Le survivalisme : un nouveau marché ?

De plus en plus de personnes pensant que la fin du monde et l’écroulement de notre société sont imminents se radicalisent dans leurs croyances survivalistes. Le Figaro a enquêté pour comprendre leurs idées et leurs méthodes.

Événements anxiogènes, l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la pandémie mondiale ou encore la crise écologique poussent des personnes à adopter un mode de vie survivaliste basé sur le repli. Elles craignent le chaos ou encore le manque de ressources, de matières premières ou de victuailles. Le Figaro est allé à la rencontre de certaines de ces personnes. Les journalistes ont pu constater que leurs domiciles sont prêts pour une fin du monde, avec des stocks de vivres, de talkies-walkies, d’allumettes ou de bougies. Certains se payent même le luxe d’un bunker et d’autres stockent aussi des armes.

Le survivalisme a son propre langage, un grand nombre d’ouvrages et de sites spécialisés sur Internet dispensent conseils et techniques. Le survivalisme est dès lors devenu un véritable business et les sites spécialisés voient leurs fréquentations et leurs chiffres d’affaires exploser.  Pour Bertrand Vidal, sociologue à l’université Paul-Valéry de Montpellier et auteur d’un ouvrage sur le mouvement survivaliste, il est paradoxal de voir cette communauté se réalise par la consommation alors qu’elle est justement contre le consumérisme. Le sociologue constate aussi que ce mouvement et ses membres sont de plus en plus visibles que ce soit dans les revues ou sur les réseaux sociaux. Il voit les adeptes du mouvement devenir les héros de leurs vies.

Au-delà du survivalisme, certains adeptes se radicalisent. Dans certains stages de survie se mêlent aussi du complotisme, des théories d’extrême droite avec en toile de fond une volonté d’armement.  

(Source : Le Figaro, 18.04.2022)

Séances de reiki en visio, la nouvelle tendance Tik tok

Le reiki, une méthode censée apporter la guérison par le toucher en rétablissant la circulation d’énergie dans le corps, se pratique désormais en distanciel via des réseaux sociaux comme Tik tok.

Haley Rene, une jeune canadienne atteinte d’une sclérose en plaque depuis 2017, connait un succès fulgurant sur la plateforme Tik Tok où elle compte 123 000 suiveurs. Devenue maître reiki en 2019, elle s’était tournée vers cette pratique dans le but de prendre sa santé en mains et gérer son anxiété.

En 2020 la pandémie de COVID-19 lui donne l’idée de dispenser des soins en ligne. Depuis elle reçoit des patients via zoom et partage des conseils bien-être et ses techniques reiki sur Tik tok. Levant la paume de sa main devant sa caméra elle mime une séance de reiki, prétendant pouvoir attirer à elle les mauvaises énergies de ses spectateurs pour les en débarrasser.

Haley Rene est loin d’être la seule à vanter l’efficacité de cette thérapie en distanciel. De nombreux sites proposant la méthode expliquent que « l’énergie universelle ne connaît pas de frontière », rendant ainsi possible sa pratique à distance.

Pour Angela Richardson, technicienne scientifique en radiologie et praticienne reiki en Angleterre, comptant 16 000 abonnés sur Tik tok, la technique serait même plus efficace à distance car les gens peuvent accéder aux séances vidéo selon leurs besoins.

Et elles sont probablement plus efficaces encore si leurs abonnés achètent les produits vendus sur leurs sites internet auxquels renvoie leur page Tik tok.

Le sociologue Raphaël Liogier explique que cette pratique « fonctionne comme une entreprise du salut très rationnelle, bureaucratisée et parfaitement à l’aise dans le capitalisme libéral », et ajoutant que « le dogme individuo-global de la connectivité est ici exploité à son maximum ».   

(Source : Usbek & Rica, 06.04.2022)

[Note de l’Unadfi : dans son dernier rapport, publié le 14 mars 2022, la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF) a relevé des dérives dans la pratique du reiki.]

