Sept membres d’une secte condamnés à 50 ans de prison

Le tribunal de Bocas del Toro (Panama) a condamné sept membres de la secte « La Nueva Luz de Dios » à 50 ans de prison, la peine maximale encourue au Panama. Deux autres membres du groupe avaient, précédemment, été condamnés à 47 ans de prison après avoir passé un accord avec la justice.

Ils étaient accusés d’avoir, lors d’une cérémonie d’exorcisme, tué six enfants, âgés d’un an à 17 ans, et une femme enceinte.

Le 14 janvier 2020, la femme avait été assassinée devant cinq de ses enfants, et un autre mineur. Ils avaient eux-mêmes été battus à mort par la suite, le tout en présence des autres membres du groupe. Ce sont des témoins de la scène, eux-aussi victimes de violences, qui ont alerté la police après avoir réussi à fuir.

Selon Claire Nevache, chercheuse au Centre international d’études politiques et sociales du Panama, l’affaiblissement des cultes institués serait à l’origine de l’infiltration d’églises animées de « mauvaises intentions » parmi les populations locales qui souffrent déjà de l’absence des autorités.

Ainsi en 2020 trois membres d’une autre secte avaient été arrêtés après avoir enlevé et violé six enfants. L’enquête de la police avait mené à l’arrestation du gourou et à la découverte d’une fosse commune cachée dans la jungle. 

(Source : Sud-Ouest, 04.12.2021)

Pour rappel, lire sur le site de l’Unadfi : Découverte macabre d’une fosse commune : https://www.unadfi.org/actualites/groupes-et-mouvances/decouverte-macabre-dune-fosse-commune/

« Amour et Miséricorde » : la parole des témoins

Le groupe de prière fondé par la « voyante », Eliane Deschamps, jugée pour abus de faiblesse, est décrit dès 2002 par plusieurs témoins et proches de ses adeptes comme un collectif qui joue sur la manipulation mentale de ses fidèles.

Une des parties civiles au procès, Marie-France, explique avoir dès cette époque perdue tout contact avec son fils. Il lui avait annoncé qu’il avait « envie de changer d’air […] pour se rapprocher du groupe Amour et Miséricorde ». « Il est devenu très distant, le dialogue était impossible ». à
45 ans, il est resté membre et adepte de la communauté et a coupé les relations avec sa mère.

Magalie Breux, une des filles de la « voyante », a quitté le groupe au bout de dix ans. Elle raconte les visions de sa mère, ses « apparitions » de la vierge, les pèlerinages et les défilés des fidèles dans la maison familiale. Elle décrit les brimades, les humiliations et l’emprise que sa mère a exercée sur elle. « On n’avait pas de vie sociale en dehors de la communauté ». Ce qu’elle décrit semble être un processus avéré d’emprise, de rupture, mais aussi de pression financière. « Jésus prend possession de son corps et lui dit que les adeptes doivent se détacher de leurs biens les plus chers ». Les adeptes devaient en effet donner leurs bijoux ou des tableaux et versaient une pension de 300 à 350 euros par mois, parfois même déposaient régulièrement des sommes allant jusqu’à 5 000 euros.

« J’ai eu une vie d’esclave pendant dix ans : je faisais le ménage tous les jours à fond, je faisais la cuisine, j’obéissais, j’étais en soumission totale, sous emprise », témoigne à la barre Brigitte Delecourt, autre adepte pendant dix ans.

A l’inverse de ces témoignages, certains membres actuels de la secte sont venus au procès pour tenter de convaincre de leur « liberté », assurant qu’ils ne se considéraient ni sous emprise ni sous influence.

Un des avocats des parties civiles fustigent ces témoignages « positifs », qui relèvent selon lui d’une « entreprise cosmétique » visant à masquer l’emprise.

« Eliane dirigeait tout », dit Gwenola Boucher-Doigneau, ex-adepte, qui a quitté la secte à 25 ans. « Je la divinisais, j’aurais tout fait pour elle. Je me serais jetée d’une falaise si elle me l’avait demandé ». Elle raconte que la gourelle lui avait, entre autres, interdit de demander une péridurale lors d’un accouchement. Elle l’avait également forcée à rédiger une lettre à son père pour lui faire savoir « qu’il n’était plus son père ».

