Treize ans de souffrance en vase clos

Durant treize années une jeune femme, aujourd’hui âgée de 34 ans, aurait subi des agressions sexuelles de son père avec la complicité présumée de sa mère. Elle témoigne dans les colonnes du Figaro du calvaire qu’elle a enduré de ses 8 ans jusqu’à ses 21 ans. Elle fait part également de son inquiétude quant aux conséquences qu’aura son action en justice parmi les membres de la congrégation des Témoins de Jéhovah dont elle fait partie.

Les faits s’étant déroulés il y a moins de trente ans, la plainte déposée en 2019 par la jeune femme a donné lieu à l’ouverture d’une enquête. Cette dernière étant toujours en cours, en décembre 2021 la jeune femme s’est constituée partie civile dans l’espoir « d’accélérer les procédures et faire en sorte qu’un juge d’instruction soit nommé ».

Ayant grandi dans un climat incestueux, selon la tante de la jeune femme, le père aurait entretenu une atmosphère très sexualisée au sein de son foyer. Il déambulait nu dans leur appartement, demandait à la jeune fille de laisser la porte de la salle de bain et des toilettes ouvertes, l’obligeait à porter tout le temps des robes ou des jupes pour honorer Dieu.

Si le père a démenti les accusations de sa fille lors d’une audition auprès de la police le 4 mai 2021, la jeune femme raconte que « l’échelle de perversité » a été bien au-delà. L’homme lui impose des caresses sur tout le corps, lui pince les seins et les fesses, pire encore, lui fait subir divers sévices sexuels avec une multitude d’objets.

Interrogé plusieurs fois en 2019, son frère n’a pas démenti les accusations de sa sœur expliquant qu’ « avec elle il ne faisait que parler de sexe ».

Selon la jeune femme, sa mère aurait été au courant des agressions de son mari, mais n’aurait rien fait pour les faire cesser. Assistante maternelle, elle a perdu son agrément pour des raisons qui ne sont pas citées dans l’article. La jeune femme accuse aussi son père d’avoir eu des gestes déplacés envers des enfants, même si à ce jour rien ne le confirme.

A tout cela s’ajoutait la terreur inspirée par son père lors de ses crises liée à ses croyances en la fin du monde. Ce membre des Témoins de Jéhovah, se levait la nuit pour parler du diable, aurait forcé ses enfants à crier « je t’aime Jéhovah » les secouant et les menaçant de mourir lors d’Armageddon s’ils le faisaient mal.

Ils vivaient dans le cercle très restreint d’une communauté Témoins de Jéhovah, et pour la jeune fille les autres membres étaient au courant de ces violence, mais « tout a toujours été géré en interne ».

En effet, à la suite d’une dispute avec son père, son frère a avoué à un Ancien chargé de surveiller la famille que sa sœur avait été abusée. Malgré sa rétractation, un comité judiciaire confrontant son père et sa sœur a été organisé au cours duquel l’homme a déclaré : « Je ne m’en souviens pas, mais si je l’ai fait je m’en excuse ». Un membre du comité a conseillé à la jeune femme de porter plainte, mais les autres lui auraient dit de « ne plus en parler au motif que de telles dénonciations allaient salir le nom de Dieu et de la communauté et, qu’après tout, son père s’était excusé ». Il a pu poursuivre le porte-à-porte.

Si le groupe explique que les comités judiciaires n’ont pour objectif que de décider de sanctions envers un membre ayant commis une faute et affirme ne pas interférer avec « la procédure judiciaire devant les autorités », dans les faits, il est difficile pour des adeptes d’oser aller contre les directives du groupe.

Le Figaro cite quelques textes internes incitant les adeptes à s’en remettre entièrement aux décisions des Anciens comme un ancien numéro de la Tour de Garde datant de 1995 dans lequel on lit  : « S’il y a de bonnes raisons de penser que l’agresseur présumé commet toujours des agressions sur des enfants, il faudra peut-être lui donner un avertissement. Dans une telle circonstance, les anciens de la congrégation peuvent apporter leur aide. Mais si ce n’est pas le cas, ne vous précipitez pas. Avec le temps, vous vous accommoderez peut-être de ne pas donner suite à l’affaire ».