Lire un résumé du rapport sur le site de l’Unadfi : Nouveau rapport de la DGCCRF : « Attention aux risques des pratiques de soins non conventionnelles » : https://www.unadfi.org/actualites domaines-dinfiltration/sante-et-bien-etre/pratiques-non-conventionnelles/nouveau-rapport-de-la-dgccrf-attention-aux-risques-des-pratiques-de-soins-non-conventionnelles/

Pour en savoir davantage sur le reiki, lire sur le site de l’Unadfi : Reiki et ses dérives : https://www.unadfi.org/actualites/domaines-dinfiltration/sante-et-bien-etre/pratiques-non-conventionnelles/reiki-et-ses-derives/

Une nouvelle tendance New Age : le manifesting

Nouvelle tendance d’inspiration New Age, le manifesting stipule qu’il est possible de prendre le contrôle de sa vie grâce à sa volonté et à l’adoption d’un mode de pensée optimiste. Cette tendance est très suivie sur les réseaux sociaux, fortement inspirée par le New Age mais aussi par un individualisme propre à notre époque.

Cette mode se diffuse sur les réseaux sociaux, de nombreuses vidéos promettant par exemple de faire resurgir une personne du passé, faire revenir un ex, parvenir à se transformer, trouver le job de ses rêves. Outre les vidéos, des retraites sont aussi organisées pour « Manifester son bonheur » ou « Manifester son partenaire de rêve ». Tout repose sur une attitude mentale positive et parfois des rituels permettant de devenir ce que l’on souhaite.

Le magazine Usbek et Rica évoque pour cette « technique » un mélange de développement personnel mêlé à des prophéties (soi-disant) auto-réalisatrices. Le manifesting touche principalement la génération Z (personnes nées entre 1997 et 2010) surfant sur la mode actuelle du bien-être, un marché toujours plus lucratif. Des entreprises ont vu le jour proposant des « kit de manifesting », des bagues, des pierres ou des sessions de cours.

Pour expliquer cette ferveur, Usbek et Rica parle de l’impact de la pandémie et des confinements qui a poussé des individus vers un repli spirituel qui apporte un certain réconfort pourtant illusoire. Pour Patrick Rosenkranz, maître de conférences en psychologie de la religion à l’université de Newcastle, c’est aussi une réaction au « désenchantement du monde », une recherche de spirituel au-delà des religions classiques. C’est dans ce sens que le New Age prospère discrètement dans nos sociétés depuis des dizaines d’années. Aujourd’hui des individus défendent des techniques New Age sur les réseaux sociaux auprès d’une population de plus en plus jeune.

L’un des risques du manifesting est de développer la culpabilité personnelle en occultant les raisons structurelles pouvant justifier des échecs, ou des phénomènes sociaux et sociétaux. Tous les maux et les traumatismes reposent alors uniquement sur l’individu. 

(Source : Usbek et Rica, 23.03.2022)

Une figure de l’extrême-droite chez les antivax

A la faveur de la pandémie, Alain Soral figure célèbre de l’extrême droite, a revu sa popularité augmenter alors qu’il avait perdu de son influence depuis son bannissement de YouTube. Il doit son regain de notoriété notamment à l’intrusion de ses fidèles dans des mouvements anti-vaccination.

Sur une nouvelle chaine YouTube, Le Média en 4-4-2 derrière laquelle se trouveraient Alain Soral et quelques-uns de ses compères, dispense des théories complotistes habituelles comme le fait que le Covid serait un complot de l’Etat profond, des Juifs et des francs-maçons. Ce média est aussi un site internet qui commence à être largement consulté. Le journal en ligne Streetpress constate qu’en cumulant les visites du site « Egalité et Réconciliation » le site historique d’Alain Soral et ce nouveau site cela fait de lui l’une des personnalités les plus influentes parmi les conspirationnistes en France.

