Séances de reiki en visio, la nouvelle tendance Tik tok

Le reiki, une méthode censée apporter la guérison par le toucher en rétablissant la circulation d’énergie dans le corps, se pratique désormais en distanciel via des réseaux sociaux comme Tik tok.

Haley Rene, une jeune canadienne atteinte d’une sclérose en plaque depuis 2017, connait un succès fulgurant sur la plateforme Tik Tok où elle compte 123 000 suiveurs. Devenue maître reiki en 2019, elle s’était tournée vers cette pratique dans le but de prendre sa santé en mains et gérer son anxiété.

En 2020 la pandémie de COVID-19 lui donne l’idée de dispenser des soins en ligne. Depuis elle reçoit des patients via zoom et partage des conseils bien-être et ses techniques reiki sur Tik tok. Levant la paume de sa main devant sa caméra elle mime une séance de reiki, prétendant pouvoir attirer à elle les mauvaises énergies de ses spectateurs pour les en débarrasser.

Haley Rene est loin d’être la seule à vanter l’efficacité de cette thérapie en distanciel. De nombreux sites proposant la méthode expliquent que « l’énergie universelle ne connaît pas de frontière », rendant ainsi possible sa pratique à distance.

Pour Angela Richardson, technicienne scientifique en radiologie et praticienne reiki en Angleterre, comptant 16 000 abonnés sur Tik tok, la technique serait même plus efficace à distance car les gens peuvent accéder aux séances vidéo selon leurs besoins.

Et elles sont probablement plus efficaces encore si leurs abonnés achètent les produits vendus sur leurs sites internet auxquels renvoie leur page Tik tok.

Le sociologue Raphaël Liogier explique que cette pratique « fonctionne comme une entreprise du salut très rationnelle, bureaucratisée et parfaitement à l’aise dans le capitalisme libéral », et ajoutant que « le dogme individuo-global de la connectivité est ici exploité à son maximum ».   

(Source : Usbek & Rica, 06.04.2022)

[Note de l’Unadfi : dans son dernier rapport, publié le 14 mars 2022, la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF) a relevé des dérives dans la pratique du reiki.]

Lire un résumé du rapport sur le site de l’Unadfi : Nouveau rapport de la DGCCRF : « Attention aux risques des pratiques de soins non conventionnelles » : https://www.unadfi.org/actualites domaines-dinfiltration/sante-et-bien-etre/pratiques-non-conventionnelles/nouveau-rapport-de-la-dgccrf-attention-aux-risques-des-pratiques-de-soins-non-conventionnelles/

Pour en savoir davantage sur le reiki, lire sur le site de l’Unadfi : Reiki et ses dérives : https://www.unadfi.org/actualites/domaines-dinfiltration/sante-et-bien-etre/pratiques-non-conventionnelles/reiki-et-ses-derives/

Des dérives sectaires toujours présentes dans le domaine de la santé

Il ressortait du sondage commandé par l’Unadfi1 à la fin de décembre 2021, qu’environ un Français sur trois considère la santé comme un domaine menacé par des dérives sectaires. Pourtant ce phénomène est bien plus inquiétant et présent que ne peuvent le penser les Français.

A la faveur de la crise sanitaire, les dérives sectaires dans le domaine de la santé ont connu un écho grandissant s’appuyant notamment sur des doctrines dangereuses : déni de l’existence du virus, mise en cause et refus de la vaccination et nombre de produits et de pratiques pseudo-médicales censés guérir tous les maux. S’il y a bien un terreau favorisant les dérives sectaires dans le domaine de la santé c’est celui de la vulnérabilité, de la souffrance et des inquiétudes liées à la maladie. Fragilisées face à des éléments qu’elles ne maitrisent pas, les personnes peuvent se tourner vers des promesses soi-disant miraculeuses. Dès lors elles courent un risque et peuvent tomber sous l’emprise d’un pseudo-thérapeute.