Lorsque l’histoire de la jeune femme a été rendue publique le Bethel a fait part de sa compassion. Mais, encore membre du groupe, elle s’inquiète du retentissement que l’affaire aura dans sa communauté car elle craint des représailles et l’excommunication. Elle craint surtout de mourir pour avoir trahi Jéhovah.

Son avocate maitre Shebabo souligne que « ce contexte communautaire, de non-dénonciation de crime, est très important et différencie cette affaire des autres affaires d’inceste ». 

(Source : Le Figaro, 08.04.2022)

La figure de proue du complotisme suisse accusé de violence par trois de ses enfants

Trois des onze enfants d’Ivo Sasek1 ont révélé, dans un documentaire en deux parties diffusées sur la chaîne Suisse SRF, avoir subi pendant de nombreuses années des châtiments corporels et des maltraitances psychologiques.

Fondateur du groupe chrétien Organische Christus-Generation (Génération du Christ Organique), Ivo Sasek est surtout connu pour être à l’origine de la chaîne complotiste Kla Tv, une référence dans le milieu.

Appartenant au milieu de la droite conservatrice, l’homme entend lutter contre la corruption des politiciens et les mensonges des médias. Pour lui et ses 2000 disciples, tout le monde est sous le joug de Satan.

Dans ses vidéos, il a toujours donné l’image d’une famille harmonieuse. Pourtant trois de ses fils qui ont fui le groupe donnent une tout autre image de leur vie hors caméra.

L’aîné Simon raconte les châtiments corporels qu’il a subis dès l’âge de deux ans. Son éducation est aussi passée par la lecture de Mein Kampf considéré par son père comme venant juste après la Bible. Il lui a fallu beaucoup de temps pour comprendre que cela n’était pas normal, mais quand il a questionné ses parents ceux-ci ont mis ses interrogations sur le compte « de forces démoniaques qui se seraient emparées de lui ». Pour les chasser il raconte avoir été frappé par toute sa famille.

A bout, en 2016 il quitte le groupe. Et depuis, tous les membres du groupe, même ses proches, ont rompu avec lui car Ivo Sasek interdit d’avoir des relations avec ceux qui s’en vont. Après le départ de son fils il a enjoint les membres de sa communauté à ne « plus être en contact avec Simon pas même par un seul cheveu, car à chaque contact, le levain de la mort, du mensonge et de la destruction commence à faire des ravages.»

Simon et ses frères n’ont pas été les seuls à souffrir dans le groupe. Hanna B, une ancienne membre, a elle aussi été maltraitée par ses parents. Comme Simon elle a été reniée par sa famille et le groupe lorsqu’elle en est partie à l’âge de seize ans. Selon eux, elle aurait été sous l’emprise de Satan. Cependant, depuis son départ, sa mère et ses trois sœurs seraient elles aussi parties. Interrogée dans le documentaire, sa mère a confirmé les maltraitances sur sa fille et les regrette amèrement. 

(Source : Blick, 22.04.2022)

  1. Pour en savoir plus sur Ivo Sasek lire sur le site de l’Unadfi : L’ésotérisme new age cheval de Troie de l’extrême droite ? https://www.unadfi.org/actualites/groupes-et-mouvances/lesoterisme-new-age-cheval-de-troie-de-lextreme-droite

De l’ayahuasca pour les enfants

Le Collège des psychologues de Colima (Mexique) a dénoncé le fait que le groupe Consciencia Solar 333, fondé par un psychologue, promeut des thérapies avec des substances hallucinogènes pour les enfants.

Les thérapies s’adressent, notamment par le biais des réseaux sociaux, aux enfants des personnes déjà membres du groupe et qui ont déjà participé à des cérémonies de guérison incluant l’usage de substances psychotropes.  Lors des cérémonies plusieurs substances sont utilisées comme l’ayahuasca, le peyotl ou le sapito. Différents des autres enfants, les enfants du groupe sont appelés enfants Arc-en-ciel, ils seraient dotés de qualités divines et spirituelles leurs conférant un caractère spécial.