Dès le début de la pandémie, Alain Soral comptait parmi les propagateurs les plus importants de fake news sur le Covid par l’intermédiaire de différents comptes sur les réseaux sociaux. Pour StreetPress, les différentes théories dispensées depuis des années par Alain Soral ont préparé la voie à de nombreux complotistes, personnalités du mouvement antivaccin ou encore aux différents médias auto-proclamés de « reinformations » et leurs relais. Ces derniers ont proliféré ou accentué leur popularité durant la pandémie.


Parmi les compagnons de route d’Alain Soral on retrouve un grand nombre de conspirationnistes et d’antivax, notamment Thierry Casasnovas. Ce gourou du crudivorisme a trouvé un nouvel écho lors de la pandémie avec son discours complotiste, antivaccin et contre les mesures sanitaires. Streetpress raconte que son association avec Alain Soral remonte à 2016 date à laquelle Egalité et Réconciliation avait accueilli une conférence de Casasnovas. Ensuite le polémiste d’extrême-droite va largement relayer ses vidéos sur son site et permettre au gourou de s’établir une petite notoriété avec un discours qui plait à fois à « la dissidence »1 et aux partisans de mouvements New Age. En 2020, Thierry Casasnovas a reçu une Quenelle d’or remise lors d’un festival organisé par Dieudonné. Lors de son discours, il avait remercié Chloé Frammery. Cette figure de la complosphère suisse fait de la propagande antivax sur internet mais aussi dans les écoles. Elle était professeur jusqu’à sa suspension. Elle entretient des liens avec Dieudonné
ou encore des membres du Média 4-4-2.


(Source : Streetpress, 22.02.2022)


1- Une galaxie de médias de « réinformations », de youtubeurs et de pseudo intellectuels qui relaient ses idées et alimentent les théories du complot.

Quel bilan un an après l’assaut du capitole ?

 Début janvier 2021, l’attaque du Capitole a permis au monde de découvrir le groupe QAnon. Aujourd’hui, même s’il est divisé, le groupe continue de créer et d’alimenter les discours conspirationnistes.

Le fait que Donald Trump n’ait pas été réélu à la présidence des Etats-Unis ainsi que la non-réalisation d’autres prophéties ont entrainé de nombreux complotistes adhérant aux idées de QAnon vers la repentance. D’autres au contraire ont renforcé leurs croyances. Le groupe a aussi connu des tensions en interne et de nouvelles personnalités ont émergé alors que le célèbre « Q » n’a pas diffusé de message depuis longtemps. Certains nouveaux adeptes rassemblent autour d’eux d’importantes communautés et appellent à des actions violentes. C’est le cas de Romana Didulo qui avait appelé ses 70 000 abonnées à attaquer des centres de vaccination. Pour Tristan Mendès-France, maître de conférences associé à l’Université de Paris et spécialiste des cultures extrêmes, la division de QAnon entraîne le risque de voir des petites communautés se former avec des membres très radicaux.

Il est difficile d’estimer le nombre d’adhérents à QAnon, le groupe n’étant pas structuré et s’organisant principalement en ligne. Certains individus ne revendiquent pas une appartenance au groupe mais restent perméables aux idées conspirationnistes qu’il défend. Comme l’explique Tristan Mendès-France, on peut aussi retrouver certains marqueurs de QAnon dans un groupe sans que celui-ci soit étiqueté QAnon. Le groupe se trouve maintenant sur des réseaux sociaux moins connus comme Odysee, VK ou Telegram. Les idées conspirationnistes continuent à circuler comme le fait que Joe Biden serait en prison à la Maison Blanche et aurait été remplacé par un acteur. Le pouvoir serait alors secrètement détenu par Donald Trump et l’armée. Autre idée, celle que certains dirigeants de pays, comme Emmanuel Macron, ont été exécutés en 2018 et remplacés par des sosies.