Cependant des personnes en bonne santé mais en recherche de santé parfaite peuvent aussi tomber sous cette emprise.  Pour Bruno Falissard, psychiatre et directeur du Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations à Villejuif, les victimes risquent de perdre des sommes importantes, de subir des violences mais aussi de perdre des chances de guérison. Autre danger, celui du refus de vaccination qui fait courir un risque à la collectivité. Bruno Falissard plaide pour le retour du Groupe d’appui technique sur les pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique dont l’Inserm était membre. Si le danger provient de certains pseudo-thérapeutes il peut aussi émaner de praticiens formés à la médecine académique.

Du côté des pouvoirs publics ce danger est pris au sérieux. Pour la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) la santé est le domaine qui inquiète le plus en termes de dérives mais aussi de discours complotistes. 38% des signalements reçus entre 2019 et 2020 concernent la santé. Samir Khalfaoui, du pôle santé à la Miviludes, rappelle que ce chiffre est minimisé par rapport à la réalité. En effet, de nombreuses victimes n’osent pas effectuer un signalement, témoigner de leurs histoires, ou en sont dissuadées.  Selon la Miviludes, il existerait plus de 400 pratiques et quatre Français sur dix y recourent, dont 60 % parmi les malades du cancer. Ces chiffres sont cependant difficiles à estimer étant donné leur caractère mouvant. Comme peuvent le constater les associations de nombreuses pratiques nouvelles voient le jour régulièrement. 

(Sources : INSERM, 04.04.2022 & La Dépêche, 22.04.2022)

1. Lire sur le site de l’Unadfi, Quelle perception ont les Français du phénomène sectaire : https://www.unadfi.org/prevention/aide-aux-victimes/demander-de-laide/partenaires/quelle-perception-ont-les-francais-du-phenomene-sectaire-%EF%BF%BC/ contre les risques sanitaires

Une école Steiner recadrée par le Tribunal du travail

Le Tribunal du travail de Recife (Brésil) a demandé à l’école Waldorf de Poço da Panela d’exclure du travail en présentiel ses salariés qui refusaient la vaccination contre le Covid 19.

Cette mesure conservatoire signée par le Tribunal du travail a fait l’objet d’un procès intenté par le Ministère public du travail en raison « du refus de l’école d’adopter les mesures préventives recommandées pour faire face à la pandémie, malgré tous les efforts administratifs déployés par l’organe ministériel ».

La décision du Tribunal du travail stipule que les employés non vaccinés pourront travailler à distance, mais pas en présentiel. Il exige également une preuve de vaccination des salariés comme condition de retour à l’école. L’école a 30 jours pour se conformer à la sanction rendue le 18 mars 2022 sous peine d’avoir à payer une amende de 1000 € par jour de retard.

L’Association pédagogique Waldorf de Recife a déclaré se conformer aux protocoles en vigueur pour protéger ses étudiants et ses employés et affirme suivre les directives du ministère de la santé, de l’OMS, mais aussi de la Fédération des écoles Waldorf (FEWB) et de l’Association brésilienne de médecine anthroposophique (ABMA).

Le mouvement anthroposophique, à l’origine de la pédagogie Steiner, prône une doctrine mélangeant croyances chrétiennes, hindoues et New Age où les notions de cosmos et de « karma » sont centrales. Michael Blume, spécialiste des religions et commissaire à la lutte antisémite dans la région allemande du Bade-Wurtemberg (Allemagne), explique que « de nombreux adeptes de l’anthroposophie croient encore en une loi du karma, selon laquelle les maladies permettent d’expier le mal des vies passées et favorisent le développement spirituel ». Ceci pourrait expliquer leur réticence à se faire vacciner.  

(Source : Info Catolica, 16.04.2022)

Deux enfants assassinés sur fond de complotisme et de foi chrétienne

Le 9 août 2021 Matthew Coleman a tué ses deux enfants parce qu’il les croyait porteurs d’ADN reptilien, une idée qui lui serait venue à force de s’abreuver de théories complotistes, en particulier celles du britannique David Icke.

L’homme de 40 ans a déclaré au FBI avoir eu la vision selon laquelle sa femme serait porteuse d’ADN reptilien qu’elle aurait transmis à leurs 2 enfants. Croyant que l’ADN de ses enfants était altéré, l’homme a imaginé qu’ils allaient « devenir des monstres » et que les tuer était le seul moyen de « sauver le monde ».

