Des «antivax» radicalisés projetait des attentats

La justice allemande a annoncé avoir déjoué des attentats terroristes d’extrême droite. Le groupuscule qui fomentait ces projets : « Patriotes unis », est une frange antivax radicalisée prête à en découdre avec l’ordre démocratique. Cette minorité constituée de 70 personnes inquiète les autorités qui placent depuis peu les violences d’extrême droite au premier rang des menaces pour l’ordre public, devant le risque djihadiste.

Malgré l’échec récent d’un projet de loi souhaité par le chancelier allemand Olaf Scholz visant à rendre le vaccin obligatoire, les groupuscules antivax poursuivent leurs manifestations et actions à l’encontre de la politique sanitaire gouvernementale. Une certaine mouvance de ces réticents à la vaccination s’est radicalisée, tant dans ses protestations que dans ses appels à déstabiliser l’état de droit. 

En effet, en avril 2022, les autorités auraient déjoué plusieurs attentats prémédités sur un réseau de messagerie par un groupuscule baptisé « Patriotes Unis ». Quatre des cinq auteurs présumés ont été arrêtés. Tous sont allemands et âgés entre 41 et 55 ans. Leur volonté : « détruire le système démocratique allemand », selon le parquet de Coblence et la police de la Rhénanie-Palatinat. Un projet accompagné de réflexions sur la mise en place d’un nouveau gouvernement, sur le rôle de Vladimir Poutine dans celle-ci ainsi que sur l’organisation d’enlèvements. Le ministre de la Santé Karl Lauterbach, partisan des restrictions sanitaires pour lutter contre le Covid-19, était l’une des cibles de kidnapping visées. Les suspects entendaient aussi attaquer les réseaux d’électricité du pays pour provoquer une panne de courant sur l’ensemble du territoire et mettre en place les conditions d’une guerre civile.

À la suite des perquisitions lancées à leur encontre, armes à feux, munitions, lingots d’or et faux certificats de vaccination ont été retrouvés.

Les enquêtes concernant des terroristes d’extrême droite en Allemagne se multiplient depuis 2019, date à laquelle un militant néonazi avait assassiné Walter Lübcke, un élu du parti conservateur d’Angela Merkel qui défendait la politique d’accueil des migrants. Depuis, police et services de renseignement collaborent pour démanteler ces réseaux parmi lesquels figurent des groupes comme Knockout 51 ou Atomwaffen Division Deutschland (branche allemande du mouvement néonazi américain). Un sympathisant de ce dernier mouvement a été mis en accusation pour avoir voulu déclencher « une guerre des races » par des attentats à l’explosif et à l’arme à feu. 

(Source : Journal de Montréal, 14.04.2022)

La justice canadienne interdit à un père de partager ses croyances complotistes avec sa fille

La justice montréalaise à interdit à un père originaire de Montréal de tenir des propos contre la vaccination et contre les mesures sanitaires à sa fille de neuf ans. La justice a autorisé la vaccination de l’enfant et a également interdit au père d’emmener la fillette dans des manifestations anti-mesures sanitaires.

