionnel de Créteil. Cette affaire vise une ancienne école privée accusée d’avoir appliqué les préceptes de la Scientologie.

L’école avait utilisé les principes de la Scientologie sans que les parents d’élèves soient au courant. En 2012, l’affaire s’était soldée par le renvoi devant un tribunal de trois personnes puis, sept ans plus tard, de deux autres personnes et d’une association scientologue. Depuis, l’affaire était au point mort. C’est à la suite de la décision d’anciens élèves de l’école, ainsi que de leurs parents, de saisir la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) par l’intermédiaire de leur avocat que les choses se sont débloquées. En effet, le gouvernement français a reconnu que l’instruction avait méconnu les dispositions de la CEDH et le délai déraisonnable de l’examen de l’affaire.  Il s’est engagé à verser 39 500 euros aux personnes ayant saisi la CEDH pour une indemnisation « du préjudice moral et des frais et dépens ».

De son côté, le tribunal de Créteil a estimé que le long délai de cette procédure relevait de multiples facteurs, comme la pluralité des juridictions ou encore la pandémie. Il précise aussi que le délai d’audiencement était dans «la norme actuelle pour ce type de dossiers ». Cependant la date d’octobre 2022 a été fixée pour la tenue du procès.  

(Sources : Le Figaro, 31.03.2022 & 01.04.2022)

Lire sur le site de l’Unadfi, Mises en examen dans l’affaire de l’Institut Aubert : https://www.unadfi.org/actualites/groupes-et-mouvances/mises-en-examen-dans-l-affaire-de-l-institut-aubert/

Ecoles hors contrat : vigilance !

Le Comité national d’action laïque (CNAL)1 a mené une large enquête sur les écoles hors contrat françaises. Cette enquête a donné lieu à un rapport rendu public le 9 mars 2022 qui pointe de nombreuses pratiques pédagogiques peu conformes aux règles dans certaines écoles privées hors contrat. Le comité a pu constater de grosses défaillances éducatives et certains faits historiques sont occultés dans des établissements qui continuent tout de même de recevoir des enfants.

Afin de mener son enquête le CNAL a demandé la consultation des rapports d’inspection de certains établissements, qui n’avaient jusque-là jamais pu être rendus publics. Elle a pu analyser 164 rapports de ces écoles alors qu’il en existe environ 1800 en France ce qui dénote un manque de transparence et de collaboration de la part des écoles. Malgré de nombreuses demandes et un avis positif de la Commission d’accès aux documents administratifs (Cada), le CNAL n’a pas pu avoir un nombre plus important de données.  Pour rappel, on retrouve sous l’appellation école hors contrat de nombreux établissements religieux ainsi que des écoles prônant des pédagogies alternatives comme les pédagogies Steiner ou Montessori.

Ces écoles ne sont pas forcément tenues de suivre les programmes de l’Education nationale mais le Code de l’éducation stipule qu’elles doivent respecter un socle commun de connaissances, de compétences et de culture.

Dans son rapport le CNAL pointe notamment les manquements dans l’enseignement de certains établissements religieux. Les écoles catholiques conservatrices notamment celles affiliées à la Fraternité Saint-Pie-X sont dénoncées pour le fait de propager une vision du monde réactionnaire à leurs élèves. Le comité a pu constater des contenus scolaires aux relents révisionnistes dans un établissement de la Fraternité : « le rôle de Vichy dans l’extermination des juifs est mis sous silence, et (que) ce génocide n’est pas mentionné dans le traitement de la Seconde Guerre mondiale ». Un support de géographie contenait quant à lui une représentation du monde par « ra-ces » humaines apportant une vision potentiellement raciste ou a minima racialiste. Les valeurs morales, civiques et sociales dispensées dans ces écoles se basent sur des situations issues du fait religieux et d’une morale chrétienne basée sur des croyances. D’autres constats concernent des discriminations entre filles et garçons ou encore des lacunes numériques importantes.