Lui et sa femme s’étaient progressivement radicalisés autour de théories du complot comme celles de QAnon sur l’existence d’une élite mondiale qui serait à l’origine de la pandémie de Covid 19 et dirigerait des réseaux pédocriminels impliquant des enfants.  Mais Matthew Coleman est devenu plus paranoïaque, au point de croire que sa propre famille était partie prenante du complot mondial.

Les premiers éléments de l’enquête, dévoilés en septembre 2021, montraient que le processus de radicalisation du couple aurait débuté au sein de la sphère chrétienne évangélique fondamentaliste dont il faisait partie depuis de nombreuses années. Au quotidien, tout tournait autour de la Foi, jusqu’au travail de Matthew Coleman qui avait créé un club de surf chrétien.

Pour Helen Rose, résidente de Santa Barbara, qui a grandi au sein du même foyer que lui, Matthew Coleman a toujours été fanatiquement chrétien, mais selon elle, il souffrait d’une maladie psychiatrique qui n’a pas été traitée. Les visions et les révélations divines qu’il pensait avoir ont même été encouragées par sa communauté chrétienne.

Par la suite, la radicalisation du couple s’est poursuivie sur internet si bien que le monde imaginaire répandu par les conspirationnistes a pris le pas sur la réalité et est devenu tangible, pour lui en particulier.

Les derniers éléments de l’enquête ont montré qu’en plus de QAnon, qui trouve un écho favorable dans la sphère évangélique, Matthew Coleman aurait été influencé par les théories conspirationnistes de David Icke. Il l’aurait vraisemblablement découvert sur Twitter avant novembre 2020 puisque que ce dernier a définitivement été banni de la plateforme pour avoir diffusé de fausses informations sur la pandémie de Covid 19.

Figure majeure du conspirationnisme depuis plusieurs décennies, David Icke, ancien footballeur et ancien journaliste sportif, répand la croyance selon laquelle une race de reptiliens appelés Archontes ou Anunnaki aurait envahi la Terre et créé une race hybride humains-archontes. Connus sous le nom de Babylonian Brotherhood, d’Illuminati ou d’Elite, ils manipuleraient les évènements pour maintenir les humains dans la peur afin de se nourrir de leur énergie négative.

L’émergence des réseaux sociaux lui a permis de propager ses théories à grande échelle et de rassembler des millions de followers sur Facebook, YouTube et Twitter, dont Matthew Coleman.

Pour l’agent du FBI qui a interrogé Coleman, il ne fait aucun doute que les théories de David Icke ont fortement influencé ses visions. 

(Sources : Vice, 05.04.2022 & 10.09.2021)

L’influence de Guylaine Lanctôt

Les récents discours antivax ont remis sur le devant de la scène le personnage de Guylaine Lanctôt, source d’inspiration de nombreux conspirationnistes. Cela fait plus d’une trentaine d’années qu’elle diffuse son message antivaccin et anti-institutions.

Avec la pandémie, Guylaine Lanctôt a multiplié les séminaires, les présentations ou encore sa présence dans des vidéos. Ses propos, qui inquiètent les professionnels de santé, sont repris par de nombreux conspirationnistes antivaccin.

Guylaine Lanctôt est une médecin québécoise déchue. Radio Canada a enquêté sur elle et s’est infiltré dans une de ses sessions de développement personnel. Durant les trois jours, elle a expliqué que le but de la vie était de devenir un être souverain libéré de tout attachement matériel ou social. Elle-même a renoncé à ses rôles de citoyenne, de mère et de contribuable.   Selon elle, il faut abandonner les institutions financières, elle encourage aussi à quitter le système de santé. Sans conteste New Age, sa doctrine prône la transformation de l’être humain en un être souverain et libre. Ses enseignements comportent des risques pouvant entrainer la mort notamment par l’arrêt des traitements et des médicaments. 

