Un couple originaire de l’Allier mis en examen pour abus de faiblesse

Un homme de 49 ans et son épouse ont été mis en examen par le juge d’instruction de Cusset pour « abus de faiblesse sur personnes en état de sujétion psychologique » et « provocation à la consommation et au trafic de stupéfiants ». L’homme a immédiatement été placé en détention et sa femme a été placée sous contrôle judiciaire.

David N., connu sur internet sous les pseudonymes de « Sir Shumule » ou « David Van Horn », est soupçonné d’être à la tête d’une « microsecte » comptant une douzaine de membres qui lui auraient permis d’avoir un train de vie confortable.

L’affaire est partie d’une plainte déposée en 2018 par un ancien membre originaire de la région parisienne. Dépressif, le jeune homme a découvert David N. en lisant sur internet ses réflexions sur l’actualité. Attiré par son ton ironique et décomplexé il s’est laissé convaincre par son discours spirituel.

Son enseignement puise dans le paganisme, l’occultisme, la mythologie scandinave, et fait référence au wotanisme « une idéologie néopaïenne xénophobe ».

Une fois dans le groupe, le jeune homme a découvert l’envers du décor. David N. et sa famille se présentent comme touchés par les dieux, les fidèles doivent participer aux rituels, se soumettre à la hiérarchie, obéir aux ordres de leur guide spirituel.

Selon le plaignant, dans le groupe régnaient la violence, les manipulations, les pressions. Il a dilapidé les dizaines de milliers d’euros de son héritage pour louer le château de la Touche (86) où le gourou présumé et sa famille s’étaient installés.  C’est là que David N. aurait incité ses adeptes à lui offrir de fastueux repas et les auraient poussés à consommer de l’alcool et de la drogue et avoir des relations sexuelles sous prétexte d’initiation.

Totalement ruiné après un an passé à dépenser sans compter, le plaignant aurait été violemment battu par David N. et sa femme qui lui reprochaient de ne plus pouvoir vivre dans le château. Libéré de l’emprise du couple après cette scène de violence, il a déposé une plainte qui a permis l’ouverture d’une enquête préliminaire confiée à la Caimades, la cellule d’assistance et d’intervention en matière de dérives sectaires au sein de l’office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP).

Trois nouveaux plaignants se sont manifestés, tous âgés entre 20 et 30 ans et en proie à des fragilités psychologiques, et dénonçant des faits similaires. Certains sont ruinés, ont abandonné leurs projets professionnels, ont rompu avec leur entourage. Ils ont vécu, pour certains, les règles imposées par David N. jusque dans leur intimité. Son interdiction d’accoucher à l’hôpital a failli coûter la vie à une adepte.

Les témoignages ont aussi révélé que derrière le paganisme se dissimulaient des idées rétrogrades mais également un discours antisémite et prônant la supériorité de la race blanche.

David N. a nié les allégations portées contre lui. Quant à sa femme et ses enfants, ils se disent sous l’emprise et « l’influence néfaste de leur père ».  

(Source : Le Parisien, 08.04.2022)

Des dérives sectaires au sein d’une école juive orthodoxe

Une quinzaine de responsables d’une école juive orthodoxe, la yeshiva Beth Yossef basée à Bussières (Seine-et-Marne), ont été placés en garde à vue la suite d’une intervention de la police le 31 janvier dernier. Ils sont soupçonnés de maltraitances physiques et psychologiques. À la suite de ces interpellations, sept dirigeants ont été mis en examen pour « violences aggravées ».

En juillet 2021, un jeune américain a pris la fuite de cette école hors-contrat pour se rendre à l’ambassade des Etats-Unis et y demander de l’aide. Il témoigne alors des maltraitances subies et de l’insalubrité des lieux. Il raconte avoir subi des violences de la part des responsables de l’école, avoir reçu de la nourriture périmée ou même avoir été privée de repas. En parallèle, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) avait émis durant l’été 2021 un signalement sur l’école suspectant des dérives sectaires et un endoctrinement. Les autorités se penchent alors sur le témoignage du jeune homme et retrouvent d’anciens élèves qui racontent tous de mauvais traitements subis. Ils témoignent avoir vécu en vase clos avec interdiction de sortir de l’école, confiscation de leur passeport et privation de soins. La yeshiva Beth Yossef est réputée pour avoir des méthodes strictes et accueillait une soixante d’élèves décrits comme difficiles.