Le rapport cite aussi les écoles Steiner-Waldorf affiliées à l’anthroposophie. Ces structures sont citées dans de nombreux rapports académiques pour « pratiques non conformes aux exigences du socle commun », « rituels et conditionnements (qui) semblent contredire l’affichage laïque de ces écoles », « rejet de la technologie » ou encore « confusions entre faits historiques et mythes »

Malgré ces manquements à leurs devoirs, les établissements continuent d’accueillir des élèves et pour certaines de bénéficier de financement public. La fréquentation de ces écoles serait en pleine expansion depuis de nombreuses années et cela a notamment été amplifié depuis la loi contre le séparatisme qui a rendu plus compliquée l’école à la maison.

Outre ces constats, le CNAL fait plusieurs préconisations afin d’éviter les dérives. Il invite à renforcer les pouvoirs des préfets afin qu’ils puissent fermer les établissements portant des valeurs contraires à celles de la République, qu’une école hors contrat puisse s’ouvrir uniquement sur un régime d’autorisation et non de déclaration2 et il souhaite que le projet pédagogique soit une partie intégrante et importante d’une demande d’ouverture. Le CNAL appelle aussi les parents à exiger la consultation des rapports d’inspection avant d’inscrire leurs enfants. Enfin, il souhaite que la Cour des comptes examine le montant des financements perçus par des établissements privés hors contrat notamment ceux provenant de fondations reconnues d’utilité publique.  

(Sources : Charlie Hebdo, 08.03.2022 & CNAL, 09.03.2022 & La Croix, 09.03.2022 & BFM TV, 10.03.2022)

1. Le CNAL est un regroupement d’associations de parents d’élèves ainsi que de certains syndicats d’enseignants.

2. Aujourd’hui, pour ouvrir une école hors contrat, il suffit de la déclarer aux autorités et les contrôles ne sont effectués qu’une fois l’école ouverte

Des dérives sectaires au sein d’une école juive orthodoxe

Une quinzaine de responsables d’une école juive orthodoxe, la yeshiva Beth Yossef basée à Bussières (Seine-et-Marne), ont été placés en garde à vue la suite d’une intervention de la police le 31 janvier dernier. Ils sont soupçonnés de maltraitances physiques et psychologiques. À la suite de ces interpellations, sept dirigeants ont été mis en examen pour « violences aggravées ».

En juillet 2021, un jeune américain a pris la fuite de cette école hors-contrat pour se rendre à l’ambassade des Etats-Unis et y demander de l’aide. Il témoigne alors des maltraitances subies et de l’insalubrité des lieux. Il raconte avoir subi des violences de la part des responsables de l’école, avoir reçu de la nourriture périmée ou même avoir été privée de repas. En parallèle, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) avait émis durant l’été 2021 un signalement sur l’école suspectant des dérives sectaires et un endoctrinement. Les autorités se penchent alors sur le témoignage du jeune homme et retrouvent d’anciens élèves qui racontent tous de mauvais traitements subis. Ils témoignent avoir vécu en vase clos avec interdiction de sortir de l’école, confiscation de leur passeport et privation de soins. La yeshiva Beth Yossef est réputée pour avoir des méthodes strictes et accueillait une soixante d’élèves décrits comme difficiles.

Lors de leur intervention, fin janvier 2022, les gendarmes et les services de la préfecture de Seine-et-Marne ont fait des observations similaires aux témoignages.  Dans un communiqué de presse diffusé à la suite des interpellations, la procureure déclare que « cet établissement accueillerait de manière non déclarée de nombreux mineurs de nationalité américaine et israélienne ne parlant pas le français, dans des conditions abusives : enfermement, confiscation des documents d’identité, conditions de vie dégradées, actes de maltraitances, absence d’accès à l’éducation et aux soins, et sans possibilité de revenir dans leurs familles ». Lors de leurs auditions, les élèves ont pu décrire les différents sévices physiques dont ils ont été victimes. Ils étaient isolés du monde extérieur avec un unique coup de téléphone possible à leur famille. Pour la plupart, les élèves étaient d’origine israélienne mais aussi américaine, belge, roumaine ou irlandaise. Ils vivaient tous au sein du domaine dans des conditions de logements insalubres. Les services de l’aide sociale à l’enfance (ASE) ont décidé de placer les 40 mineurs de l’école en foyer le temps des investigations.

Durant le mois de février 2022, sept personnes ont été mises en examen à la suite des interpellations, notamment un rabbin qui officiait dans la yeshiva mais aussi le directeur de l’établissement et plusieurs membres de l’équipe éducative.  