Connue par son livre La mafia médicale dans les années 1990, elle semble bénéficier d’un regain de popularité à Guylaine Lanctôt grâce à la pandémie. Trouvant un nouveau public dans les sphères conspirationnistes, ses théories sur la maladie et le vaccin l’amènent à être citée ou invitée par des personnalités connues dans le milieu complotiste. Elle y partage ses idées empreintes de New Age comme le fait que le vaccin sépare le corps de l’âme ou que les virus seraient simplement un rejet des choses dont le corps n’a plus besoin. Elle a par ailleurs multiplié la publication de nouveaux livres et carnets présentant sa doctrine sur la santé, la société, la loi ou encore l’éducation. Son calendrier de conférences s’est largement rempli à la suite de la pandémie. Ses propos sont aussi mêlés à des idées répandues dans la sphère QAnon.

Le Centre d’expertise et de formation sur les intégrismes religieux, les idéologies politiques et la radicalisation a publié au début de l’année 2022 un rapport sur les discours complotistes qui se sont répandus au Québec durant la pandémie. On y retrouve Guylaine Lanctôt clairement identifiée comme l’un des fers de lance du mouvement New Age en ce qui concerne la santé. Du côté du Centre de la prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRMV) on constate que les idées sur la santé véhiculées par Lanctôt peuvent conduire des personnes à une radicalisation. Les individus vont adhérer à des principes allant à l’encontre de la médecine pouvant être dangereux. Les personnes se tournant vers ces idéaux sont bien souvent dans une période de questionnement ou de vulnérabilité.

Des témoignages accablants

L’été dernier, un chanteur québécois est décédé du sida. Il avait abandonné sa trithérapie après avoir découvert une théorie indiquant que le sida n’est qu’une invention pharmaceutique pour engranger des profits. Il est alors entré en contact avec Lanctôt qui lui a envoyé des articles démontrant « la fraude du VIH ». Dans un courrier, elle lui précisait que le VIH lui aurait été injecté par l’entremise d’un vaccin contre l’hépatite B et ne l’encourageait pas à suivre son traitement. Les proches du chanteur ont compris qu’il ne faisait confiance qu’aux idées de Lanctôt et ses disciples ; ils racontent qu’avant de mourir il se soignait avec des solutions d’eau salée, des suppléments alimentaires et des laxatifs.

Radio Canada a pu parler avec d’autres proches de victimes des théories de Lanctôt, qui témoignent que ces théories ont conduit à la mort de leurs proches. L’un a perdu ses deux sœurs. La plus grande ayant lu La Mafia médicale était convaincue que tout était une arnaque et que les médicaments ne servaient qu’à enrichir l’industrie pharmaceutique. Elle a transmis ses théories à son autre sœur.

Une autre victime témoigne qu’après la lecture de l’ouvrage elle a changé radicalement son mode de vie :  rejetant alors les vaccins pour ses enfants et se tournant vers des remèdes naturels. Elle n’a changé de point de vue qu’après avoir appris la leucémie de son fils mais il lui a fallu un long parcours psychiatrique pour abandonner de manière définitive ses croyances.

Les familles sont démunies face au peu de recours contre ce type d’agissements et de dérives. Elles aimeraient que la population soit protégée de ce type de gourou criminel. Du côté du collège des médecins, une ancienne membre regrette que, malgré sa radiation, Lanctôt continue de sévir dans le milieu de la santé alternative et estime qu’elle devrait être sanctionnée pour exercice illégal de la médecine.

