Mystic Djokovic

Feuilleton à rebondissements du début d’année 2022, l’expulsion du territoire australien du numéro 1 mondial de tennis en raison de son refus de présenter un schéma vaccinal complet pour accéder à l’Open d’Australie, a mis en lumière les croyances new age du joueur tout en faisant de lui un symbole de la résistance pour les antivax du monde entier.

Djokovic n’a jamais caché son hostilité envers un éventuel vaccin contre le Covid. En avril 2020 déjà, il affirmait être personnellement opposé à la vaccination préférant choisir ce qui est mieux pour son corps, selon ses dires. Cette position courante chez les antivax l’est aussi parmi les tenants de la sphère pseudo scientifique.

Si comme la majorité des serbes, Djokovic est très attaché à l’église orthodoxe, il promeut depuis de nombreuses années des idées véhiculées dans la sphère New Age. Ainsi en 2011, il raconte dans son livre comment une intolérance au gluten lui a été diagnostiquée l’année précédente par un thérapeute. Ce dernier lui demande de tenir du pain dans la main gauche et appuie sur son bras droit. Une sensation de faiblesse musculaire dans le bras gauche aura suffi à prouver son intolérance. Jamais avare de faire part de ses découvertes au plus grand nombre, Djokovic devient ambassadeur d’une gamme de biscuits sans gluten et crée sa propre marque de gâteaux.

En 2020, devant les 450 000 internautes qu’il a réunis sur Instagram, il fait la promotion, aux côtés d’un vendeur de compléments alimentaires, de bouteilles de Golden Mind, un breuvage censé renforcer le cerveau qu’il est possible de se procurer via un abonnement mensuel de 52 dollars. Lors de ce direct, le tennisman raconte connaître des gens capables de transformer par la prière de l’eau polluée en eau pure tandis que son comparse met en avant les théories de Masaru Emoto sur la mémoire de l’eau. Ce dernier aurait mis en évidence que l’eau réagirait à la musique et aux pensées. En plaçant diverses étiquettes sur des bouteilles de liquide préalablement congelées, le scientifique japonais aurait démontré que les cristaux d’eau gelée s’organisaient de manière plus harmonieuse lorsqu’ils étaient soumis à des pensées positives. Cette étude largement décriée n’a jamais été publiée par des revues à comité de lecture, ni expérimentée en double aveugle.

Le tennisman est aussi très proche de la sphère anthroposophique. Sur le blog de sa fondation, un article fait l’éloge de la pédagogie Waldorf et incite à appliquer ses préceptes à la maison. La fondation qui œuvre dans le caritatif aurait aussi inauguré une « école de la vie » en Serbie, un thème cher à l’Anthroposophie. Quant à son épouse, intéressée elle aussi par l’Anthroposophie, elle avait partagé en 2020 les théories fumeuses du médecin anthroposophe Thomas Cowan sur la 5G qu’il accusait d’être à l’origine de la pandémie.

Son attrait pour l’ésotérisme l’a également mené deux fois à Visoko, un village de Bosnie situé au pied d’une colline qui abriterait, selon l’explorateur et homme d’affaires Semir Osmanagic, une pyramide construite par une ancienne civilisation disparue. Que les scientifiques dénoncent un canular n’empêche pas Djokovic d’affirmer que l’endroit le régénère. Une bonne affaire pour Semir Osmanagic qui se plaignait d’un début de saison catastrophique avant la venue du champion en 2020.

Comme beaucoup de sportifs soucieux de maintenir leurs performances au plus haut niveau Djokovic s’est adjoint les services d’un coach mental. Mais celui que lui a présenté son frère en 2012 est particulier. Si Pepe Imaz, un ancien joueur de tennis espagnol devenu coach après une carrière en demi-teinte, se fait l’apôtre de l’amour et de la paix et prône la méditation ou la « câlinothérapie », il défend aussi des idées proches de la sphère complotiste.

Au menu de ce que propose le thérapeute : changement d’ADN, méditation autour de la « Flamme violette »1, guérison par la pensée positive. Pour lui le pouvoir de l’amour serait suffisant pour régler un grand nombre de problèmes et notamment se défendre contre les influences des Anunnaki, des reptiliens ou des Illuminati qui « cherchent à mettre fin au bien-être physique des personnes » pour les aliéner et les coincer dans la peur. Pour parvenir à leurs fins ils utilisent, entre autres des médicaments car, selon lui, l’industrie pharmaceutique serait « la pointe de l’iceberg » de l’empire Illuminati.

