Témoignage d’une ancienne adepte du groupe Amour et Miséricorde

Dans un podcast mis en ligne sur le site du journal Les Dernières nouvelles d’Alsace, Isabelle, une ancienne adepte du groupe Amour et miséricorde, raconte son parcours depuis son entrée, en 1999, jusqu’à sa sortie 13 ans plus tard. Elle a témoigné contre Eliane Deschamps, la fondatrice du groupe, lors du procès1 qui s’est ouvert le 22 novembre 2021 devant le tribunal correctionnel de Dijon.

Attirées par ce qui se présentait comme un groupe de prière, Isabelle, sa sœur et sa mère ont rejoint en 1999 Eliane Deschamps qui depuis le 15 décembre 1996 prétendait voir la Vierge le 15 de chaque mois.

Réunissant à l’époque un noyau dur d’une vingtaine d’adeptes, le quotidien du groupe était partagé entre travail pour la communauté et préparation des apparitions mensuelles de la Vierge.

L’emprise, avec une violence larvée, s’est installée progressivement conduisant à des châtiments, des manipulations et des humiliations. C’est cela, ainsi que la ténacité du père d’Isabelle, qui a permis aux trois femmes de sortir du groupe. 

(Source : DNA, 18.12.2021)

Le témoignage d’Isabelle est accessible sur : https://www.dna.fr/faits-divers-justice/2021/12/18/podcast-secte-comment-isabelle-a-resiste-a-l-emprise-d-un-gourou

1. Lire sur le site de l’Unadfi : Procès de la fondatrice du groupe de prière « Amour et Miséricorde » : https://www.unadfi.org/actualites/groupes-et-mouvances/proces-de-la-fondatrice-du-groupe-de-priere-amour-et-misericorde/

« Amour et Miséricorde » : la parole des témoins : https://www.unadfi.org/actualites/groupes-et-mouvances/amour-et-misericorde-la-parole-des-temoins/

« Amour et Miséricorde » : la parole des témoins

Le groupe de prière fondé par la « voyante », Eliane Deschamps, jugée pour abus de faiblesse, est décrit dès 2002 par plusieurs témoins et proches de ses adeptes comme un collectif qui joue sur la manipulation mentale de ses fidèles.

Une des parties civiles au procès, Marie-France, explique avoir dès cette époque perdue tout contact avec son fils. Il lui avait annoncé qu’il avait « envie de changer d’air […] pour se rapprocher du groupe Amour et Miséricorde ». « Il est devenu très distant, le dialogue était impossible ». à
45 ans, il est resté membre et adepte de la communauté et a coupé les relations avec sa mère.

Magalie Breux, une des filles de la « voyante », a quitté le groupe au bout de dix ans. Elle raconte les visions de sa mère, ses « apparitions » de la vierge, les pèlerinages et les défilés des fidèles dans la maison familiale. Elle décrit les brimades, les humiliations et l’emprise que sa mère a exercée sur elle. « On n’avait pas de vie sociale en dehors de la communauté ». Ce qu’elle décrit semble être un processus avéré d’emprise, de rupture, mais aussi de pression financière. « Jésus prend possession de son corps et lui dit que les adeptes doivent se détacher de leurs biens les plus chers ». Les adeptes devaient en effet donner leurs bijoux ou des tableaux et versaient une pension de 300 à 350 euros par mois, parfois même déposaient régulièrement des sommes allant jusqu’à 5 000 euros.

« J’ai eu une vie d’esclave pendant dix ans : je faisais le ménage tous les jours à fond, je faisais la cuisine, j’obéissais, j’étais en soumission totale, sous emprise », témoigne à la barre Brigitte Delecourt, autre adepte pendant dix ans.

A l’inverse de ces témoignages, certains membres actuels de la secte sont venus au procès pour tenter de convaincre de leur « liberté », assurant qu’ils ne se considéraient ni sous emprise ni sous influence.

Un des avocats des parties civiles fustigent ces témoignages « positifs », qui relèvent selon lui d’une « entreprise cosmétique » visant à masquer l’emprise.

« Eliane dirigeait tout », dit Gwenola Boucher-Doigneau, ex-adepte, qui a quitté la secte à 25 ans. « Je la divinisais, j’aurais tout fait pour elle. Je me serais jetée d’une falaise si elle me l’avait demandé ». Elle raconte que la gourelle lui avait, entre autres, interdit de demander une péridurale lors d’un accouchement. Elle l’avait également forcée à rédiger une lettre à son père pour lui faire savoir « qu’il n’était plus son père ».