Le parcours de Guylaine Lanctôt

Dans les années 1980, alors spécialiste en phlébologie, elle était considérée comme une experte dans son domaine. Possédant plusieurs cliniques au Canada et aux Etats-Unis, elle était alors perçue comme une médecin renommée possédant un bon sens du business. En 1992, elle explique qu’à la suite d’une conférence en France elle découvre le mouvement antivaccin. Elle débute alors la rédaction de son ouvrage La mafia médicale. Le livre est publié en 1994 et constitue la pierre angulaire de sa doctrine. Elle y critique fortement les vaccins qui seraient responsables de l’épidémie de sida et pourraient causer l’autisme. Elle dénonce l’establishment médical qui serait à la solde des industries pharmaceutiques. Au-dela d’un simple livre antivaccin et prônant une santé alternative cet ouvrage est clairement anti-institution. Les institutions de santé canadiennes décident d’intervenir estimant que l’ouvrage constitue un danger public dans le sens où il empêche les enfants d’être protégés et pousse les individus à l’abandon des traitements. Le Collège des médecins examine les failles dans le raisonnement de Lanctôt. En 1997, le comité tranche sur le fait qu’elle trompe le public par la communication d’informations inexactes et contraires aux données de la science et que ses opinions portent préjudice à la santé et au
bien-être public. Elle est alors radiée de façon permanente et perd ainsi son titre de médecin. Cette sanction rare montre l’ampleur de la situation.

Au-delà des soucis avec les institutions de santé, Guylaine Lanctôt a fait faillite. Avant la publication de son livre elle a tenté de vendre ses cliniques mais refusant les offres insuffisamment généreuses à son gout, elle est en faillite en 1995. Elle prétend alors ne plus rien avoir, ni propriété, ni droit d’auteur, ni cliniques. La justice constate que sa faillite est dûe à une insouciance et constate la disparition sans aucune explication de près de 200 000$ d’actifs. Dès lors, Guylaine Lanctôt cesse de se soumettre ses déclarations d’impôt, renie les institutions financières et se revendique citoyenne souveraine. Cela lui cause des problèmes avec la justice, elle purge une peine de deux ans de prison en 2008.

Devant les tribunaux, Guylaine Lanctôt a expliqué qu’elle refusait de participer au processus judiciaire, car elle ne s’identifiait plus comme Guylaine Lanctôt. Pendant les procédures, elle a même remis au juge un avis de décès annonçant le décès de cette dernière. Aujourd’hui, elle prétend lors de ses stages ne plus payer d’impôts et invite ses fidèles à faire de même en leur donnant des solutions pour se cacher du fisc, quitter les banques et avoir recours au travail au noir.  Elle explique aussi qu’il y a deux Guylaine Lanctôt : un être humain et une autre, créé par le gouvernement, qui doit payer l’impôt. Elle prétend ne plus posséder de biens, cependant selon l’enquête de Radio Canada la maison dans laquelle elle habite appartient à une associée de Lanctôt qui participe activement à la publication de ses livres et enseigne sa doctrine. Les profits dégagés par la vente des ouvrages ou encore les formations qu’anime Guylaine Lanctôt semblent difficile à évaluer. Son livre La mafia médicale a fait l’objet d’une réédition en 2021, elle publie de nombreux nouveaux ouvrages présentant sa doctrine et ses croyances. Ses stages sont encore régulièrement remplis. Elle d’un nouveau public issu des mouvements de contestation des mesures sanitaires. L’ensemble de ses rentrées d’argent lui permettrait de dégager un profit attrayant. Depuis plus de 30 ans, elle gravite autour des milieux antivaccin, New Age et complotiste, sa position d’ex-médecin lui conférant de plus une position d’autorité.  

(Source : Radio Canada, 03.03.2022)

Lithothérapie : une escroquerie dangereuse

La lithothérapie est une pratique pseudoscientifique qui consiste en l’utilisation de certains cristaux à des fins de guérison du corps et de l’esprit. Avec la crise sanitaire, cette pratique a séduit un plus grand nombre de personnes qui délaissent parfois la médecine. Pourtant aucune étude ne prouve les effets de ces pierres.

Certains influenceurs, célébrités et médias font la promotion de cette pratique qui est devenue un véritable business exploitant les vulnérabilités. Certains défenseurs de cette pratique proposent des ateliers pour se protéger du coronavirus grâce aux cristaux. Le journal Libération constate que des praticiens assurent que les pierres pourraient accompagner une personne souffrant du cancer ou du Covid-19 sur le chemin de la guérison. Pourtant, des malades sont décédés après avoir fait le choix de refuser la médecin et de se tourner vers les pierres. Sur Internet, de nombreux sites vendent ce genre de produits pour le bien-être et la santé. Cependant, certaines pierres contenant des métaux lourds peuvent être dangereuses voire mortelles.