Sous pression de son entourage, Djokovic s’est éloigné de Pépé Imaz, mais les deux hommes sont restés proches et s’entretiennent régulièrement au téléphone.

Les croyances New Age et surnaturelles dans lesquelles le joueur de tennis est plongé depuis de nombreuses années, sont des passerelles connues vers les théories du complot selon Laurent Cordonier, docteur en sciences sociales et spécialiste de la désinformation. Pour lui « il n’y a rien de surprenant à ce qu’il soit maintenant « récupéré » par tout un tas de mouvements », et qu’il soit devenu « une figure de résistance » pour la sphère antivax et plus largement pour l’extrême droite qui apprécie sa remise en cause du « système » à l’instar de Florian Philippot, pour qui « l’homme libre est du côté de Djokovic, l’esclave du côté de Macron le Fou ». (Sources : Marianne, 07.01.2022, Aleteia, 09.01.2022, Le Parisien & La Vie, 20.01.2022)

1. Flamme violette : selon les tenants de la pensée new age, placée sous le gardiennage du Maître St germain, la flamme violette serait une énergie capable de transformer les énergies négatives en énergies positives et concourrait à la guérison de l’humanité.

Un nouveau relai pour les antivax

Essayiste au CV imposant, Idriss Aberkane est aussi connu pour ses conférences sur le développement personnel. Depuis le début de la pandémie, il est l’une des figures les plus importantes de la sphère antivax, n’hésitant pas à user de théories du complot et de fausses informations.

Sur les réseaux sociaux, il dispense des théories douteuses en avançant une supposée connaissance scientifique notamment sur l’épidémie de Covid-19 ou la vaccination, utilisant son CV comme caution du sérieux de ces théories conspirationnistes. Il prétend avoir trois doctorats dans des domaines variés. Mais ces diplômes et ses prétendues connaissances scientifiques ne sont pas un frein à la diffusion de théories fumeuses conspirationnistes comme ce fut le cas précédemment avec Luc Montagnier ou Didier Raoult. Son CV suscite quelques interrogations notamment sur son passage en tant qu’enseignant chercheur à l’école Polytechnique ou à Supelec. Les deux écoles démentent qu’il ait eu ce poste et n’accordent pas de caution scientifique à ses conférences.

Concernant ses ouvrages, les chercheurs Sebastian Dieguez et Nicolas Gauvrit constatent que le lecteur est trimballé d’une chose à l’autre sans savoir où l’auteur veut l’emmener. Il mêle des anecdotes personnelles, des comparaisons hasardeuses, des affirmations floues et des diagnostics peu fiables. Pour Nicolas Gauvrit, Idriss Aberkane est un génie de la communication mais n’a aucune assise scientifique. De nombreux autres chercheurs ont déjà déploré la faible qualité de ses publications scientifiques.

Au mois de décembre 2021, il a publié une vidéo soutenant encore Didier Raoult, mêlant sources peu fiables et opinions, un classique de la rhétorique complotiste.  Il a aussi commenté un reportage paru dans la presse sur un malade du Covid en réanimation qu’il accuse d’être un faux patient. Ce dernier est décédé des suites du Covid durant le mois de janvier. Selon Rudy Reichstadt, directeur de l’ONG Conspiracy Watch, le nom d’Idriss Aberkane circule depuis quelques années mais c’est à la faveur de la crise sanitaire qu’il a véritablement plongé dans le complotisme.  (Sources : L’Express, 04.01.2022 & Midi Libre, 19.01.2022)

Les premiers résultats du rapport Bronner

Installée en 2021 par le président Emmanuel Macron et pilotée par le sociologue Gérald Bronner, la commission « Les Lumières à l’ère du numérique » a rendu son rapport. Quatorze membres étaient chargés de réfléchir sur les défis que pose Internet pour la bonne santé de notre démocratie et notre accès à une information qualitative.