(Sources : Le Parisien, 31.01.2022 & Huffington Post, 31.01.2022 & Le Point, 31.01.2022 & La Croix, 01.02.2022 & 20 Minutes, 06.02.2022)

Que peuvent faire les maires contre les dérives sectaires sur leur territoire ?  

Les sectes avancent souvent masquées et savent s’immiscer discrètement dans les communes. Face à un phénomène difficile à identifier, les maires sont souvent démunis face à l’entrisme sectaire sur leur territoire. A partir d’exemples concrets, le journal Maires de France donne des pistes pour protéger les administrés.

Les personnes âgées sont une cible des sectes, souvent en raison de leur isolement. La maire d’une commune rurale, dont c’est le premier mandat, raconte avoir voulu aider une dame âgée qui s’isolait progressivement et ne votait plus sous l’influence des membres d’une secte. Les tentatives de dialogue ayant échoué avec la personne âgée, l’élue n’a pas osé se tourner vers ses enfants car elle craignait d’être trop intrusive.

Dans une autre commune, un maire confronté au même groupe sectaire pour un problème concernant une personne âgée de 95 ans, a immédiatement fait appel aux enfants de cette dernière. La secte avait réussi à remplacer les auxiliaires de vie et à obtenir des assurances vie aux noms de certains de ses membres. Prévenir les enfants est capital car ils peuvent demander des mesures de protection. Un maire peut aussi envoyer un travailleur social chez la personne ciblée par la secte afin de montrer qu’elle n’est pas seule.

Le secteur de l’éducation est lui aussi sujet à l’entrisme des sectes. Concernant l’instruction à domicile, le maire peut s’assurer que l’enfant étudie dans de bonnes conditions matérielles. Le respect des programmes est contrôlé par l’Education nationale. Les maires peuvent aussi s’interroger lorsque des parents demandent des régimes spéciaux qui pourraient alerter sur une radicalité.

Concernant les secteurs des « médecines douces » et du bien-être, leur absence d’encadrement laisse le champ libre à l’implantation de groupes sectaires. La Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires (Miviludes) préconise de n’accepter que de vrais professionnels de santé dans les maisons de santé financées par les mairies. Il ne doit pas y avoir de confusion possible pour les usagers de ces lieux. Les porteurs de projets peuvent se renseigner auprès de l’agence régionale de santé (ARS) ou de la Miviludes. Les mouvements sectaires recherchent parfois une caution municipale en s’installant dans de tels lieux.

Apparaître dans un bulletin municipal, dans la liste des associations de la commune ou rencontrer un maire peut aussi leur permettre d’apparaître plus respectables. Un maire des Vosges a ainsi signalé en 2020 avoir reçu le courrier d’une secte mondialement connue qui sollicitait une rencontre. Il l’a refusé mais a appris plus tard que la même lettre avait été envoyée à des centaines d’autres mairies.

La location de salle est aussi un problème pour de nombreuses communes. Si elles ne peuvent pas refuser de louer, elles ont la possibilité d’utiliser des moyens détournés comme justifier d’un planning de location déjà complet.

Jean-Louis Amelineau, président d’Info Sectes Aquitaine donne des pistes pour aider les maires confrontés aux problèmes causés par des groupements sectaires sur leur commune. Il leur conseille de former les agents communaux, les habitants et de se rapprocher d’associations ou de services de l’Etat compétents. Les maires peuvent aussi se renseigner auprès de la gendarmerie s’ils ont des doutes sur certains exposants de salons de bien-être. 

(Source : Maires de France, février 2022)

Alice Pazalmar, condamnée à six mois de prison ferme

Alice Martin-Pascual, alias Alice Pazalmar, a été condamnée, fin janvier, à six mois de prison ferme et à la confiscation de son véhicule par le tribunal de Cahors pour divers délits commis lors d’un contrôle routier en juin 2021, qui lui avait valu une garde à vue de 24 heures à la gendarmerie de Figeac. Elle a en outre été condamnée pour avoir posté une vidéo sur laquelle elle portait une tenue ressemblant à celle de la police. Début février, elle a également écopé de quatre mois de prison avec sursis et 300 euros d’amende par le tribunal de Toulouse pour une autre série d’infractions routières.