La presse féminine est un relais important de cette pratique avec de nombreux articles présentant et vantant les mérites de la lithothérapie sans mentionner aucune source scientifique.

Pour Romy Sauvayre, sociologue des sciences et des croyances, la situation est alarmante. Elle constate que l’engouement autour de ces pratiques est arrivé en même temps que le Covid et son absence de remèdes. Avec la crise sanitaire, un nouveau public s’est tourné vers les soins non conventionnels. Selon elle, n’importe qui peut croire en ces théories à partir du moment où elles permettent de se sentir mieux. Cette impression de mieux va devenir plus importante que la recherche de preuves scientifiques. La croyance et l’adhésion à la lithothérapie peuvent mener vers d’autres croyances ou vers le complotisme. Romy Sauvayre rappelle que dans la plupart de ces croyances il y a un mélange d’éléments vérifiables et de fausses croyances, afin de donner du poids aux discours. Les gourous qui usent de ces techniques mettent aussi en avant une forme de supériorité vis-à-vis des autres.

Les scientifiques condamnent de leur côté sans appel ces pratiques et aucune étude ne montre le moindre effet de guérison par les pierres ni le fait qu’une énergie puisse provenir de ces cristaux. Comme le rappelle Jean-Claude Boulliard, physicien et directeur de la collection des minéraux de la Sorbonne, l’énergie vibratoire perçue dans la lithothérapie n’existe pas. Comme l’a montré une étude britannique menée en 2001 par Chris French, le seul effet de ces cristaux serait un effet placebo bien plus efficace chez les personnes ayant déjà un fort niveau de croyance dans les phénomènes surnaturels.


(Source : Libération, 30.01.2022)

Covid: les contrats juteux des Frères de Plymouth

Plusieurs dizaines d’entreprises liées à la secte chrétienne fondamentaliste des « Frères de Plymouth » ont bénéficié de contrats mirobolants – jusqu’à 2,2 milliards de livres- passés par les autorités de santé britanniques dans leur lutte contre le coronavirus.

Selon The Times, la fourniture de tests PPE, masques, blouses, ventilateurs a été attribuée à ces firmes sans que d’autres, plus légitimes pour cette production, y aient eu droit.

Plusieurs millions de masques, précise le quotidien, ont ainsi été produits sans la qualité standard requise par les responsables de la sécurité sanitaire (Health & Safety
Executive). Les Frères de Plymouth, qualifiés de « secte » évangélique par d’anciens membres, entretiennent des liens avec le Parti Conservateur dont certains députés ont longtemps fait pression pour qu’ils obtiennent le statut d’association caritative.
Entre autres exemples, le Times révèle que le Department of Heath and Social Care (DHSC), a commandé, en 2020, pour près de 680 millions de livres de masques PPE à l’entreprise Unispace Global, spécialisée dans la décoration intérieure. Le gouvernement s’est ainsi privé d’une « perte de taxes publiques significative », reconnaît le DHSC.

Le groupe, dont fait partie Unispace, appartient à deux frères australiens Charles et Gareth Hales, fils du Bruce Hales, le leader mondial des Frères de Plymouth Bruce Hales. Il coiffe plus de 45 entreprises ayant eu affaire avec la cette secte, née en 1831 d’un groupe de dissidents de l’Eglise Anglicane

Les Frères de Plymouth comptent quelque 50.000 membres à travers le monde, dont 16.000 au Grande Bretagne. Leur interprétation ultra-rigoriste de la Bible, les enjoint à éviter tout ce qui leur semble relever du péché, comme regarder la télévision, écouter la radio ou aller au cinéma.

(Source : The Times, 05.02.2022)

Lire sur le site de l’Unadfi l’ensemble des articles sur les Frères de Plymouth : https://www.unadfi.org/mot-clef/freres-de-plymouth/

Les dérives sectaires n’épargnent pas la Dordogne  

Dominique Poumeyrol, président de l’antenne de l’Association de Défense des Familles et de l’Individu Victimes de sectes (Adfi) de Dordogne, ne désarme pas. Lui qui s’investit depuis longtemps auprès des victimes de dérives sectaires, traite chaque année une dizaine de dossiers.