Ce travail, remis le 11 janvier 2022 aux autorités, montre notamment comment le Covid-19 a révélé des formes de complotisme dans certaines franges catholiques. Quelques milieux minoritaires chrétiens, parmi lesquels figure le parti Civitas, ont manifesté devant les vaccinodromes, parlant de « plandémie satanique » et continuent de vanter les bienfaits de la médecine naturelle. Pierre Barnérias, réalisateur du documentaire conspirationniste Hold-Up, a travaillé plusieurs fois pour la chaîne KTO. Deux journalistes, Jean-Loup Adénor et Timothée de Rauglaudre ont enquêté sur ces franges catholiques. Ils observent une convergence entre le discours intégriste -des membres de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X par exemple- et celui de l’Ecologie New Age, pourtant très différents idéologiquement et politiquement. Ils rappellent que l’Eglise catholique n’a pourtant jamais eu de texte magistériel condamnant la vaccination et que le pape François perçoit le vaccin comme un « acte d’amour ».

Thierry Casasnovas, devenu un véritable gourou sur les réseaux sociaux pour beaucoup d’antivax, est lui un chrétien évangélique. Aujourd’hui, les associations de lutte contre les dérives sectaires tout comme le Conseil National des évangéliques de France s’inquiètent de mouvements néo-pentecôtistes et d’autres courants chrétiens dont la rhétorique complotiste n’a cessé de se dévoiler tout au long de la pandémie.(Source La Croix, 12.01.2022)

Les applis de grossesse ciblées par les antivax

Des théories du complot se diffusent sur des applications pour les femmes enceintes ou les jeunes parents, comme What To Expect, Glow mais aussi Peanut. Ces lieux d’échanges sont devenus des cibles privilégiées pour la diffusion de nombreuses fake news sur la vaccination.

Sur l’application Glow de nombreuses publications tentent de dissuader les parents de faire vacciner leurs enfants. D’autres applications proposent même des listes de médecins qui peuvent leur permettre de contourner les obligations vaccinales pour les enfants. Les applications pour femmes enceintes ou jeunes parents sont visées car leur public est souvent vulnérable notamment pour la naissance d’un premier enfant. Aux Etats-Unis par exemple les femmes enceintes sont très peu vaccinées contre le Covid-19 et cela serait notamment liées à la diffusion de fausses informations prétendant que la vaccination peut entraîner des fausses couches.

Cet exemple montre que les grands médias sociaux ne sont pas les seules cibles de désinformation. Et comme eux certaines applications investissent dans une modération et cherchent à repérer les publications ou les discussions sur les forums qui propagent des fausses informations ou des théories complotistes.  (Source : L’ADN, 07.02.2022)

Documentaire : Antivax – Les marchands de doute, Arte, 24.12.2021, 91 minutes

Véritable plongée au cœur de la galaxie antivax, ce documentaire produit par Lise Barnéoud et Marc Garmirian, explore les diverses motivations des opposants à la vaccination.

Si le mouvement anti-vaccination s’est essentiellement construit autour des craintes quant à de possibles effets secondaires des vaccins, pour certains de ses promoteurs les motivations sont tout autres et la pandémie a été une vraie opportunité pour se faire connaître, attirer de nouveaux membres et s’enrichir.

Le documentaire introduit le sujet en évoquant le cas d’Andrew Wakefield. Ce gastro-entérologue britannique s’est fait connaître pour une étude frauduleuse, publiée en 1998, établissant un lien entre le vaccin contre la rougeole et l’autisme. Bien que radié en 2010, il a acquis une importante notoriété dans la sphère antivax, si bien qu’une fois établi aux États-Unis, il a développé un business juteux autour de la peur des vaccins. Aujourd’hui, lui et d’autres activistes, comme le producteur Del Bigtree, profitent de la pandémie pour propager des théories complotistes sur les réseaux sociaux afin de faire basculer les hésitants dans leur camp.

D’autres n’ont aucun scrupule à proposer des traitements alternatifs, parfois dangereux, ou à organiser des levées de fonds pour des causes liées à l’anti-vaccination.

