Treize ans de souffrance en vase clos

Durant treize années une jeune femme, aujourd’hui âgée de 34 ans, aurait subi des agressions sexuelles de son père avec la complicité présumée de sa mère. Elle témoigne dans les colonnes du Figaro du calvaire qu’elle a enduré de ses 8 ans jusqu’à ses 21 ans. Elle fait part également de son inquiétude quant aux conséquences qu’aura son action en justice parmi les membres de la congrégation des Témoins de Jéhovah dont elle fait partie.

Les faits s’étant déroulés il y a moins de trente ans, la plainte déposée en 2019 par la jeune femme a donné lieu à l’ouverture d’une enquête. Cette dernière étant toujours en cours, en décembre 2021 la jeune femme s’est constituée partie civile dans l’espoir « d’accélérer les procédures et faire en sorte qu’un juge d’instruction soit nommé ».

Ayant grandi dans un climat incestueux, selon la tante de la jeune femme, le père aurait entretenu une atmosphère très sexualisée au sein de son foyer. Il déambulait nu dans leur appartement, demandait à la jeune fille de laisser la porte de la salle de bain et des toilettes ouvertes, l’obligeait à porter tout le temps des robes ou des jupes pour honorer Dieu.

Si le père a démenti les accusations de sa fille lors d’une audition auprès de la police le 4 mai 2021, la jeune femme raconte que « l’échelle de perversité » a été bien au-delà. L’homme lui impose des caresses sur tout le corps, lui pince les seins et les fesses, pire encore, lui fait subir divers sévices sexuels avec une multitude d’objets.

Interrogé plusieurs fois en 2019, son frère n’a pas démenti les accusations de sa sœur expliquant qu’ « avec elle il ne faisait que parler de sexe ».

Selon la jeune femme, sa mère aurait été au courant des agressions de son mari, mais n’aurait rien fait pour les faire cesser. Assistante maternelle, elle a perdu son agrément pour des raisons qui ne sont pas citées dans l’article. La jeune femme accuse aussi son père d’avoir eu des gestes déplacés envers des enfants, même si à ce jour rien ne le confirme.

A tout cela s’ajoutait la terreur inspirée par son père lors de ses crises liée à ses croyances en la fin du monde. Ce membre des Témoins de Jéhovah, se levait la nuit pour parler du diable, aurait forcé ses enfants à crier « je t’aime Jéhovah » les secouant et les menaçant de mourir lors d’Armageddon s’ils le faisaient mal.

Ils vivaient dans le cercle très restreint d’une communauté Témoins de Jéhovah, et pour la jeune fille les autres membres étaient au courant de ces violence, mais « tout a toujours été géré en interne ».

En effet, à la suite d’une dispute avec son père, son frère a avoué à un Ancien chargé de surveiller la famille que sa sœur avait été abusée. Malgré sa rétractation, un comité judiciaire confrontant son père et sa sœur a été organisé au cours duquel l’homme a déclaré : « Je ne m’en souviens pas, mais si je l’ai fait je m’en excuse ». Un membre du comité a conseillé à la jeune femme de porter plainte, mais les autres lui auraient dit de « ne plus en parler au motif que de telles dénonciations allaient salir le nom de Dieu et de la communauté et, qu’après tout, son père s’était excusé ». Il a pu poursuivre le porte-à-porte.

Si le groupe explique que les comités judiciaires n’ont pour objectif que de décider de sanctions envers un membre ayant commis une faute et affirme ne pas interférer avec « la procédure judiciaire devant les autorités », dans les faits, il est difficile pour des adeptes d’oser aller contre les directives du groupe.

Le Figaro cite quelques textes internes incitant les adeptes à s’en remettre entièrement aux décisions des Anciens comme un ancien numéro de la Tour de Garde datant de 1995 dans lequel on lit  : « S’il y a de bonnes raisons de penser que l’agresseur présumé commet toujours des agressions sur des enfants, il faudra peut-être lui donner un avertissement. Dans une telle circonstance, les anciens de la congrégation peuvent apporter leur aide. Mais si ce n’est pas le cas, ne vous précipitez pas. Avec le temps, vous vous accommoderez peut-être de ne pas donner suite à l’affaire ».

