Séances de reiki en visio, la nouvelle tendance Tik tok

Le reiki, une méthode censée apporter la guérison par le toucher en rétablissant la circulation d’énergie dans le corps, se pratique désormais en distanciel via des réseaux sociaux comme Tik tok.

Haley Rene, une jeune canadienne atteinte d’une sclérose en plaque depuis 2017, connait un succès fulgurant sur la plateforme Tik Tok où elle compte 123 000 suiveurs. Devenue maître reiki en 2019, elle s’était tournée vers cette pratique dans le but de prendre sa santé en mains et gérer son anxiété.

En 2020 la pandémie de COVID-19 lui donne l’idée de dispenser des soins en ligne. Depuis elle reçoit des patients via zoom et partage des conseils bien-être et ses techniques reiki sur Tik tok. Levant la paume de sa main devant sa caméra elle mime une séance de reiki, prétendant pouvoir attirer à elle les mauvaises énergies de ses spectateurs pour les en débarrasser.

Haley Rene est loin d’être la seule à vanter l’efficacité de cette thérapie en distanciel. De nombreux sites proposant la méthode expliquent que « l’énergie universelle ne connaît pas de frontière », rendant ainsi possible sa pratique à distance.

Pour Angela Richardson, technicienne scientifique en radiologie et praticienne reiki en Angleterre, comptant 16 000 abonnés sur Tik tok, la technique serait même plus efficace à distance car les gens peuvent accéder aux séances vidéo selon leurs besoins.

Et elles sont probablement plus efficaces encore si leurs abonnés achètent les produits vendus sur leurs sites internet auxquels renvoie leur page Tik tok.

Le sociologue Raphaël Liogier explique que cette pratique « fonctionne comme une entreprise du salut très rationnelle, bureaucratisée et parfaitement à l’aise dans le capitalisme libéral », et ajoutant que « le dogme individuo-global de la connectivité est ici exploité à son maximum ».   

(Source : Usbek & Rica, 06.04.2022)

[Note de l’Unadfi : dans son dernier rapport, publié le 14 mars 2022, la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF) a relevé des dérives dans la pratique du reiki.]

Lire un résumé du rapport sur le site de l’Unadfi : Nouveau rapport de la DGCCRF : « Attention aux risques des pratiques de soins non conventionnelles » : https://www.unadfi.org/actualites domaines-dinfiltration/sante-et-bien-etre/pratiques-non-conventionnelles/nouveau-rapport-de-la-dgccrf-attention-aux-risques-des-pratiques-de-soins-non-conventionnelles/

Pour en savoir davantage sur le reiki, lire sur le site de l’Unadfi : Reiki et ses dérives : https://www.unadfi.org/actualites/domaines-dinfiltration/sante-et-bien-etre/pratiques-non-conventionnelles/reiki-et-ses-derives/

Des dérives sectaires toujours présentes dans le domaine de la santé

Il ressortait du sondage commandé par l’Unadfi1 à la fin de décembre 2021, qu’environ un Français sur trois considère la santé comme un domaine menacé par des dérives sectaires. Pourtant ce phénomène est bien plus inquiétant et présent que ne peuvent le penser les Français.

A la faveur de la crise sanitaire, les dérives sectaires dans le domaine de la santé ont connu un écho grandissant s’appuyant notamment sur des doctrines dangereuses : déni de l’existence du virus, mise en cause et refus de la vaccination et nombre de produits et de pratiques pseudo-médicales censés guérir tous les maux. S’il y a bien un terreau favorisant les dérives sectaires dans le domaine de la santé c’est celui de la vulnérabilité, de la souffrance et des inquiétudes liées à la maladie. Fragilisées face à des éléments qu’elles ne maitrisent pas, les personnes peuvent se tourner vers des promesses soi-disant miraculeuses. Dès lors elles courent un risque et peuvent tomber sous l’emprise d’un pseudo-thérapeute.

Cependant des personnes en bonne santé mais en recherche de santé parfaite peuvent aussi tomber sous cette emprise.  Pour Bruno Falissard, psychiatre et directeur du Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations à Villejuif, les victimes risquent de perdre des sommes importantes, de subir des violences mais aussi de perdre des chances de guérison. Autre danger, celui du refus de vaccination qui fait courir un risque à la collectivité. Bruno Falissard plaide pour le retour du Groupe d’appui technique sur les pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique dont l’Inserm était membre. Si le danger provient de certains pseudo-thérapeutes il peut aussi émaner de praticiens formés à la médecine académique.

