Succès d’un podcast qui donne la parole à des ex-évangéliques

I was a Teenage Fundamentalist (IWATF), un podcast lancé par deux anciens membres d’églises évangéliques, Troy et Brain, connaît un succès qui dépasse largement les frontières de l’Australie. Il se place juste derrière exvangelical, le podcast de l’américain Blake Chastain téléchargé 13 000 fois chaque mois.

Mis en ligne en 2021, il IWATF compte déjà 42 épisodes qui donnent la parole à ceux qui ont échappé à des religions autoritaires. Troyy, qui a été membre d’un centre de réveil dans les années 1980, déclare que son podcast est bien plus qu’un moyen de témoigner, qu’il s’agit aussi d’une thérapie qui donne l’occasion aux invités de raconter leurs histoires d’abus et de manipulation par leur église.

Principalement écouté par des ex adeptes ou des personnes qui se questionnent sur leur culte, il a déjà amené des auditeurs à changer de point de vue sur leur Eglise.

Mais Troy et Brian ont qualifié l’enregistrement du podcast de « re traumatisant » à tel point que Troy a dû faire une pause d’un mois.

Âgé de 50 ans, Troy avait été attiré par le Revival Centres International (aujourd’hui Revival Centres Church) alors qu’il n’avait que de 13 ans. Il reproche à l’Église sa stratégie de recrutement ciblant principalement les adolescents qui devaient être recrutés jeunes « avant que le diable et le monde ne corrompent leur esprit et leur âme. ». Quatre ans plus tard, marié et prêt à devenir ministre du culte, il est assailli de doutes, devant les incohérences et les manipulations qu’il a constatées dans le groupe et décide d’en partir.

Quant à Brian il a été membre d’une première Eglise avant d’être recruté comme « sang frais » par les Assemblées de Dieu. A l’époque où il en faisait partie, il décrit une ambiance sectaire où primait le nombre de nouvelles recrues.

L’émission la plus écoutée fut l’interview du cofondateur de Hillsong, Geoff Bullock, un ancien ami de Brian Houston. Pour la première fois, il a évoqué son « expérience infernale » dans cette Église dont le style de leadership était, selon lui, « agressif » et « dominateur, presque intimidant ». Dans le podcast il évoque aussi le syndrome de stress post-traumatique dont il a souffert après son départ de Hillsong en 1995. Pour lui aussi l’enregistrement a été une expérience difficile et réécouter l’émission l’a été encore plus.

À la suite de sa mise en ligne, Brian Houston et Hillsong ont bloqué le compte twitter d’IWATF.

Pour Venn-Brown, l’un des principaux évangélistes d’Australie et l’un des premiers au monde à avoir suivi une thérapie de conversion gay en 1972, des podcast comme IWATF ou le groupe de soutien qu’il avait créé sur Yahoo en 2000, constituent des espaces de soutien, de « guérisons et de résolution » pour ceux qui ont des problèmes avec leur religion. Centré sur l’aide aux personnes homosexuelles confrontées à un conflit entre la foi et la sexualité, son groupe les accueillait sans jugement et leur permettait d’échanger, pour la première fois, avec d’autres. A l’époque, explique-t-il, « nous n’avions vraiment aucune compréhension du SSPT ou du traumatisme religieux ».

Le Dr Josie McSkimming, une ex-évangélique qui a, elle aussi, participé au podcast, souligne que beaucoup de ceux qui envisagent de quitter ces églises sont forcés de vivre une double vie car elles incitent « à ne pas douter, à ne pas parler à des étrangers, à rester assez docile et enfermé dans l’organisation et à ne pas faire confiance à vos sentiments parce qu’ils ne sont pas fiables, alors que la Bible est fiable ». Pour elle un podcast comme IWATF est salutaire car il permet à ses auditeurs de se rendre compte qu’ils ne sont pas seuls.


(Source : Vice, 07.04.2022)

Travail dissimulé, châtiments corporels sur les enfants, culture de la surveillance : des ex-membres de la secte des Douze Tribus témoignent

Le nom de la communauté des Douze Tribus (The Twelve Tribes) s’est retrouvé placardé dans la presse du Colorado au début de l’année 2022 après qu’un incendie destructeur s’est déclaré le 30 décembre 2021. Le feu s’est étendu sur 2500 hectares, brûlant sur son passage habitations, bâtiments et forêts.  L’enquête n’a pas encore permis d’en identifier la source, mais les soupçons pèsent sur une cabane qui a pris feu dans l’enceinte d’un camp où est installée la communauté des Douze Tribus. D’anciens membres ont saisi cette occasion pour parler de leur expérience dans les médias. Le Denver Post, un quotidien du Colorado, publie ce mois de mars une longue série de témoignages.