Parmi les infractions relevées par la gendarmerie figurent : refus de se soumettre aux vérifications d’identité, fausses plaques d’immatriculation, défaut d’assurance, conduite sans permis…

Les juges ont statué en l’absence d’Alice Pazalmar qui ne s’est pas présentée aux audiences. Provocatrice, la femme, qui a dix jours pour faire appel, n’est pas restée inactive sur les réseaux sociaux après ses condamnations. Dans sa dernière vidéo, elle s’adresse au juge via une lettre où elle affirme « Ma vie n’est pas à vendre, et je ne suis pas sociétaire dans cette société qu’est la République française ».

Mais les délits qui lui sont reprochés vont bien au-delà de simples infractions routières, ils reflètent surtout « son refus de se soumettre aux lois de la République ».

En opposition avec le système éducatif et les services sociaux depuis de nombreuses années, elle postait déjà des vidéos sur internet. Mais son activité et son audience se sont largement accrues depuis deux ans.

Rejetant toute forme d’autorité légitime et prêchant la désobéissance « créatives », elle vit avec ses deux enfants en marge de la société dans un van d’où elle diffuse de nombreuses vidéos aux relents complotistes.

En rupture avec le système, elle prône la déscolarisation des enfants, affirme que le monde est dirigé par des réseaux pédocriminels, prétend que le Covid est une fraude et appelle à lutter contre « la dictature en marche ». Ce discours véhément a séduit les 37 000 personnes qui se sont abonnées à sa chaîne Youtube et plus encore les 4 000 membres de son groupe Télégram attirés par ses idées proches du mouvement des « êtres souverains ».

Si bien que lorsqu’elle a projeté en août 2021 de créer une communauté autour de One Nation [inspirée du mouvement QAnon], l’association qu’elle a cofondée en 2019 avec son compagnon, elle a rapidement réuni une grosse somme d’argent pour acquérir une propriété dans le Lot. Bien que le projet ait avorté grâce à la mobilisation de la population locale, celui-ci n’a pas été enterré, il a juste été reporté.

Si ce projet n’avait rien d’illégal, la mobilisation qu’il a suscitée amène à s’interroger sur l’influence d’Alice Pazalmar sur ses adeptes. Rudy Reichstadt, le directeur de Conspiracy Watch, voit dans la mobilisation des adeptes et le projet de communauté autonome, des indices pouvant alerter sur un risque éventuel de dérive sectaire.

Ce que confirme Simone Risch, présidente d’Infos-Sectes Midi-Pyrénées qui suit de près l’évolution de One Nation. Elle évoque les appels de personnes dont les proches veulent déscolariser un enfant ainsi que « des profils qui ne voient plus qu’à travers le discours d’Alice ». Selon Rudy Reichstadt elle a un ascendant et un véritable charisme, si bien qu’elle occupe une place importante dans la sphère complotiste. 

(Sources : La Dépêche, 01.02.2022 & Le Parisien 05.02.2022)

Les traditionnalistes se regroupent

Le mouvement de jeunesse catholique Academia Christiana a été créé en 2013 par quatre étudiants. L’objectif exposé sur son site : « Former les jeunes chrétiens et les hommes de bonne volonté qui veulent s’engager au service du Bien commun ». Derrière ces mots, se cache une frange de l’extrême droite qui appelle à prendre les armes et à partir en croisade. La Normandie attire de plus en plus de catholiques traditionnalistes qui viennent grossir les rangs d’un mouvement inquiétant.

Academia Christiana rassemble une petite partie de la jeunesse identitaire particulièrement virulente sur l’immigration ou le mariage homosexuel. Sur ses tracts, le groupe affiche vouloir : « former les cadres à la reconquête civilisationnelle ». Sur son site, plusieurs vingtenaires et trentenaires préviennent des « bombardements quotidiens contre [leur] foi ». Et pour remédier à ce mal, ils veulent lever « une armée de bâtisseurs » pour mener une nouvelle « croisade ». Leur chef de file : un enseignant en français et philosophie, Victor Aubert, 33 ans qui n’hésite pas à poser sur Internet avec des figures de l’extrême droite comme Alain Soral. Ce professeur dispense ses cours à l’Institut de la Croix des Vents, une école hors contrat de la commune de Sées, dans l’Orne, à laquelle est accolée une chapelle où la messe dominicale en latin est orchestrée par un prêtre qui tourne le dos aux fidèles, comme l’exige la liturgie traditionnaliste de l’Eglise. Pour autant, l’école dément tout lien avec Academia Christiana.

