Travail dissimulé, châtiments corporels sur les enfants, culture de la surveillance : des ex-membres de la secte des Douze Tribus témoignent

Le nom de la communauté des Douze Tribus (The Twelve Tribes) s’est retrouvé placardé dans la presse du Colorado au début de l’année 2022 après qu’un incendie destructeur s’est déclaré le 30 décembre 2021. Le feu s’est étendu sur 2500 hectares, brûlant sur son passage habitations, bâtiments et forêts.  L’enquête n’a pas encore permis d’en identifier la source, mais les soupçons pèsent sur une cabane qui a pris feu dans l’enceinte d’un camp où est installée la communauté des Douze Tribus. D’anciens membres ont saisi cette occasion pour parler de leur expérience dans les médias. Le Denver Post, un quotidien du Colorado, publie ce mois de mars une longue série de témoignages.

« Ils se comportent comme s’ils étaient complètement séparés du monde, mais ils ont les mêmes préoccupations. Ils veulent l’argent du monde. Au fond, il n’est vraiment question que d’argent » raconte Frank W, un homme de 64 ans récemment renvoyé du groupe. Il raconte avoir approché le groupe au plus bas de la crise de la cinquantaine qu’il traversait. Il a ensuite effectué pour le compte du groupe divers travaux à travers tout le pays. Il pouvait travailler jusqu’à douze heures par jour. Jamais il n’a été rémunéré. Un autre ex-membre confie avoir commencé à travailler dans une usine à l’âge de 13 ans. Ses journées : réunion d’adoration à 6h, puis départ pour l’usine jusqu’à 17h. Seconde réunion d’adoration à 18h, puis retour au travail d’environ 19h30 à 22h. « Nous arrêtions l’école à douze ou treize ans, et c’était le cas pour presque tout le monde » raconte-t-il.

Un autre, né dans le groupe et parti à 19 ans, confie pour sa part avoir commencé à travailler dans les boulangeries et restaurants du groupe à l’âge de 7 ans. « L’école pour les enfants n’était pas une véritable priorité. Ils encourageaient tous les enfants à aller au travail. L’accent était mis sur ça. »

Dans la droite ligne de la culture patriarcale défendue par les enseignements de la secte, les garçons allaient travailler à l’extérieur de la communauté, quand les filles restaient travailler dans l’enceinte du camp. Alina Anderson, une ex-membre née dans le groupe et qui en est partie à l’âge de 14 ans déclare avoir été renvoyée du groupe d’élèves scolarisés sur place à son onzième anniversaire. Par la suite, elle passait son temps à s’occuper des tâches ménagères, préparait le repas pour une centaine de personnes tous les jours (ce qui signifiait cuisiner le pain et aller récolter à la main les légumes qui allaient servir au repas) et lavait le linge de deux hommes célibataires. Alina Anderson évoque aussi les châtiments corporels sur enfants, pratique encouragée dans la communauté : « nous étions en gros battus pour absolument tout et n’importe quoi, et ça pour qu’ils puissent vous faire devenir la personne qu’ils voulaient que vous soyez. Demander de la nourriture supplémentaire au petit déjeuner pouvait provoquer une fessée. » Elle et d’autres se souviennent que les adultes interdisaient régulièrement l’accès à la nourriture aux enfants en guise de punition, parfois pendant plusieurs jours. A l’âge de six ou sept ans, Alina fut enfermée dans une cave sombre pour avoir dérobé de la nourriture dans le réfrigérateur : « la fois où j’ai été enfermée dans le donjon -ce n’était pas un vrai donjon, mais on en avait vraiment l’impression– je pense que c’était pendant plus d’un jour, parce que nous jeûnions tous les vendredis, donc j’avais l’habitude d’être affamée, et là c’était plus long que ça. ».