Lorsque l’histoire de la jeune femme a été rendue publique le Bethel a fait part de sa compassion. Mais, encore membre du groupe, elle s’inquiète du retentissement que l’affaire aura dans sa communauté car elle craint des représailles et l’excommunication. Elle craint surtout de mourir pour avoir trahi Jéhovah.

Son avocate maitre Shebabo souligne que « ce contexte communautaire, de non-dénonciation de crime, est très important et différencie cette affaire des autres affaires d’inceste ». 

(Source : Le Figaro, 08.04.2022)

Vers la chute de Hillsong ?

Ces dernières années de nombreux scandales ont éclaté concernant l’Eglise évangélique d’origine australienne Hillsong. Démissions en cascade, pasteurs qui se désaffilient du mouvement, la presse se pose alors logiquement la question de l’avenir du groupe.

La dernière crise en date qui a frappé la structure est la démission de son fondateur et dirigeant Brian Houston à la suite de plaintes pour comportements déplacés déposées par des femmes. En 2020, l’un des pasteurs les plus populaires de l’Eglise, et très médiatique, Carl Lentz avait démissionné à la suite d’une affaire d’adultère. Il a aussi été accusé par les pasteurs de Hillsong à Boston, Josh et Leona Kimes – ils ont démissionné de leurs postes depuis-. Cette dernière l’accuse de l’avoir agressée sexuellement alors qu’elle était baby-sitter des enfants de Lentz.  De plus le groupe a récemment perdu plus de la moitié de ses églises aux Etats-Unis en quelques semaines. Les pasteurs démissionnent à cause des nombreux scandales qui ont vu le jour créant une instabilité et une image difficile à supporter.

Diffusée au début de l’année 2022, la série documentaire Hillsong : a megachurch exposed est ponctuée de témoignages d’ex-adeptes ou de critiques qui dévoilent comment le groupe dissimule des agressions sexuelles et des abus spirituels de la part de certains de ses dirigeants. Elle décrit aussi le fonctionnement opaque, manipulateur et obsédé par la croissance de l’organisation et de ses leaders.

Pour l’historien Sébastien Fath, « il n’est pas impossible que l’Église Hillsong disparaisse d’ici quelques années ». Plus largement l’érosion d’une structure comme celle-ci pourrait entraîner des répercussions sur le mouvement évangélique dans sa globalité et dans le monde entier.  Selon des chiffres antérieurs à l’épidémie de COVID-19, Hillsong comptabiliserait 150 000 membres dans 28 pays. En France, le mouvement compte 4 antennes. Ces dernières années il était en pleine expansion et avait réussi à plaire aux jeunes et aux « branchés » en misant sur un christianisme « cool » et des prédicateurs jeunes, énergiques et élégants. 

(Sources : New York Times, 29.03.2022 & RTS, 03.04.2022 & La Vie, 27.04.2022)

Lire l’ensemble des articles sur Hillsong sur le site de l’Unadfi : https://www.unadfi.org/mot-clef/hillsong/

Un magnétiseur et sa conjointe devant le tribunal correctionnel

Le magnétiseur est poursuivi pour agressions sexuelles sur ses clientes et pour avoir dissimulé des centaines de milliers d’euros de revenus avec la complicité de sa conjointe.