La sœur de Gwenola, Isabelle, et sa mère Brigitte avaient rejoint le groupe. « On était tous collés à Eliane comme la bernique à son rocher », dit cette dernière. Pierre, son mari et père de Gwenola, qui a tout fait pour faire sortir sa famille du groupe, analyse comment l’emprise a pu s’opérer. « Tout s’est fait progressivement, par la séduction ».

« C’est une véritable fabrique de l’état de faiblesse », explique une psychologue spécialiste du fait sectaire citée à la barre lors du procès. « L’individu passe de sujet à objet à travers la coupure avec son réseau d’appartenance ».   (Sources : Le Figaro, 23.11.2021 & France Bleu Bourgogne, 22.11.2021 & Le Parisien, 22.11.2021 & elle.fr, 23.11.2021 & TV5Monde, 22.11.2021)

Une vie sous contrainte

Dans son article « Incursion dans le monde de l’Opus Dei », Radio Canada publie un témoignage montrant le contrôle abusif de l’organisation sur les individus. Un homme ayant vécu trente ans au sein de l’organisation admet être aujourd’hui victime de paranoïa et de peur irrationnelle..

Le témoin, Vincent Durocher s’est engagé en tant que numéraire à savoir qu’il a fait les mêmes vœux qu’un prêtre (pauvreté, chasteté, célibat). Pourtant dans le groupe la majorité des membres sont mariés et ont des enfants et rien ne laisse penser qu’ils sont membres de l’Opus Dei. Vincent Durocher a vécu dans des maisons de l’Opus Deï avec d’autres membres et l’intégralité de leur salaire est versé à l’organisation. Ils sont encouragés à respecter un plan de vie quotidien comprenant de nombreuses dévotions.

Pour Vincent Durocher, le sentiment de piège est profond. L’organisation ne lui a pas tout dit sur ses réelles intentions notamment sur les exigences financières et le fait de devoir consacrer une grande partie de sa vie au mouvement. Il faut être disponible pour le groupe : formations spirituelles, cercles de discussion. Le programme complet épuise les adeptes. Leur vie entière est contrôlée par l’organisation, les déplacements sont surveillés et les livres, le cinéma, le théâtre et d’autres loisirs sont proscrits. Une véritable emprise s’exerce au sein du groupe sur les individus.

Radio Canada a aussi donné la parole à un ex-adepte qui a dirigé plusieurs centres de l’organisation. Il confirme les pressions et une recherche de la perfection. Il reconnaît que de nombreux numéraires sont sous antidépresseurs souvent parce qu’ils ont l’impression de ne jamais atteindre la perfection, la sainteté. Les personnes souffrantes sont souvent orientées vers des médecins membres de l’organisation. Au sein du groupe, il est conseillé aux numéraires de se confier même sur leurs secrets les plus intimes à leur guide spirituel. Pour d’anciens membres, ces confidences entrent dans le cadre d’une volonté de contrôle. De plus, les supérieurs s’échangent les informations sur les fidèles, il n’y a aucune confidentialité.

L’Opus Dei est un mouvement qui dans de nombreux pays a une grande influence et n’hésite pas à répandre ses idées anti-avortement, contre le mariage pour tous ou l’aide médicale à mourir.  Certains estiment le nombre de membres dans le monde à plus de 90 000.  (Source : Radio Canada, 04.11.2021)

Exploitées au sein de l’Opus Dei

Plus d’une quarantaine de femmes ont déposé plainte auprès du Vatican contre l’Opus Deï pour exploitation par le travail, abus de pouvoir et de conscience. Elles auraient été exploitées par l’organisation en Argentine et au Paraguay, alors qu’elles étaient mineures.