Le respirianisme, dans sa théorie, est un régime vieux de plusieurs siècles et originaire d’Orient. On en trouve ité de ce qu’elle clamait lorsque pour une émission de télévision elle accepta de se laisser enfermer dans une chambre d’hôtel sans nourriture ni boissons. Le médecin qui supervisait l’expérience constata au bout de 48 heures qu’elle souffrait de déshydratation et de pression artérielle élevée : elle critiqua la qualité de l’air de la chambre prétendant que l’air contenait 70% des nutriments dont elle avait besoin. A l’instar de Brooks, elle fut aussi percée à jour par des personnes l’ayant vue commander un plateau-repas dans un avion. Les préceptes dont elle faisait la promotion ont coûté la vie à deux de ses admirateurs, une Ecossaise de 49 ans du nom de Verity Linn, et une Australienne de 33 ans Lani Morris. Toutes deux sont décédées de déshydratation en plein jeûne et dans des endroits reculés. Toutes deux possédaient l’ouvrage de Jasmuheen Living On Light (« Vivre de Lumière »). Dans les années 2010, le respirianisme a continué à faire parler de lui s’appuyant sur l’engouement du public pour le bien-être. L’alimentation y est au centre et dorénavant ce ne sont plus les biscuits sans sucre qui aident à mincir, mais les jus purifiants, les jeûnes intermittents et les régimes Keto. Des personnes se réclament avec fierté du respirianisme, comme une femme ukrainienne du nom de Valeria Lukyanova, aussi connue comme la « Barbie humaine », qui déclarait en 2014 être une adepte du respirianisme et ne manger que des « micro-aliments cosmiques ». En 2017, un couple d’origine Californienne, Akahi Ricardo et Camila Castillo prétendait n’avoir pas mangé depuis trois ans, et ce alors même qu’ils venaient d’avoir leur premier enfant. La popularité du régime ne faiblit pas, et on constate toujours sa dangerosité :  en 2017 un Allemand de 22 ans, Finn Bogumil, inspiré par les préceptes du repirianisme, est mort de faim pendant l’accomplissement d’un jeûne. (Source : Journal de Montréal, 26.04.2022)

Une école Steiner recadrée par le Tribunal du travail

Le Tribunal du travail de Recife (Brésil) a demandé à l’école Waldorf de Poço da Panela d’exclure du travail en présentiel ses salariés qui refusaient la vaccination contre le Covid 19.

Cette mesure conservatoire signée par le Tribunal du travail a fait l’objet d’un procès intenté par le Ministère public du travail en raison « du refus de l’école d’adopter les mesures préventives recommandées pour faire face à la pandémie, malgré tous les efforts administratifs déployés par l’organe ministériel ».

La décision du Tribunal du travail stipule que les employés non vaccinés pourront travailler à distance, mais pas en présentiel. Il exige également une preuve de vaccination des salariés comme condition de retour à l’école. L’école a 30 jours pour se conformer à la sanction rendue le 18 mars 2022 sous peine d’avoir à payer une amende de 1000 € par jour de retard.

L’Association pédagogique Waldorf de Recife a déclaré se conformer aux protocoles en vigueur pour protéger ses étudiants et ses employés et affirme suivre les directives du ministère de la santé, de l’OMS, mais aussi de la Fédération des écoles Waldorf (FEWB) et de l’Association brésilienne de médecine anthroposophique (ABMA).

Le mouvement anthroposophique, à l’origine de la pédagogie Steiner, prône une doctrine mélangeant croyances chrétiennes, hindoues et New Age où les notions de cosmos et de « karma » sont centrales. Michael Blume, spécialiste des religions et commissaire à la lutte antisémite dans la région allemande du Bade-Wurtemberg (Allemagne), explique que « de nombreux adeptes de l’anthroposophie croient encore en une loi du karma, selon laquelle les maladies permettent d’expier le mal des vies passées et favorisent le développement spirituel ». Ceci pourrait expliquer leur réticence à se faire vacciner.  

(Source : Info Catolica, 16.04.2022)

L’influence de Guylaine Lanctôt

Les récents discours antivax ont remis sur le devant de la scène le personnage de Guylaine Lanctôt, source d’inspiration de nombreux conspirationnistes. Cela fait plus d’une trentaine d’années qu’elle diffuse son message antivaccin et anti-institutions.

Avec la pandémie, Guylaine Lanctôt a multiplié les séminaires, les présentations ou encore sa présence dans des vidéos. Ses propos, qui inquiètent les professionnels de santé, sont repris par de nombreux conspirationnistes antivaccin.

Guylaine Lanctôt est une médecin québécoise déchue. Radio Canada a enquêté sur elle et s’est infiltré dans une de ses sessions de développement personnel. Durant les trois jours, elle a expliqué que le but de la vie était de devenir un être souverain libéré de tout attachement matériel ou social. Elle-même a renoncé à ses rôles de citoyenne, de mère et de contribuable.   Selon elle, il faut abandonner les institutions financières, elle encourage aussi à quitter le système de santé. Sans conteste New Age, sa doctrine prône la transformation de l’être humain en un être souverain et libre. Ses enseignements comportent des risques pouvant entrainer la mort notamment par l’arrêt des traitements et des médicaments. 