Le documentaire laisse aussi la parole à des lanceurs d’alerte qui tentent de prévenir des dangers de l’anti-vaccination. Les journalistes ont également donné la parole à des personnes craignant le  vaccin. Enfin, ils ont aussi rencontré une jeune femme devenue paraplégique suite à une rougeole. Elle n’en veut pas à ses parents de ne pas l’avoir fait vacciner, mais avoue que « c’est trop bête de laisser le hasard choisir quand il y a des solutions ».  (Source : Arte, 14.12.2021)

Visionner le documentaire disponible jusqu’au 25 juin 2022 : https://www.arte.tv/fr/videos/103025-000-A/antivax-les-marchands-de-doute/

Une église contre les mesures sanitaires

Steve Gesualdi, pasteur de l’église évangélique Good News Chapel de Montréal, prêche ouvertement contre les vaccins, le port du masque ou encore le pass sanitaire. Il les compare à un système sorti du « livre de Satan ». Pourtant au sein du mouvement plusieurs personnes ont contracté le Covid et certaines en seraient mortes.

Par peur des représailles les membres de l’église ont des difficultés à témoigner mais des proches de membres du groupe n’hésitent pas à le faire. Un infirmier ayant contracté la Covid auprès d’un ami membre du groupe constate que les malades sont de plus en plus nombreux à cause des rassemblements du groupe. Autre témoignage celui d’une dame dont un proche, adhérant au groupe, se trouve en soins intensifs.

En cause, dans ces témoignages, les considérations du pasteur à l’égard des mesures sanitaires et notamment la vaccination. Cette dernière y est perçue comme la « marque de la bête » dépeinte dans l’Apocalypse (livre de la Bible). Elle serait l’œuvre de Satan provenant de Big Pharma et non de Dieu.  Le port du masque et la distanciation sociale sont vus comme des hérésies. A de nombreuses reprises le non-respect des règles sanitaires au sein du groupe aurait été porté à l’attention des autorités de santé publique ; mais sans aucune plainte officielle, elles ne peuvent intervenir. La police a pu cependant visiter les lieux mais aucune infraction n’a été constatée.  (Source : Le Devoir, 07.12.2021)

L’anthroposophie, un frein à la vaccination ?

Publiées récemment, des statistiques sur la vaccination ont montré que la zone germanophone a le taux de vaccination le plus faible d’Europe. Le Midi Libre à s’interroge sur d’éventuels liens de cause à effet avec la large implantation de l’anthroposophie dans cette aire géographique. Une interrogation largement partagée par la presse allemande.

Fondée au début du XXe siècle par l’ancien théosophe Rudolf Steiner, l’anthroposophie est un mélange de croyances chrétiennes, new age, hindouistes, mêlées de karma et d’occultistes. Si le siège central de l’organisation est situé à Dornach en Suisse, le mouvement est constitué de différentes structures fonctionnant de manière indépendante explique Ansgar Martins, professeur de philosophie des religions à l’université Goethe à Francfort. Néanmoins, présentes dans les secteurs bancaire, agricole, médical et scolaire, ces structures ont donné un large champ de diffusion aux concepts de l’anthroposophie dans la société.

Grand admirateur de Goethe, Rudolf Steiner a puisé aussi ses idées dans le courant romantique proche de la nature et critique de l’ère moderne. Selon Tobias Rapp, journaliste du Spiegel et ancien élève d’une école Waldorf, pour Steiner rien n’est impossible et des forces surnaturelles avec lesquelles il faut composer sont constamment à l’œuvre. C’est pour s’attirer leurs bonnes grâces qu’une série de rituels a été conçue par Rudolf Steiner. Ainsi, selon der Spiegel, l’agriculture biodynamique n’est pas seulement écologique, elle est ésotérique. Dans les laboratoires Weleda l’eau dans laquelle les substances sont dissoutes doit être secouée d’une certaine manière afin qu’elles puissent développer leur pouvoir.

Dans ce monde où tout a un sens, la maladie n’échappe pas à la règle. D’après des passages de l’œuvre de Steiner, les maladies doivent avant tout être combattues spirituellement pour permettre à l’âme d’évoluer et éventuellement « d’expier les méfaits des vies antérieures », explique Michael Blume, spécialiste des religions et commissaire à la lutte contre l’antisémitisme dans la région allemande du Bade-Wurtemberg. En outre, selon les croyances de Rudolf Steiner, ceux qui se font vacciner peuvent devenir sourds au message karmique ce qui explique le scepticisme des anthroposophes les plus convaincus envers la médecine conventionnelle et leur réticence à la vaccination.