Le Collège des psychologues a débuté son enquête à la suite de la découverte sur les réseaux sociaux de la promotion de diverses thérapies pour les enfants. Ils ont rapidement constaté qu’elles comprenaient l’utilisation de substances psychotropes, par exemple des « champignons magiques déshydratés ». Certaines séances étaient ouvertes aux 8-12 ans.

A la suite de ces recherches le collège a déposé une plainte au bureau du procureur général de l’Etat et demande l’intervention de la COESPRIS1 car il voit un danger pour les mineurs. Un membre du comité d’éthique du Collège rappelle que la psychologie est une science régie par un cadre théorique et que les thérapies sans preuve scientifique ne doivent pas être utilisée, encore moins si elles utilisent des substances dont les effets présentent des risques importants pour les mineurs. 

(Source : RIES, 18.04.2022)

1. Commission d’État pour la protection contre les risques sanitaires

La justice canadienne interdit à un père de partager ses croyances complotistes avec sa fille

La justice montréalaise à interdit à un père originaire de Montréal de tenir des propos contre la vaccination et contre les mesures sanitaires à sa fille de neuf ans. La justice a autorisé la vaccination de l’enfant et a également interdit au père d’emmener la fillette dans des manifestations anti-mesures sanitaires.

Le respirianisme, dans sa théorie, est un régime vieux de plusieurs siècles et originaire d’Orient. On en trouve ité de ce qu’elle clamait lorsque pour une émission de télévision elle accepta de se laisser enfermer dans une chambre d’hôtel sans nourriture ni boissons. Le médecin qui supervisait l’expérience constata au bout de 48 heures qu’elle souffrait de déshydratation et de pression artérielle élevée : elle critiqua la qualité de l’air de la chambre prétendant que l’air contenait 70% des nutriments dont elle avait besoin. A l’instar de Brooks, elle fut aussi percée à jour par des personnes l’ayant vue commander un plateau-repas dans un avion. Les préceptes dont elle faisait la promotion ont coûté la vie à deux de ses admirateurs, une Ecossaise de 49 ans du nom de Verity Linn, et une Australienne de 33 ans Lani Morris. Toutes deux sont décédées de déshydratation en plein jeûne et dans des endroits reculés. Toutes deux possédaient l’ouvrage de Jasmuheen Living On Light (« Vivre de Lumière »). Dans les années 2010, le respirianisme a continué à faire parler de lui s’appuyant sur l’engouement du public pour le bien-être. L’alimentation y est au centre et dorénavant ce ne sont plus les biscuits sans sucre qui aident à mincir, mais les jus purifiants, les jeûnes intermittents et les régimes Keto. Des personnes se réclament avec fierté du respirianisme, comme une femme ukrainienne du nom de Valeria Lukyanova, aussi connue comme la « Barbie humaine », qui déclarait en 2014 être une adepte du respirianisme et ne manger que des « micro-aliments cosmiques ». En 2017, un couple d’origine Californienne, Akahi Ricardo et Camila Castillo prétendait n’avoir pas mangé depuis trois ans, et ce alors même qu’ils venaient d’avoir leur premier enfant. La popularité du régime ne faiblit pas, et on constate toujours sa dangerosité :  en 2017 un Allemand de 22 ans, Finn Bogumil, inspiré par les préceptes du repirianisme, est mort de faim pendant l’accomplissement d’un jeûne. (Source : Journal de Montréal, 26.04.2022)

Un rituel d’exorcisme requalifié en tentative de meurtre

Un père a exercé sur sa fille de sept ans un rituel d’exorcisme brutal et violent. Il a été mis en examen pour tentative de meurtre sur mineur de moins de 15 ans.