Lors de leur intervention, fin janvier 2022, les gendarmes et les services de la préfecture de Seine-et-Marne ont fait des observations similaires aux témoignages.  Dans un communiqué de presse diffusé à la suite des interpellations, la procureure déclare que « cet établissement accueillerait de manière non déclarée de nombreux mineurs de nationalité américaine et israélienne ne parlant pas le français, dans des conditions abusives : enfermement, confiscation des documents d’identité, conditions de vie dégradées, actes de maltraitances, absence d’accès à l’éducation et aux soins, et sans possibilité de revenir dans leurs familles ». Lors de leurs auditions, les élèves ont pu décrire les différents sévices physiques dont ils ont été victimes. Ils étaient isolés du monde extérieur avec un unique coup de téléphone possible à leur famille. Pour la plupart, les élèves étaient d’origine israélienne mais aussi américaine, belge, roumaine ou irlandaise. Ils vivaient tous au sein du domaine dans des conditions de logements insalubres. Les services de l’aide sociale à l’enfance (ASE) ont décidé de placer les 40 mineurs de l’école en foyer le temps des investigations.

Durant le mois de février 2022, sept personnes ont été mises en examen à la suite des interpellations, notamment un rabbin qui officiait dans la yeshiva mais aussi le directeur de l’établissement et plusieurs membres de l’équipe éducative.  

(Sources : Le Parisien, 31.01.2022 & Huffington Post, 31.01.2022 & Le Point, 31.01.2022 & La Croix, 01.02.2022 & 20 Minutes, 06.02.2022)

Le Loup Blanc en prison

Durant le mois de décembre 2021, Cyrille Adam, connu sous son appellation de chaman « Loup Blanc » a été mis en examen à la suite de plaintes d’au moins 6 adeptes pour viols, agressions sexuelles et abus de faiblesse par sujétion. A la fin du mois de janvier 2022, l’Office central de répression des violences à la personne (OCRVP) a lancé un appel pour recenser de nouvelles victimes.

Ces poursuites judiciaires ont pu avoir lieu à la suite de signalements effectués par d’anciens adeptes à la Miviludes (la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires). Le Parisien a pu se procurer le témoignage d’un de ces adeptes qui a passé plus de 26 ans sous l’emprise de Loup Blanc. Attiré de tout temps par le mysticisme, Cyrille Adam avait en 1996 pris le nom de Loup Blanc après une révélation et se dit inspiré par le chef indien Sitting Bull. Il prétend aussi puiser dans l’hindouisme, les cultures japonaises et chinoises et l’harmonie-thérapie.

Le témoin raconte au Parisien qu’alors âgé de 21 ans il lit un premier ouvrage de Cyrille Adam puis suit un stage auprès du chaman. C’est le début de l’emprise. Il est séduit par les paroles du gourou. Il intègre le groupe avec sa femme et sa sœur. Avec sa femme, ils n’auront pas d’enfants car le gourou leur a dit que ce n’était pas le moment et qu’il avait horreur de la procréation.  Ce témoignage permet de montrer la volonté du gourou de couper ses adeptes de la société. Il les appelle à « mener une rupture avec la légalité » et à « transgresser les règles pour se sentir libre ». Ces paroles permettent de comprendre comment les adeptes ont pu sous emprise effectuer une rupture avec la société et le monde qui les entoure, présentés sans cesse comme dangereux. Au sein du groupe, une véritable hiérarchie est mise en place selon les volontés du gourou. Il désigne de façon arbitraire ses plus proches collaborateurs (qu’il nomme Ambassadeurs) chargés des initiations. Puis il y a les « MacGregor ». Ce sont des personnes proches du gourou car elles représentent pour lui un intérêt soit parce qu’elles disposent de fortes capacités financières ou sont de jolies femmes.