La sœur de Gwenola, Isabelle, et sa mère Brigitte avaient rejoint le groupe. « On était tous collés à Eliane comme la bernique à son rocher », dit cette dernière. Pierre, son mari et père de Gwenola, qui a tout fait pour faire sortir sa famille du groupe, analyse comment l’emprise a pu s’opérer. « Tout s’est fait progressivement, par la séduction ».

« C’est une véritable fabrique de l’état de faiblesse », explique une psychologue spécialiste du fait sectaire citée à la barre lors du procès. « L’individu passe de sujet à objet à travers la coupure avec son réseau d’appartenance ».   (Sources : Le Figaro, 23.11.2021 & France Bleu Bourgogne, 22.11.2021 & Le Parisien, 22.11.2021 & elle.fr, 23.11.2021 & TV5Monde, 22.11.2021)

Maternité et soumission des femmes dans un mouvement chrétien fondamentaliste

Le mouvement Quiverfull qui prône une lecture littérale de la Bible repose sur deux fondements idéologiques : la soumission totale des femmes à leur mari et le refus de toute planification des naissances.

Ce courant chrétien évangélique fondamentaliste né dans les années 1980 aux Etats-Unis revendique un retour à des rôles genrés très stricts. Les enfants étant considérés comme un « don de Dieu », les familles sont nombreuses, parfois de douze enfants ou plus. L’école à la maison fait aussi partie des principes d’éducation du mouvement, avec une défiance envers les « écoles du gouvernement ».

La soumission des femmes se fonde sur une lecture littérale de certains versets de la Bible et sur l’idée que la relation entre le mari est la femme est semblable à celle entre Dieu et son Eglise. Dans ces communautés extrêmes, la femme n’a ni le droit de conduire ni celui de voter.

Le mouvement a par ailleurs fait l’objet de plusieurs alertes pour des violences sexuelles et conjugales. En 2015, un rapport de police rendu public a révélé qu’un des fils de la famille Duggar, âgé de 15 ans au moment des faits, avait agressé plusieurs jeunes filles dont ses sœurs. Il a été arrêté en 2021, avec détention d’images pédopornographiques.

Outre les violences conjugales, les punitions corporelles envers les enfants font aussi scandale. Dans plusieurs affaires, des parents appliquaient les méthodes de Michael et Debi Pearl, connus pour leur ouvrage « To train up a child » préconisant des châtiments jugés appropriés à l’éducation des enfants.

Des personnes ayant quitté le mouvement soulignent ces dérives. « J’ai été endoctrinée à voir le monde entier à travers un filtre religieux […] Les seules choses que j’ai apprises à la maison tournaient autour du rôle que l’on m’a assigné en tant que fille et future épouse », déclare Cynthia Jeub, ancienne membre de la communauté.

Kathryn Joyce, journaliste et auteur de Quiverfull : inside the patriarchy movement, note que des communautés d’anciens Quiverfull se créent en ligne pour aider à quitter le mouvement, s’entraider et gérer les post-traumatismes.   (Source : Slate.fr, 19.11.2021)

 

 

 

 

Trois ans de prison avec sursis pour le fondateur de l’Angélus

L’abbé Spinoza a été condamné à trois ans de prison avec sursis pour violence et maltraitance sur des élèves de l’Angélus, un établissement scolaire hors contrat qu’il avait fondé en 2010. Il a, en outre, été reconnu coupable de travail dissimulé par le tribunal correctionnel de Bourges.

Sous le patronage du Bon Pasteur, l’école ouverte à Presly dans le Cher accueillait une centaine d’élèves de la primaire à la terminale, jusqu’à sa mise sous scellée par la préfecture en juin 2017.

L’affaire a éclaté en 2017, après qu’une famille et des enseignants, anciens membres de l’Angélus ont dénoncé des faits de violences auprès de la direction de l’Académie. Les enquêteurs avaient rassemblé une cinquantaine de témoignages d’élèves, dont une vingtaine ont relaté des faits de violences et « deux ou trois » des agressions sexuelles. Ils avaient dénoncé des coups de poing, des gifles, des privations de nourriture (de la nourriture périmée avait été retrouvée lors des perquisitions), l’absence de chauffage ou l’obligation d’effectuer des tâches ménagères pour lesquelles aucun personnel n’était employé.

Finalement deux familles et l’association La Voix de l’enfant se sont portées parties civiles contre l’abbé, décrit par le substitut du procureur de Bourges comme un gourou qui aurait institutionnalisé la violence et organisé la terreur. Il n’a présenté aucune excuse aux victimes présentes.