Selon des proches, le père est de confession catholique mais baigne également dans le mysticisme et la sorcellerie. Parce que sa petite fille se plaignait de la présence d’une boule dans le cou, il décide de la soumettre à un désenvoûtement. Sous l’emprise de l’alcool, il a commencé par lui masser vigoureusement le cou et le visage, jusqu’à lui griffer la peau. Puis il a jeté du sel sur elle avant de la plonger sous l’eau. Des voisines, inquiètes d’entendre des bruits étranges et des cris ont frappé à la porte pour intervenir. Le père leur a ouvert. Elles ont alors aperçu la petite fille trempée, le visage tuméfié et parsemé de griffures. Celle-ci a couru dans les bras d’une des deux femmes, qui a pu la recueillir chez elle. Le père de famille a tenté de fuir mais entre-temps les voisins avaient appelé les pompiers et la police. L’homme a été interpellé à temps et mis en examen pour violences aggravées, et la petite fille a été évacuée vers l’hôpital.

Le parquet estimant que sans l’intervention des voisines l’irréparable aurait pu se produire, les faits ont été requalifiés en tentative de meurtre. 

(Source : www.linfo.re & Le JIR, 7.04.2022)

Prison pour deux dirigeants

Nachman Helbrans et Mayer Rosner, tous deux dirigeants de Lev Tahor, ont été condamnés à 12 ans de prison. Ils sont accusés d’avoir kidnappé une fille de 14 ans et de l’avoir forcée à avoir un enfant avec son nouveau mari. Le mariage avait été organisé de force par Helbrans en 2017.

A la suite du mariage de sa fille, la mère avait choisi de fuir le groupe avec ses enfants en direction de New York. Peu de temps après des membres de Lev Tahor sont venus kidnapper la fille ainsi que son frère. Ils seront retrouvés au Mexique. Le groupe a effectué de nouvelles tentatives d’enlèvement.

Lors du jugement, le juge Damian Williams, de la cour du district sud de New York, a rappelé qu’aucune mère ne peut accepter de voir ses enfants enlevés et forcés à des relations sexuelles. Il espère que les sanctions seront un message important pour ceux qui enlèvent et exploitent sexuellement des mineurs.

En plus de leurs peines de prison, les deux accusés sont inscrits pendant 5 ans sur la liste des délinquants sexuels avec une obligation de suivi.  

(Sources: Radio-Canada, 01.04.2022 & Times of Israël, 01.04.2022)

Lire l’ensemble des articles sur Lev Tahor sur le site de l’Unadfi : https://www.unadfi.org/mot-clef/lev-tahor/

Le mouvement chrétien « Focolari » qualifié d’abuseur d’enfants

De multiples agressions sexuelles commises par un ex-membre du mouvement sont dénoncées dans un rapport d’enquête publié le 30 mars dernier par un organisme indépendant britannique.

Le rapport d’enquête de la société GCPS Consulting se base sur plusieurs témoignages, dans des médias français en particulier, de victimes d’un ex-membre du mouvement Focolari, un certain JMM. Les récits couvrent une période de plus de 30 ans, entre 1963 et 1997. JMM aurait reconnu certaines parties des faits en 2020.

L’enquête conclut que JMM serait un abuseur en série d’enfants de sexe masculin et que, pendant des années, il aurait « bénéficié d’un système qui le protégeait ».

Les responsables au sein du mouvement sont mis en cause car ils n’auraient pas agi envers les victimes, tant en France qu’en Italie où les faits sont avérés.

Né en 1943, ce mouvement international « qui prêche l’Evangile et un message d’unité » serait présent dans 180 pays avec 2 millions d’adhérents dont 2000 en France au sein de petites communautés de personnes dites « consacrées ».

La présidente du mouvement, Margaret Karram, a exprimé le « choc et la douleur » face au mal infligé aux victimes et se dit prête à « contribuer au processus de reconstruction des victimes », en particulier par une « compensation financière ».  

(Source : dhnet.be, 30.03.2022)

Un membre d’une église évangélique condamné

Un homme de 56 ans a été condamné à seize ans de réclusion criminelle par la Cour d’assises du Loiret pour viols sur mineurs. Les faits ont été commis entre 2005 et 2018.