Le témoignage montre aussi que suivre les préceptes du chaman coute cher. Le témoin avoue avoir emprunté de l’argent notamment pour effectuer des stages au Pérou. Il a aussi refondé le site internet de Loup Blanc sans être payé pour ses nombreuses heures de travail. Un week-end d’initiation coûte entre 180 et 240 euros, indique une victime dans sa déposition. Le stage d’été coûte environ 1 000 ou 1 200 euros. Quand le gourou est présent, le nombre de disciples peut avoisiner les 150 personnes, soit une recette d’à peu près 45 000 euros. Des sommes à régler de préférence en liquide. Ces revenus des stages et la générosité des adeptes ont permis au chaman d’avoir un train de vie luxueux. Au-dela de ces dépenses, les adeptes mettaient aussi des propriétés à disposition du gourou dans différentes régions. Sur le plan financier, les autorités ont découvert de nombreuses sommes d’argent en liquide et de l’or. Une enquête préliminaire visant d’éventuels délits financiers est actuellement diligentée par le parquet de Nîmes.

Au-delà de l’aspect financier de l’affaire, le gourou est suspecté d’avoir abusé sexuellement de plusieurs de ses adeptes sous couvert d’emprise. Maitre Jean-Baptiste Cesbron, avocat des victimes, note que les agressions sexuelles se sont déroulées sous le prétexte du tantrisme. Il poursuit en admettant « même s’il n’y avait de pas de violences physiques, elles n’avaient pas la capacité de refuser en raison de la contrainte morale, spirituelle, intellectuelle que Loup blanc faisait peser sur elles. ». Une des victimes rapporte que le gourou affirmait que leurs relations sexuelles allaient régler ses problèmes et l’aideraient à s’épanouir. Sous couvert d’emprise, il a recommencé deux fois. Aujourd’hui la victime parvient à définir ces abus comme un viol. Avec son mari, ils décident de quitter le groupe et elle a choisi de dénoncer les faits subis malgré les menaces reçues suite à leur départ. Elle a pu se mettre en relation avec d’autres ex-adeptes qui avaient vécu des choses similaires.  Plusieurs anciens fidèles ont donc déposé plainte contre le gourou pour viols, agressions sexuelles et abus de faiblesse. Ils avaient effectué auparavant un signalement à la Miviludes. Pour Maitre Cesbron, l’instruction pourrait durer plusieurs années. Les autorités sont encore à la recherche d’éventuelles victimes.

De son côté le gourou nie les accusations et parle de « relations consenties ». Le site du gourou est toujours actif et il semble encore avoir de sérieux soutien parmi ses fidèles malgré les accusations récentes. Les adeptes considèrent ces accusations comme fausses et diffamatoires. Ils prétendent ne plus vouloir accepter de nouveaux participants et ne diffusent plus les dates et lieux de leurs enseignements. Le gourou compterait entre 200 et 300 adeptes partout en France. 

(Sources : Le Parisien, 04.02.2022 & France 3 Occitanie, 13.02.2022 & La Dépêche, 13.02.2022 & Ouest France, 14.02.2021)

Peine prononcée pour la gourelle et son bras-droit

Le tribunal correctionnel de Dijon a condamné Eliane Deschamps, gourelle d’Amour et miséricorde, à deux ans de prison avec sursis pour abus de faiblesse. Coprévenu et bras-droit de la gourelle, Daniel Delestrac écope d’une peine similaire.

Les peines prononcées sont supérieures aux réquisitions de l’accusation qui avait demandé un an de prison avec sursis. La cour a estimé que les adeptes avaient été enfermés dans une « prison spirituelle » au nom de la Vierge Marie. En effet, la gourelle prétendait avoir des apparitions de la Vierge Marie tous les 15 du mois et utilisait cela à des fins d’emprise.

Pour Loïc Duchanoy, l’un des avocats des parties civiles la décision du tribunal constitue un message fort et montre que l’emprise est reconnue. Cependant il regrette que seuls les anciens membres soient reconnus comme victimes et non les membres actuels.  En effet, pour rendre son jugement, la cour n’a considéré que les plaintes des anciens adeptes.

En outre, les condamnées devront verser de 2 000 euros à 20 000 euros de dédommagement à sept parties civiles. Cette décision juridique devrait mettre fin à 20 ans de procédures judiciaires. 

(Sources : Le Figaro, 31.01.2022 & 20 minutes, 01.02.2022)

Lire l’ensemble des articles sur Amour et Miséricorde sur le site de l’Unadfi : https://www.unadfi.org/mot-clef/amour-et-misericorde/

Perquisition chez Thierry Casasnovas

Le domicile de Thierry Casasnovas, gourou naturopathe, a été perquisitionné par les gendarmes dans le courant du mois de février 2022. Cette perquisition a eu lieu dans le cadre d’une information judiciaire ouverte courant 2020 par le procureur de Perpignan pour les chefs d’accusation : exercice illégal de la profession de médecin, abus de faiblesse et pratiques commerciales trompeuses. Le chef d’»infractions économiques et financières» a également été ajouté récemment.