L’enquête a débuté il y a un plus de deux ans après la plainte de deux clientes de ce magnétiseur-guérisseur, aujourd’hui âgé de 85 ans. Les gendarmes étaient parvenus à contacter par la suite d’autres de ses clientes. C’est finalement une vingtaine de femmes qui dénoncent des gestes déplacés de la part du magnétiseur. La moitié d’entre elles se sont déplacées jusqu’au tribunal pour décrire à l’audience les conséquences douloureuses de ces agissements. Il profitait des séances de guérison pour leur faire subir ces attouchements. Lors de sa garde à vue le magnétiseur a d’abord confirmé ces dires. Palper certaines parties du corps de ses patientes correspondait selon lui à des techniques de guérison. Mais à la barre, il nie tout en bloc. Lui et sa conjointe admettent en revanche n’avoir jamais déclaré leurs revenus qui s’élèvent à 540 000 €. Le tribunal a condamné le magnétiseur à quatre ans de prison avec sursis. Il sera désormais inscrit au fichier des délinquants sexuels. Lui et sa conjointe sont condamnés pour travail dissimulé à 1 000 € d’amende et il leur est interdit d’exercer l’activité de magnétiseur.

(Source : Ouest France, 07.04.2022)

Le mouvement chrétien « Focolari » qualifié d’abuseur d’enfants

De multiples agressions sexuelles commises par un ex-membre du mouvement sont dénoncées dans un rapport d’enquête publié le 30 mars dernier par un organisme indépendant britannique.

Le rapport d’enquête de la société GCPS Consulting se base sur plusieurs témoignages, dans des médias français en particulier, de victimes d’un ex-membre du mouvement Focolari, un certain JMM. Les récits couvrent une période de plus de 30 ans, entre 1963 et 1997. JMM aurait reconnu certaines parties des faits en 2020.

L’enquête conclut que JMM serait un abuseur en série d’enfants de sexe masculin et que, pendant des années, il aurait « bénéficié d’un système qui le protégeait ».

Les responsables au sein du mouvement sont mis en cause car ils n’auraient pas agi envers les victimes, tant en France qu’en Italie où les faits sont avérés.

Né en 1943, ce mouvement international « qui prêche l’Evangile et un message d’unité » serait présent dans 180 pays avec 2 millions d’adhérents dont 2000 en France au sein de petites communautés de personnes dites « consacrées ».

La présidente du mouvement, Margaret Karram, a exprimé le « choc et la douleur » face au mal infligé aux victimes et se dit prête à « contribuer au processus de reconstruction des victimes », en particulier par une « compensation financière ».  

(Source : dhnet.be, 30.03.2022)

Arrestation du leader

Eligio Bishop, chef du groupe Carbon Nation, a été arrêté et a comparu pour la première fois devant un juge dans le courant du mois d’Avril 2022. Il est accusé de viol, de séquestration et d’envoi de messages à caractère sexuel explicite. Le juge n’a pas souhaité établir une caution.

Les faits reprochés au leader émanent d’une ex-adepte qui après avoir fui le groupe a raconté à la police comment il maltraitait les femmes. Il aurait posté des vidéos à caractère sexuel d’elle et de lui sur les réseaux sociaux sans son consentement. Cette première plainte a permis l’ouverture d’une enquête, les témoignages d’autres ex-adeptes aboutissant à l’arrestation de Bishop.

Selon les témoignages d’ex-adeptes, Carbon Nation a débuté comme un mouvement de contre-culture noire mais s’est progressivement transformé en quelques chose de totalement différent.  Le groupe a changé quand il a commencé à tourner davantage autour du leader dont le surnom est passé de « Natureboy » à « 3God ». Les membres subissent alors une importante violence mentale, verbale et physique notamment les femmes. Les critiques montrent aussi que les adeptes qui choisissent de vivre avec le groupe doivent remettre leur argent et leurs biens et ont interdiction de quitter le groupe. Les membres de la communauté n’étaient pas forcément nombreux, mais le leader était très suivi sur les médias sociaux.

Fondé aux Etats-Unis, le groupe a tenté de migrer en Amérique centrale ou en Amérique du Sud dans le but de créer une communauté idéale. Il avait été expulsé du Costa Rica, du Nicaragua et du Panama. En 2020, Eligio Bishop et plusieurs membres du mouvement ont été arrêtés à Hawaï, pour avoir violé la politique sanitaire, et renvoyés en Californie. Les adeptes déclarent suivre un régime végétalien. Les objectifs du groupe sont d’enseigner sur différents sujets dont la religion et la sexualité et d’aider l’humanité notamment en guérissant les hommes et les femmes noirs de leur traumatisme.