Membre d’une église évangélique, l’homme était professeur de mathématiques. Il a été reconnu coupable de viols et d’agressions sexuelles sur des mineurs de 15 ans. Ce sont des fidèles qui avaient saisi la justice après le témoignage d’une victime. Un pasteur de l’église qui n’aurait pas dénoncé les faits alors qu’il était au courant devrait être prochainement renvoyé devant la justice pour non-dénonciation de crime.

En plus de sa peine de prison, l’accusé a une interdiction d’entrer en contact avec des mineurs, les victimes et leurs familles. Il est dans l’obligation d’un suivi socio-judiciaire et d’une injonction de soins.  

(Source : 20 minutes, 16.03.2022)

Travail dissimulé, châtiments corporels sur les enfants, culture de la surveillance : des ex-membres de la secte des Douze Tribus témoignent

Le nom de la communauté des Douze Tribus (The Twelve Tribes) s’est retrouvé placardé dans la presse du Colorado au début de l’année 2022 après qu’un incendie destructeur s’est déclaré le 30 décembre 2021. Le feu s’est étendu sur 2500 hectares, brûlant sur son passage habitations, bâtiments et forêts.  L’enquête n’a pas encore permis d’en identifier la source, mais les soupçons pèsent sur une cabane qui a pris feu dans l’enceinte d’un camp où est installée la communauté des Douze Tribus. D’anciens membres ont saisi cette occasion pour parler de leur expérience dans les médias. Le Denver Post, un quotidien du Colorado, publie ce mois de mars une longue série de témoignages.

« Ils se comportent comme s’ils étaient complètement séparés du monde, mais ils ont les mêmes préoccupations. Ils veulent l’argent du monde. Au fond, il n’est vraiment question que d’argent » raconte Frank W, un homme de 64 ans récemment renvoyé du groupe. Il raconte avoir approché le groupe au plus bas de la crise de la cinquantaine qu’il traversait. Il a ensuite effectué pour le compte du groupe divers travaux à travers tout le pays. Il pouvait travailler jusqu’à douze heures par jour. Jamais il n’a été rémunéré. Un autre ex-membre confie avoir commencé à travailler dans une usine à l’âge de 13 ans. Ses journées : réunion d’adoration à 6h, puis départ pour l’usine jusqu’à 17h. Seconde réunion d’adoration à 18h, puis retour au travail d’environ 19h30 à 22h. « Nous arrêtions l’école à douze ou treize ans, et c’était le cas pour presque tout le monde » raconte-t-il.

Un autre, né dans le groupe et parti à 19 ans, confie pour sa part avoir commencé à travailler dans les boulangeries et restaurants du groupe à l’âge de 7 ans. « L’école pour les enfants n’était pas une véritable priorité. Ils encourageaient tous les enfants à aller au travail. L’accent était mis sur ça. »

Dans la droite ligne de la culture patriarcale défendue par les enseignements de la secte, les garçons allaient travailler à l’extérieur de la communauté, quand les filles restaient travailler dans l’enceinte du camp. Alina Anderson, une ex-membre née dans le groupe et qui en est partie à l’âge de 14 ans déclare avoir été renvoyée du groupe d’élèves scolarisés sur place à son onzième anniversaire. Par la suite, elle passait son temps à s’occuper des tâches ménagères, préparait le repas pour une centaine de personnes tous les jours (ce qui signifiait cuisiner le pain et aller récolter à la main les légumes qui allaient servir au repas) et lavait le linge de deux hommes célibataires. Alina Anderson évoque aussi les châtiments corporels sur enfants, pratique encouragée dans la communauté : « nous étions en gros battus pour absolument tout et n’importe quoi, et ça pour qu’ils puissent vous faire devenir la personne qu’ils voulaient que vous soyez. Demander de la nourriture supplémentaire au petit déjeuner pouvait provoquer une fessée. » Elle et d’autres se souviennent que les adultes interdisaient régulièrement l’accès à la nourriture aux enfants en guise de punition, parfois pendant plusieurs jours. A l’âge de six ou sept ans, Alina fut enfermée dans une cave sombre pour avoir dérobé de la nourriture dans le réfrigérateur : « la fois où j’ai été enfermée dans le donjon -ce n’était pas un vrai donjon, mais on en avait vraiment l’impression– je pense que c’était pendant plus d’un jour, parce que nous jeûnions tous les vendredis, donc j’avais l’habitude d’être affamée, et là c’était plus long que ça. ».