Thierry Casasnovas est connu pour des conseils de santé dangereux. Opposé aux médicaments et à la médecine il avait aussi diffusé un discours ouvertement antivaccin pendant la pandémie. Auparavant il était célèbre pour ses vidéos sur YouTube notamment sur le jeûne et le crudivorisme auxquels ils accordent de prétendues vertus médicales. Il avait arrêté sa chaîne en juin 2021. Cependant dans une vidéo diffusée dans le courant du mois de février il a annoncé qu’il allait revenir.

La perquisition -durant laquelle était présent Thierry Casasnovas- avait pour but de récolter des documents liés à ses pratiques et à ses finances. Depuis de nombreuses années, Thierry Casasnovas a fait l’objet de nombreuses saisines auprès de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires). 

(Sources : Le Parisien, 16.02.2022 & Elle, 17.02.2022 & Made In Perpignan, 17.02.2022 & Ouest France 17.02.2022)

Lire l’ensemble des articles sur Régénère sur le site de l’Unadfi : https://www.unadfi.org/mot-clef/regenere/

Chef indien, chaman et violeur

Début décembre 2021, un chaman surnommé « Loup Blanc » a été mis en examen et placé en détention provisoire à Nîmes pour des faits de viols, agressions sexuelles et abus de faiblesse. Cela fait suite à un signalement auprès de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) de la part d’anciennes adeptes.

Aujourd’hui septuagénaire celui qui se fait appeler « Loup Blanc » exerce depuis de nombreuses années en tant que chaman. Il aurait pris conscience de son pouvoir mystique à l’âge de 7 ans et il y a une trentaine d’années Sitting Bull lui serait apparu et lui aurait affirmé qu’il « fut un grand chef indien ». Entouré d’environ 200 fidèles, il vend de nombreux produits (cd, livres) et organise des initiations qui permettent selon lui d’ « évoluer vers un autre plan de conscience ». Ces stages qui durent deux jours coûtent entre 200 et 350 euros plus 150€ pour l’hébergement. C’est lors de ces séances que le gourou aurait commis des abus sexuels sur certaines fidèles.

Outre les faits de viols et d’agressions sexuelles, le chaman aurait profité de ses fidèles et de leur argent pour financer un train de vie luxueux. Il roulait dans une voiture luxueuse et vivait dans un château alors qu’il préconisait par ailleurs un mode de vie frugal et un retour à la nature.  La plupart des biens ne sont pas à son nom mais à celui de fidèles qui achètent les biens mis à la disposition exclusive du chaman. Différentes propriétés habitées par le gourou ont été perquisitionnées pour l’enquête. Les autorités ont découvert d’importantes sommes d’argent liquide et de l’or.

C’est à la fin de l’année 2020 que deux femmes ont dénoncé à la Miviludes les abus sexuels commis par le gourou à leur encontre ainsi que l’emprise exercée par « Loup Blanc ». Les abus auraient été commis sous l’emprise de l’ayahuasca, une plante aux vertus psychédéliques. A la suite de cette dénonciation, plusieurs autres victimes se seraient manifestées.

Dans l’attente de son procès, le chaman a été placé en détention provisoire.  

(Sources : Le Parisien, 09.12.2021 & Midi Libre, 09.12.2021 & France Bleu, 10.12.2021)

La mouvance évangélique dans l’hexagone

Selon des données communiquées en exclusivité à l’Express, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) a reçu plus de 190 saisines concernant la mouvance évangélique en 2021. Deux points semblent inquiéter plus spécifiquement : les abus financiers et les promesses de guérison miraculeuse.

Ces chiffres fournis par la Miviludes ne sont pourtant pas nouveaux. En 2020, la mission avait reçu environ 200 signalements et quatre affaires avaient été judiciarisées. De nombreuses églises ont été signalées à la Miviludes lors des dix dernières années. Si parfois elles sont le fait de pasteurs isolés, souvent autoproclamés, les dérives sectaires proviennent aussi de plus grosses structures établies comme l’Eglise Universelle du Royaume de Dieu (EURD, aussi connue sous le nom de Centre d’Accueil Universel). Ce mouvement d’origine brésilienne est connu pour effectuer un prosélytisme offensif mais aussi pour ses positions controversées sur différents sujets de société. Les exigences financières constituent un point d’inquiétude pour la Miviludes : les adeptes sont fortement incités à faire des dons, achats, dîmes ou offrandes en tout genre. Les pasteurs usent de leur charisme ou utilisent des causes nobles pour pousser les adeptes à donner. L’argent va bien souvent servir à financer le train de vie du pasteur.