D’autres ex-membres ayant grandi dans le groupe ont révélé avoir reçu des fessées à même la peau, que ce soit sur leurs mains, sur leurs pieds ou sur leurs fesses, même pour la plus petite des bêtises. Il n’était pas anormal qu’un enfant reçoive vingt ou trente fessées dans la journée. Cette violence a entraîné ces dernières années un exode de masse. Ceux qui ont fui sont en majorité des membres issus de la première génération d’enfants nés et élevés dans le groupe et devenus à leur tour parents : « Il était inenvisageable pour moi de battre mes enfants de la manière dont j’ai été battu » confie un ex-membre ayant gardé l’anonymat. « Je ne pouvais vraiment pas. Et vous y êtes obligés si vous êtes là-bas. Si vous ne battez pas vos enfants, vous risquez de gros problèmes. » Un autre ex-membre, Luke Wiseman, 46 ans, décrit la pression exercée par le groupe sur les parents : « si vous ne sortez pas votre enfant de la pièce pour lui donner une fessée pendant les assemblées, alors tout le monde va vous prendre pour un mauvais parent (…) Quand mon fils avait deux ans, les gens me tapotaient l’épaule pour me dire « ton fils n’écoute pas ». Donc si après je ne sors pas de la pièce avec mon enfant pour lui donner une fessée, c’est que je n’accueille pas le message comme il faut. ». Mais une réalité encore plus sombre se cache derrière cette maltraitance : les ex-membres témoignent presque tous d’abus sexuels dont ils ont connaissance ou qu’ils ont eux-mêmes subis.   Ils expliquent que bien que l’agression sexuelle des enfants ne soit pas tolérée chez les Douze Tribus, cela arrive cependant et lorsqu’un abus est avéré, l’affaire n’est pas forcément rapportée à la police. Tout dépendra in fine du statut de l’agresseur au sein du groupe. Il est fréquent que les enfants qui dénoncent un agresseur ne soient pas crus. Quelques cas d’abus sexuels se sont retrouvés dans l’actualité.

En 2004, l’hebdomadaire de Floride Broward Palm Beach New Times publiait un témoignage d’une ex-membre des Douze Tribus dans lequel elle accusait son mari d’avoir abusé sexuellement de leurs enfants. Elle révélait également que les dirigeants du groupe l’avaient empêchée de divorcer et avaient couvert les agissements de son époux. Elle avait alors quitté le groupe, puis s’était tournée vers les autorités compétentes. L’homme a finalement été reconnu coupable d’agressions sexuelles en 2006. En 2007, un ancien professeur ayant exercé au sein des Douze Tribus avait plaidé coupable d’abus sexuels sur deux jeunes garçons dans les années 1990. Enfin, plus récemment, en janvier 2022 la police a procédé à l’arrestation de Ron Williams, sur la base d’un mandat en cours depuis 2020 pour exploitation sexuelle d’enfants. Les autorités du Comté de Boulder avaient trouvé dans ses affaires plus de mille images d’enfants sexuellement agressés. Il vivait parmi les Douze Tribus, dans le camp que la police soupçonne d’avoir été le lieu de départ de l’incendie de Boulder. Mais d’ex-membres mettent en garde : que des cas d’abus sexuels débouchent sur des poursuites au pénal reste une exception et ces récits en cachent bien d’autres. 

(Sources : The Denver Post, 03.04.2022 & 07.04.2022)

Exploitées au sein de l’Opus Dei

Plus d’une quarantaine de femmes ont déposé plainte auprès du Vatican contre l’Opus Deï pour exploitation par le travail, abus de pouvoir et de conscience. Elles auraient été exploitées par l’organisation en Argentine et au Paraguay, alors qu’elles étaient mineures.

Dans leurs témoignages, ces femmes affirment avoir été contraintes de travailler pendant 12 heures par jour sans pauses sauf pour manger et prier. Elles devaient effectuer des tâches domestiques difficiles sans recevoir de salaires. Elles n’étaient pas inscrites au système de sécurité sociale. Certaines gardent aujourd’hui des séquelles physiques de ces longues journées éreintantes.  Elles n’ont jamais osé protester et se persuadaient qu’elles devaient faire ça car elles avaient une dette envers Dieu. Ces femmes ont été pour la plupart recrutées par le groupe et séparées de leurs familles alors qu’elles avaient entre 12 et 16 ans.  Elles estiment avoir été victimes d’emprise durant des années : coercition et menace spirituelle pour les pousser au travail ainsi qu’un contrôle constant de leurs relations avec le monde extérieur. Au bout d’un certain temps la plupart d’entre elles ont demandé à partir car les exigences physiques et psychologiques devenaient intenables. Elles se sont alors retrouvées sans argent et avec un fort besoin d’aide psychologique.

L’avocat des plaignantes soutient que c’est le reflet d’une politique interne institutionnalisée de l’Opus Dei car des problèmes similaires ont été recensés en Afrique, en Espagne ou au Mexique. Les plaignantes souhaitent obtenir des excuses publiques, une reconnaissance des abus subis, une réparation financière et une juste condamnation des responsables. Leur plainte déposée au Vatican vise en effet de nombreux dirigeants de l’Opus Dei pour leur participation aux sévices ou leur connaissance des traitements infligés. En l’absence de réponse du Vatican les plaignantes pourraient engager des poursuites pénales contre l’Opus Dei en Argentine et dans d’autres pays où elles ont travaillé.   

(Sources : Associated Press, 12.11.2021 & Euronews,16.11.2021)

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