La police continue son enquête afin d’éclaircir les faits. Les membres encore présents dans le groupe soutiennent le gourou et déclarent que les accusations sont fausses, n’hésitant pas à vanter les qualités du leader et ils assurent que tout ce qui se passe sexuellement dans le groupe est fait par consentement. 

(Sources : Fox 5 Atlanta, 15.04.2022 & 11Alive, 20.04.2022)

Un membre d’une église évangélique condamné

Un homme de 56 ans a été condamné à seize ans de réclusion criminelle par la Cour d’assises du Loiret pour viols sur mineurs. Les faits ont été commis entre 2005 et 2018.

Membre d’une église évangélique, l’homme était professeur de mathématiques. Il a été reconnu coupable de viols et d’agressions sexuelles sur des mineurs de 15 ans. Ce sont des fidèles qui avaient saisi la justice après le témoignage d’une victime. Un pasteur de l’église qui n’aurait pas dénoncé les faits alors qu’il était au courant devrait être prochainement renvoyé devant la justice pour non-dénonciation de crime.

En plus de sa peine de prison, l’accusé a une interdiction d’entrer en contact avec des mineurs, les victimes et leurs familles. Il est dans l’obligation d’un suivi socio-judiciaire et d’une injonction de soins.  

(Source : 20 minutes, 16.03.2022)

Nouvelle condamnation pour un thérapeute lyonnais

Un thérapeute lyonnais, purgeant déjà une peine de douze ans d’emprisonnement pour viols et agressions sexuelles sur six femmes, dont une mineure de 15 ans, a été condamné à huit ans de prison par la cour d’assises du Rhône pour le viol d’une autre victime. Six années de cette nouvelle peine ont été confondues avec la précédente prononcée en 2018. La Cour a en outre ordonné un suivi « socio-judiciaire » de cinq ans. L’homme avait aussi été condamné à une interdiction définitive d’exercer sa profession lors de son premier procès.

La jeune femme, aujourd’hui âgée de 27 ans, avait porté plainte en 2018 pour des faits s’étant déroulés en 2014. C’est après avoir lu dans la presse le compte rendu du procès des six autres victimes qu’elle avait osé franchir le pas.

L’homme qu’elle consultait en tant qu’ostéopathe lui avait proposé une méthode nouvelle, pour résoudre des problèmes d’ordre personnel. Le « contexte médical » avait mis la jeune femme en confiance, et c’est lors de ces séances que l’homme a profité de sa vulnérabilité de la jeune femme pour abuser sexuellement d’elle.

D’origine colombienne, venu en France en tant que danseur, l’homme s’était reconverti à l’âge de 30 ans dans la naturopathie à laquelle il prétendait avoir été formé en Colombie. Multicarte, il proposait aussi des « soins bio énergétiques cellulaires » et des séances d’ostéopathie. Lors du procès qui s’était tenu en 2018, il avait prétendu que les actes de nature sexuelle subis par ses patientes étaient des « gestes médicaux mal interprétés ».

Cependant l’expertise psychiatrique ordonnée lors du dernier procès pointe chez ce thérapeute un « fonctionnement psychique de nature perverse où sa position d’autorité professionnelle sert son emprise sur la victime observée comme vulnérable » et conclut qu’il aurait « exercé sans aucun cadre déontologique en se saisissant de la vulnérabilité de sa clientèle pour assouvir ses pulsions sexuelles personnelles ».  