Afin de découvrir ce mouvement de l’intérieur, la journaliste de France 2 Sophie Broyet s’est infiltrée dans un bar parisien avec des membres d’Academia Christiana. L’occasion de les sonder sur plusieurs sujets, à commencer par leur rapport aux autres religions. Les réponses obtenues semblent décomplexées : « A Academia, il peut y avoir des gens qui sont antisémites à différents degrés, mais ce n’est pas la majorité. La ligne d’Academia, on ne s’est jamais prononcé sur ça. Si on était amené à le faire, ce serait pour dire [que] les Juifs sont appelés à se convertir et à entrer dans la nouvelle alliance ». Quant à l’Islam radical, « il n’y a pas vraiment de peur » mais plutôt même « une forme d’admiration ». Selon eux, les salafistes parviennent à avoir leur communauté et leurs écoles et à s’isoler. Des aspirations que partagent ces chrétiens traditionnalistes, à une différence près : les catholiques prétendent, eux, à une « dimension missionnaire ». Pour cela, la guerre peut constituer un moyen de vaincre « les adversaires du Christ », comme l’assène un prêtre du mouvement, particulièrement actif sur les réseaux sociaux et qui n’hésite pas à se photographier en soutane, fusil à la main, un 14 juillet. Des images qui alertent les renseignements français et qui expliquent que plusieurs membres d’Academia Christiana soient fichés S. Par ailleurs, le ministère de l’Intérieur craint que les anciens de Génération identitaire et Alvarium, deux groupes dissous en 2021, se tournent aujourd’hui vers ce type de groupe violent. En attendant, la ville de Sées attire en moyenne deux nouvelles familles catholiques traditionnalistes tous les mois. Ainsi, l’idéal communautaire prospère en Normandie.  

(Source : France TV, 16.02.2022)

Pour visionner le reportage : https://www.francetvinfo.fr/societe/religion/enquete-france-2-plongee-au-sein-d-academia-christiana-mouvement-catholique-et-nationaliste-place-dans-le-radar-des-services-de-renseignement_4965042.html

La Méditation de pleine conscience n’entrera pas à l’école

 Le 4 février la décision du ministère de l’Education nationale, concernant le projet d’expérimentation de la Méditation de pleine conscience (MPC) à l’école, est tombée. « Le ministère n’encourage pas sa pratique, ni ne met en place toute forme d’expérimentation ».

Le ministère a constaté que la MPC s’était introduite depuis plusieurs années dans les écoles sans qu’aucun cadre ne soit fixé ce qui a favorisé des interventions de plus en plus nombreuses de la part d’associations disparates. Inquiète pour « des mineurs sur lesquels l’instructeur peut facilement exercer un fort ascendant », le ministère exercera désormais des contrôles afin d’être sûr de « la neutralité politique et philosophique des interventions ».

Porté depuis deux ans par Gaël Le Bohec, député LREM d’Ille et Vilaine, et des structures promouvant la MPC, le projet avait pour objectif l’expérimentation à grande échelle de la MPC sur les élèves du CM1 à la 5e.

Inquiète de voir « une approche d’essence bouddhiste, curieusement présentée comme laïque », la Ligue des Droits de l’homme avait alerté le ministère sur ses dangers dans un communiqué publié 25 juin 20211.

Depuis les deux camps s’affrontent. Le 18 janvier la LDH, ainsi que plusieurs associations et syndicats enseignants, se sont associés pour interpeller le Ministre de l’Education nationale afin de mettre fin à « l’entrée massive » de cette technique « promue par un think-tank ésotérique américain, conglomérat des mouvances new age, anthroposophique ».

La réponse ne s’est pas fait attendre, le 1er février un collectif de chercheurs, favorables à la MPC, publiait une tribune dans Le Monde pour en défendre la pratique. Selon eux, elle réduirait les symptômes « de stress, d’anxiété, de dépression », aurait un rôle dans «  l’amélioration des compétences, de régulation des émotions », développerait la mémoire et pourrait même aider à réduire des inégalités à l’école.