Connue par son livre La mafia médicale dans les années 1990, elle semble bénéficier d’un regain de popularité à Guylaine Lanctôt grâce à la pandémie. Trouvant un nouveau public dans les sphères conspirationnistes, ses théories sur la maladie et le vaccin l’amènent à être citée ou invitée par des personnalités connues dans le milieu complotiste. Elle y partage ses idées empreintes de New Age comme le fait que le vaccin sépare le corps de l’âme ou que les virus seraient simplement un rejet des choses dont le corps n’a plus besoin. Elle a par ailleurs multiplié la publication de nouveaux livres et carnets présentant sa doctrine sur la santé, la société, la loi ou encore l’éducation. Son calendrier de conférences s’est largement rempli à la suite de la pandémie. Ses propos sont aussi mêlés à des idées répandues dans la sphère QAnon.

Le Centre d’expertise et de formation sur les intégrismes religieux, les idéologies politiques et la radicalisation a publié au début de l’année 2022 un rapport sur les discours complotistes qui se sont répandus au Québec durant la pandémie. On y retrouve Guylaine Lanctôt clairement identifiée comme l’un des fers de lance du mouvement New Age en ce qui concerne la santé. Du côté du Centre de la prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRMV) on constate que les idées sur la santé véhiculées par Lanctôt peuvent conduire des personnes à une radicalisation. Les individus vont adhérer à des principes allant à l’encontre de la médecine pouvant être dangereux. Les personnes se tournant vers ces idéaux sont bien souvent dans une période de questionnement ou de vulnérabilité.

Des témoignages accablants

L’été dernier, un chanteur québécois est décédé du sida. Il avait abandonné sa trithérapie après avoir découvert une théorie indiquant que le sida n’est qu’une invention pharmaceutique pour engranger des profits. Il est alors entré en contact avec Lanctôt qui lui a envoyé des articles démontrant « la fraude du VIH ». Dans un courrier, elle lui précisait que le VIH lui aurait été injecté par l’entremise d’un vaccin contre l’hépatite B et ne l’encourageait pas à suivre son traitement. Les proches du chanteur ont compris qu’il ne faisait confiance qu’aux idées de Lanctôt et ses disciples ; ils racontent qu’avant de mourir il se soignait avec des solutions d’eau salée, des suppléments alimentaires et des laxatifs.

Radio Canada a pu parler avec d’autres proches de victimes des théories de Lanctôt, qui témoignent que ces théories ont conduit à la mort de leurs proches. L’un a perdu ses deux sœurs. La plus grande ayant lu La Mafia médicale était convaincue que tout était une arnaque et que les médicaments ne servaient qu’à enrichir l’industrie pharmaceutique. Elle a transmis ses théories à son autre sœur.

Une autre victime témoigne qu’après la lecture de l’ouvrage elle a changé radicalement son mode de vie :  rejetant alors les vaccins pour ses enfants et se tournant vers des remèdes naturels. Elle n’a changé de point de vue qu’après avoir appris la leucémie de son fils mais il lui a fallu un long parcours psychiatrique pour abandonner de manière définitive ses croyances.

Les familles sont démunies face au peu de recours contre ce type d’agissements et de dérives. Elles aimeraient que la population soit protégée de ce type de gourou criminel. Du côté du collège des médecins, une ancienne membre regrette que, malgré sa radiation, Lanctôt continue de sévir dans le milieu de la santé alternative et estime qu’elle devrait être sanctionnée pour exercice illégal de la médecine.