Tout le monde peut être confronté à une secte explique Dominique Poumeyrol. La recherche du bien-être ou de solutions pour se soigner, la volonté de s’investir dans une cause, sont autant de raisons d’entrer dans une secte.

Depuis le début de la pandémie, il constate une évolution des demandes et s’inquiète quant aux dérives concernant le domaine de la santé. Il y a quelques années déjà, il avait aidé les victimes d’un thérapeute qui a finalement été condamné en 2020 à 18 mois de prison pour abus de faiblesse1.

Aujourd’hui c’est une entreprise née en Dordogne, mais dont le rayonnement est national, qui inquiète Dominique Poumeyrol. Science of Eden, dont l’une des dirigeantes était kinésithérapeute, diffuse les théories du russe Grigori Grabovoï, inventeur du PRK-1U, un appareil censé ressusciter les morts. Grigori Grabovoï a été condamné dans son pays pour avoir fait croire à des mères, dont les enfants étaient morts dans la tuerie survenue à Beslan en 2004, qu’il allait pouvoir les faire revenir à la vie. En dépit de sa condamnation il attire des adeptes du monde entier. En France, Science of Eden aurait une centaine de personnes à son service. Pour vendre l’appareil de Grabovoï, ces dernières organisent des conférences dont l’entrée coûte 100 euros. Le PRK-1U est vendu 10 000 euros. Pour ceux qui ne peuvent pas investir de telles sommes, l’entreprise propose d’autres produits : séminaires, vidéos et surtout des séries de chiffres à réciter pour guérir de diverses pathologies.

Dominique Poumeyrol s’inquiète aussi de la présence d’un groupe templier qui prétend vouloir « se battre pour la chrétienté » et d’une église évangélique dont plusieurs membres auraient été abusés sexuellement. L’une des victimes reçues par Dominique Poumeyrol n’a pas voulu porter plainte. 

(Source : Sud-Ouest, 22.02.2022)

  1. Lire sur le site de l’Unadfi : Condamnation du thérapeute énergéticien : https://www.unadfi.org/actualites/groupes-et-mouvances/condamnation-du-therapeute-energeticien/

Une figure de l’extrême-droite chez les antivax

A la faveur de la pandémie, Alain Soral figure célèbre de l’extrême droite, a revu sa popularité augmenter alors qu’il avait perdu de son influence depuis son bannissement de YouTube. Il doit son regain de notoriété notamment à l’intrusion de ses fidèles dans des mouvements anti-vaccination.

Sur une nouvelle chaine YouTube, Le Média en 4-4-2 derrière laquelle se trouveraient Alain Soral et quelques-uns de ses compères, dispense des théories complotistes habituelles comme le fait que le Covid serait un complot de l’Etat profond, des Juifs et des francs-maçons. Ce média est aussi un site internet qui commence à être largement consulté. Le journal en ligne Streetpress constate qu’en cumulant les visites du site « Egalité et Réconciliation » le site historique d’Alain Soral et ce nouveau site cela fait de lui l’une des personnalités les plus influentes parmi les conspirationnistes en France.

Dès le début de la pandémie, Alain Soral comptait parmi les propagateurs les plus importants de fake news sur le Covid par l’intermédiaire de différents comptes sur les réseaux sociaux. Pour StreetPress, les différentes théories dispensées depuis des années par Alain Soral ont préparé la voie à de nombreux complotistes, personnalités du mouvement antivaccin ou encore aux différents médias auto-proclamés de « reinformations » et leurs relais. Ces derniers ont proliféré ou accentué leur popularité durant la pandémie.