D’autres ex-membres ayant grandi dans le groupe ont révélé avoir reçu des fessées à même la peau, que ce soit sur leurs mains, sur leurs pieds ou sur leurs fesses, même pour la plus petite des bêtises. Il n’était pas anormal qu’un enfant reçoive vingt ou trente fessées dans la journée. Cette violence a entraîné ces dernières années un exode de masse. Ceux qui ont fui sont en majorité des membres issus de la première génération d’enfants nés et élevés dans le groupe et devenus à leur tour parents : « Il était inenvisageable pour moi de battre mes enfants de la manière dont j’ai été battu » confie un ex-membre ayant gardé l’anonymat. « Je ne pouvais vraiment pas. Et vous y êtes obligés si vous êtes là-bas. Si vous ne battez pas vos enfants, vous risquez de gros problèmes. » Un autre ex-membre, Luke Wiseman, 46 ans, décrit la pression exercée par le groupe sur les parents : « si vous ne sortez pas votre enfant de la pièce pour lui donner une fessée pendant les assemblées, alors tout le monde va vous prendre pour un mauvais parent (…) Quand mon fils avait deux ans, les gens me tapotaient l’épaule pour me dire « ton fils n’écoute pas ». Donc si après je ne sors pas de la pièce avec mon enfant pour lui donner une fessée, c’est que je n’accueille pas le message comme il faut. ». Mais une réalité encore plus sombre se cache derrière cette maltraitance : les ex-membres témoignent presque tous d’abus sexuels dont ils ont connaissance ou qu’ils ont eux-mêmes subis.   Ils expliquent que bien que l’agression sexuelle des enfants ne soit pas tolérée chez les Douze Tribus, cela arrive cependant et lorsqu’un abus est avéré, l’affaire n’est pas forcément rapportée à la police. Tout dépendra in fine du statut de l’agresseur au sein du groupe. Il est fréquent que les enfants qui dénoncent un agresseur ne soient pas crus. Quelques cas d’abus sexuels se sont retrouvés dans l’actualité.

En 2004, l’hebdomadaire de Floride Broward Palm Beach New Times publiait un témoignage d’une ex-membre des Douze Tribus dans lequel elle accusait son mari d’avoir abusé sexuellement de leurs enfants. Elle révélait également que les dirigeants du groupe l’avaient empêchée de divorcer et avaient couvert les agissements de son époux. Elle avait alors quitté le groupe, puis s’était tournée vers les autorités compétentes. L’homme a finalement été reconnu coupable d’agressions sexuelles en 2006. En 2007, un ancien professeur ayant exercé au sein des Douze Tribus avait plaidé coupable d’abus sexuels sur deux jeunes garçons dans les années 1990. Enfin, plus récemment, en janvier 2022 la police a procédé à l’arrestation de Ron Williams, sur la base d’un mandat en cours depuis 2020 pour exploitation sexuelle d’enfants. Les autorités du Comté de Boulder avaient trouvé dans ses affaires plus de mille images d’enfants sexuellement agressés. Il vivait parmi les Douze Tribus, dans le camp que la police soupçonne d’avoir été le lieu de départ de l’incendie de Boulder. Mais d’ex-membres mettent en garde : que des cas d’abus sexuels débouchent sur des poursuites au pénal reste une exception et ces récits en cachent bien d’autres. 

(Sources : The Denver Post, 03.04.2022 & 07.04.2022)

Ecoles hors contrat : vigilance !