Lorsque « j’entends que cela pourrait réduire les inégalités à l’école, je trouve que l’on n’est pas loin des promesses magiques faites dans les médecines alternatives où l’on prend un élément simple qui va résoudre tous les problème » s’insurge Stéphanie De Vanssay, conseillère nationale à l’Unsa Education, cosignataire de la lettre de la LDH.

Pour Marie Drilhon, vice-présidente de l’Union nationale des associations de défense des familles et de l’individu victimes de sectes (UNADFI) qui a aussi signé la lettre de la LDH, « aller chercher en soi des ressources pour se sentir mieux, comme le veut cette méthode, pose un problème chez des enfants victimes de violences familiales : ne pouvant améliorer leur sort, ils risquent de culpabiliser ! »

La Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE), quant à elle, pointe le risque « d’entrisme dans le cadre scolaire de coachs non-agréés par le rectorat et susceptibles de manipuler des enfants ».

Les signataires de la lettre de la LDH craignent aussi un « conditionnement avec perte d’esprit critique et assujettissement de l’individu ». Ils s’alarment également de possibles dérives sectaires et pointent des contre-indications médicales.

En ce qui concerne les contre-indications médicales, plusieurs études viennent corroborer les craintes. Jusqu’en 2015 aucune étude ne s’était intéressée aux effets indésirables de la méditation. Une équipe de chercheurs de l’Université de Coventry, au Royaume-Uni, a mené une méta-analyse portant sur 80 études sur la méditation. Publiés en 2020, les résultats ont montré que 8 % des méditants avaient ressentis au moins un effet délétère. Cette pratique est fortement déconseillée aux personnes dépressives. Les chercheurs ont noté aussi une augmentation de l’anxiété, même chez des personnes bien portantes. Le Dr Miguel Farias qui a dirigé l’étude a remarqué que la pratique pouvait faire revenir en mémoire des traumatismes.

En outre, Hugues Gascan, directeur de recherches au CNRS ajoute que « l’ensemble des méta-analyses montre une absence d’effets significatifs, voire des effets délétères à moyen terme ».

Même si Yann Mikaeloff, professeur des Universités-Praticien Hospitalier et neuropédiatre de la faculté de médecine Paris-Saclay, assure que la pratique est encadrée, ce n’est pas le cas pour tous les coachs qui la propose.

Le secteur du développement personnel ayant connu une forte croissance ces dernières années, « la pratique de méditation de pleine conscience constitue, donc, un angle d’attaque intéressant pour les entrepreneurs sectaires » assure Christian Gravel, président de la  Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). Il précise, qu’entre 2018 et 2020 une vingtaine de signalements au sujet de la méditation, dont douze sur la MPC, a été reçue par la Miviludes pour laquelle une vigilance s’impose sur cette pratique.

Dans son dernier rapport elle alerte sur divers risques liés à la méditation : « amateurisme, promesses trompeuses, exigences financières disproportionnées ou risque d’isolement sociale et de perte de repères ».

La Mission préconise « d’exiger la transparence sur les références des intervenants, leur formation et leur expérience, ainsi que sur la méthode et ses fondements théoriques ou philosophiques ».  

(Sources : Les Dernières Nouvelles d’Alsace, 19.01.2022, France Inter le 26.01.2022, L’Express, 30.01.2022, Le Figaro, 04.02.2021)

1. La LDH s’insurge contre la pratique de la Méditation de pleine conscience à l’école : https://www.unadfi.org/actualites/domaines-dinfiltration/sante-et-bien-etre/psychotherapie-et-developpement-personnel/la-ldh-s-insurge-contre-la-pratique-de-la-meditation-de-pleine-conscience-a-l-ecole/

Le créationnisme en progression  

Alors qu’il connait depuis de nombreuses années un succès aux Etats-Unis, le créationnisme semble aussi prospérer sur d’autres parties du globe notamment en Asie, en Europe de l’Est et en Amérique latine. Pour rappel, le créationnisme est une croyance religieuse selon laquelle une création divine est responsable de la vie et de l’univers. Cette croyance s’oppose à la science qui soutient une origine naturelle.