Un an après l’assaut du Capitole les spécialistes constatent que les théories de QAnon ont aussi infusé la société américaine. Durant le courant de l’année 2021, un sondage montrait que 15% des Américains croient en l’existence d’une élite pédosatanique dirigeant secrètement le monde. Cette théorie est l’une des rengaines défendues par QAnon.

En France, le groupe n’a pas non plus une réelle existence mais certaines personnes défendant les idées complotistes ont largement relayé les discours de QAnon, comme Jean-Bernard Fourtillan fervent antivaccin qui affirmait en décembre 2021 que Donald Trump était secrètement au pouvoir.  QAnon est aussi implanté dans d’autres groupes anti-vaccins et opposants aux mesures sanitaires comme ReinfoCovid. Certains groupes comme les DéQodeurs se sont eux désolidarisés de certaines théories du groupe mais en conservent certaines idées comme le trucage de l’élection de Joe Biden ou la nocivité des vaccins contre le Covid-19 qui tueraient plus qu’ils ne protègent.  

(Sources : Le Monde, 07.01.2022 & La Croix, 11.01.2022)

Un nouveau relai pour les antivax

Essayiste au CV imposant, Idriss Aberkane est aussi connu pour ses conférences sur le développement personnel. Depuis le début de la pandémie, il est l’une des figures les plus importantes de la sphère antivax, n’hésitant pas à user de théories du complot et de fausses informations.

Sur les réseaux sociaux, il dispense des théories douteuses en avançant une supposée connaissance scientifique notamment sur l’épidémie de Covid-19 ou la vaccination, utilisant son CV comme caution du sérieux de ces théories conspirationnistes. Il prétend avoir trois doctorats dans des domaines variés. Mais ces diplômes et ses prétendues connaissances scientifiques ne sont pas un frein à la diffusion de théories fumeuses conspirationnistes comme ce fut le cas précédemment avec Luc Montagnier ou Didier Raoult. Son CV suscite quelques interrogations notamment sur son passage en tant qu’enseignant chercheur à l’école Polytechnique ou à Supelec. Les deux écoles démentent qu’il ait eu ce poste et n’accordent pas de caution scientifique à ses conférences.

Concernant ses ouvrages, les chercheurs Sebastian Dieguez et Nicolas Gauvrit constatent que le lecteur est trimballé d’une chose à l’autre sans savoir où l’auteur veut l’emmener. Il mêle des anecdotes personnelles, des comparaisons hasardeuses, des affirmations floues et des diagnostics peu fiables. Pour Nicolas Gauvrit, Idriss Aberkane est un génie de la communication mais n’a aucune assise scientifique. De nombreux autres chercheurs ont déjà déploré la faible qualité de ses publications scientifiques.

Au mois de décembre 2021, il a publié une vidéo soutenant encore Didier Raoult, mêlant sources peu fiables et opinions, un classique de la rhétorique complotiste.  Il a aussi commenté un reportage paru dans la presse sur un malade du Covid en réanimation qu’il accuse d’être un faux patient. Ce dernier est décédé des suites du Covid durant le mois de janvier. Selon Rudy Reichstadt, directeur de l’ONG Conspiracy Watch, le nom d’Idriss Aberkane circule depuis quelques années mais c’est à la faveur de la crise sanitaire qu’il a véritablement plongé dans le complotisme.  (Sources : L’Express, 04.01.2022 & Midi Libre, 19.01.2022)

La désinformation s’immisce dans tous les champs de la société

Deux ans après le début de la pandémie, Sébastian Dieguez, chercheur en neuroscience à l’Université de Friburg, fait un bilan sur la désinformation massive qui a envahi la société et constate qu’elle est devenue « un sujet à part entière ».

Selon lui, nous touchons aujourd’hui aux limites du système informatif. L’exposé des faits, même démontrés scientifiquement, ne suffit plus pour recueillir l’adhésion du public. Désormais, les gens « constituent leur propre registre de savoir » parfois autour de réseaux de désinformation sur internet, voir même en l’inventant.