Dans leurs témoignages, ces femmes affirment avoir été contraintes de travailler pendant 12 heures par jour sans pauses sauf pour manger et prier. Elles devaient effectuer des tâches domestiques difficiles sans recevoir de salaires. Elles n’étaient pas inscrites au système de sécurité sociale. Certaines gardent aujourd’hui des séquelles physiques de ces longues journées éreintantes.  Elles n’ont jamais osé protester et se persuadaient qu’elles devaient faire ça car elles avaient une dette envers Dieu. Ces femmes ont été pour la plupart recrutées par le groupe et séparées de leurs familles alors qu’elles avaient entre 12 et 16 ans.  Elles estiment avoir été victimes d’emprise durant des années : coercition et menace spirituelle pour les pousser au travail ainsi qu’un contrôle constant de leurs relations avec le monde extérieur. Au bout d’un certain temps la plupart d’entre elles ont demandé à partir car les exigences physiques et psychologiques devenaient intenables. Elles se sont alors retrouvées sans argent et avec un fort besoin d’aide psychologique.

L’avocat des plaignantes soutient que c’est le reflet d’une politique interne institutionnalisée de l’Opus Dei car des problèmes similaires ont été recensés en Afrique, en Espagne ou au Mexique. Les plaignantes souhaitent obtenir des excuses publiques, une reconnaissance des abus subis, une réparation financière et une juste condamnation des responsables. Leur plainte déposée au Vatican vise en effet de nombreux dirigeants de l’Opus Dei pour leur participation aux sévices ou leur connaissance des traitements infligés. En l’absence de réponse du Vatican les plaignantes pourraient engager des poursuites pénales contre l’Opus Dei en Argentine et dans d’autres pays où elles ont travaillé.   

(Sources : Associated Press, 12.11.2021 & Euronews,16.11.2021)

Action collective autorisée contre le pasteur Claude Guillot

Claude Guillot, pasteur baptiste, est accusé d’avoir abusé physiquement et psychologiquement des enfants de l’école La Bonne Semence de Victoriaville et d’une école clandestine de Québec. Une décision rendue par la Cour d’appel du Québec a donné son feu vert à la constitution d’une action collective contre le pasteur, l’Église évangélique baptiste de Québec-Est, l’Église baptiste évangélique de Victoriaville et l’Association d’églises baptistes évangéliques au Québec. Lire la suite

Une enfance brisée par des coups et des brimades

Joseph Fert, 31 ans s’exprime sur son enfance et une partie de son adolescence passée dans la communauté religieuse de Malrevers (Haute-Loire). Dix-huit ans après être sorti du groupe, il raconte le calvaire qu’il a vécu durant 13 ans, évoquant des actes de torture et de barbarie à son encontre. Lire la suite

Enfants de sectes : la vie d’après

Nous poursuivons notre série d’articles consacrés aux sortants de secte ayant passé leur enfance dans un mouvement sectaire. Ce deuxième article, illustré de témoignages, relate les difficultés rencontrées en découvrant le « monde » extérieur au mouvement. Lire la suite

Ouverture d’une instruction à l’encontre d’un ancien éducateur d’OKC

Le parquet d’Aix en Provence a ouvert une instruction judiciaire et mis en examen un ancien éducateur de Château-de-Soleils, le centre français du groupe d’inspiration bouddhiste Ogyen Kunzang Chöling (OKC), situé dans les gorges du Verdon. L’enquête a débuté suite à huit plaintes déposées en 2018 par des mineures à l’époque des faits. Dès les années 1980 et durant des années, elles auraient été victimes d’attouchements et de viols par l’éducateur. Lire la suite

Enfants des sectes : la vie d ’après

« N’oublions jamais que ce qui choque le plus profondément la victime, n’est pas tant la cruauté de l’oppresseur, que le silence du spectateur. »

Cette citation d’Elie Wiesel (lauréat du prix Nobel de la paix en 1986) sera notre devise pour ces prochains mois. En effet, cet article est le premier d’une série de quatre consacrés aux sortants de secte ayant passé leur enfance dans un mouvement sectaire. Les paroles de ces enfants, victimes oubliées ou ignorées, ne deviennent audibles que lorsqu’ils sortent du mouvement, souvent lorsqu’ils sont devenus des adultes et qu’il est parfois trop tard. À travers de nombreux témoignages, nous leur cédons la parole qui ne peut qu’inciter à ne pas être un spectateur silencieux…

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Prison ferme requise contre Christian Ruhaut et sa femme

Le tribunal correctionnel de Poitiers a requis respectivement cinq et trois ans de prison contre Christian Ruhaut et sa femme pour des faits d’abus de faiblesse et de blanchiment d’argent. Le procès a été l’occasion pour la justice d’examiner le fonctionnement du groupe réuni autour du couple et l’emprise qu’il a pu exercer.

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