(Sources : Sud-Ouest, 15.03.2022 & Lyon Capital, 28.04.2018)

Viols sous emprise thérapeutique  

Après dix ans d’instruction, un thérapeute sans qualification, contre lequel huit ans de prison avaient été requis, a été condamné à treize ans d’emprisonnement par la cour criminelle de Saint Denis de la Réunion. L’homme était accusé « d’atteintes sexuelles et de viols répétés en abusant de l’autorité conférée par sa fonction » sur une patiente psychologiquement vulnérable. Si une seule patiente a eu le courage, malgré deux tentatives de suicide, de porter plainte et d’aller en justice, bien d’autres ont eu à faire aux dérapages sexuels du thérapeute. Seules deux autres patientes, sur la cinquantaine entendue par la police, sont venues déposer à la barre. Finalement, il a avoué, au cours de son procès, avoir abusé de près de 120 femmes tout au long de « sa carrière ».

Durant les deux jours d’audience, les débats de la cour se sont concentrés sur la notion de consentement. Si l’avocat de la défense a axé sa plaidoirie sur le consentement de la plaignante et avance que son client a commis davantage une faute déontologique qu’un crime, la cour a retenu la notion de « contrainte morale ».

La plaignante a expliqué comment l’emprise établie par le thérapeute l’a conduite à accepter des gestes de nature sexuelle sous prétexte de thérapie. L’homme lui avait été recommandé par des personnes de confiance. Une fois en thérapie avec lui un souvenir d’inceste subi pendant l’enfance a refait surface et l’homme avait une solution : une thérapie censée harmoniser son corps et son esprit pour la reconstruire, qui consistait en des massages californiens pratiqués nus pour plus de commodité. Mais la thérapie a rapidement dérapé vers des gestes de nature sexuelle, puis en viols. Bien que pleine de dégoût, durant un an, de février 2011 à février 2012, elle a subi les assauts du thérapeute dans son cabinet et lors d’un séminaire organisé par ce dernier à Madagascar. Il avait créé chez sa patiente une impression de redevabilité en lui donnant des soins gratuits et si elle refusait d’obtempérer il menaçait d’abandonner la thérapie, une idée difficile à supporter pour elle qui « se sentait déjà abandonnée, nulle, sans valeur ».

L’engrenage s’est arrêté grâce à son compagnon, une altercation entre lui et le thérapeute les ayant conduits à être condamnés pour agression réciproque en 2012. La jeune femme a porté plainte contre le thérapeute quelques jours plus tard signalant avoir eu l’impression d’être droguée. Une enquête a été ouverte et les enquêteurs ont trouvé chez celui-ci du Rohypnol, « la drogue du violeur », une arme à feu et 9 000 euros en liquide.

Les autres patientes entendues et les dépositions lues au tribunal ont mis en évidence un mode opératoire similaire pour chacune des concernées, même pour celles qui défendent le thérapeute. L’une d’elle raconte avoir voulu déposer une plainte en 2011qui n’a pas été retenue. Elle décrit le même processus d’emprise et veut, depuis l’annonce de la condamnation du thérapeute, réunir un collectif de victimes. Pour toutes les plaignantes la justice a relevé : « l’ascendant psychologique, la manipulation, le dérapage systématique vers des gestes sexuels, voire des pénétrations ». La justice a aussi noté que parmi elles figurent plusieurs victimes d’inceste, « signe que le prédateur sélectionnait les proies les plus vulnérables ».

Les experts, quant à eux, le décrivent « comme un être narcissique, omni-puissant et prêt à tout pour satisfaire ses désirs ».

Pourtant le septuagénaire bénéficie d’une bonne réputation sur l’île, en particulier parmi les notables auxquels il dispensait depuis une trentaine d’années des conseils pour souder des équipes en entreprise et surtout pour régler des problèmes de couples.

Originaire du Sud-Ouest de la France, il aurait été formé comme thérapeute en métropole. Dès son service militaire, il enseignait la psychologie, malgré l’insuffisance de ses connaissances pointées par ses supérieurs. Il continue son parcours en devenant formateur en entreprise et aurait donné des séances gratuites de psychothérapie. Il aurait poursuivi dans la même voie après son arrivée à la Réunion en 1982.  N’ayant aucun diplôme, il aurait cependant réussi à se faire recruter en 2008 comme intervenant pour le DU « écoute, communication et arbitrage de conflit » à l’Université de La Réunion et aurait vraisemblablement attiré des étudiantes à lui. Mais l’université n’a pas répondu aux sollicitations des enquêteurs sur ses rapports avec l’accusé.