Le Comité national d’action laïque (CNAL)1 a mené une large enquête sur les écoles hors contrat françaises. Cette enquête a donné lieu à un rapport rendu public le 9 mars 2022 qui pointe de nombreuses pratiques pédagogiques peu conformes aux règles dans certaines écoles privées hors contrat. Le comité a pu constater de grosses défaillances éducatives et certains faits historiques sont occultés dans des établissements qui continuent tout de même de recevoir des enfants.

Afin de mener son enquête le CNAL a demandé la consultation des rapports d’inspection de certains établissements, qui n’avaient jusque-là jamais pu être rendus publics. Elle a pu analyser 164 rapports de ces écoles alors qu’il en existe environ 1800 en France ce qui dénote un manque de transparence et de collaboration de la part des écoles. Malgré de nombreuses demandes et un avis positif de la Commission d’accès aux documents administratifs (Cada), le CNAL n’a pas pu avoir un nombre plus important de données.  Pour rappel, on retrouve sous l’appellation école hors contrat de nombreux établissements religieux ainsi que des écoles prônant des pédagogies alternatives comme les pédagogies Steiner ou Montessori.

Ces écoles ne sont pas forcément tenues de suivre les programmes de l’Education nationale mais le Code de l’éducation stipule qu’elles doivent respecter un socle commun de connaissances, de compétences et de culture.

Dans son rapport le CNAL pointe notamment les manquements dans l’enseignement de certains établissements religieux. Les écoles catholiques conservatrices notamment celles affiliées à la Fraternité Saint-Pie-X sont dénoncées pour le fait de propager une vision du monde réactionnaire à leurs élèves. Le comité a pu constater des contenus scolaires aux relents révisionnistes dans un établissement de la Fraternité : « le rôle de Vichy dans l’extermination des juifs est mis sous silence, et (que) ce génocide n’est pas mentionné dans le traitement de la Seconde Guerre mondiale ». Un support de géographie contenait quant à lui une représentation du monde par « ra-ces » humaines apportant une vision potentiellement raciste ou a minima racialiste. Les valeurs morales, civiques et sociales dispensées dans ces écoles se basent sur des situations issues du fait religieux et d’une morale chrétienne basée sur des croyances. D’autres constats concernent des discriminations entre filles et garçons ou encore des lacunes numériques importantes.

Le rapport cite aussi les écoles Steiner-Waldorf affiliées à l’anthroposophie. Ces structures sont citées dans de nombreux rapports académiques pour « pratiques non conformes aux exigences du socle commun », « rituels et conditionnements (qui) semblent contredire l’affichage laïque de ces écoles », « rejet de la technologie » ou encore « confusions entre faits historiques et mythes »

Malgré ces manquements à leurs devoirs, les établissements continuent d’accueillir des élèves et pour certaines de bénéficier de financement public. La fréquentation de ces écoles serait en pleine expansion depuis de nombreuses années et cela a notamment été amplifié depuis la loi contre le séparatisme qui a rendu plus compliquée l’école à la maison.

Outre ces constats, le CNAL fait plusieurs préconisations afin d’éviter les dérives. Il invite à renforcer les pouvoirs des préfets afin qu’ils puissent fermer les établissements portant des valeurs contraires à celles de la République, qu’une école hors contrat puisse s’ouvrir uniquement sur un régime d’autorisation et non de déclaration2 et il souhaite que le projet pédagogique soit une partie intégrante et importante d’une demande d’ouverture. Le CNAL appelle aussi les parents à exiger la consultation des rapports d’inspection avant d’inscrire leurs enfants. Enfin, il souhaite que la Cour des comptes examine le montant des financements perçus par des établissements privés hors contrat notamment ceux provenant de fondations reconnues d’utilité publique.  

(Sources : Charlie Hebdo, 08.03.2022 & CNAL, 09.03.2022 & La Croix, 09.03.2022 & BFM TV, 10.03.2022)

1. Le CNAL est un regroupement d’associations de parents d’élèves ainsi que de certains syndicats d’enseignants.

2. Aujourd’hui, pour ouvrir une école hors contrat, il suffit de la déclarer aux autorités et les contrôles ne sont effectués qu’une fois l’école ouverte