Le parcours de Guylaine Lanctôt

Dans les années 1980, alors spécialiste en phlébologie, elle était considérée comme une experte dans son domaine. Possédant plusieurs cliniques au Canada et aux Etats-Unis, elle était alors perçue comme une médecin renommée possédant un bon sens du business. En 1992, elle explique qu’à la suite d’une conférence en France elle découvre le mouvement antivaccin. Elle débute alors la rédaction de son ouvrage La mafia médicale. Le livre est publié en 1994 et constitue la pierre angulaire de sa doctrine. Elle y critique fortement les vaccins qui seraient responsables de l’épidémie de sida et pourraient causer l’autisme. Elle dénonce l’establishment médical qui serait à la solde des industries pharmaceutiques. Au-dela d’un simple livre antivaccin et prônant une santé alternative cet ouvrage est clairement anti-institution. Les institutions de santé canadiennes décident d’intervenir estimant que l’ouvrage constitue un danger public dans le sens où il empêche les enfants d’être protégés et pousse les individus à l’abandon des traitements. Le Collège des médecins examine les failles dans le raisonnement de Lanctôt. En 1997, le comité tranche sur le fait qu’elle trompe le public par la communication d’informations inexactes et contraires aux données de la science et que ses opinions portent préjudice à la santé et au
bien-être public. Elle est alors radiée de façon permanente et perd ainsi son titre de médecin. Cette sanction rare montre l’ampleur de la situation.

Au-delà des soucis avec les institutions de santé, Guylaine Lanctôt a fait faillite. Avant la publication de son livre elle a tenté de vendre ses cliniques mais refusant les offres insuffisamment généreuses à son gout, elle est en faillite en 1995. Elle prétend alors ne plus rien avoir, ni propriété, ni droit d’auteur, ni cliniques. La justice constate que sa faillite est dûe à une insouciance et constate la disparition sans aucune explication de près de 200 000$ d’actifs. Dès lors, Guylaine Lanctôt cesse de se soumettre ses déclarations d’impôt, renie les institutions financières et se revendique citoyenne souveraine. Cela lui cause des problèmes avec la justice, elle purge une peine de deux ans de prison en 2008.

Devant les tribunaux, Guylaine Lanctôt a expliqué qu’elle refusait de participer au processus judiciaire, car elle ne s’identifiait plus comme Guylaine Lanctôt. Pendant les procédures, elle a même remis au juge un avis de décès annonçant le décès de cette dernière. Aujourd’hui, elle prétend lors de ses stages ne plus payer d’impôts et invite ses fidèles à faire de même en leur donnant des solutions pour se cacher du fisc, quitter les banques et avoir recours au travail au noir.  Elle explique aussi qu’il y a deux Guylaine Lanctôt : un être humain et une autre, créé par le gouvernement, qui doit payer l’impôt. Elle prétend ne plus posséder de biens, cependant selon l’enquête de Radio Canada la maison dans laquelle elle habite appartient à une associée de Lanctôt qui participe activement à la publication de ses livres et enseigne sa doctrine. Les profits dégagés par la vente des ouvrages ou encore les formations qu’anime Guylaine Lanctôt semblent difficile à évaluer. Son livre La mafia médicale a fait l’objet d’une réédition en 2021, elle publie de nombreux nouveaux ouvrages présentant sa doctrine et ses croyances. Ses stages sont encore régulièrement remplis. Elle d’un nouveau public issu des mouvements de contestation des mesures sanitaires. L’ensemble de ses rentrées d’argent lui permettrait de dégager un profit attrayant. Depuis plus de 30 ans, elle gravite autour des milieux antivaccin, New Age et complotiste, sa position d’ex-médecin lui conférant de plus une position d’autorité.  

(Source : Radio Canada, 03.03.2022)

Le Paraguay terre d’accueil

A quatre heures de route de la capitale Asuncion, se situe un lotissement appelé « Le paradis vert » ou Paraiso. Il a pour vocation d’héberger des Européens rejetant la société actuelle et en quête d’un ailleurs « libre » et sans « réglementations ». Les vaccins y sont critiqués et les membres y cultivent leur « croissance spirituelle ».