Du côté des pouvoirs publics ce danger est pris au sérieux. Pour la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) la santé est le domaine qui inquiète le plus en termes de dérives mais aussi de discours complotistes. 38% des signalements reçus entre 2019 et 2020 concernent la santé. Samir Khalfaoui, du pôle santé à la Miviludes, rappelle que ce chiffre est minimisé par rapport à la réalité. En effet, de nombreuses victimes n’osent pas effectuer un signalement, témoigner de leurs histoires, ou en sont dissuadées.  Selon la Miviludes, il existerait plus de 400 pratiques et quatre Français sur dix y recourent, dont 60 % parmi les malades du cancer. Ces chiffres sont cependant difficiles à estimer étant donné leur caractère mouvant. Comme peuvent le constater les associations de nombreuses pratiques nouvelles voient le jour régulièrement. 

(Sources : INSERM, 04.04.2022 & La Dépêche, 22.04.2022)

1. Lire sur le site de l’Unadfi, Quelle perception ont les Français du phénomène sectaire : https://www.unadfi.org/prevention/aide-aux-victimes/demander-de-laide/partenaires/quelle-perception-ont-les-francais-du-phenomene-sectaire-%EF%BF%BC/ contre les risques sanitaires

Nouveau rapport de la DGCCRF : « Attention aux risques des pratiques de soins non conventionnelles »

Après une première enquête menée en 2018, la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF) lance une nouvelle alerte dans un rapport publié sur son site le 14 mars 2022, à l’issue d’une campagne de contrôles menée entre octobre 2020 et septembre 2021.

Cette fois, la DGCCRF a étendu son enquête à une cinquantaine de pratiques différentes telles que l’acupuncture, l’hypnothérapie, mais aussi à des pratiques prétendant avoir une action sur les énergies comme le reiki, l’access bars, les thérapies quantiques, la « biorésonance », la « géobiologie », le magnétisme…

Les inspecteurs ont visité 381 établissements. A l’issue de leur contrôle, ils ont donné 189 avertissements, 55 injonctions et dressé 17 procès-verbaux. Ces 261 établissements ont majoritairement été l’objet de rappels à l’ordre « pour pratiques commerciales et allégations trompeuses, pour usurpation de titre et pour exercice illégale de la médecine » et si la plupart du temps les manquements sont dus à une méconnaissance de la réglementation, « pour une part non négligeable on relève une véritable volonté de tromper le consommateur » a noté la DGCCRF.

Ainsi de nombreux thérapeutes n’hésitent pas à reprendre des codes médicaux, comme des plaques devant leur cabinet, ou à user de termes et expressions en rapport avec la santé et les maladies. Or les communications en lien avec la santé, les maladies, sont strictement encadrées par le Code de la consommation. Il est ainsi considéré comme une pratique commerciale trompeuse d’« affirmer faussement qu’un produit ou une prestation de services est de nature à guérir des maladies, des dysfonctionnements ou des malformations ». Pourtant bon nombre de thérapeutes y ont recours en prétendant même pouvoir guérir ou en encourageant l’abandon des traitements conventionnels.

Le référencement de ces praticiens dans des annuaires en ligne censés être réservés aux professions médicales ou paramédicales est également de nature à induire les patients en erreur.

La DGCCRF s’inquiète aussi de l’augmentation des propositions de soins en visio mises en place pour s’adapter aux contraintes sanitaires et des dérapages que cela peut occasionner comme ceux de thérapeutes qui proposent des séances de réflexologie ou de reiki à distance alors que ces pratiques sont censées être basées sur le toucher.

Ce contrôle a également montré d’importantes lacunes dans la formation de ces thérapeutes. Certains centres de formations proposent des stages de quelques jours coûtant plusieurs milliers d’euros, restent vagues sur la nature des diplômes qu’ils délivrent et recourent « abusivement à des formulations du type : formations diplômantes ou certifiantes ».

Le rapport souligne aussi que beaucoup de ces formations ne délivrent aucune information sur les obligations légales des futurs praticiens.