Les mouvements évangéliques organisent aussi souvent des séances de « guérisons » miraculeuses basées sur la foi et la prière en totale opposition avec la médecine. Ce qui constitue un risque pour les personnes malades choisissant d’abandonner leur parcours de soins. La pandémie a entrainé une hausse de ces offres de guérison.

Face à la pandémie, certains pasteurs et certains mouvements perçoivent la vaccination comme la « marque de la bête » qui entraînerait pour le vacciné une perte d’autonomie au profit de Satan. Ces messages montrent qu’au sein de la population évangélique prospèrent des discours anti-vaccination et méfiants vis-à-vis de la science. Cela peut s’expliquer par le fait que de longue date certains évangéliques sont suspicieux vis-à-vis des gouvernements perçus comme un pouvoir antichrétien.  Au niveau de la santé, certains groupes évangéliques proposent aussi des jeûnes assortis de prières en traitement de certaines pathologies cardiaques ou d’addictions. Encore une fois cela entraîne un risque d’abandon de soins pour les malades. Certaines églises vont jusqu’à défendre l’idée qu’il faut laisser le corps agir par lui-même et laisser faire la foi face à certaines maladies et notamment face au Covid. 

(Sources : L’Express, 22.12.2020 & 26.12.2021)

« Amour et Miséricorde » : la parole des témoins

Le groupe de prière fondé par la « voyante », Eliane Deschamps, jugée pour abus de faiblesse, est décrit dès 2002 par plusieurs témoins et proches de ses adeptes comme un collectif qui joue sur la manipulation mentale de ses fidèles.

Une des parties civiles au procès, Marie-France, explique avoir dès cette époque perdue tout contact avec son fils. Il lui avait annoncé qu’il avait « envie de changer d’air […] pour se rapprocher du groupe Amour et Miséricorde ». « Il est devenu très distant, le dialogue était impossible ». à
45 ans, il est resté membre et adepte de la communauté et a coupé les relations avec sa mère.

Magalie Breux, une des filles de la « voyante », a quitté le groupe au bout de dix ans. Elle raconte les visions de sa mère, ses « apparitions » de la vierge, les pèlerinages et les défilés des fidèles dans la maison familiale. Elle décrit les brimades, les humiliations et l’emprise que sa mère a exercée sur elle. « On n’avait pas de vie sociale en dehors de la communauté ». Ce qu’elle décrit semble être un processus avéré d’emprise, de rupture, mais aussi de pression financière. « Jésus prend possession de son corps et lui dit que les adeptes doivent se détacher de leurs biens les plus chers ». Les adeptes devaient en effet donner leurs bijoux ou des tableaux et versaient une pension de 300 à 350 euros par mois, parfois même déposaient régulièrement des sommes allant jusqu’à 5 000 euros.

« J’ai eu une vie d’esclave pendant dix ans : je faisais le ménage tous les jours à fond, je faisais la cuisine, j’obéissais, j’étais en soumission totale, sous emprise », témoigne à la barre Brigitte Delecourt, autre adepte pendant dix ans.

A l’inverse de ces témoignages, certains membres actuels de la secte sont venus au procès pour tenter de convaincre de leur « liberté », assurant qu’ils ne se considéraient ni sous emprise ni sous influence.

Un des avocats des parties civiles fustigent ces témoignages « positifs », qui relèvent selon lui d’une « entreprise cosmétique » visant à masquer l’emprise.

« Eliane dirigeait tout », dit Gwenola Boucher-Doigneau, ex-adepte, qui a quitté la secte à 25 ans. « Je la divinisais, j’aurais tout fait pour elle. Je me serais jetée d’une falaise si elle me l’avait demandé ». Elle raconte que la gourelle lui avait, entre autres, interdit de demander une péridurale lors d’un accouchement. Elle l’avait également forcée à rédiger une lettre à son père pour lui faire savoir « qu’il n’était plus son père ».