Selon le chercheur la désinformation est devenue un « sujet à part entière », opportuniste, qui se fabrique au jour le jour, dans lequel les gens s’investissent. Il ne s’agit pas de « simples bêtises » prévient Sébastian Diéguez, mais bien « de projets de nature politique » et corriger les fausses informations ne suffira pas car une partie de la population y adhère « précisément parce qu’elles sont fausses, niées par les autorités, rejetées, stigmatisées ».

Par ailleurs, la pandémie a mis en évidence que ceux qui y adhèrent ne sont plus isolés, qu’ils ont une véritable action sur la société et influencent les décisions des autorités. La désinformation ne fait pas qu’induire erreur, elle a un impact sur des décisions en raison de la pression de la frange très minoritaire mais très bruyante qui la propage.

Le chercheur a l’impression que les pouvoirs publics ont « adapté la lutte contre le virus à la susceptibilité de certains », même si c’est difficile à prouver. Une réaction observée aussi à moindre échelle au sein des familles où le sujet est parfois devenu tellement clivant qu’il vaut mieux l’éviter.

La désinformation a pris une telle ampleur qu’elle oblige à choisir un camp, entraîne des disputes et détruit des familles, des amitiés.

Réparer les ravages de la désinformation sera difficile, car les armes manquent pour la combattre. Pour Sébastian Diéguez « il ne faut pas oublier les sciences humaines » qui peuvent aider à comprendre comment les gens se comportent et comment l’information circule, ce qui peut aider les scientifiques à faire passer leur message. Il pense nécessaire la reprise en main des canaux de communication utilisés par les désinformateurs, et une adaptation de la législation. 

(Source : 20 Minutes, 06.01.2022)

Les premiers résultats du rapport Bronner

Installée en 2021 par le président Emmanuel Macron et pilotée par le sociologue Gérald Bronner, la commission « Les Lumières à l’ère du numérique » a rendu son rapport. Quatorze membres étaient chargés de réfléchir sur les défis que pose Internet pour la bonne santé de notre démocratie et notre accès à une information qualitative.

Ce travail, remis le 11 janvier 2022 aux autorités, montre notamment comment le Covid-19 a révélé des formes de complotisme dans certaines franges catholiques. Quelques milieux minoritaires chrétiens, parmi lesquels figure le parti Civitas, ont manifesté devant les vaccinodromes, parlant de « plandémie satanique » et continuent de vanter les bienfaits de la médecine naturelle. Pierre Barnérias, réalisateur du documentaire conspirationniste Hold-Up, a travaillé plusieurs fois pour la chaîne KTO. Deux journalistes, Jean-Loup Adénor et Timothée de Rauglaudre ont enquêté sur ces franges catholiques. Ils observent une convergence entre le discours intégriste -des membres de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X par exemple- et celui de l’Ecologie New Age, pourtant très différents idéologiquement et politiquement. Ils rappellent que l’Eglise catholique n’a pourtant jamais eu de texte magistériel condamnant la vaccination et que le pape François perçoit le vaccin comme un « acte d’amour ».

Thierry Casasnovas, devenu un véritable gourou sur les réseaux sociaux pour beaucoup d’antivax, est lui un chrétien évangélique. Aujourd’hui, les associations de lutte contre les dérives sectaires tout comme le Conseil National des évangéliques de France s’inquiètent de mouvements néo-pentecôtistes et d’autres courants chrétiens dont la rhétorique complotiste n’a cessé de se dévoiler tout au long de la pandémie.(Source La Croix, 12.01.2022)

Le journaliste Thomas Huchon invité par l’Adfi Aube et l’Upop

Invité à l’initiative de l’Adfi Aube et de l’Université Populaire de l’Aube fin novembre, le journaliste Thomas Huchon est intervenu sur le complotisme lors d’une conférence donnée à la Maison du patrimoine de St Julien les Villas.