Il est à noter qu’en 2016, alors que l’affaire de viol était en cours d’instruction, le thérapeute a été condamné à deux ans de prison avec sursis pour avoir filmé l’intimité d’une personne sans son consentement.

L’avocat de l’accusé a déclaré que son client faisait appel de la décision de justice.  

(Sources : Zinfo 974, 09.03.2022 & 10.03.2022 & Parallèle Sud, 11.03.2022)

Travail dissimulé, châtiments corporels sur les enfants, culture de la surveillance : des ex-membres de la secte des Douze Tribus témoignent

Le nom de la communauté des Douze Tribus (The Twelve Tribes) s’est retrouvé placardé dans la presse du Colorado au début de l’année 2022 après qu’un incendie destructeur s’est déclaré le 30 décembre 2021. Le feu s’est étendu sur 2500 hectares, brûlant sur son passage habitations, bâtiments et forêts.  L’enquête n’a pas encore permis d’en identifier la source, mais les soupçons pèsent sur une cabane qui a pris feu dans l’enceinte d’un camp où est installée la communauté des Douze Tribus. D’anciens membres ont saisi cette occasion pour parler de leur expérience dans les médias. Le Denver Post, un quotidien du Colorado, publie ce mois de mars une longue série de témoignages.

« Ils se comportent comme s’ils étaient complètement séparés du monde, mais ils ont les mêmes préoccupations. Ils veulent l’argent du monde. Au fond, il n’est vraiment question que d’argent » raconte Frank W, un homme de 64 ans récemment renvoyé du groupe. Il raconte avoir approché le groupe au plus bas de la crise de la cinquantaine qu’il traversait. Il a ensuite effectué pour le compte du groupe divers travaux à travers tout le pays. Il pouvait travailler jusqu’à douze heures par jour. Jamais il n’a été rémunéré. Un autre ex-membre confie avoir commencé à travailler dans une usine à l’âge de 13 ans. Ses journées : réunion d’adoration à 6h, puis départ pour l’usine jusqu’à 17h. Seconde réunion d’adoration à 18h, puis retour au travail d’environ 19h30 à 22h. « Nous arrêtions l’école à douze ou treize ans, et c’était le cas pour presque tout le monde » raconte-t-il.

Un autre, né dans le groupe et parti à 19 ans, confie pour sa part avoir commencé à travailler dans les boulangeries et restaurants du groupe à l’âge de 7 ans. « L’école pour les enfants n’était pas une véritable priorité. Ils encourageaient tous les enfants à aller au travail. L’accent était mis sur ça. »

Dans la droite ligne de la culture patriarcale défendue par les enseignements de la secte, les garçons allaient travailler à l’extérieur de la communauté, quand les filles restaient travailler dans l’enceinte du camp. Alina Anderson, une ex-membre née dans le groupe et qui en est partie à l’âge de 14 ans déclare avoir été renvoyée du groupe d’élèves scolarisés sur place à son onzième anniversaire. Par la suite, elle passait son temps à s’occuper des tâches ménagères, préparait le repas pour une centaine de personnes tous les jours (ce qui signifiait cuisiner le pain et aller récolter à la main les légumes qui allaient servir au repas) et lavait le linge de deux hommes célibataires. Alina Anderson évoque aussi les châtiments corporels sur enfants, pratique encouragée dans la communauté : « nous étions en gros battus pour absolument tout et n’importe quoi, et ça pour qu’ils puissent vous faire devenir la personne qu’ils voulaient que vous soyez. Demander de la nourriture supplémentaire au petit déjeuner pouvait provoquer une fessée. » Elle et d’autres se souviennent que les adultes interdisaient régulièrement l’accès à la nourriture aux enfants en guise de punition, parfois pendant plusieurs jours. A l’âge de six ou sept ans, Alina fut enfermée dans une cave sombre pour avoir dérobé de la nourriture dans le réfrigérateur : « la fois où j’ai été enfermée dans le donjon -ce n’était pas un vrai donjon, mais on en avait vraiment l’impression– je pense que c’était pendant plus d’un jour, parce que nous jeûnions tous les vendredis, donc j’avais l’habitude d’être affamée, et là c’était plus long que ça. ».