La DGCCRF déplore aussi que certaines soient prises en charge au titre de la formation professionnelle et recommande aux pouvoirs publics, lors de l’attribution de financements publics, une vigilance particulière quant « à la licéité des pratiques faisant l’objet de formations ». 

(Sources : Le Quotidien du médecin, 18.03.2022 & JIM, 23.03.2022)

Lire le rapport de la DGCCRF dans son intégralité : Attention aux risques des pratiques de soins “non conventionnelles” :

https://www.economie.gouv.fr/dgccrf/attention-aux-risques-des-pratiques-de-soins-non-conventionnelles

Lire les articles sur le rapport de 2019 sur le site de l’Unadfi :

Rapport accablant de la DGCCRF sur les « médecines douces »

https://www.unadfi.org/actualites/domaines-dinfiltration/sante-et-bien-etre/pratiques-non-conventionnelles/rapport-accablant-de-la-dgccrf-sur-les-medecines-douces/f

La DGCCRF publie une fiche pédagogique sur la pratique de soins non conventionnelles :

Nouvelle condamnation pour un thérapeute lyonnais

Un thérapeute lyonnais, purgeant déjà une peine de douze ans d’emprisonnement pour viols et agressions sexuelles sur six femmes, dont une mineure de 15 ans, a été condamné à huit ans de prison par la cour d’assises du Rhône pour le viol d’une autre victime. Six années de cette nouvelle peine ont été confondues avec la précédente prononcée en 2018. La Cour a en outre ordonné un suivi « socio-judiciaire » de cinq ans. L’homme avait aussi été condamné à une interdiction définitive d’exercer sa profession lors de son premier procès.

La jeune femme, aujourd’hui âgée de 27 ans, avait porté plainte en 2018 pour des faits s’étant déroulés en 2014. C’est après avoir lu dans la presse le compte rendu du procès des six autres victimes qu’elle avait osé franchir le pas.

L’homme qu’elle consultait en tant qu’ostéopathe lui avait proposé une méthode nouvelle, pour résoudre des problèmes d’ordre personnel. Le « contexte médical » avait mis la jeune femme en confiance, et c’est lors de ces séances que l’homme a profité de sa vulnérabilité de la jeune femme pour abuser sexuellement d’elle.

D’origine colombienne, venu en France en tant que danseur, l’homme s’était reconverti à l’âge de 30 ans dans la naturopathie à laquelle il prétendait avoir été formé en Colombie. Multicarte, il proposait aussi des « soins bio énergétiques cellulaires » et des séances d’ostéopathie. Lors du procès qui s’était tenu en 2018, il avait prétendu que les actes de nature sexuelle subis par ses patientes étaient des « gestes médicaux mal interprétés ».

Cependant l’expertise psychiatrique ordonnée lors du dernier procès pointe chez ce thérapeute un « fonctionnement psychique de nature perverse où sa position d’autorité professionnelle sert son emprise sur la victime observée comme vulnérable » et conclut qu’il aurait « exercé sans aucun cadre déontologique en se saisissant de la vulnérabilité de sa clientèle pour assouvir ses pulsions sexuelles personnelles ».  

(Sources : Sud-Ouest, 15.03.2022 & Lyon Capital, 28.04.2018)

Viols sous emprise thérapeutique  

Après dix ans d’instruction, un thérapeute sans qualification, contre lequel huit ans de prison avaient été requis, a été condamné à treize ans d’emprisonnement par la cour criminelle de Saint Denis de la Réunion. L’homme était accusé « d’atteintes sexuelles et de viols répétés en abusant de l’autorité conférée par sa fonction » sur une patiente psychologiquement vulnérable. Si une seule patiente a eu le courage, malgré deux tentatives de suicide, de porter plainte et d’aller en justice, bien d’autres ont eu à faire aux dérapages sexuels du thérapeute. Seules deux autres patientes, sur la cinquantaine entendue par la police, sont venues déposer à la barre. Finalement, il a avoué, au cours de son procès, avoir abusé de près de 120 femmes tout au long de « sa carrière ».

Durant les deux jours d’audience, les débats de la cour se sont concentrés sur la notion de consentement. Si l’avocat de la défense a axé sa plaidoirie sur le consentement de la plaignante et avance que son client a commis davantage une faute déontologique qu’un crime, la cour a retenu la notion de « contrainte morale ».

