Ecoles hors contrat : vigilance !

Le Comité national d’action laïque (CNAL)1 a mené une large enquête sur les écoles hors contrat françaises. Cette enquête a donné lieu à un rapport rendu public le 9 mars 2022 qui pointe de nombreuses pratiques pédagogiques peu conformes aux règles dans certaines écoles privées hors contrat. Le comité a pu constater de grosses défaillances éducatives et certains faits historiques sont occultés dans des établissements qui continuent tout de même de recevoir des enfants.

Afin de mener son enquête le CNAL a demandé la consultation des rapports d’inspection de certains établissements, qui n’avaient jusque-là jamais pu être rendus publics. Elle a pu analyser 164 rapports de ces écoles alors qu’il en existe environ 1800 en France ce qui dénote un manque de transparence et de collaboration de la part des écoles. Malgré de nombreuses demandes et un avis positif de la Commission d’accès aux documents administratifs (Cada), le CNAL n’a pas pu avoir un nombre plus important de données.  Pour rappel, on retrouve sous l’appellation école hors contrat de nombreux établissements religieux ainsi que des écoles prônant des pédagogies alternatives comme les pédagogies Steiner ou Montessori.

Ces écoles ne sont pas forcément tenues de suivre les programmes de l’Education nationale mais le Code de l’éducation stipule qu’elles doivent respecter un socle commun de connaissances, de compétences et de culture.

Dans son rapport le CNAL pointe notamment les manquements dans l’enseignement de certains établissements religieux. Les écoles catholiques conservatrices notamment celles affiliées à la Fraternité Saint-Pie-X sont dénoncées pour le fait de propager une vision du monde réactionnaire à leurs élèves. Le comité a pu constater des contenus scolaires aux relents révisionnistes dans un établissement de la Fraternité : « le rôle de Vichy dans l’extermination des juifs est mis sous silence, et (que) ce génocide n’est pas mentionné dans le traitement de la Seconde Guerre mondiale ». Un support de géographie contenait quant à lui une représentation du monde par « ra-ces » humaines apportant une vision potentiellement raciste ou a minima racialiste. Les valeurs morales, civiques et sociales dispensées dans ces écoles se basent sur des situations issues du fait religieux et d’une morale chrétienne basée sur des croyances. D’autres constats concernent des discriminations entre filles et garçons ou encore des lacunes numériques importantes.

Le rapport cite aussi les écoles Steiner-Waldorf affiliées à l’anthroposophie. Ces structures sont citées dans de nombreux rapports académiques pour « pratiques non conformes aux exigences du socle commun », « rituels et conditionnements (qui) semblent contredire l’affichage laïque de ces écoles », « rejet de la technologie » ou encore « confusions entre faits historiques et mythes »

Malgré ces manquements à leurs devoirs, les établissements continuent d’accueillir des élèves et pour certaines de bénéficier de financement public. La fréquentation de ces écoles serait en pleine expansion depuis de nombreuses années et cela a notamment été amplifié depuis la loi contre le séparatisme qui a rendu plus compliquée l’école à la maison.

Outre ces constats, le CNAL fait plusieurs préconisations afin d’éviter les dérives. Il invite à renforcer les pouvoirs des préfets afin qu’ils puissent fermer les établissements portant des valeurs contraires à celles de la République, qu’une école hors contrat puisse s’ouvrir uniquement sur un régime d’autorisation et non de déclaration2 et il souhaite que le projet pédagogique soit une partie intégrante et importante d’une demande d’ouverture. Le CNAL appelle aussi les parents à exiger la consultation des rapports d’inspection avant d’inscrire leurs enfants. Enfin, il souhaite que la Cour des comptes examine le montant des financements perçus par des établissements privés hors contrat notamment ceux provenant de fondations reconnues d’utilité publique.  

(Sources : Charlie Hebdo, 08.03.2022 & CNAL, 09.03.2022 & La Croix, 09.03.2022 & BFM TV, 10.03.2022)

1. Le CNAL est un regroupement d’associations de parents d’élèves ainsi que de certains syndicats d’enseignants.

2. Aujourd’hui, pour ouvrir une école hors contrat, il suffit de la déclarer aux autorités et les contrôles ne sont effectués qu’une fois l’école ouverte

La Fraternité à Meylan

La Fraternité Saint-Pie-X mène un procès en diffamation contre le maire de Meylan. Cette fois, elle accuse l’élu de la commune iséroise pour des propos tenus dans le journal municipal.  Il y justifiait son refus qu’une église de ce mouvement soit construite dans la ville. 