« Ils se comportent comme s’ils étaient complètement séparés du monde, mais ils ont les mêmes préoccupations. Ils veulent l’argent du monde. Au fond, il n’est vraiment question que d’argent » raconte Frank W, un homme de 64 ans récemment renvoyé du groupe. Il raconte avoir approché le groupe au plus bas de la crise de la cinquantaine qu’il traversait. Il a ensuite effectué pour le compte du groupe divers travaux à travers tout le pays. Il pouvait travailler jusqu’à douze heures par jour. Jamais il n’a été rémunéré. Un autre ex-membre confie avoir commencé à travailler dans une usine à l’âge de 13 ans. Ses journées : réunion d’adoration à 6h, puis départ pour l’usine jusqu’à 17h. Seconde réunion d’adoration à 18h, puis retour au travail d’environ 19h30 à 22h. « Nous arrêtions l’école à douze ou treize ans, et c’était le cas pour presque tout le monde » raconte-t-il.

Un autre, né dans le groupe et parti à 19 ans, confie pour sa part avoir commencé à travailler dans les boulangeries et restaurants du groupe à l’âge de 7 ans. « L’école pour les enfants n’était pas une véritable priorité. Ils encourageaient tous les enfants à aller au travail. L’accent était mis sur ça. »

Dans la droite ligne de la culture patriarcale défendue par les enseignements de la secte, les garçons allaient travailler à l’extérieur de la communauté, quand les filles restaient travailler dans l’enceinte du camp. Alina Anderson, une ex-membre née dans le groupe et qui en est partie à l’âge de 14 ans déclare avoir été renvoyée du groupe d’élèves scolarisés sur place à son onzième anniversaire. Par la suite, elle passait son temps à s’occuper des tâches ménagères, préparait le repas pour une centaine de personnes tous les jours (ce qui signifiait cuisiner le pain et aller récolter à la main les légumes qui allaient servir au repas) et lavait le linge de deux hommes célibataires. Alina Anderson évoque aussi les châtiments corporels sur enfants, pratique encouragée dans la communauté : « nous étions en gros battus pour absolument tout et n’importe quoi, et ça pour qu’ils puissent vous faire devenir la personne qu’ils voulaient que vous soyez. Demander de la nourriture supplémentaire au petit déjeuner pouvait provoquer une fessée. » Elle et d’autres se souviennent que les adultes interdisaient régulièrement l’accès à la nourriture aux enfants en guise de punition, parfois pendant plusieurs jours. A l’âge de six ou sept ans, Alina fut enfermée dans une cave sombre pour avoir dérobé de la nourriture dans le réfrigérateur : « la fois où j’ai été enfermée dans le donjon -ce n’était pas un vrai donjon, mais on en avait vraiment l’impression– je pense que c’était pendant plus d’un jour, parce que nous jeûnions tous les vendredis, donc j’avais l’habitude d’être affamée, et là c’était plus long que ça. ».

D’autres ex-membres ayant grandi dans le groupe ont révélé avoir reçu des fessées à même la peau, que ce soit sur leurs mains, sur leurs pieds ou sur leurs fesses, même pour la plus petite des bêtises. Il n’était pas anormal qu’un enfant reçoive vingt ou trente fessées dans la journée. Cette violence a entraîné ces dernières années un exode de masse. Ceux qui ont fui sont en majorité des membres issus de la première génération d’enfants nés et élevés dans le groupe et devenus à leur tour parents : « Il était inenvisageable pour moi de battre mes enfants de la manière dont j’ai été battu » confie un ex-membre ayant gardé l’anonymat. « Je ne pouvais vraiment pas. Et vous y êtes obligés si vous êtes là-bas. Si vous ne battez pas vos enfants, vous risquez de gros problèmes. » Un autre ex-membre, Luke Wiseman, 46 ans, décrit la pression exercée par le groupe sur les parents : « si vous ne sortez pas votre enfant de la pièce pour lui donner une fessée pendant les assemblées, alors tout le monde va vous prendre pour un mauvais parent (…) Quand mon fils avait deux ans, les gens me tapotaient l’épaule pour me dire « ton fils n’écoute pas ». Donc si après je ne sors pas de la pièce avec mon enfant pour lui donner une fessée, c’est que je n’accueille pas le message comme il faut. ». Mais une réalité encore plus sombre se cache derrière cette maltraitance : les ex-membres témoignent presque tous d’abus sexuels dont ils ont connaissance ou qu’ils ont eux-mêmes subis.   Ils expliquent que bien que l’agression sexuelle des enfants ne soit pas tolérée chez les Douze Tribus, cela arrive cependant et lorsqu’un abus est avéré, l’affaire n’est pas forcément rapportée à la police. Tout dépendra in fine du statut de l’agresseur au sein du groupe. Il est fréquent que les enfants qui dénoncent un agresseur ne soient pas crus. Quelques cas d’abus sexuels se sont retrouvés dans l’actualité.

