Un ministre-pasteur contraint de quitter son poste

Milton Ribeiro, ministre de l’Education brésilien et pasteur évangélique, a été contraint à la démission à la suite d’une affaire de pots-de-vin visant à favoriser certains de ses amis pasteurs évangéliques.

Le scandale a éclaté à la suite de la diffusion par un média brésilien d’un message audio dans lequel on entend le ministre dire : « Ma priorité est d’aider les villes qui en ont le plus besoin et ensuite tous les amis du pasteur Gilmar. » Il ajoutait ensuite que cette volonté provenait du président Jair Bolsonaro en personne.  Cette affaire montre que même en l’absence de mandat politique officiel certains pasteurs utilisent leur position et leurs amitiés notamment pour l’obtention de financements publics.

Le congrès brésilien comptabiliserait 84 députés évangéliques. Selon le politologue Pablo Ramirez, ce cumul des fonctions est propre aux évangéliques et leur permet de défendre des idées conservatrices.

Alors que l’élection présidentielle va avoir lieu dans six mois au Brésil, cette affaire s’avère gênante pour Jair Bolsonaro qui semble en perte de vitesse parmi l’électorat évangélique. Mais le rapport ambigu entre le président et le lobby évangélique demeure.  

(Source : La Croix, 05.04.2022)

Interrogations sur la cession d’un terrain de la ville de Louviers aux Témoins de Jéhovah

Les élus de l’opposition de Louviers (27) se sont interrogés lors du conseil municipal du 28 mars 2022 sur la rétrocession d’un terrain communal aux Témoins de Jéhovah, alors que celui-ci avait été préempté par la ville.

Pour Nolwenn Léostic (EELV), conseillère municipale de l’opposition du groupe « Unis », le fait que les Témoins de Jéhovah s’étendent encore semble discutable alors que « cette association a déjà une emprise foncière extrêmement importante à Louviers. ». Philippe Brun (SE), un autre conseiller municipal, s’inquiète que Louviers ne devienne un « Jéhovah Land ».

Le groupe, dont le siège national est à Louviers, occupe déjà un vaste espace auquel les Témoins de Jéhovah voulaient adjoindre un terrain de 1200 m2 sur lequel ils projetaient de bâtir des logements pour leurs fidèles.

Mais la ville a fait jouer son droit et préemption et acquis le terrain par l’intermédiaire de l’Établissement public foncier de Normandie (EPFN).

Finalement 776m2 de terrain vont être rétrocédés aux Témoins de Jéhovah qui se sont engagés en contrepartie à détruire de vieux hangars et à dépolluer le site.

Si Philippe Brun n’a « aucune volonté de porter atteinte à la liberté de culte et d’association » il s’inquiète cependant car « les Témoins de Jéhovah sont surveillés par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) ». 

(Source : La Dépêche de Louviers, 22.04.2022)

Poursuite de l’enquête sur le réseau complotiste lié à Rémy Daillet

Mardi 22 mars, sept personnes ont été interpelées et placées en garde à vue, sur commission rogatoire des juges antiterroristes chargés du dossier sur Rémy Daillet, par des policiers de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Elles sont soupçonnées d’avoir participé à « l’opération Azur » un projet de coup d’Etat fantasmé par Rémy Daillet.

Parmi les protagonistes interpelés figurent un ancien policier, un ancien militaire, d’anciens Gilets jaunes et une avocate en exercice. Ils ont été entendus pour des chefs « d’association de malfaiteurs terroriste criminelle » et « provocation à la commission d’acte de terrorisme ».

Rémy Daillet est soupçonné d’avoir monté, depuis la Malaisie, une organisation paramilitaire structurée en cellules régionales disséminées sur l’ensemble du territoire français, dont l’objectif était de renverser les institutions et redonner le pouvoir au peuple. Depuis, il a été extradé vers la France.

Les enquêteurs cherchent à déterminer si le rôle des personnes placées en garde à vue se limitait à des échanges sur les messageries chiffrées du groupe ou si elles ont pleinement pris part au projet d’action violente.

Parmi les activistes entendus, figure une psychologue et naturopathe âgée de 62 ans. Courant janvier 2021, elle avait proposé sa candidature à Christophe M. Cet ancien lieutenant-colonel de l’armée de terre décoré de la Légion d’honneur était devenu « l’officier recruteur » de l’organisation. Dans un mail capté par la DGSI, elle se dit « prête à toute action » et promet d’organiser un entraînement pour « ses troupes ».