En 2017, la Fraternité Saint-Pie-X (FSSPX) demande un permis de construire pour une église de 650m2 dans son parc privé et un parking de 299 places. Déjà présente à Meylan depuis des années avec son école privée hors contrat et un prieuré, la communauté catholique parvient à faire valider son nouveau projet par la mairie de droite. Une association locale de gauche, MeyDIA, attaque FSSPX en justice en raison d’un manque de conformité de ces aménagements avec certaines règles d’urbanisme. La Fraternité modifie alors sa maquette en conséquence.  MayDia n’en reste pas là et décide d’activer un second recours en annulation, une demande rejetée par le tribunal administratif de Grenoble. L’association fait encore appel. Entre temps, la mairie a changé de représentant. Le nouveau maire divers gauche, Philippe  Cardin, hérite de ce dossier. Dans le journal municipal, il signe alors un édito dans le numéro d’avril-mai 2021. Il y exprime son inquiétude de voir une communauté intégriste s’installer davantage : « Ces valeurs sur lesquelles s’est construite la ville de Meylan sont bien différentes des messages extrémistes, intolérants et violents portés par la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X. » Il fait ici référence aux positions politiques radicales, racistes, antisémites et homophobes du groupe intégriste. Il dit agir au nom de la liberté d’expression en expliquant que ces gens sont « contre la liberté de croire » dès lors qu’il s’agit de musulmans, protestants ou juifs. En juillet 2021, FSSPX a porté plainte pour diffamation contre le maire et réclame 135 000 euros de dommages et intérêts pour « atteinte à son honneur ».

Depuis, le maire est soutenu par le Conseil municipal qui a voté à l’unanimité la protection institutionnelle, ce qui permet que les frais de justice soient couverts par la mairie. Le conseil métropolitain va dans le même sens. Le mardi 8 février, jour du procès, un « rassemblement républicain » s’organise devant le palais de justice de Grenoble avec plusieurs élus de la région. De son côté, le parquet a estimé que les propos de Philippe Cardin n’ont en aucun cas excédé la liberté d’expression définie par la loi de 1881. Le jugement sera rendu le 29 mars. 

(Sources : La Croix, 03.02.2022 & France 3 Auvergne Rhône-Alpes, 08.02.2022)

Des manifestants intégristes empêchent la tenue d’un concert à Nantes

Un groupe de catholiques traditionnalistes de mouvance intégriste ont contraint les organisateurs à annuler le concert de la chanteuse suédoise rock-métal Anna von Hausswolff, qu’ils jugent « sataniste » et accusent de « faire l’amour avec le diable ».

Une soixantaine de manifestants ont bloqué l’entrée de l’église Notre-Dame-du-Bon-Port où devait se tenir le concert organisé par le Lieu Unique à Nantes.

Plusieurs courants ultrareligieux se font remarquer à Nantes, en particulier les sédévacantistes et les lefebvristes de la Fraternité Saint-Pie-X, tous deux présents lors de la manifestation. Parmi eux, l’abbé Philippe Guépin, de l’association Saint-Pie-V et chef de file des sédévacantistes nantais.

Pour Dominique Beloeil, professeur au séminaire de Nantes, les sédévacantistes « sont placés au même plan que les Témoins de Jéhovah et la Scientologie ». Ils sont par ailleurs surveillés par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), qui met en cause, entre autres, un discours radical raciste et antisémite.

Les autorités locales sont également très vigilantes à l’égard de ces groupes, proches de l’extrême droite, qui ne cessent de fustiger « l’Eglise des modernistes misérables et impies œuvrant à l’invasion de l’Europe par l’islamisme ».

Le premier adjoint à la mairie de Nantes a qualifié les manifestants de « poignée de radicaux intolérants » et ajouté que « rien n’autorisait l’expression d’une telle censure ». « Ce n’est pas notre conception d’un projet de société fondé sur le dialogue et l’ouverture culturelle », a-t-il précisé. 

(Sources : La Dépêche, 08.12.2021 ; LCI, 08.12.2021 ; Médiacités, 09.12.2021 ; moustique.be, 10.12.2021)

Interview d’une ex-adepte de la Fraternité Sacerdotale

Plusieurs adultes ayant grandi dans un mouvement sectaire ont accepté de répondre pour BulleS à des questions sur leur enfance dans ce contexte. Ce second « témoignage d’une enfance sectaire » est celui d’une jeune femme ayant grandi dans la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X. Lire la suite

Un sénateur interpelle le Premier ministre

La Fraternité Saint-Pie X souhaite conforter son implantation dans la ville de Meylan (Isère) et construire à proximité de son école hors contrat un lieu de culte pouvant accueillir 300 personnes. Tentant de s’opposer au projet, le maire de la ville a contacté les parlementaires de son département. Lire la suite

Dissimulation de crimes au sein d’une école liée à la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X

Le 17 décembre 2020, Guillaumo Aguilar, un ancien militaire a été condamné à 7 ans de prison par le tribunal correctionnel de Saint Malo. Il a été reconnu coupable d’agressions sexuelles sur 13 mineurs entre 1996 et 2001. Lire la suite

Les femmes au sein de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X

« Dieu exerce le gouvernement librement, en déléguant son autorité aux hommes, non aux femmes ». Cette phrase, institutionnalisant l’infériorité des femmes au sein de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X (FSSPX), figure, encore à ce jour, sur La Porte latine, le site internet officiel du groupe. Lire la suite