Séances de reiki en visio, la nouvelle tendance Tik tok

Le reiki, une méthode censée apporter la guérison par le toucher en rétablissant la circulation d’énergie dans le corps, se pratique désormais en distanciel via des réseaux sociaux comme Tik tok.

Haley Rene, une jeune canadienne atteinte d’une sclérose en plaque depuis 2017, connait un succès fulgurant sur la plateforme Tik Tok où elle compte 123 000 suiveurs. Devenue maître reiki en 2019, elle s’était tournée vers cette pratique dans le but de prendre sa santé en mains et gérer son anxiété.

En 2020 la pandémie de COVID-19 lui donne l’idée de dispenser des soins en ligne. Depuis elle reçoit des patients via zoom et partage des conseils bien-être et ses techniques reiki sur Tik tok. Levant la paume de sa main devant sa caméra elle mime une séance de reiki, prétendant pouvoir attirer à elle les mauvaises énergies de ses spectateurs pour les en débarrasser.

Haley Rene est loin d’être la seule à vanter l’efficacité de cette thérapie en distanciel. De nombreux sites proposant la méthode expliquent que « l’énergie universelle ne connaît pas de frontière », rendant ainsi possible sa pratique à distance.

Pour Angela Richardson, technicienne scientifique en radiologie et praticienne reiki en Angleterre, comptant 16 000 abonnés sur Tik tok, la technique serait même plus efficace à distance car les gens peuvent accéder aux séances vidéo selon leurs besoins.

Et elles sont probablement plus efficaces encore si leurs abonnés achètent les produits vendus sur leurs sites internet auxquels renvoie leur page Tik tok.

Le sociologue Raphaël Liogier explique que cette pratique « fonctionne comme une entreprise du salut très rationnelle, bureaucratisée et parfaitement à l’aise dans le capitalisme libéral », et ajoutant que « le dogme individuo-global de la connectivité est ici exploité à son maximum ».   

(Source : Usbek & Rica, 06.04.2022)

[Note de l’Unadfi : dans son dernier rapport, publié le 14 mars 2022, la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF) a relevé des dérives dans la pratique du reiki.]

Lire un résumé du rapport sur le site de l’Unadfi : Nouveau rapport de la DGCCRF : « Attention aux risques des pratiques de soins non conventionnelles » : https://www.unadfi.org/actualites domaines-dinfiltration/sante-et-bien-etre/pratiques-non-conventionnelles/nouveau-rapport-de-la-dgccrf-attention-aux-risques-des-pratiques-de-soins-non-conventionnelles/

Pour en savoir davantage sur le reiki, lire sur le site de l’Unadfi : Reiki et ses dérives : https://www.unadfi.org/actualites/domaines-dinfiltration/sante-et-bien-etre/pratiques-non-conventionnelles/reiki-et-ses-derives/

Une nouvelle tendance New Age : le manifesting

Nouvelle tendance d’inspiration New Age, le manifesting stipule qu’il est possible de prendre le contrôle de sa vie grâce à sa volonté et à l’adoption d’un mode de pensée optimiste. Cette tendance est très suivie sur les réseaux sociaux, fortement inspirée par le New Age mais aussi par un individualisme propre à notre époque.

Cette mode se diffuse sur les réseaux sociaux, de nombreuses vidéos promettant par exemple de faire resurgir une personne du passé, faire revenir un ex, parvenir à se transformer, trouver le job de ses rêves. Outre les vidéos, des retraites sont aussi organisées pour « Manifester son bonheur » ou « Manifester son partenaire de rêve ». Tout repose sur une attitude mentale positive et parfois des rituels permettant de devenir ce que l’on souhaite.

Le magazine Usbek et Rica évoque pour cette « technique » un mélange de développement personnel mêlé à des prophéties (soi-disant) auto-réalisatrices. Le manifesting touche principalement la génération Z (personnes nées entre 1997 et 2010) surfant sur la mode actuelle du bien-être, un marché toujours plus lucratif. Des entreprises ont vu le jour proposant des « kit de manifesting », des bagues, des pierres ou des sessions de cours.

Pour expliquer cette ferveur, Usbek et Rica parle de l’impact de la pandémie et des confinements qui a poussé des individus vers un repli spirituel qui apporte un certain réconfort pourtant illusoire. Pour Patrick Rosenkranz, maître de conférences en psychologie de la religion à l’université de Newcastle, c’est aussi une réaction au « désenchantement du monde », une recherche de spirituel au-delà des religions classiques. C’est dans ce sens que le New Age prospère discrètement dans nos sociétés depuis des dizaines d’années. Aujourd’hui des individus défendent des techniques New Age sur les réseaux sociaux auprès d’une population de plus en plus jeune.

L’un des risques du manifesting est de développer la culpabilité personnelle en occultant les raisons structurelles pouvant justifier des échecs, ou des phénomènes sociaux et sociétaux. Tous les maux et les traumatismes reposent alors uniquement sur l’individu. 

(Source : Usbek et Rica, 23.03.2022)

Quel bilan un an après l’assaut du capitole ?