D’autres ex-membres ayant grandi dans le groupe ont révélé avoir reçu des fessées à même la peau, que ce soit sur leurs mains, sur leurs pieds ou sur leurs fesses, même pour la plus petite des bêtises. Il n’était pas anormal qu’un enfant reçoive vingt ou trente fessées dans la journée. Cette violence a entraîné ces dernières années un exode de masse. Ceux qui ont fui sont en majorité des membres issus de la première génération d’enfants nés et élevés dans le groupe et devenus à leur tour parents : « Il était inenvisageable pour moi de battre mes enfants de la manière dont j’ai été battu » confie un ex-membre ayant gardé l’anonymat. « Je ne pouvais vraiment pas. Et vous y êtes obligés si vous êtes là-bas. Si vous ne battez pas vos enfants, vous risquez de gros problèmes. » Un autre ex-membre, Luke Wiseman, 46 ans, décrit la pression exercée par le groupe sur les parents : « si vous ne sortez pas votre enfant de la pièce pour lui donner une fessée pendant les assemblées, alors tout le monde va vous prendre pour un mauvais parent (…) Quand mon fils avait deux ans, les gens me tapotaient l’épaule pour me dire « ton fils n’écoute pas ». Donc si après je ne sors pas de la pièce avec mon enfant pour lui donner une fessée, c’est que je n’accueille pas le message comme il faut. ». Mais une réalité encore plus sombre se cache derrière cette maltraitance : les ex-membres témoignent presque tous d’abus sexuels dont ils ont connaissance ou qu’ils ont eux-mêmes subis.   Ils expliquent que bien que l’agression sexuelle des enfants ne soit pas tolérée chez les Douze Tribus, cela arrive cependant et lorsqu’un abus est avéré, l’affaire n’est pas forcément rapportée à la police. Tout dépendra in fine du statut de l’agresseur au sein du groupe. Il est fréquent que les enfants qui dénoncent un agresseur ne soient pas crus. Quelques cas d’abus sexuels se sont retrouvés dans l’actualité.

En 2004, l’hebdomadaire de Floride Broward Palm Beach New Times publiait un témoignage d’une ex-membre des Douze Tribus dans lequel elle accusait son mari d’avoir abusé sexuellement de leurs enfants. Elle révélait également que les dirigeants du groupe l’avaient empêchée de divorcer et avaient couvert les agissements de son époux. Elle avait alors quitté le groupe, puis s’était tournée vers les autorités compétentes. L’homme a finalement été reconnu coupable d’agressions sexuelles en 2006. En 2007, un ancien professeur ayant exercé au sein des Douze Tribus avait plaidé coupable d’abus sexuels sur deux jeunes garçons dans les années 1990. Enfin, plus récemment, en janvier 2022 la police a procédé à l’arrestation de Ron Williams, sur la base d’un mandat en cours depuis 2020 pour exploitation sexuelle d’enfants. Les autorités du Comté de Boulder avaient trouvé dans ses affaires plus de mille images d’enfants sexuellement agressés. Il vivait parmi les Douze Tribus, dans le camp que la police soupçonne d’avoir été le lieu de départ de l’incendie de Boulder. Mais d’ex-membres mettent en garde : que des cas d’abus sexuels débouchent sur des poursuites au pénal reste une exception et ces récits en cachent bien d’autres. 

(Sources : The Denver Post, 03.04.2022 & 07.04.2022)

Récurrence des agressions sexuelles par des magnétiseurs ?