La plaignante a expliqué comment l’emprise établie par le thérapeute l’a conduite à accepter des gestes de nature sexuelle sous prétexte de thérapie. L’homme lui avait été recommandé par des personnes de confiance. Une fois en thérapie avec lui un souvenir d’inceste subi pendant l’enfance a refait surface et l’homme avait une solution : une thérapie censée harmoniser son corps et son esprit pour la reconstruire, qui consistait en des massages californiens pratiqués nus pour plus de commodité. Mais la thérapie a rapidement dérapé vers des gestes de nature sexuelle, puis en viols. Bien que pleine de dégoût, durant un an, de février 2011 à février 2012, elle a subi les assauts du thérapeute dans son cabinet et lors d’un séminaire organisé par ce dernier à Madagascar. Il avait créé chez sa patiente une impression de redevabilité en lui donnant des soins gratuits et si elle refusait d’obtempérer il menaçait d’abandonner la thérapie, une idée difficile à supporter pour elle qui « se sentait déjà abandonnée, nulle, sans valeur ».

L’engrenage s’est arrêté grâce à son compagnon, une altercation entre lui et le thérapeute les ayant conduits à être condamnés pour agression réciproque en 2012. La jeune femme a porté plainte contre le thérapeute quelques jours plus tard signalant avoir eu l’impression d’être droguée. Une enquête a été ouverte et les enquêteurs ont trouvé chez celui-ci du Rohypnol, « la drogue du violeur », une arme à feu et 9 000 euros en liquide.

Les autres patientes entendues et les dépositions lues au tribunal ont mis en évidence un mode opératoire similaire pour chacune des concernées, même pour celles qui défendent le thérapeute. L’une d’elle raconte avoir voulu déposer une plainte en 2011qui n’a pas été retenue. Elle décrit le même processus d’emprise et veut, depuis l’annonce de la condamnation du thérapeute, réunir un collectif de victimes. Pour toutes les plaignantes la justice a relevé : « l’ascendant psychologique, la manipulation, le dérapage systématique vers des gestes sexuels, voire des pénétrations ». La justice a aussi noté que parmi elles figurent plusieurs victimes d’inceste, « signe que le prédateur sélectionnait les proies les plus vulnérables ».

Les experts, quant à eux, le décrivent « comme un être narcissique, omni-puissant et prêt à tout pour satisfaire ses désirs ».

Pourtant le septuagénaire bénéficie d’une bonne réputation sur l’île, en particulier parmi les notables auxquels il dispensait depuis une trentaine d’années des conseils pour souder des équipes en entreprise et surtout pour régler des problèmes de couples.

Originaire du Sud-Ouest de la France, il aurait été formé comme thérapeute en métropole. Dès son service militaire, il enseignait la psychologie, malgré l’insuffisance de ses connaissances pointées par ses supérieurs. Il continue son parcours en devenant formateur en entreprise et aurait donné des séances gratuites de psychothérapie. Il aurait poursuivi dans la même voie après son arrivée à la Réunion en 1982.  N’ayant aucun diplôme, il aurait cependant réussi à se faire recruter en 2008 comme intervenant pour le DU « écoute, communication et arbitrage de conflit » à l’Université de La Réunion et aurait vraisemblablement attiré des étudiantes à lui. Mais l’université n’a pas répondu aux sollicitations des enquêteurs sur ses rapports avec l’accusé.

Il est à noter qu’en 2016, alors que l’affaire de viol était en cours d’instruction, le thérapeute a été condamné à deux ans de prison avec sursis pour avoir filmé l’intimité d’une personne sans son consentement.

L’avocat de l’accusé a déclaré que son client faisait appel de la décision de justice.  

(Sources : Zinfo 974, 09.03.2022 & 10.03.2022 & Parallèle Sud, 11.03.2022)

Lithothérapie : une escroquerie dangereuse

La lithothérapie est une pratique pseudoscientifique qui consiste en l’utilisation de certains cristaux à des fins de guérison du corps et de l’esprit. Avec la crise sanitaire, cette pratique a séduit un plus grand nombre de personnes qui délaissent parfois la médecine. Pourtant aucune étude ne prouve les effets de ces pierres.