La DGSI a aussi interrogé Sylvain B, un ancien Gilet jaune qui envisageait d’organiser « un truc un peu musclé où on aurait eu un peu plus de temps d’antenne, à BFMTV ou ailleurs ».

Une avocate inscrite au barreau de Paris a également été placée en garde à vue et ses locaux professionnels ont été perquisitionnés. Surnommée Vidular, elle était chargée au sein du groupe des aspects juridiques. Devenue au fil des mois une figure du complotisme français, elle accusait dans une vidéo le gouvernement de « terrorisme d’État, génocide et escroquerie en bande organisée ». Dans cette même vidéo elle incitait les forces de l’ordre et les militaires « à sortir de leur devoir de réserve ». Au début de l’année 2022, elle s’est illustrée par sa participation au collectif « Comité Corona » en Allemagne. Cette initiative, lancée par l’avocat Reiner Fuellmich, vise à traduire devant un tribunal populaire « ceux qui tirent les ficelles ». L’avocate défend l’idée selon laquelle la pandémie est une machination destinée à « inoculer une substance expérimentale nocive ». L’avocate a également porté plainte contre des parlementaires français ayant voté en faveur de la loi du 5 août 2021 sur la gestion de la crise sanitaire, pour le compte de plusieurs associations, en particulier BonSens.org, dont les fondateurs sont Xavier Azalbert, directeur de la publication de FranceSoir et le complotiste ufologue Silvano Trotta1. A peine relâchée de sa garde à vue, début avril, l’avocate a déposé plainte contre La République en Marche pour le compte de BonSens et l’Association Internationale pour une Médecine Scientifique Indépendante et Bienveillante. Les plaignants accusent LREM de « dérives sectaires », « d’abus frauduleux de l’état d’ignorance et de la situation de faiblesse », ainsi que de « complicité d’empoisonnement et de génocide » pour sa gestion de la crise sanitaire. 

(Sources : Le Parisien & Marianne, 23.03.2022)

Lire sur le site de l’Unadfi  :

Garde à vue pour Rémy Daillet : https://www.unadfi.org/actualites/domaines-dinfiltration/internet-et-theories-du-complot/garde-a-vue-pour-remy-daillet/

Démantèlement d’un réseau complotiste qui préparait des actions violentes, https://www.unadfi.org/actualites/domaines-dinfiltration/internet-et-theories-du-complot/demantelement-dun-reseau-complotiste-qui-preparait-des-actions-violentes

1. Pour en savoir plus sur Silvano Trotta, lire sur le site de l’Unadfi : Silvano Trotta : d’ufologue à pseudo épidémiologiste, https://www.unadfi.org/actualites/domaines-dinfiltration/internet-et-theories-du-complot/silvano-trotta-d-ufologue-a-pseudo-epidemiologiste/

Quel bilan un an après l’assaut du capitole ?

 Début janvier 2021, l’attaque du Capitole a permis au monde de découvrir le groupe QAnon. Aujourd’hui, même s’il est divisé, le groupe continue de créer et d’alimenter les discours conspirationnistes.

Le fait que Donald Trump n’ait pas été réélu à la présidence des Etats-Unis ainsi que la non-réalisation d’autres prophéties ont entrainé de nombreux complotistes adhérant aux idées de QAnon vers la repentance. D’autres au contraire ont renforcé leurs croyances. Le groupe a aussi connu des tensions en interne et de nouvelles personnalités ont émergé alors que le célèbre « Q » n’a pas diffusé de message depuis longtemps. Certains nouveaux adeptes rassemblent autour d’eux d’importantes communautés et appellent à des actions violentes. C’est le cas de Romana Didulo qui avait appelé ses 70 000 abonnées à attaquer des centres de vaccination. Pour Tristan Mendès-France, maître de conférences associé à l’Université de Paris et spécialiste des cultures extrêmes, la division de QAnon entraîne le risque de voir des petites communautés se former avec des membres très radicaux.