Le lieu est gardé par des vigiles armés. Il se compose de plusieurs pavillons. Il sort de l’esprit d’un couple d’Autrichiens voulant créer un lieu loin des « tendances socialistes dans le monde, de la propagation des réalisations dégénératives telles que la 5G, les chemtrails, l’eau fluorée, les vaccinations obligatoires, les injonctions de soins », les « magouilles ».  L’AFP a pu visiter avec un accompagnant une partie de ces installations et rencontrer certains de leurs habitants. Tous se méfient des médias après que des reportages les définissent comme « un noyau dur de complotistes ».

L’AFP a pu rencontrer au « centre de santé » un Allemand se présentant comme « médecin naturaliste » adepte d’homéopathie et d’ozonothérapie. Pour lui, le coronavirus n’est pas nouveau mais il a été mis en place pour pouvoir instaurer un confinement, des sanctions, des masques. Les gens habitant dans le lieu ne veulent pas se faire vacciner contre le Covid.  Ils ne se disent pas anti-vaccination mais défenseurs du droit de choisir les substances qui pénètrent dans leurs corps.

Sur son site, Paraiso se présente comme un refuge pour les libres penseurs conservateurs, les non conformistes et les personnes souhaitant vivre une meilleure vie. Cependant l’AFP relève plusieurs plaintes pour escroquerie et abus de confiance. De nombreuses personnes sont parties après avoir constaté que l’eldorado promis n’était pas au rendez-vous. En outre, l’un des fondateurs du lieu est accusé d’avoir tenu en 2019 des propos islamophobes lors d’un discours prononcé devant des membres du gouvernement paraguayen. 

(Sources : Le Matin, 10.03.2022 & Insider, 13.02.2022)

Les antivax se tournent vers l’Ukraine

La presse constate que différentes figures du mouvement antivax diffusant depuis deux ans de nombreuses fausses informations sur les vaccins contre la Covid-19 proposent aujourd’hui un contenu de désinformation sur la guerre en Ukraine, soutenant notamment Vladimir Poutine.

Des chantres de l’anti-vaccination, des gourous de la santé comme Jean-Jacques Crèvecoeur ou Christian Tal Schaller et des adeptes de QAnon, tous semblent avoir quelque peu délaissé la pandémie pour se consacrer à la guerre en Ukraine et dispenser un contre discours le plus souvent favorable à Vladimir Poutine.

Certains réseaux conspirationnistes n’ont cependant pas changé leurs cibles et visent toujours Bill Gates ou George Soros. Ces deux milliardaires américains sont accusés d’avoir financé des usines d’armes biologiques en Ukraine. La guerre serait programmée pour pouvoir fabriquer un nouveau virus. L’intervention de la Russie en Ukraine est alors perçue comme salutaire pour enrayer ce scenario. On retrouve aussi un mélange d’autres récits complotistes :  l’Ukraine serait la base arrière d’un réseau de pédophilie international qui accueille des laboratoires secrets américains pour préparer une nouvelle vague de COVID dans le cadre de l’instauration d’un nouvel ordre mondial. Le conflit serait aussi mis en place pour assurer la réélection d’Emmanuel Macron. D’autres conspirationnistes deviennent de véritables relais de la propagande du Kremlin.  On constatait déjà ces tendances prorusses émanant de conspirationnistes durant la pandémie.

Pour l’un des membres du collectif L’extracteur ? l’arrivée de la guerre en Ukraine vient aussi confirmer leur théorie démontrant que le Covid n’était qu’une manipulation car les médias n’en parlent plus du tout. Pour Tristan Mendès-France, spécialiste français du conspirationnisme, ce changement de sujet n’est pas une surprise. Il rappelle que la complosphère est une « coquille vide qui s’agrège autour de l’actualité du moment ». 

(Sources : Le Soleil, 10.03.2022 & Marianne, 10.03.2022)

Une figure de l’extrême-droite chez les antivax

A la faveur de la pandémie, Alain Soral figure célèbre de l’extrême droite, a revu sa popularité augmenter alors qu’il avait perdu de son influence depuis son bannissement de YouTube. Il doit son regain de notoriété notamment à l’intrusion de ses fidèles dans des mouvements anti-vaccination.