Le créationnisme a beaucoup évolué et aujourd’hui il n’hésite pas à intégrer des éléments scientifiques à son discours ce qui lui permet de mieux s’exporter et d’être plus visible. Certains livres mélangent physique et croyances.

Le créationnisme s’implante dans certains pays avec une véritable stratégie de désinformation, et ses tenants ayant notamment pour objectif d’imposer leur vision de la création du monde dans les écoles. Pour Michel Blay, philosophe et historien des sciences, il y a derrière le créationnisme des enjeux économiques, politiques ou religieux. En Amérique du Sud de nombreuses églises protestantes intègrent le créationnisme dans leur doctrine. Le mouvement va aussi par exemple se construire en opposition aux pays occidentaux Ainsi, avec le créationnisme, les pays de l’Est attaquent la science mais aussi la liberté individuelle. Sur le plan politique, le créationnisme est aussi un important marqueur idéologique, comme aux Etats-Unis où des candidats conservateurs n’hésitent pas à brandir cette idéologie.

En France, cela ne semble pas être le cas. Le système éducatif accorde une part importante à l’enseignement de l’évolution. Cependant dans un climat ambiant difficile et anxiogène certaines personnes se rattachent tout de même à ce genre de croyance. Cela est amplifié par une méconnaissance des discours scientifiques qui peuvent être complexes et internet et les réseaux sociaux permettent aux explications simplistes de se diffuser rapidement.   

(Source : L’Express, 08.01.2022)

Lire l’ensemble des articles sur le créationnisme sur le site de l’Unadfi : https://www.unadfi.org/mot-clef/creationnisme/

L’entrisme de la Mindfulness à l’école

 Associée à plusieurs associations, dont l’Unadfi, La Ligue des droits de l’Homme (LDH) fait part, dans une lettre ouverte1 adressée à Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale, de son inquiétude face à l’entrisme de la méditation de pleine conscience (MPC) et son expérimentation à grande échelle dans les écoles publiques et privées.

Publiée le 18 janvier sur le site de la LDH, la lettre, intitulée « à propos des expérimentations d’ateliers de méditation de pleine conscience à l’école », souligne que si ce projet a été abandonné, dans sa forme initiale, à la suite de la mobilisation de la LDH en juin 20212, il est revenu de façon plus insidieuse depuis la rentrée des classes.

La LDH remarque en effet la multiplication « d’ateliers de relaxation, d’exercices de respiration, de méditation, de body scanning » portés par les mêmes instigateurs et craint que le conseil scientifique de l’Education nationale valide l’expérimentation de tels ateliers dès janvier 2022.

La lettre rappelle que la MPC a été inventée par John Kabat-Zinn, un scientifique adepte du bouddhisme et l’un des leaders de l’institut Esalen, « Mecque du New Age », d’où sont issues « de nombreuses psycho-sectes ».

La diffusion mondiale de la MPC est portée par l’institut américain Mind and Life Institute et relayée en France par la structure privée Initiative Mindfulness France qui aurait déjà touché près de 23 000 élèves selon ses rapports.

S’adressant au ministre, les associations s’inquiètent de « ces interventions et qu’elles aient pu être mises en œuvre sans contrôle de votre ministère [ministère de l’Education nationale], sans information précise et sans l’accord exprès des parents des enfants concernés. » Et ce en dépit des mises en garde de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) qui a reçu une douzaine de saisines concernant des mineurs.

La LDH craint que la MPC aboutisse « à un conditionnement avec perte d’esprit critique et assujettissement de l’individu » et demande à l’Education nationale d’intervenir pour mettre fin à son expérimentation au sein des écoles. (Source : Lettre de la Ligue des Droits de l’Homme, 17.01.2022)

1. Lire la lettre de la LDH : https://www.ldh-france.org/a-propos-des-experimentations-dateliers-semblables-a-la-meditation-de-pleine-conscience-a-lecole/

2.Lire un article à ce sujet sur le site de l’Unadfi : La LDH s’insurge contre la pratique de la Méditation de pleine conscience à l’école : https://www.unadfi.org/actualites/domaines-dinfiltration/sante-et-bien-etre/psychotherapie-et-developpement-personnel/la-ldh-s-insurge-contre-la-pratique-de-la-meditation-de-pleine-conscience-a-l-ecole/