La sœur de Gwenola, Isabelle, et sa mère Brigitte avaient rejoint le groupe. « On était tous collés à Eliane comme la bernique à son rocher », dit cette dernière. Pierre, son mari et père de Gwenola, qui a tout fait pour faire sortir sa famille du groupe, analyse comment l’emprise a pu s’opérer. « Tout s’est fait progressivement, par la séduction ».

« C’est une véritable fabrique de l’état de faiblesse », explique une psychologue spécialiste du fait sectaire citée à la barre lors du procès. « L’individu passe de sujet à objet à travers la coupure avec son réseau d’appartenance ».   (Sources : Le Figaro, 23.11.2021 & France Bleu Bourgogne, 22.11.2021 & Le Parisien, 22.11.2021 & elle.fr, 23.11.2021 & TV5Monde, 22.11.2021)

Procès de la fondatrice du groupe de prière « Amour et Miséricorde »

Une femme gourou, Eliane Deschamps, 67 ans, fondatrice en 1999 de la secte présumée « Amour et Miséricorde», est jugée pour abus de faiblesse au tribunal judiciaire de Dijon. Elle prétend avoir vu et entendu la vierge et incarner un renouveau charismatique, enrôlant sous sa coupe des adeptes dans toute la France.

Elle se faisait appeler « la servante » ou « la voyante ». Après vingt ans de procédure, elle est jugée pour abus de faiblesse avec un autre membre de sa communauté, Daniel Delestrac, 75 ans, son « bras droit », ancien membre de l’Eglise de Scientologie. Ils sont accusés d’emprise et de comportements constitutifs de dérives sectaires.

Cette longue saga judiciaire témoigne des difficultés à caractériser ce type d’infraction. Marie Drilhon, vice-présidente de l’UNADFI, explique que « ce sont des dossiers compliqués à judiciariser parce qu’établir la preuve de l’emprise mentale sur des personnes majeures reste complexe.  Ce sont des groupes fermés, il n’y a pas de témoin direct, pas de traces pouvant caractériser l’abus de faiblesse ».

Dans ce procès, une douzaine de personnes, des anciens membres ou leurs proches, se portent partie civile.

Dès 2002, l’archevêque de Dijon avait interdit à la prévenue de faire du prosélytisme autour de ses supposées « apparitions ». En 2008, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) avait alerté sur « une structure non reconnue par l’Eglise et un groupe soumis à l’autorité de sa  » voyante  » qui tend à se refermer sur lui-même. » Des premières plaintes sont alors déposées mais aboutissent à un non-lieu. Après de nombreuses nouvelles plaintes, une information judiciaire est de nouveau ouverte en 2014. Interpellée sur les rebondissements de cette affaire, la Miviludes reconnait des comportements constitutifs de dérives sectaires.

Les trois axes judiciaires du procès concernent l’abus de faiblesse, l’abus de confiance et l’extorsion de fonds. Selon l’accusation, la prévenue a enfermé les membres de sa secte dans une « prison spirituelle ». Jérémy Demay, journaliste indépendant, auteur d’un ouvrage sur l’affaire, pointe également les dérives d’ordre financier, montrant que les membres de la communauté sont incités à céder leurs biens et à verser des pensions conséquentes. Des soupçons de détournement d’héritage ont aussi fait l’objet de discussions lors du procès.

Les prévenus étaient passibles de cinq ans d’emprisonnement et 750 000 Euros d’amende. L’état de santé d’Eliane Deschamps ayant été jugé peu compatible avec un emprisonnement, un an de prison avec sursis a été requis au final. (Sources : Le Figaro, 23.11.2021 & TV5Monde, 23.11.2021 & 20 Minutes, 22.11.2021 & France Bleu Bourgogne, 22.11.2021 & Le Parisien, 22.11.2021)

L’enquête sur Thierry Casasnovas aux mains d’un juge

Le Parquet de Perpignan a saisi un juge et ouvert une information judiciaire dans l’affaire Thierry Casasnovas, sur la base d’aux moins trois motifs différents : abus de faiblesse, pratiques commerciales trompeuses et exercice illégal de la profession de médecin. Le gourou du cru avait fait l’objet de plus d’une centaine de signalements et de témoignages de personnes ayant vu leur état de santé se détériorer après avoir suivi ses conseils. Lire la suite