Sur une nouvelle chaine YouTube, Le Média en 4-4-2 derrière laquelle se trouveraient Alain Soral et quelques-uns de ses compères, dispense des théories complotistes habituelles comme le fait que le Covid serait un complot de l’Etat profond, des Juifs et des francs-maçons. Ce média est aussi un site internet qui commence à être largement consulté. Le journal en ligne Streetpress constate qu’en cumulant les visites du site « Egalité et Réconciliation » le site historique d’Alain Soral et ce nouveau site cela fait de lui l’une des personnalités les plus influentes parmi les conspirationnistes en France.

Dès le début de la pandémie, Alain Soral comptait parmi les propagateurs les plus importants de fake news sur le Covid par l’intermédiaire de différents comptes sur les réseaux sociaux. Pour StreetPress, les différentes théories dispensées depuis des années par Alain Soral ont préparé la voie à de nombreux complotistes, personnalités du mouvement antivaccin ou encore aux différents médias auto-proclamés de « reinformations » et leurs relais. Ces derniers ont proliféré ou accentué leur popularité durant la pandémie.


Parmi les compagnons de route d’Alain Soral on retrouve un grand nombre de conspirationnistes et d’antivax, notamment Thierry Casasnovas. Ce gourou du crudivorisme a trouvé un nouvel écho lors de la pandémie avec son discours complotiste, antivaccin et contre les mesures sanitaires. Streetpress raconte que son association avec Alain Soral remonte à 2016 date à laquelle Egalité et Réconciliation avait accueilli une conférence de Casasnovas. Ensuite le polémiste d’extrême-droite va largement relayer ses vidéos sur son site et permettre au gourou de s’établir une petite notoriété avec un discours qui plait à fois à « la dissidence »1 et aux partisans de mouvements New Age. En 2020, Thierry Casasnovas a reçu une Quenelle d’or remise lors d’un festival organisé par Dieudonné. Lors de son discours, il avait remercié Chloé Frammery. Cette figure de la complosphère suisse fait de la propagande antivax sur internet mais aussi dans les écoles. Elle était professeur jusqu’à sa suspension. Elle entretient des liens avec Dieudonné
ou encore des membres du Média 4-4-2.


(Source : Streetpress, 22.02.2022)


1- Une galaxie de médias de « réinformations », de youtubeurs et de pseudo intellectuels qui relaient ses idées et alimentent les théories du complot.

Mystic Djokovic

Feuilleton à rebondissements du début d’année 2022, l’expulsion du territoire australien du numéro 1 mondial de tennis en raison de son refus de présenter un schéma vaccinal complet pour accéder à l’Open d’Australie, a mis en lumière les croyances new age du joueur tout en faisant de lui un symbole de la résistance pour les antivax du monde entier.

Djokovic n’a jamais caché son hostilité envers un éventuel vaccin contre le Covid. En avril 2020 déjà, il affirmait être personnellement opposé à la vaccination préférant choisir ce qui est mieux pour son corps, selon ses dires. Cette position courante chez les antivax l’est aussi parmi les tenants de la sphère pseudo scientifique.

Si comme la majorité des serbes, Djokovic est très attaché à l’église orthodoxe, il promeut depuis de nombreuses années des idées véhiculées dans la sphère New Age. Ainsi en 2011, il raconte dans son livre comment une intolérance au gluten lui a été diagnostiquée l’année précédente par un thérapeute. Ce dernier lui demande de tenir du pain dans la main gauche et appuie sur son bras droit. Une sensation de faiblesse musculaire dans le bras gauche aura suffi à prouver son intolérance. Jamais avare de faire part de ses découvertes au plus grand nombre, Djokovic devient ambassadeur d’une gamme de biscuits sans gluten et crée sa propre marque de gâteaux.