Il est difficile d’estimer le nombre d’adhérents à QAnon, le groupe n’étant pas structuré et s’organisant principalement en ligne. Certains individus ne revendiquent pas une appartenance au groupe mais restent perméables aux idées conspirationnistes qu’il défend. Comme l’explique Tristan Mendès-France, on peut aussi retrouver certains marqueurs de QAnon dans un groupe sans que celui-ci soit étiqueté QAnon. Le groupe se trouve maintenant sur des réseaux sociaux moins connus comme Odysee, VK ou Telegram. Les idées conspirationnistes continuent à circuler comme le fait que Joe Biden serait en prison à la Maison Blanche et aurait été remplacé par un acteur. Le pouvoir serait alors secrètement détenu par Donald Trump et l’armée. Autre idée, celle que certains dirigeants de pays, comme Emmanuel Macron, ont été exécutés en 2018 et remplacés par des sosies.

Un an après l’assaut du Capitole les spécialistes constatent que les théories de QAnon ont aussi infusé la société américaine. Durant le courant de l’année 2021, un sondage montrait que 15% des Américains croient en l’existence d’une élite pédosatanique dirigeant secrètement le monde. Cette théorie est l’une des rengaines défendues par QAnon.

En France, le groupe n’a pas non plus une réelle existence mais certaines personnes défendant les idées complotistes ont largement relayé les discours de QAnon, comme Jean-Bernard Fourtillan fervent antivaccin qui affirmait en décembre 2021 que Donald Trump était secrètement au pouvoir.  QAnon est aussi implanté dans d’autres groupes anti-vaccins et opposants aux mesures sanitaires comme ReinfoCovid. Certains groupes comme les DéQodeurs se sont eux désolidarisés de certaines théories du groupe mais en conservent certaines idées comme le trucage de l’élection de Joe Biden ou la nocivité des vaccins contre le Covid-19 qui tueraient plus qu’ils ne protègent.  

(Sources : Le Monde, 07.01.2022 & La Croix, 11.01.2022)

Théories conspirationnistes et politique 

Le magazine Slate s’est intéressé au rôle politique des influenceurs complotistes et des plateformes alternatives sur lesquelles ils propagent de multiples théories conspirationnistes sans aucun contrôle

Sur ces comptes, ils dénoncent la censure dans un premier temps. Ils s’insurgent ensuite contre la politique sanitaire mise en place dans le cadre de la lutte contre le Covid 19 qui, selon eux, vient simplement servir « une dictature mondiale numérique où l’intelligence artificielle dominerait l’humain ».

Il faut rappeler que ces dernières années beaucoup de comptes conspirationnistes ont été bannis des réseaux sociaux traditionnels comme Facebook ou Instagram. Des adeptes de ces complosphères ont alors rejoint d’autres plateformes alternatives, comme Telegram. Ainsi, en toute impunité, des informations au caractère parfois antisémite prospèrent, comme sur le fil Telegram « Le Grand Réveil », qui compte plus de 100 000 abonnés aujourd’hui. Un vidéaste conspirationniste comme Silvano Trotta a réuni 130 000 personnes autour de lui grâce à ce même réseau social. Il y relaie des thèses douteuses sur le Covid-19 mais aussi sur le « deep state » (« l’Etat profond »), expression tirée d’une théorie complotiste selon laquelle une élite mondiale gouvernerait le monde secrètement. Selon le politologue Julien Giry, deux types de publics sont enclins à rejoindre ces groupes : ceux dont le lien avec les théories conspirationnistes préexistait à la pandémie et ceux pour qui celle-ci a constitué une « porte d’entrée » vers ces idées. Reste à savoir si la double défiance pour les informations issues des médias traditionnels et pour le pouvoir politique se traduira de la même manière qu’aux Etats-Unis lors de l’élection présidentielle en avril 2022. Le directeur du site Conspiracy Watch formule cette inquiétude : « Ma grande question serait de savoir si l’on va voir en France une réédition de ce qu’il s’est passé lors de l’élection de Joe Biden, c’est-à-dire une fraction de l’opinion publique persuadée que l’élection a été volée, qu’il y a eu des fraudes. En clair, une remise en question de la légitimité du vainqueur ». (Source : Slate, 07.01.2022)

Le journaliste Thomas Huchon invité par l’Adfi Aube et l’Upop

Invité à l’initiative de l’Adfi Aube et de l’Université Populaire de l’Aube fin novembre, le journaliste Thomas Huchon est intervenu sur le complotisme lors d’une conférence donnée à la Maison du patrimoine de St Julien les Villas.

Thomas Huchon a expliqué les mécanismes du complotisme et le rôle des réseaux sociaux dans la propagation des théories conspirationnistes.