Thomas Huchon a expliqué les mécanismes du complotisme et le rôle des réseaux sociaux dans la propagation des théories conspirationnistes.

Interrogé sur les prochaines élections présidentielles, il a pointé trois risques majeurs induis par le complotisme : l’apparition d’un nouveau candidat 100% complotiste, l’utilisation d’arguments complotistes par des candidats et « l’émergence en permanence de fausses informations qui vont créer un débat dans lequel on ne peut pas discuter. »

Une vingtaine d’antivax s’étaient réunis à l’extérieur du bâtiment pour manifester leur opposition à la vaccination. Certains d’entre eux sont entrés pour tenter de monopoliser la parole au moment des questions, dont une représentante de Réinfo Covid, se présentant comme juriste bac +9, et un pharmacien. 

(Source : L’Est Eclair, 05.12.2021)

Les nombreux points communs entre la mouvance complotiste et les sectes

Le Dr Janja Lalich, professeure émérite à l’université d’Etat de Californie, spécialiste des mouvements sectaires, s’est entretenue avec l’Express sur les similitudes entre les mouvements complotistes et les sectes. Elle livre au journal ses constatations sur le sujet.

Pour elle qui étudie le phénomène sectaire depuis 30 ans, il serait temps d’en reprendre la définition. Les sectes, agissant autrefois sous la houlette d’un leader bien identifié dans un endroit bien localisé, se déploient désormais sur Internet sans leader défini. Malgré un développement sur la toile, elles n’en restent pas moins fermées et on y retrouve « le même type d’étroitesse d’esprit que dans les sectes classiques » ce qui rend difficile toute communication avec leurs membres. Ce sont des traits qui se retrouvent également dans la mouvance complotiste.

Pour Janja Lalich le fait que les sectes se différencieraient des mouvements complotistes par leurs croyances religieuses, n’est pas un argument suffisant pour gommer leurs similitudes. D’ailleurs, explique-t-elle, « toutes les sectes ne sont pas religieuses ». Elle-même a été membre d’une secte politique dans les années 1970.

Même si les membres des communautés complotistes n’interagissent que sur internet, il n’en demeure pas moins que, comme dans les sectes, l’effet de groupe revêt une grande importance. Les membres s’y sentent comme dans une famille qui utilise le même langage, se regroupent autour des mêmes idées. Leurs membres n’ont pas besoin d’un leader, leurs idées et leurs croyances suffisent à guider leurs actions et à se rendre à tel ou tel événement.

Janja Lalich n’imagine pas que la mouvance complotiste, si ample qu’elle soit, puisse donner naissance à une secte globale, mais elle pense qu’il pourrait en émerger de petits groupes pouvant rassembler des milliers de personnes étant donné le nombre d’internautes partageant des idées complotistes. D’ailleurs, leur capacité à se regrouper et à s’organiser physiquement a déjà commencé à se concrétiser par exemple lors de mouvements de contestation antivax.

Qu’il s’agisse des sectes classiques ou des mouvements complotistes, les crises ont toujours profité à ce type de mouvement, dont l’expansion a été sans précédent depuis le début de la crise sanitaire. En cherchant des solutions, les gens tombent dans le piège. Mais le glissement est progressif, aussi Janja Lalich donne quelques clés pour déterminer si un proche adhère à ces théories. Elle explique : « il deviendra beaucoup plus étroit d’esprit. Il ou elle passera probablement tout son temps sur Internet, et il deviendra impossible de lui parler ».

Pour aider, il faut s’armer de patience et « construire une relation très humaine ». Ne pas parler des croyances, mais au contraire évoquer le passé et les bons souvenirs. Elle rappelle que quitter un groupe est l’une des choses les plus difficiles qui soit. Il ne faut jamais affronter l’adepte, mais au contraire le mettre à l’aise, le rassurer. (Source : L’Express, 15.11.2021)