En 2020, devant les 450 000 internautes qu’il a réunis sur Instagram, il fait la promotion, aux côtés d’un vendeur de compléments alimentaires, de bouteilles de Golden Mind, un breuvage censé renforcer le cerveau qu’il est possible de se procurer via un abonnement mensuel de 52 dollars. Lors de ce direct, le tennisman raconte connaître des gens capables de transformer par la prière de l’eau polluée en eau pure tandis que son comparse met en avant les théories de Masaru Emoto sur la mémoire de l’eau. Ce dernier aurait mis en évidence que l’eau réagirait à la musique et aux pensées. En plaçant diverses étiquettes sur des bouteilles de liquide préalablement congelées, le scientifique japonais aurait démontré que les cristaux d’eau gelée s’organisaient de manière plus harmonieuse lorsqu’ils étaient soumis à des pensées positives. Cette étude largement décriée n’a jamais été publiée par des revues à comité de lecture, ni expérimentée en double aveugle.

Le tennisman est aussi très proche de la sphère anthroposophique. Sur le blog de sa fondation, un article fait l’éloge de la pédagogie Waldorf et incite à appliquer ses préceptes à la maison. La fondation qui œuvre dans le caritatif aurait aussi inauguré une « école de la vie » en Serbie, un thème cher à l’Anthroposophie. Quant à son épouse, intéressée elle aussi par l’Anthroposophie, elle avait partagé en 2020 les théories fumeuses du médecin anthroposophe Thomas Cowan sur la 5G qu’il accusait d’être à l’origine de la pandémie.

Son attrait pour l’ésotérisme l’a également mené deux fois à Visoko, un village de Bosnie situé au pied d’une colline qui abriterait, selon l’explorateur et homme d’affaires Semir Osmanagic, une pyramide construite par une ancienne civilisation disparue. Que les scientifiques dénoncent un canular n’empêche pas Djokovic d’affirmer que l’endroit le régénère. Une bonne affaire pour Semir Osmanagic qui se plaignait d’un début de saison catastrophique avant la venue du champion en 2020.

Comme beaucoup de sportifs soucieux de maintenir leurs performances au plus haut niveau Djokovic s’est adjoint les services d’un coach mental. Mais celui que lui a présenté son frère en 2012 est particulier. Si Pepe Imaz, un ancien joueur de tennis espagnol devenu coach après une carrière en demi-teinte, se fait l’apôtre de l’amour et de la paix et prône la méditation ou la « câlinothérapie », il défend aussi des idées proches de la sphère complotiste.

Au menu de ce que propose le thérapeute : changement d’ADN, méditation autour de la « Flamme violette »1, guérison par la pensée positive. Pour lui le pouvoir de l’amour serait suffisant pour régler un grand nombre de problèmes et notamment se défendre contre les influences des Anunnaki, des reptiliens ou des Illuminati qui « cherchent à mettre fin au bien-être physique des personnes » pour les aliéner et les coincer dans la peur. Pour parvenir à leurs fins ils utilisent, entre autres des médicaments car, selon lui, l’industrie pharmaceutique serait « la pointe de l’iceberg » de l’empire Illuminati.

Sous pression de son entourage, Djokovic s’est éloigné de Pépé Imaz, mais les deux hommes sont restés proches et s’entretiennent régulièrement au téléphone.

Les croyances New Age et surnaturelles dans lesquelles le joueur de tennis est plongé depuis de nombreuses années, sont des passerelles connues vers les théories du complot selon Laurent Cordonier, docteur en sciences sociales et spécialiste de la désinformation. Pour lui « il n’y a rien de surprenant à ce qu’il soit maintenant « récupéré » par tout un tas de mouvements », et qu’il soit devenu « une figure de résistance » pour la sphère antivax et plus largement pour l’extrême droite qui apprécie sa remise en cause du « système » à l’instar de Florian Philippot, pour qui « l’homme libre est du côté de Djokovic, l’esclave du côté de Macron le Fou ». (Sources : Marianne, 07.01.2022, Aleteia, 09.01.2022, Le Parisien & La Vie, 20.01.2022)

1. Flamme violette : selon les tenants de la pensée new age, placée sous le gardiennage du Maître St germain, la flamme violette serait une énergie capable de transformer les énergies négatives en énergies positives et concourrait à la guérison de l’humanité.