Le parquet avait requis à l’encontre de l’abbé une peine de trois ans de prison, dont un ferme mais la cour n’ayant pas retenu «  le caractère habituel des violences », il écope d’une peine avec sursis. Cependant le parquet a été suivi dans ses autres réquisitions et l’ecclésiastique n’a plus le droit d’enseigner ni de pratiquer des « activités rémunérées ou bénévoles au contact de mineurs pour une durée de dix ans ». Il a en outre, été condamné à verser un euro symbolique à l’association La Voix de l’enfant, et 20 000 € de dommages et intérêts aux autres plaignants.

Concernant les accusations de travail dissimulé, l’abbé Spinoza a été condamné à dédommager l’Urssaf Centre-Val de Loire à hauteur de 101 371 € pour les cotisations sociales non versées entre 2014 et 2017. A l’époque des faits, le prêtre avait fait rédiger une convention de bénévolat par un avocat pour se couvrir – ce dernier était partie civile au procès. Plusieurs bénévoles étaient payés 15 euros de l’heure en liquide, tandis que des enseignants et des surveillants bénéficiaient d’avantages en nature.

Deux autres prévenus, eux aussi accusés de violence, ont écopé de peines plus légères. 

(Source : La Croix, 24.11.2021)

Pour en savoir plus sur l’affaire lire sur le site de l’Unadfi : Perquisition dans une école hors contrat du Cher  https://www.unadfi.org/actualites/domaines-dinfiltration/education-periscolaire-et-culture/perquisition-dans-une-ecole-hors-contrat-du-cher/

J’ai passé mon enfance dans une secte religieuse – Le Speech de Joseph

Séquestrations, tortures, violences sexuelles, c’est ce qu’a vécu Joseph, membre de la communauté de Malrevers (43) jusqu’à ses quatorze ans.

18 ans après avoir quitté le groupe, il témoigne de son enfance coupée du monde, faite de brimades et de maltraitances pour lesquelles il vient de porter plainte.

Jusqu’en sixième il n’avait jamais quitté la communauté qui fonctionne en autarcie et dont les membres se marient entre eux. Proche de la Famille, une communauté restée secrète jusqu’à récemment, elle s’en différencie par la façon d’élever les enfants qui sont soustraits à leurs parents dès la naissance et élevés en commun. L’amour filial est prohibé et les discussions sur l’amour et la sexualité sont inexistantes.

Les enfants dormaient en dortoir, surveillés par un adulte appelé le « passeur » qui les réveillait parfois brutalement en touchant leur entrejambe pour vérifier s’ils n’avaient pas eu de pensées « impures » durant la nuit.

L’enseignement était délivré au sein de la communauté jusqu’au CM2. Là aussi chaque faute de comportement était sanctionnée par des coups, les punitions allant crescendo avec l’âge. Finalement, Joseph connaîtra des semaines de séquestration dans une cave dont il ne sortait que le soir pour dormir.

Joseph raconte comment il a été corrigé pour avoir chahuté avec son cousin Daniel. Emmené dans une cave, il est injurié, frappé et violé avec un bâton en punition d’un comportement jugé comme « homosexuel » par Joël Fert, le dirigeant du groupe.

En 2003, des traces de coups découverts sur son cousin, scolarisé dans un collège, amènent l’ouverture d’une enquête. À la suite de cela Joseph et sa famille seront chassés de la communauté pour cacher les maltraitances qui lui avaient été infligées ainsi qu’à son frère par le leader du groupe.
Celui-ci sera condamné en 2008 à un an de prison dont dix mois avec sursis pour violences sur mineurs.

En 2019, c’est une visite à l’improviste dans la communauté qui lui fera prendre conscience de la nécessité de porter plainte afin que ses membres réalisent la gravité de ce qu’ils ont fait.  

(Source : Facebook, Konbini, 31.10.2021)

Pour en savoir davantage sur cette affaire lire sur le site de l’Unadfi :  https://www.unadfi.org/mot-clef/communaute-de-malrevers/

Voir la vidéo : https://www.facebook.com/watch/?v=866768784008827&t=0  

Marabouts, mediums et guérisseurs : des abus et des pratiques dangereuses

Amour travail, argent, santé : des marabouts et charlatans sans scrupule aux méthodes bien rôdées s’attaquent aux personnes fragiles en proposant des solutions miracles ou de prétendus remèdes coûteux et dangereux pour la santé.