Interrogé sur les prochaines élections présidentielles, il a pointé trois risques majeurs induis par le complotisme : l’apparition d’un nouveau candidat 100% complotiste, l’utilisation d’arguments complotistes par des candidats et « l’émergence en permanence de fausses informations qui vont créer un débat dans lequel on ne peut pas discuter. »

Une vingtaine d’antivax s’étaient réunis à l’extérieur du bâtiment pour manifester leur opposition à la vaccination. Certains d’entre eux sont entrés pour tenter de monopoliser la parole au moment des questions, dont une représentante de Réinfo Covid, se présentant comme juriste bac +9, et un pharmacien. 

(Source : L’Est Eclair, 05.12.2021)

Démantèlement d’un réseau complotiste qui préparait des actions violentes

Le complotiste Rémy Daillet, qui avait fait parler de lui lors de l’enlèvement de la petite Mia, a été mis en examen le 22 octobre 2021 pour avoir fomenté un coup d’État et des actes de terrorisme antimaçonniques et antisémites. Au moins quatorze autres personnes, proches de l’extrême droite, ont été mises en examen pour avoir participé au projet.

Un réseau de « cellules clandestines hiérarchisées sur le territoire national » a été démantelé par la DGSI et le Parquet national antiterroriste.

Tout est parti d’une vidéo diffusée en octobre 2020 dans laquelle Rémy Daillet appelait au renversement d’Emmanuel Macron. Il y invitait ses spectateurs à se joindre à lui via une adresse mail figurant sur son site. Contre toute attente cela a fonctionné et il a ainsi recruté un ancien militaire, un agent de sécurité, un animateur, et d’autres … qui se sont organisés en diverses branches : armée, civile. L’agent de sécurité, dans l’appartement duquel ont été retrouvées des armes, avait même conçu le « plan d’assaut du jour J ».

Tout s’est déroulé sur internet, le recrutement, l’organisation du réseau, ainsi que les entretiens avec Rémy Daillet, alors exilé en Malaisie -il a été extradé depuis. Évitant les réseaux sociaux comme Facebook, les membres échangeaient via Proton mail, une messagerie sécurisée, et utilisaient un VPN pour dissimuler l’origine géographique de leur connexion. Lors de ces conversations privées, les protagonistes discutaient tout autant des cocktails Molotov et grenades à fragmentations que des cibles à attaquer, parmi lesquelles figuraient Jacques Attali, Olivier Véran, Emmanuel Macron, mais aussi des antennes 5G ou des centres de vaccination. Lors de ces rencontres virtuelles, les troupes étaient galvanisées par les discours guerriers de Daillet et des autres chefs. Le jour du putsch, Daillet prévoyait d’entrer de force à l’Élysée et d’ouvrir le feu si les forces de l’ordre leur tiraient dessus.

Si Rémy Daillet affirmait être fort d’une troupe de 10 000 à 20 000 hommes et femmes, l’un des protagonistes mis en examen révèle qu’ils n’étaient que 300.

Parmi ces 300, quatorze meneurs ont été mis en examen. Ils ont en commun leur haine des juifs et de l’autre en général. Leur univers tourne autour de la fachosphère d’extrême droite qui s’affiche sur internet. Leurs références vont du survivaliste Piero San Gorgio aux antisémites Hervé Ryssen ou Vincent Renouard. Alain Soral avec Egalité et réconciliation, TV Liberté, Riposte laïque comptent parmi leurs médias préférés.

Si la majorité du projet s’est déroulé sur internet, l’un des leaders a aussi recruté deux membres, dans un café et lors d’une manifestation anti-pass sanitaire organisée par Florian Philippot. L’un d’eux, professeur de physique-chimie, deviendra l’artificier du groupe.

L’influence de Daillet a dépassé les frontières, puisqu’il a réussi à rallier à sa cause un autre Youtubeur résidant aux Etats-Unis. Ce dernier avait envoyé des pièces pour remilitariser une mitrailleuse de la seconde guerre mondiale. Des armes ont été découvertes chez plusieurs des protagonistes lors des perquisitions de la police.  (Source : Libération, 22.11.2021)

Analyse du complotisme

Dans une interview accordée à CNEWS, Pascal Wagner-Egger, chercheur en psychologie sociale à l’Université de Fribourg, revient sur le discours complotiste et partage son analyse scientifique de la question. Il est l’auteur de Psychologie des croyances aux théories du complot – Le bruit de la conspiration, paru en avril 2021. Lire la suite