Certains influenceurs, célébrités et médias font la promotion de cette pratique qui est devenue un véritable business exploitant les vulnérabilités. Certains défenseurs de cette pratique proposent des ateliers pour se protéger du coronavirus grâce aux cristaux. Le journal Libération constate que des praticiens assurent que les pierres pourraient accompagner une personne souffrant du cancer ou du Covid-19 sur le chemin de la guérison. Pourtant, des malades sont décédés après avoir fait le choix de refuser la médecin et de se tourner vers les pierres. Sur Internet, de nombreux sites vendent ce genre de produits pour le bien-être et la santé. Cependant, certaines pierres contenant des métaux lourds peuvent être dangereuses voire mortelles.

La presse féminine est un relais important de cette pratique avec de nombreux articles présentant et vantant les mérites de la lithothérapie sans mentionner aucune source scientifique.

Pour Romy Sauvayre, sociologue des sciences et des croyances, la situation est alarmante. Elle constate que l’engouement autour de ces pratiques est arrivé en même temps que le Covid et son absence de remèdes. Avec la crise sanitaire, un nouveau public s’est tourné vers les soins non conventionnels. Selon elle, n’importe qui peut croire en ces théories à partir du moment où elles permettent de se sentir mieux. Cette impression de mieux va devenir plus importante que la recherche de preuves scientifiques. La croyance et l’adhésion à la lithothérapie peuvent mener vers d’autres croyances ou vers le complotisme. Romy Sauvayre rappelle que dans la plupart de ces croyances il y a un mélange d’éléments vérifiables et de fausses croyances, afin de donner du poids aux discours. Les gourous qui usent de ces techniques mettent aussi en avant une forme de supériorité vis-à-vis des autres.

Les scientifiques condamnent de leur côté sans appel ces pratiques et aucune étude ne montre le moindre effet de guérison par les pierres ni le fait qu’une énergie puisse provenir de ces cristaux. Comme le rappelle Jean-Claude Boulliard, physicien et directeur de la collection des minéraux de la Sorbonne, l’énergie vibratoire perçue dans la lithothérapie n’existe pas. Comme l’a montré une étude britannique menée en 2001 par Chris French, le seul effet de ces cristaux serait un effet placebo bien plus efficace chez les personnes ayant déjà un fort niveau de croyance dans les phénomènes surnaturels.


(Source : Libération, 30.01.2022)

Détournement de concept scientifique

La physique quantique, concept scientifique flou pour beaucoup d’entre nous, est régulièrement détournée dans le champ des thérapies dites alternatives. Mathieu Repiquet, membre du collectif No Fake Med1 , souligne que ce n’est pas nouveau. En effet, le concept est apparu dès les années 1990 dans le milieu New Age. Mais ce qui l’inquiète c’est la prolifération des pseudo thérapies qui s’appuient sur ce concept scientifique.

Sur le site Médoucine2 , sur lequel il a récemment enquêté, de nombreux thérapeutes utilisent des références à la physique quantique dans leur pratique afin de se prévaloir d’une caution scientifique. Or dans le domaine des médecines alternatives, l’utilisation de ce concept ne repose sur aucun fondement scientifique. Les pseudo thérapeutes profitent de la méconnaissance du public sur le sujet pour construire et valider leurs théories et offrent des promesses de guérison infinies pour des maladies allant de la dépression au cancer.

Julien Bobroff, physicien et professeur à l’université Paris-Sud, rappelle que les lois de la physique quantique ne s’appliquent qu’à l’infiniment petit, à l’échelle de l’atome, et ne sont pas applicables à l’échelle de l’homme, même si celui-ci est constitué d’atomes. Ainsi faire croire qu’il est possible de soigner en ayant recours à la physique quantique est illusoire. Pourtant, les thérapeutes n’hésitent pas à accoler ce terme à d’autres pour vendre diverses prestations (reiki quantique, soins énergétiques quantiques…).

Dernièrement le milieu des influenceurs bien-être a récupéré ce concept et vante les bienfaits du « saut quantique ». Ils s’appuieraient sur une loi particulière de la physique quantique, celle du « saut quantique », qui postule qu’un atome a la faculté de changer de palier sans passer par un état intermédiaire. Dans le monde du développement personnel, le « saut quantique » viserait à atteindre un état méditatif permettant de projeter une meilleure version de soi-même dans une autre réalité. Mais impossible de réussir ce fameux saut sans passer par la case initiation dont le coût peut être parfois exorbitant.