Parmi les compagnons de route d’Alain Soral on retrouve un grand nombre de conspirationnistes et d’antivax, notamment Thierry Casasnovas. Ce gourou du crudivorisme a trouvé un nouvel écho lors de la pandémie avec son discours complotiste, antivaccin et contre les mesures sanitaires. Streetpress raconte que son association avec Alain Soral remonte à 2016 date à laquelle Egalité et Réconciliation avait accueilli une conférence de Casasnovas. Ensuite le polémiste d’extrême-droite va largement relayer ses vidéos sur son site et permettre au gourou de s’établir une petite notoriété avec un discours qui plait à fois à « la dissidence »1 et aux partisans de mouvements New Age. En 2020, Thierry Casasnovas a reçu une Quenelle d’or remise lors d’un festival organisé par Dieudonné. Lors de son discours, il avait remercié Chloé Frammery. Cette figure de la complosphère suisse fait de la propagande antivax sur internet mais aussi dans les écoles. Elle était professeur jusqu’à sa suspension. Elle entretient des liens avec Dieudonné
ou encore des membres du Média 4-4-2.


(Source : Streetpress, 22.02.2022)


1- Une galaxie de médias de « réinformations », de youtubeurs et de pseudo intellectuels qui relaient ses idées et alimentent les théories du complot.

Quel bilan un an après l’assaut du capitole ?

 Début janvier 2021, l’attaque du Capitole a permis au monde de découvrir le groupe QAnon. Aujourd’hui, même s’il est divisé, le groupe continue de créer et d’alimenter les discours conspirationnistes.

Le fait que Donald Trump n’ait pas été réélu à la présidence des Etats-Unis ainsi que la non-réalisation d’autres prophéties ont entrainé de nombreux complotistes adhérant aux idées de QAnon vers la repentance. D’autres au contraire ont renforcé leurs croyances. Le groupe a aussi connu des tensions en interne et de nouvelles personnalités ont émergé alors que le célèbre « Q » n’a pas diffusé de message depuis longtemps. Certains nouveaux adeptes rassemblent autour d’eux d’importantes communautés et appellent à des actions violentes. C’est le cas de Romana Didulo qui avait appelé ses 70 000 abonnées à attaquer des centres de vaccination. Pour Tristan Mendès-France, maître de conférences associé à l’Université de Paris et spécialiste des cultures extrêmes, la division de QAnon entraîne le risque de voir des petites communautés se former avec des membres très radicaux.

Il est difficile d’estimer le nombre d’adhérents à QAnon, le groupe n’étant pas structuré et s’organisant principalement en ligne. Certains individus ne revendiquent pas une appartenance au groupe mais restent perméables aux idées conspirationnistes qu’il défend. Comme l’explique Tristan Mendès-France, on peut aussi retrouver certains marqueurs de QAnon dans un groupe sans que celui-ci soit étiqueté QAnon. Le groupe se trouve maintenant sur des réseaux sociaux moins connus comme Odysee, VK ou Telegram. Les idées conspirationnistes continuent à circuler comme le fait que Joe Biden serait en prison à la Maison Blanche et aurait été remplacé par un acteur. Le pouvoir serait alors secrètement détenu par Donald Trump et l’armée. Autre idée, celle que certains dirigeants de pays, comme Emmanuel Macron, ont été exécutés en 2018 et remplacés par des sosies.

Un an après l’assaut du Capitole les spécialistes constatent que les théories de QAnon ont aussi infusé la société américaine. Durant le courant de l’année 2021, un sondage montrait que 15% des Américains croient en l’existence d’une élite pédosatanique dirigeant secrètement le monde. Cette théorie est l’une des rengaines défendues par QAnon.

En France, le groupe n’a pas non plus une réelle existence mais certaines personnes défendant les idées complotistes ont largement relayé les discours de QAnon, comme Jean-Bernard Fourtillan fervent antivaccin qui affirmait en décembre 2021 que Donald Trump était secrètement au pouvoir.  QAnon est aussi implanté dans d’autres groupes anti-vaccins et opposants aux mesures sanitaires comme ReinfoCovid. Certains groupes comme les DéQodeurs se sont eux désolidarisés de certaines théories du groupe mais en conservent certaines idées comme le trucage de l’élection de Joe Biden ou la nocivité des vaccins contre le Covid-19 qui tueraient plus qu’ils ne protègent.  

(Sources : Le Monde, 07.01.2022 & La Croix, 11.01.2022)