Chaque mois la presse se fait l’écho de nombreux procès concernant des magnétiseurs. Nous avons choisi de relayer ces décisions de justice car, exerçant dans un cadre pseudo thérapeutique, certains profitent de la confiance et de la vulnérabilité de leurs patientes pour abuser d’elles.

Un magnétiseur exerçant dans la commune de Bas en Basset en Haute-Loire a été condamné le 26 mars, par la cour d’assise du Puy en Velay, à 10 ans de prison pour viols et agressions sexuelles commis sur douze femmes âgées de 30 à 60 ans. Il a également écopé d’une « interdiction définitive d’exercer la profession de magnétiseur ou toute activité en lien avec les soins à la personne ».

Les abus sexuels avaient débuté dès l’ouverture de son cabinet en 2013 et s’étaient poursuivis jusqu’au dépôt des premières plainte en 2017. Le procès qui se déroulait à huis clos a duré quatre jours en raison du nombre important de victimes et de témoins entendus.

A Montauban, c’est un autre praticien, magnétiseur et hypnothérapeute, qui a été condamné le
24 mars à cinq ans de prison, dont un avec sursis, par la cour d’assise du Tarn-et-Garonne. Il a été reconnu coupable de viols et d’agressions sexuelles sur six patientes lors de séances à son cabinet entre 2016 et 2018. Mais trois d’entre elles ne se sont pas constituées parties civiles par honte. Les quinze mois qu’il a déjà purgés en préventive ont été soustraits de cette peine. Il a également écopé d’une interdiction définitive d’exercer une profession en lien avec les soins et a été inscrit au fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles (Fijais).

L’homme au parcours hétéroclite, devenu magnétiseur sur le tard après avoir exercé les métiers de marbrier, soudeur, informaticien, électricien, nie les accusations des plaignantes et parle de dérapage déontologique et de consentement. Si les témoins de l’accusé le présentent comme une personne serviable, Maître Tempels-Ruiz, l’une des avocates des parties civiles, souligne que « son ex-femme dit qu’il aime aussi dominer les personnes faibles ». Quant à l’enquêtrice de personnalité, reprenant le témoignage de la dernière compagne de l’accusé, elle explique qu’il a « un désir de plaire, pas qu’avec les femmes, il est narcissique ». Et ajoute « il a un besoin de reconnaissance car il n’a aucun diplôme ».

Les victimes, quant à elles, toutes venues le consulter à un moment où elles étaient en état de « fragilité psychique », espéraient que l’hypnose les aideraient à régler leurs problèmes. Au lieu de cela, elles dénoncent « d’interminables séances de massages de 3 à 4 heures, sur les seins et pas seulement pour certaines ».

Maître Amélie Villageon, avocate de l’une des plaignantes, souligne dans sa plaidoirie, des « faits d’une banalité criminologique » au sujet desquels les « articles ne manquent pas dans la presse ». Pour elle, il s’agit d’un « magnétiseur charlatan qui abuse des drainages lymphatiques, des massages des seins qui n’ont que vocation à exciter des zones érogènes de ses patientes », mais en aucun cas d’une faute professionnelle, ni d‘un dérapage, il s’agit d’un viol par contrainte morale et par surprise d’un thérapeute. »

A Reims, un magnétiseur, âgé de 45 ans a été mis en examen puis placé en détention provisoire le 25 mars pour des soupçons d’agressions sexuelles sur six patientes, dont deux mineures.

Les victimes ont toutes raconté la même histoire. L’homme, qui se présentait comme magnétiseur, exorcisait ses patientes avec une méthode très personnelle : une fois allongées sur le ventre, les yeux fermés, le magnétiseur venait frotter son sexe contre leurs pieds. Pour sa défense l’homme a expliqué les avoir prévenues de ce qu’il allait faire.  (Sources : L’Eveil, 24.03.2022, L’Express, 26.03.2022, La Dépêche, 21.03.2022 & 24.03.2022, Le Courrier Picard, 26.03.2022)

[A l’heure où nous écrivons cet article, nous ne savons pas si les prévenus ont fait appel de leur condamnation]