Ce détournement de concepts scientifiques n’est pas nouveau dans le « charlatanisme thérapeutique ». A l’époque des ondes radio, explique Julien Broboff, une multitude d’appareils ayant des prétentions thérapeutiques ont été inventés pour profiter de l’ignorance des gens.

Aujourd’hui aussi les thérapeutes quantiques utilisent des appareils, dits de médecine quantique, pour diagnostiquer ou soigner des maladies, causées, selon eux, par un déséquilibre du « taux vibratoire ».


Mathieu Repiquet souhaiterait que les scientifiques s’impliquent davantage pour faire face à la prolifération des thérapies en tout genre, mais il déplore surtout que les autorités laissent faire, alors que les outils juridiques pour les combattre sont nombreux : « Publicité mensongère, allégations thérapeutiques infondées, pratique illégale de la médecine »

(Sources : Marianne & Avantages, 07.02.2022)

  1. Ce collectif a pour objectif d’alerter sur les dangers des pratiques de soins non conventionnelles.
  2. Un annuaire douteux des PSNC :
    https://www.unadfi.org/actualites/domaines-dinfiltration/sante-et-bien-etre/
    pratiques-non-conventionnelles/un-annuaire-douteux-des-psnc/

Mystic Djokovic

Feuilleton à rebondissements du début d’année 2022, l’expulsion du territoire australien du numéro 1 mondial de tennis en raison de son refus de présenter un schéma vaccinal complet pour accéder à l’Open d’Australie, a mis en lumière les croyances new age du joueur tout en faisant de lui un symbole de la résistance pour les antivax du monde entier.

Djokovic n’a jamais caché son hostilité envers un éventuel vaccin contre le Covid. En avril 2020 déjà, il affirmait être personnellement opposé à la vaccination préférant choisir ce qui est mieux pour son corps, selon ses dires. Cette position courante chez les antivax l’est aussi parmi les tenants de la sphère pseudo scientifique.

Si comme la majorité des serbes, Djokovic est très attaché à l’église orthodoxe, il promeut depuis de nombreuses années des idées véhiculées dans la sphère New Age. Ainsi en 2011, il raconte dans son livre comment une intolérance au gluten lui a été diagnostiquée l’année précédente par un thérapeute. Ce dernier lui demande de tenir du pain dans la main gauche et appuie sur son bras droit. Une sensation de faiblesse musculaire dans le bras gauche aura suffi à prouver son intolérance. Jamais avare de faire part de ses découvertes au plus grand nombre, Djokovic devient ambassadeur d’une gamme de biscuits sans gluten et crée sa propre marque de gâteaux.

En 2020, devant les 450 000 internautes qu’il a réunis sur Instagram, il fait la promotion, aux côtés d’un vendeur de compléments alimentaires, de bouteilles de Golden Mind, un breuvage censé renforcer le cerveau qu’il est possible de se procurer via un abonnement mensuel de 52 dollars. Lors de ce direct, le tennisman raconte connaître des gens capables de transformer par la prière de l’eau polluée en eau pure tandis que son comparse met en avant les théories de Masaru Emoto sur la mémoire de l’eau. Ce dernier aurait mis en évidence que l’eau réagirait à la musique et aux pensées. En plaçant diverses étiquettes sur des bouteilles de liquide préalablement congelées, le scientifique japonais aurait démontré que les cristaux d’eau gelée s’organisaient de manière plus harmonieuse lorsqu’ils étaient soumis à des pensées positives. Cette étude largement décriée n’a jamais été publiée par des revues à comité de lecture, ni expérimentée en double aveugle.

Le tennisman est aussi très proche de la sphère anthroposophique. Sur le blog de sa fondation, un article fait l’éloge de la pédagogie Waldorf et incite à appliquer ses préceptes à la maison. La fondation qui œuvre dans le caritatif aurait aussi inauguré une « école de la vie » en Serbie, un thème cher à l’Anthroposophie. Quant à son épouse, intéressée elle aussi par l’Anthroposophie, elle avait partagé en 2020 les théories fumeuses du médecin anthroposophe Thomas Cowan sur la 5G qu’il accusait d’être à l’origine de la pandémie.