De nombreux abus entourent les pratiques mystiques des marabouts ou pseudo-guérisseurs aux dépens de leurs victimes, des personnes fragiles qui hésitent souvent à porter plainte, freinées par la honte de s’être fait berner.

Pour les besoins d’une enquête menée pour la presse locale des Yvelines, un journaliste a contacté un « medium- voyant », jouant la carte d’un désespoir amoureux. Le medium a fait miroiter une solution à 350 euros en assurant « 100% de réussite ».

En France, de nombreux escrocs se font passer pour des guides spirituels, comme on peut en trouver dans la culture africaine, et s’adonnent à des arnaques en tout genre, par petites annonces ou sur Internet.

On a pu recenser à Mantes-la-Jolie une victime de rituels vaudous escroquée de sommes très importantes, des personnes ayant subi des violences commises par un « imam exorciste », ou encore une famille ruinée par un pseudo-guérisseur.

« Souvent ils y vont petit-à-petit pour plumer leurs cibles. Leur première intervention ne fonctionne pas, alors il en faut une deuxième, une troisième… et c’est payant à chaque fois », explique Marie Drilhon, Présidente de l’ADFI des Yvelines.

Si une aide sans emprise psychologique et à des tarifs raisonnables, dans une relation d’écoute, peut parfois avoir des effets bénéfiques face aux épreuves, pour autant ces pratiques, dès qu’elles prétendent soigner des maladies, peuvent devenir dangereuses.

« Certains prétendent soigner des maladies et arrivent à convaincre leur interlocuteur de cesser les traitements médicaux », dit Marie Drilhon, qui précise qu’il y a alors « perte de chance dans les soins ».

Certains marabouts, assurant détenir l’élixir miracle, ou disant avoir un « don », ont même prétendu, par téléphone, pouvoir guérir rapidement la Covid, le sida ou le cancer, grâce à des « prières » et des décoctions secrètes.

Les « mauvais sorts » sont aussi la cible des « envoûteurs » qui, moyennant finance, proposent par exemple d’éloigner un rival, de le rendre malade, ou même de le faire mourir. « La sorcellerie est une tradition africaine qui a un sens communautaire. Quand elle est exportée dans une autre culture, il y a de vrais risques d’abus », dit Marie Drilhon.

Si la plupart des guérisseurs autoproclamés sont des escrocs, certains sont de bonne foi, reconnaissant venir en complément de traitements médicaux sans s’y substituer et tenant un discours religieux plus rigoureux, mais ils restent rares.  (Source : actu.fr, 09.11.2021)

Action collective autorisée contre le pasteur Claude Guillot

Claude Guillot, pasteur baptiste, est accusé d’avoir abusé physiquement et psychologiquement des enfants de l’école La Bonne Semence de Victoriaville et d’une école clandestine de Québec. Une décision rendue par la Cour d’appel du Québec a donné son feu vert à la constitution d’une action collective contre le pasteur, l’Église évangélique baptiste de Québec-Est, l’Église baptiste évangélique de Victoriaville et l’Association d’églises baptistes évangéliques au Québec. Lire la suite

Une enfance brisée par des coups et des brimades

Joseph Fert, 31 ans s’exprime sur son enfance et une partie de son adolescence passée dans la communauté religieuse de Malrevers (Haute-Loire). Dix-huit ans après être sorti du groupe, il raconte le calvaire qu’il a vécu durant 13 ans, évoquant des actes de torture et de barbarie à son encontre. Lire la suite

Enfants des sectes : la vie d ’après

« N’oublions jamais que ce qui choque le plus profondément la victime, n’est pas tant la cruauté de l’oppresseur, que le silence du spectateur. »

Cette citation d’Elie Wiesel (lauréat du prix Nobel de la paix en 1986) sera notre devise pour ces prochains mois. En effet, cet article est le premier d’une série de quatre consacrés aux sortants de secte ayant passé leur enfance dans un mouvement sectaire. Les paroles de ces enfants, victimes oubliées ou ignorées, ne deviennent audibles que lorsqu’ils sortent du mouvement, souvent lorsqu’ils sont devenus des adultes et qu’il est parfois trop tard. À travers de nombreux témoignages, nous leur cédons la parole qui ne peut qu’inciter à ne pas être un spectateur silencieux…

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