Il est important de ne pas empêcher les enfants d’être malades car la maladie aurait pour vertu de favoriser leur développement en renforçant leur corps mais aussi leur âme.

Est-ce à cause de cette perception de la maladie que tant d’écoles Steiner ont été touchées par des épidémies de rougeole et sont aujourd’hui le foyer de contamination de Covid-19 ? Cela a été le cas fin novembre 2021 en Allemagne dans l’école Steiner de Borchen où 41 élèves et 12 enseignants ont été infectés par la Covid-19, ou dans celle de Fribourg où plus de 44 élèves et spectateurs d’un spectacle de cirque donné par l’école ont été infectés. Après enquête, l’inspection scolaire de Fribourg a découvert que 55 élèves et professeurs avaient été exemptés du port du masque. Les certificats avaient été réalisés dans des cliniques privées situées à Berlin et en Bavière et seuls trois d’entre eux étaient valides.

La presse a également rapporté le cas de médecins liés au mouvement qui ont « émis publiquement des doutes sur la réalité de la pandémie ou sur l’efficacité du vaccin » et ont préféré miser sur des traitements comme la poudre de météorite pour soigner la Covid.

Ainsi, pointe Tobias Rapp dans der Spiegel, les enseignements de Rudolf Steiner ont peut-être « un impact plus important sur notre société que beaucoup de gens ne le soupçonnent ».  (Sources : Der Spiegel, 15.11.2021 & Midi Libre, 23.11.2021)

Réinfo Covid s’exporte

Connu en France, le groupe Réinfo Covid qui milite pour « « une politique sanitaire juste et proportionnée » est aussi implanté outre-Atlantique au Québec. Le groupe ouvertement anti-vaccin prolifère sur les réseaux sociaux et multiplie ses réunions publiques pour diffuser son idéologie.

Fondé en juin 2021, le groupe organise des conférences de presse pour dénoncer la gestion de la pandémie et aborder le sujet de la vaccination, n’hésitant pas à diffuser de fausses informations. Réinfo Covid Québec organise aussi des manifestations d’opposants aux mesures sanitaires et à la vaccination obligatoire. Leur porte-parole est un médecin à la retraite. Comme il l’indique sur son site web, le groupe souhaite réunir des médecins et des soignants mais pas uniquement. Il prétend réunir des opinions différentes autour d’un dénominateur commun mais au sein du groupe des personnes vont défendre des idées plus extrêmes. Il est difficile d’estimer le nombre de personnes adhérant au groupe. Seule indication chiffrée : le nombre de membres du groupe Facebook, 13 500 au début du mois de novembre. Un grand nombre de publications, notamment sur la dangerosité des vaccins, y sont largement partagées et commentées. Sur leur site on peut retrouver certaines théories complotistes, la promotion de traitements dont l’efficacité n’a pas été prouvée ou encore de nombreuses fausses informations censées permettre aux internautes de se « réinformer ».

La différence est notable entre les discours publics et les idées partagées sur internet et les réseaux sociaux. Sur ces plateformes le groupe semble enclin à plus de radicalité.  Pour Stephanie Yates, professeure au Département de communication sociale et publique de l’Université du Québec à Montréal, le discours sur les espaces numériques est différent car il est notamment moins fondé scientifiquement et plus émotif en faisant plus appel à la peur. Pour elle, les discours dans les espaces numériques s’adressent à des personnes déjà sympathisantes et ne requièrent aucune édulcoration et les remises en question seront quasi-inexistantes.

L’ouverture de Reinfo Covid à une pluralité de discours est aussi un constat du journaliste français William Audureau qui montre que le fonctionnement du groupe permet à certaines personnes sans background médical d’exprimer et de promouvoir des « discours parfois assez exotiques ». Il a remarqué que la quasi-intégralité des publications tournent autour de la dangerosité supposée des vaccins et des masques, bien que le groupe se défende d’être antivaccins et anti-masques.   (Source : Radio Canada, 13.11.2021)

Lire sur le site de l’Unadfi, L’inquiétante évolution du collectif Réinfocovid : https://www.unadfi.org/actualites/groupes-et-mouvances/l-inquietante-evolution-du-collectif-reinfocovid/

 

 

One Nation poursuit sur sa lancée

Après l’échec de son installation dans le Lot, le mouvement One Nation envisage désormais de s’établir dans les Alpes de Haute-Provence. Une équipe de journalistes de l’Œil du 20h de France 2 a infiltré le mouvement lors d’un atelier de trois jours organisé près de Valence (26) par Alice Pazalmar, la fondatrice de One Nation.