Son attrait pour l’ésotérisme l’a également mené deux fois à Visoko, un village de Bosnie situé au pied d’une colline qui abriterait, selon l’explorateur et homme d’affaires Semir Osmanagic, une pyramide construite par une ancienne civilisation disparue. Que les scientifiques dénoncent un canular n’empêche pas Djokovic d’affirmer que l’endroit le régénère. Une bonne affaire pour Semir Osmanagic qui se plaignait d’un début de saison catastrophique avant la venue du champion en 2020.

Comme beaucoup de sportifs soucieux de maintenir leurs performances au plus haut niveau Djokovic s’est adjoint les services d’un coach mental. Mais celui que lui a présenté son frère en 2012 est particulier. Si Pepe Imaz, un ancien joueur de tennis espagnol devenu coach après une carrière en demi-teinte, se fait l’apôtre de l’amour et de la paix et prône la méditation ou la « câlinothérapie », il défend aussi des idées proches de la sphère complotiste.

Au menu de ce que propose le thérapeute : changement d’ADN, méditation autour de la « Flamme violette »1, guérison par la pensée positive. Pour lui le pouvoir de l’amour serait suffisant pour régler un grand nombre de problèmes et notamment se défendre contre les influences des Anunnaki, des reptiliens ou des Illuminati qui « cherchent à mettre fin au bien-être physique des personnes » pour les aliéner et les coincer dans la peur. Pour parvenir à leurs fins ils utilisent, entre autres des médicaments car, selon lui, l’industrie pharmaceutique serait « la pointe de l’iceberg » de l’empire Illuminati.

Sous pression de son entourage, Djokovic s’est éloigné de Pépé Imaz, mais les deux hommes sont restés proches et s’entretiennent régulièrement au téléphone.

Les croyances New Age et surnaturelles dans lesquelles le joueur de tennis est plongé depuis de nombreuses années, sont des passerelles connues vers les théories du complot selon Laurent Cordonier, docteur en sciences sociales et spécialiste de la désinformation. Pour lui « il n’y a rien de surprenant à ce qu’il soit maintenant « récupéré » par tout un tas de mouvements », et qu’il soit devenu « une figure de résistance » pour la sphère antivax et plus largement pour l’extrême droite qui apprécie sa remise en cause du « système » à l’instar de Florian Philippot, pour qui « l’homme libre est du côté de Djokovic, l’esclave du côté de Macron le Fou ». (Sources : Marianne, 07.01.2022, Aleteia, 09.01.2022, Le Parisien & La Vie, 20.01.2022)

1. Flamme violette : selon les tenants de la pensée new age, placée sous le gardiennage du Maître St germain, la flamme violette serait une énergie capable de transformer les énergies négatives en énergies positives et concourrait à la guérison de l’humanité.

Bien-être et complotisme

Dans un article de janvier 2022, Quand l’industrie du bien-être sombre dans le complotisme, La Presse s’intéresse aux liens entre médecines douces et conspirationnisme.

La journaliste Isabelle Hachey a rencontré Béatrice Elouard, directrice de l’école de Polarité Véga, en Estrie, au Canada. Cette dernière explique que par « polarité », il faut entendre « une approche énergétique qui utilise les concepts physiques, psychologiques et spirituels inspirés de la tradition hindoue ». Le lien avec la nature, avec l’univers, les autres et soi-même est primordial. Dans cette école, se croisent des médecins, des professeurs, des notaires. Solidarité et bienveillance sont des valeurs chères à l’établissement. Récemment, la directrice s’est étonnée face aux 40 à 50% de personnes de son école refusant de se faire vacciner contre le Covid-19 et qui ne pensent pas la santé d’un point de vue collectif.

Pour sonder les raisons de ces réticences vaccinales, la journaliste est allée à la rencontre d’enseignants qui refusent toute injection dans leur corps. Les témoignages recueillis révèlent leurs liens avec les médecines alternatives. La naturopathie, l’ostéopathie ou l’acupuncture sont évoquées. Cela ne signifie évidemment pas que tous les instructeurs de yoga rejettent le vaccin. Cependant, le milieu de la spiritualité Nouvel Âge et celui des médecines douces ont toujours été un terreau pour le scepticisme vaccinal et avec la pandémie, la méfiance à l’égard des laboratoires pharmaceutiques s’est décuplée. Sur les réseaux sociaux, le ton s’est durci, parfois au détriment de la bienveillance.