En 2004, l’hebdomadaire de Floride Broward Palm Beach New Times publiait un témoignage d’une ex-membre des Douze Tribus dans lequel elle accusait son mari d’avoir abusé sexuellement de leurs enfants. Elle révélait également que les dirigeants du groupe l’avaient empêchée de divorcer et avaient couvert les agissements de son époux. Elle avait alors quitté le groupe, puis s’était tournée vers les autorités compétentes. L’homme a finalement été reconnu coupable d’agressions sexuelles en 2006. En 2007, un ancien professeur ayant exercé au sein des Douze Tribus avait plaidé coupable d’abus sexuels sur deux jeunes garçons dans les années 1990. Enfin, plus récemment, en janvier 2022 la police a procédé à l’arrestation de Ron Williams, sur la base d’un mandat en cours depuis 2020 pour exploitation sexuelle d’enfants. Les autorités du Comté de Boulder avaient trouvé dans ses affaires plus de mille images d’enfants sexuellement agressés. Il vivait parmi les Douze Tribus, dans le camp que la police soupçonne d’avoir été le lieu de départ de l’incendie de Boulder. Mais d’ex-membres mettent en garde : que des cas d’abus sexuels débouchent sur des poursuites au pénal reste une exception et ces récits en cachent bien d’autres. 

(Sources : The Denver Post, 03.04.2022 & 07.04.2022)

L’Eglise de Jésus de Christ des Saints des derniers jours vue de l’intérieur   

Si l’Eglise mormone compte près de 16 millions de membres dans le monde aujourd’hui, depuis quelques années de nombreux fidèles l’ont quittée pour diverses raisons.

Brut a publié dans une courte vidéo mise en ligne sur le site de France TV Info les témoignages d’anciens mormons qui racontent des us et coutumes du groupe qui peuvent étonner ceux qui en ignorent l’existence, mais qui ont surtout pesé sur leur quotidien.

A la différence des autres chrétiens les mormons croient en l’existence d’écrits supplémentaires, tel que le Livre de Mormons et en des prophètes vivants qui dirigent encore à ce jour l’Eglise et diffusent un ensemble de règles auxquelles doivent se conformer les membres. Une adepte explique qu’à partir d’un certain niveau dans le groupe, les adeptes doivent porter « le vêtement du Temple », des sous-vêtements sacrés qu’ils ne peuvent retirer qu’à de rares exceptions. Selon une autre ancienne mormone, le groupe enseignerait aux femmes à ne jamais dire non à leur époux.

L’Eglise a un fort ascendant sur ses fidèles, mais des problèmes liés à son histoire et des anachronismes dans le Livre de Mormons ont amené beaucoup de fidèles à s’interroger sur la véracité des écrits et sur ce qu’ils avaient appris toute leur vie en son sein. Certains ont été choqués par la découverte de doctrines racistes ou sexistes ayant cours dans les années 1900, d’autres accusent même Joseph Smith d’être un prédateur sexuel.

Pour certains, ces découvertes ont été douloureuses et ont remis en question leur foi. Mais au lieu de rester isolés, les anciens adeptes, « les exmos », ont créé des communautés sur TikTok et Reddit où ils échangent et se soutiennent sur leur nouvelle liberté, mais aussi sur la perte de leurs amis et famille restés dans le groupe. 

(Source : France Tv Info, 09.02.2021

Pour visionner la vidéo de Brut : https://www.francetvinfo.fr/societe/religion/video-ces-anciens-mormons-racontent-a-quoi-ressemble-l-eglise-mormone_4951605.html

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