Des «antivax» radicalisés projetait des attentats

La justice allemande a annoncé avoir déjoué des attentats terroristes d’extrême droite. Le groupuscule qui fomentait ces projets : « Patriotes unis », est une frange antivax radicalisée prête à en découdre avec l’ordre démocratique. Cette minorité constituée de 70 personnes inquiète les autorités qui placent depuis peu les violences d’extrême droite au premier rang des menaces pour l’ordre public, devant le risque djihadiste.

Malgré l’échec récent d’un projet de loi souhaité par le chancelier allemand Olaf Scholz visant à rendre le vaccin obligatoire, les groupuscules antivax poursuivent leurs manifestations et actions à l’encontre de la politique sanitaire gouvernementale. Une certaine mouvance de ces réticents à la vaccination s’est radicalisée, tant dans ses protestations que dans ses appels à déstabiliser l’état de droit. 

En effet, en avril 2022, les autorités auraient déjoué plusieurs attentats prémédités sur un réseau de messagerie par un groupuscule baptisé « Patriotes Unis ». Quatre des cinq auteurs présumés ont été arrêtés. Tous sont allemands et âgés entre 41 et 55 ans. Leur volonté : « détruire le système démocratique allemand », selon le parquet de Coblence et la police de la Rhénanie-Palatinat. Un projet accompagné de réflexions sur la mise en place d’un nouveau gouvernement, sur le rôle de Vladimir Poutine dans celle-ci ainsi que sur l’organisation d’enlèvements. Le ministre de la Santé Karl Lauterbach, partisan des restrictions sanitaires pour lutter contre le Covid-19, était l’une des cibles de kidnapping visées. Les suspects entendaient aussi attaquer les réseaux d’électricité du pays pour provoquer une panne de courant sur l’ensemble du territoire et mettre en place les conditions d’une guerre civile.

À la suite des perquisitions lancées à leur encontre, armes à feux, munitions, lingots d’or et faux certificats de vaccination ont été retrouvés.

Les enquêtes concernant des terroristes d’extrême droite en Allemagne se multiplient depuis 2019, date à laquelle un militant néonazi avait assassiné Walter Lübcke, un élu du parti conservateur d’Angela Merkel qui défendait la politique d’accueil des migrants. Depuis, police et services de renseignement collaborent pour démanteler ces réseaux parmi lesquels figurent des groupes comme Knockout 51 ou Atomwaffen Division Deutschland (branche allemande du mouvement néonazi américain). Un sympathisant de ce dernier mouvement a été mis en accusation pour avoir voulu déclencher « une guerre des races » par des attentats à l’explosif et à l’arme à feu. 

(Source : Journal de Montréal, 14.04.2022)

Un nouveau relai pour les antivax

Essayiste au CV imposant, Idriss Aberkane est aussi connu pour ses conférences sur le développement personnel. Depuis le début de la pandémie, il est l’une des figures les plus importantes de la sphère antivax, n’hésitant pas à user de théories du complot et de fausses informations.

Sur les réseaux sociaux, il dispense des théories douteuses en avançant une supposée connaissance scientifique notamment sur l’épidémie de Covid-19 ou la vaccination, utilisant son CV comme caution du sérieux de ces théories conspirationnistes. Il prétend avoir trois doctorats dans des domaines variés. Mais ces diplômes et ses prétendues connaissances scientifiques ne sont pas un frein à la diffusion de théories fumeuses conspirationnistes comme ce fut le cas précédemment avec Luc Montagnier ou Didier Raoult. Son CV suscite quelques interrogations notamment sur son passage en tant qu’enseignant chercheur à l’école Polytechnique ou à Supelec. Les deux écoles démentent qu’il ait eu ce poste et n’accordent pas de caution scientifique à ses conférences.

Concernant ses ouvrages, les chercheurs Sebastian Dieguez et Nicolas Gauvrit constatent que le lecteur est trimballé d’une chose à l’autre sans savoir où l’auteur veut l’emmener. Il mêle des anecdotes personnelles, des comparaisons hasardeuses, des affirmations floues et des diagnostics peu fiables. Pour Nicolas Gauvrit, Idriss Aberkane est un génie de la communication mais n’a aucune assise scientifique. De nombreux autres chercheurs ont déjà déploré la faible qualité de ses publications scientifiques.