En parallèle, la professeure en communication à l’Université de Sherbrooke, Marie-Eve Carignan, a suivi les trajectoires de conspirationnistes sur le web pendant plusieurs mois en 2021. Son constat est surprenant : des groupes d’extrême droite et une partie de l’industrie des médecines douces ont des liens et constituent un réseau. Le dénominateur commun de leur pensée : la contestation des mesures sanitaires, la méfiance envers les élites, autant pour le gouvernement que la « Big Pharma ». Ce phénomène est également observé aux Etats-Unis où l’industrie du bien-être et la spiritualité sont devenues des portes d’entrée pour la mouvance conspirationniste QAnon, à tel point qu’a été créé un mot-valise pour désigner le rapport entre ces deux « alliés improbables » : la « conspiritualité ». 

(Source : La Presse, 23.01.2022)

Un annuaire douteux des PSNC

Créé en 2016, le site Médoucine ressemble à un Doctolib des médecines douces. Cette startup semble privilégier son développement avant la fiabilité des pratiques proposées.

Le principe de ce site web est de permettre la prise de rendez-vous pour des consultations avec des praticiens de diverses pratiques de soins non conventionnelles. Il revendique plus de 2 000 praticiens référencés. Le site propose aussi des formations payantes pour développer son cabinet de thérapeute et élargir sa clientèle. Derrière cette vitrine, se cache une importante machine à profit grâce aux abonnements mensuels, et aux frais d’inscription pour les praticiens qui payent pour se voir référencés.

Une youtubeuse interne en médecine a réussi à l’aide d’un faux certificat de naturopathe à s’inscrire sur le site jusqu’à l’étape du paiement, demandant si elle pouvait mentionner qu’elle pratiquait le Yahis Idoni. Le site a accepté… alors que cette pratique n’existe pas. Parmi les 25 employés de la structure aucun ne possède de formation médicale, l’inscription des praticiens s’effectue uniquement par un biais administratif et déclaratif. Le manque de vérification peut s’avérer dangereux car de nombreuses pratiques référencées sur la plateforme peuvent relever de l’exercice illégal de la médecine et surtout éloigner des personnes malades de leurs parcours de santé.

Mathieu Repiquet, membre du collectif FakeMed, a enquêté sur ce site, montrant par exemple que la fiche sur l’homéopathie du site ne cite que les études favorables. A propos de l’iridologie qui permettrait de déterminer l’état de santé d’un individu via l’observation de son iris, l’Ordre des médecins rappelle que la pose d’un diagnostic par un praticien qui n’est pas médecin constitue un exercice illégal de la médecine.

Médoucine précise que les pratiques référencées sur son site sont complémentaires et ne remplacent pas la médecine, mais « si des actes à visée curative ont lieu de manière répétée pendant les consultations, il s’agit d’exercice illégal de la médecine » souligne un membre de l’Ordre des médecins.

La Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) rappelle que les pratiques disponibles sur la plateforme ne sont pas fondées scientifiquement et que bon nombre ont déjà fait l’objet d’alertes par la mission qui a reçu trois signalements concernant le site depuis 2020. On y trouve par exemple des praticiens du décodage biologique, méthode fondée par Ryke Geerd Hamer qui a été condamné en Allemagne et en France pour exercice illégale de la médecine. Une géobiologue lithothérapeute vends des pierres cristaux et des bracelets aux différentes vertus (lutter contre la dépression, former des globules). Pourtant de nombreuses condamnations ont déjà été prononcées à l’encontre de lithothérapeutes et la DGCCRF (Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes : NDLR) considère cette pratique comme une pseudoscience.

De nombreuses méthodes présentent des risques pour des personnes en recherche de soins et vulnérables qui peuvent être trompées. Analysant les termes utilisés, Cyril Vidal, président de FakeMed souligne que « médecine douce » donne une consonnance médicale aux propositions du site. Médoucine ne peut pas utiliser le terme de patient, car les pratiques dispensées ne sont pas médicales, et utilise par conséquent le terme de client.  (Sources : L’Express, 17.11.2021 &Marianne, 19.11.2021)