 Début janvier 2021, l’attaque du Capitole a permis au monde de découvrir le groupe QAnon. Aujourd’hui, même s’il est divisé, le groupe continue de créer et d’alimenter les discours conspirationnistes.

Le fait que Donald Trump n’ait pas été réélu à la présidence des Etats-Unis ainsi que la non-réalisation d’autres prophéties ont entrainé de nombreux complotistes adhérant aux idées de QAnon vers la repentance. D’autres au contraire ont renforcé leurs croyances. Le groupe a aussi connu des tensions en interne et de nouvelles personnalités ont émergé alors que le célèbre « Q » n’a pas diffusé de message depuis longtemps. Certains nouveaux adeptes rassemblent autour d’eux d’importantes communautés et appellent à des actions violentes. C’est le cas de Romana Didulo qui avait appelé ses 70 000 abonnées à attaquer des centres de vaccination. Pour Tristan Mendès-France, maître de conférences associé à l’Université de Paris et spécialiste des cultures extrêmes, la division de QAnon entraîne le risque de voir des petites communautés se former avec des membres très radicaux.

Il est difficile d’estimer le nombre d’adhérents à QAnon, le groupe n’étant pas structuré et s’organisant principalement en ligne. Certains individus ne revendiquent pas une appartenance au groupe mais restent perméables aux idées conspirationnistes qu’il défend. Comme l’explique Tristan Mendès-France, on peut aussi retrouver certains marqueurs de QAnon dans un groupe sans que celui-ci soit étiqueté QAnon. Le groupe se trouve maintenant sur des réseaux sociaux moins connus comme Odysee, VK ou Telegram. Les idées conspirationnistes continuent à circuler comme le fait que Joe Biden serait en prison à la Maison Blanche et aurait été remplacé par un acteur. Le pouvoir serait alors secrètement détenu par Donald Trump et l’armée. Autre idée, celle que certains dirigeants de pays, comme Emmanuel Macron, ont été exécutés en 2018 et remplacés par des sosies.

Un an après l’assaut du Capitole les spécialistes constatent que les théories de QAnon ont aussi infusé la société américaine. Durant le courant de l’année 2021, un sondage montrait que 15% des Américains croient en l’existence d’une élite pédosatanique dirigeant secrètement le monde. Cette théorie est l’une des rengaines défendues par QAnon.

En France, le groupe n’a pas non plus une réelle existence mais certaines personnes défendant les idées complotistes ont largement relayé les discours de QAnon, comme Jean-Bernard Fourtillan fervent antivaccin qui affirmait en décembre 2021 que Donald Trump était secrètement au pouvoir.  QAnon est aussi implanté dans d’autres groupes anti-vaccins et opposants aux mesures sanitaires comme ReinfoCovid. Certains groupes comme les DéQodeurs se sont eux désolidarisés de certaines théories du groupe mais en conservent certaines idées comme le trucage de l’élection de Joe Biden ou la nocivité des vaccins contre le Covid-19 qui tueraient plus qu’ils ne protègent.  

(Sources : Le Monde, 07.01.2022 & La Croix, 11.01.2022)

Théories conspirationnistes et politique 

Le magazine Slate s’est intéressé au rôle politique des influenceurs complotistes et des plateformes alternatives sur lesquelles ils propagent de multiples théories conspirationnistes sans aucun contrôle

Sur ces comptes, ils dénoncent la censure dans un premier temps. Ils s’insurgent ensuite contre la politique sanitaire mise en place dans le cadre de la lutte contre le Covid 19 qui, selon eux, vient simplement servir « une dictature mondiale numérique où l’intelligence artificielle dominerait l’humain ».

Il faut rappeler que ces dernières années beaucoup de comptes conspirationnistes ont été bannis des réseaux sociaux traditionnels comme Facebook ou Instagram. Des adeptes de ces complosphères ont alors rejoint d’autres plateformes alternatives, comme Telegram. Ainsi, en toute impunité, des informations au caractère parfois antisémite prospèrent, comme sur le fil Telegram « Le Grand Réveil », qui compte plus de 100 000 abonnés aujourd’hui. Un vidéaste conspirationniste comme Silvano Trotta a réuni 130 000 personnes autour de lui grâce à ce même réseau social. Il y relaie des thèses douteuses sur le Covid-19 mais aussi sur le « deep state » (« l’Etat profond »), expression tirée d’une théorie complotiste selon laquelle une élite mondiale gouvernerait le monde secrètement. Selon le politologue Julien Giry, deux types de publics sont enclins à rejoindre ces groupes : ceux dont le lien avec les théories conspirationnistes préexistait à la pandémie et ceux pour qui celle-ci a constitué une « porte d’entrée » vers ces idées. Reste à savoir si la double défiance pour les informations issues des médias traditionnels et pour le pouvoir politique se traduira de la même manière qu’aux Etats-Unis lors de l’élection présidentielle en avril 2022. Le directeur du site Conspiracy Watch formule cette inquiétude : « Ma grande question serait de savoir si l’on va voir en France une réédition de ce qu’il s’est passé lors de l’élection de Joe Biden, c’est-à-dire une fraction de l’opinion publique persuadée que l’élection a été volée, qu’il y a eu des fraudes. En clair, une remise en question de la légitimité du vainqueur ». (Source : Slate, 07.01.2022)

Le journaliste Thomas Huchon invité par l’Adfi Aube et l’Upop

Invité à l’initiative de l’Adfi Aube et de l’Université Populaire de l’Aube fin novembre, le journaliste Thomas Huchon est intervenu sur le complotisme lors d’une conférence donnée à la Maison du patrimoine de St Julien les Villas.