Un nouveau relai pour les antivax

Essayiste au CV imposant, Idriss Aberkane est aussi connu pour ses conférences sur le développement personnel. Depuis le début de la pandémie, il est l’une des figures les plus importantes de la sphère antivax, n’hésitant pas à user de théories du complot et de fausses informations.

Sur les réseaux sociaux, il dispense des théories douteuses en avançant une supposée connaissance scientifique notamment sur l’épidémie de Covid-19 ou la vaccination, utilisant son CV comme caution du sérieux de ces théories conspirationnistes. Il prétend avoir trois doctorats dans des domaines variés. Mais ces diplômes et ses prétendues connaissances scientifiques ne sont pas un frein à la diffusion de théories fumeuses conspirationnistes comme ce fut le cas précédemment avec Luc Montagnier ou Didier Raoult. Son CV suscite quelques interrogations notamment sur son passage en tant qu’enseignant chercheur à l’école Polytechnique ou à Supelec. Les deux écoles démentent qu’il ait eu ce poste et n’accordent pas de caution scientifique à ses conférences.

Concernant ses ouvrages, les chercheurs Sebastian Dieguez et Nicolas Gauvrit constatent que le lecteur est trimballé d’une chose à l’autre sans savoir où l’auteur veut l’emmener. Il mêle des anecdotes personnelles, des comparaisons hasardeuses, des affirmations floues et des diagnostics peu fiables. Pour Nicolas Gauvrit, Idriss Aberkane est un génie de la communication mais n’a aucune assise scientifique. De nombreux autres chercheurs ont déjà déploré la faible qualité de ses publications scientifiques.

Au mois de décembre 2021, il a publié une vidéo soutenant encore Didier Raoult, mêlant sources peu fiables et opinions, un classique de la rhétorique complotiste.  Il a aussi commenté un reportage paru dans la presse sur un malade du Covid en réanimation qu’il accuse d’être un faux patient. Ce dernier est décédé des suites du Covid durant le mois de janvier. Selon Rudy Reichstadt, directeur de l’ONG Conspiracy Watch, le nom d’Idriss Aberkane circule depuis quelques années mais c’est à la faveur de la crise sanitaire qu’il a véritablement plongé dans le complotisme.  (Sources : L’Express, 04.01.2022 & Midi Libre, 19.01.2022)

Les premiers résultats du rapport Bronner

Installée en 2021 par le président Emmanuel Macron et pilotée par le sociologue Gérald Bronner, la commission « Les Lumières à l’ère du numérique » a rendu son rapport. Quatorze membres étaient chargés de réfléchir sur les défis que pose Internet pour la bonne santé de notre démocratie et notre accès à une information qualitative.

Ce travail, remis le 11 janvier 2022 aux autorités, montre notamment comment le Covid-19 a révélé des formes de complotisme dans certaines franges catholiques. Quelques milieux minoritaires chrétiens, parmi lesquels figure le parti Civitas, ont manifesté devant les vaccinodromes, parlant de « plandémie satanique » et continuent de vanter les bienfaits de la médecine naturelle. Pierre Barnérias, réalisateur du documentaire conspirationniste Hold-Up, a travaillé plusieurs fois pour la chaîne KTO. Deux journalistes, Jean-Loup Adénor et Timothée de Rauglaudre ont enquêté sur ces franges catholiques. Ils observent une convergence entre le discours intégriste -des membres de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X par exemple- et celui de l’Ecologie New Age, pourtant très différents idéologiquement et politiquement. Ils rappellent que l’Eglise catholique n’a pourtant jamais eu de texte magistériel condamnant la vaccination et que le pape François perçoit le vaccin comme un « acte d’amour ».

Thierry Casasnovas, devenu un véritable gourou sur les réseaux sociaux pour beaucoup d’antivax, est lui un chrétien évangélique. Aujourd’hui, les associations de lutte contre les dérives sectaires tout comme le Conseil National des évangéliques de France s’inquiètent de mouvements néo-pentecôtistes et d’autres courants chrétiens dont la rhétorique complotiste n’a cessé de se dévoiler tout au long de la pandémie.(Source La Croix, 12.01.2022)