Très présent sur les réseaux sociaux, le mouvement appelle à faire sécession avec l’État, à l’image des Citoyens souverains. Dans ses vidéos, Alice engage ses adeptes à brûler leur passeport, à retirer leur plaque d’immatriculation pour ne plus être repérables. État dans l’État, One Nation délivre désormais ses propres permis de conduire et ses propres cartes d’identité.

Pendant les trois jours d’atelier Alice Pazalmar distille de longs monologues antisystèmes aux 25 participants issus de tous les milieux sociaux. Ils sont venus de toute la France pour « participer à la libération de l’humanité », ou « pour passer à l’action ».

Si le projet d’installation dans le Lot a échoué, le groupe poursuit son idée d’établir des communautés physiques dans tout le pays. Baptisées One Lab par Alice Pazalmar, ces « oasis » où démarrer « un nouveau monde » ont pour vocation de vivre selon les idéaux des membres du groupe. L’idée d’Alice Pazalmar est de laisser à chacun l’initiative sur le terrain et ensuite de partager les idées qui ont fonctionné. Mais selon les journalistes infiltrés au séminaire, le but est aussi de constituer un maillage de communautés en sécession avec l’État dans toute la France, sortes d’États dans l’État. Si le nombre de présents à l’atelier était réduit, le réseau compterait environ 4 000 membres actifs qui communiquent en permanence sur une messagerie cryptée.

Ce sont ces mêmes membres qui avaient conseillé à la mère de Mia d’enlever sa fille et de contacter Rémy Daillet pour passer à l’action.

Pour Rudy Reichstadt, directeur de Conspiracy Watch, « on retrouve chez Alice Pazalmar un discours qui est celui du complotisme le plus radical. On voit là les germes de ce qui pourrait être une dérive sectaire. ». Antivax, cette dernière adhère aussi aux thèses de QAnon.

Selon l’Unadfi, l’idéologie new age, en engageant ses « adeptes à se couper de la société pour en créer une autre », est une porte vers le complotisme et l’une des principales sources d’inspiration des mouvements comme One Nation. Pascale Duval, porte-parole de l’association, estime qu’il y a « vraiment chez eux un besoin de fuir notre société pour recréer la leur ».

Selon Laurent Nuñez, coordinateur national du renseignement, le plus grand danger d’un mouvement comme One Nation c’est le séparatisme. Le raisonnement de ces gens « qui se mettent en marge des règles de la République et rejettent toute autorité étatique ou locale » lui rappelle celui de l’ultra droite qui amène ses membres « à se retirer, s’entraîner, s’organiser, avoir la capacité de se défendre et finalement d’occuper un territoire ».

En 2020, la Miviludes a reçu neuf signalements sur One Nation.  (Sources : France TV Info, 15.11.2021, La Voix du Nord & BFM TV, 19.11.2021)

Pour visionner l’émission : https://www.francetvinfo.fr/faits-divers/enlevements/enlevement-de-mia/one-nation-enquete-de-l-oeil-du-20h-au-coeur-d-un-mouvement-complotiste_4846133.html

Pour en savoir plus sur One nation, lire sur le site de l’Unadfi : La nation virtuelle ne verra pas le jour dans le monde réel : https://www.unadfi.org/actualites/groupes-et-mouvances/la-nation-virtuelle-ne-verra-pas-le-jour-dans-le-monde-reel/

Croyances spirituelles et complotisme d’extrême-droite

Avant la pandémie, Rein Lively, jeune américaine d’une trentaine d’années, s’intéressait au domaine du bien-être : médecine naturelle, alimentation biologique, yoga, guérison ayurvédique, méditation… Les confinements successifs l’ont menée à passer davantage de temps sur internet, et plus particulièrement sur des sites de bien-être. Elle est alors happée dans des contenus de plus en plus liés au mouvement anti-vaccin et aux thèses de QAnon. Lire la suite