Thomas Huchon a expliqué les mécanismes du complotisme et le rôle des réseaux sociaux dans la propagation des théories conspirationnistes.

Interrogé sur les prochaines élections présidentielles, il a pointé trois risques majeurs induis par le complotisme : l’apparition d’un nouveau candidat 100% complotiste, l’utilisation d’arguments complotistes par des candidats et « l’émergence en permanence de fausses informations qui vont créer un débat dans lequel on ne peut pas discuter. »

Une vingtaine d’antivax s’étaient réunis à l’extérieur du bâtiment pour manifester leur opposition à la vaccination. Certains d’entre eux sont entrés pour tenter de monopoliser la parole au moment des questions, dont une représentante de Réinfo Covid, se présentant comme juriste bac +9, et un pharmacien. 

(Source : L’Est Eclair, 05.12.2021)

Le fact-checking est-il utile ?

Face à l’avalanche de fake news qui se répandent sur internet depuis le début de la pandémie, de nombreuses rédactions se sont lancées dans la vérification des faits (fact-checking) pour les contrecarrer.

Si le fact-checking fait hésiter à partager une fausse information, cela n’aura cependant pas « d’incidence sur l’impression globale du sujet » explique Emeric Henry, professeur associé au Département d’économie de Sciences Po. Ainsi on peut corriger une information ponctuelle prouvant qu’un accident de vaccination est faux, sans modifier l’impression globale du public réticent au vaccin contre la Covid-19.

La vérification des faits comporte aussi le risque d’attirer l’attention sur l’information que l’on veut contrer et d’augmenter son audience.

Atteindre sa cible dans le fact-checking est très difficile, car ceux qui partagent de fausses informations ne s’intéressent qu’à celles qui vont dans le sens de leurs croyances et confortent leur opinion. C’est ce que déplorait déjà Caitlin Dewey, la spécialiste des Hoax du Washington Post, en 2014. Cependant, pour le journaliste William Audureau, le fact-checking aide ceux qui font encore confiance à la presse.

Les spécialistes du fack-checking ont cependant constaté que le manque d’efficacité du procédé pourrait tenir au format utilisé pour exposer les faits corrigés. Il semblerait que le format vidéo soit plus efficace pour convaincre quelqu’un, en particulier lorsque les gens confrontent leurs idées. Dan Sperber et Hugo Mercier, chercheurs en psychologie cognitive, ont montré que la capacité à raisonner est meilleure dans le cadre d’un dialogue que d’articles qui seraient donc moins efficaces.

Par ailleurs, le fack-checking ne se prête pas à certains exercices comme la vérification de faits en temps réel comme lors de débats sur les chaînes de télévision, BFMTV ou LCI. Le fact-checking demande de l’approfondissement et ne doit surtout pas tomber dans l’approximation. Les « fact-checkeurs doivent se concentrer sur des sujets vérifiables le plus objectivement possible » explique Emeric Henry.

Un autre obstacle de taille, pour les fact-checkeurs est Facebook, l’un des principaux canaux de diffusion de fausses informations. Si des partenariats ont été noués entre Facebook et des médias comme les Décodeurs du Monde ou Factuel de l’AFP, on ignore leur impact sur un réseau social où les fausses informations circulent six fois plus vite que les vraies. Pour une société comme Facebook, dont le modèle économique repose sur le nombre d’engagements sur une publication, c’est-à-dire de like, partages, et commentaires, il n’est guère intéressant de freiner leur propagation.  (Source : L’Express, 25.11.2021)

De mauvaises influences

Surfant sur la crise sanitaire, des influenceurs relaient sur différents réseaux sociaux des théories mensongères et dangereuses sur les vaccins et les différents aménagements sanitaires permettant de lutter contre l’épidémie. Ils touchent bien souvent un jeune public et il semble que les différents médias sociaux peinent à prendre des sanctions. Lire la suite

Promotion scientologue sur TikTok

Sur TikTok une utilisatrice Canadienne a posté une vidéo où elle est en train de remplir le questionnaire du test d’introduction à la Scientologie. La vidéo est devenue virale et avait été visionnée plus de 2,5 millions de fois à la fin septembre 2021. L’organisation assure que cette promotion a poussé des centaines personnes à rejoindre ses rangs. Lire la suite

Le financement de la désinformation en ligne

Au début du mois de septembre 2021, France 2 a diffusé « Fake news, la machine à fric », un documentaire sur les circuits financiers permettant aux producteurs de désinformation de prospérer notamment grâce à la publicité. Des entreprises, associations ou plateformes sur le web peuvent contribuer, parfois contre leur gré, au développement de ces fake news. Lire la suite