Au mois de décembre 2021, il a publié une vidéo soutenant encore Didier Raoult, mêlant sources peu fiables et opinions, un classique de la rhétorique complotiste.  Il a aussi commenté un reportage paru dans la presse sur un malade du Covid en réanimation qu’il accuse d’être un faux patient. Ce dernier est décédé des suites du Covid durant le mois de janvier. Selon Rudy Reichstadt, directeur de l’ONG Conspiracy Watch, le nom d’Idriss Aberkane circule depuis quelques années mais c’est à la faveur de la crise sanitaire qu’il a véritablement plongé dans le complotisme.  (Sources : L’Express, 04.01.2022 & Midi Libre, 19.01.2022)

Les applis de grossesse ciblées par les antivax

Des théories du complot se diffusent sur des applications pour les femmes enceintes ou les jeunes parents, comme What To Expect, Glow mais aussi Peanut. Ces lieux d’échanges sont devenus des cibles privilégiées pour la diffusion de nombreuses fake news sur la vaccination.

Sur l’application Glow de nombreuses publications tentent de dissuader les parents de faire vacciner leurs enfants. D’autres applications proposent même des listes de médecins qui peuvent leur permettre de contourner les obligations vaccinales pour les enfants. Les applications pour femmes enceintes ou jeunes parents sont visées car leur public est souvent vulnérable notamment pour la naissance d’un premier enfant. Aux Etats-Unis par exemple les femmes enceintes sont très peu vaccinées contre le Covid-19 et cela serait notamment liées à la diffusion de fausses informations prétendant que la vaccination peut entraîner des fausses couches.

Cet exemple montre que les grands médias sociaux ne sont pas les seules cibles de désinformation. Et comme eux certaines applications investissent dans une modération et cherchent à repérer les publications ou les discussions sur les forums qui propagent des fausses informations ou des théories complotistes.  (Source : L’ADN, 07.02.2022)

Documentaire : Antivax – Les marchands de doute, Arte, 24.12.2021, 91 minutes

Véritable plongée au cœur de la galaxie antivax, ce documentaire produit par Lise Barnéoud et Marc Garmirian, explore les diverses motivations des opposants à la vaccination.

Si le mouvement anti-vaccination s’est essentiellement construit autour des craintes quant à de possibles effets secondaires des vaccins, pour certains de ses promoteurs les motivations sont tout autres et la pandémie a été une vraie opportunité pour se faire connaître, attirer de nouveaux membres et s’enrichir.

Le documentaire introduit le sujet en évoquant le cas d’Andrew Wakefield. Ce gastro-entérologue britannique s’est fait connaître pour une étude frauduleuse, publiée en 1998, établissant un lien entre le vaccin contre la rougeole et l’autisme. Bien que radié en 2010, il a acquis une importante notoriété dans la sphère antivax, si bien qu’une fois établi aux États-Unis, il a développé un business juteux autour de la peur des vaccins. Aujourd’hui, lui et d’autres activistes, comme le producteur Del Bigtree, profitent de la pandémie pour propager des théories complotistes sur les réseaux sociaux afin de faire basculer les hésitants dans leur camp.

D’autres n’ont aucun scrupule à proposer des traitements alternatifs, parfois dangereux, ou à organiser des levées de fonds pour des causes liées à l’anti-vaccination.

Le documentaire laisse aussi la parole à des lanceurs d’alerte qui tentent de prévenir des dangers de l’anti-vaccination. Les journalistes ont également donné la parole à des personnes craignant le  vaccin. Enfin, ils ont aussi rencontré une jeune femme devenue paraplégique suite à une rougeole. Elle n’en veut pas à ses parents de ne pas l’avoir fait vacciner, mais avoue que « c’est trop bête de laisser le hasard choisir quand il y a des solutions ».  (Source : Arte, 14.12.2021)

Visionner le documentaire disponible jusqu’au 25 juin 2022 : https://www.arte.tv/fr/videos/103025-000-A/antivax-les-marchands-de-doute/

La bonne santé des dérives sectaires

Pascale Duval, porte-parole de l’Unadfi, et Stéphane François, professeur de science politique à l’université de Mons, ont été invités par France Culture à l’émission Sous les radars consacrée aux dérives sectaires dans le champ de la santé et du bien-être, des domaines que beaucoup pourraient penser sans risques.

En recherche de solutions naturelles pour faire face au virus ou en quête de sens, l’intérêt des Français pour des offres de soins ou de bien-être s’est accru depuis le début de la pandémie, certains d’entre eux se retrouvant dans les griffes de praticiens peu scrupuleux.

Prenant racine dans le New Age, une idéologie apparue à la fin du XIXe siècle, ces pratiques amènent une défiance envers la science et la médecine, qui n’est pas sans poser des problèmes à la collectivité, en particulier en ce qui concerne le refus de vaccination.

Interrogés par la journaliste  Nora Hamadi, Pascale Duval et Stéphane François se sont attachés à expliquer comment ces pratiques peuvent conduire à des dérives sectaires et quelles solutions peuvent être envisagées pour y faire face.

(Source : France Culture, 06.11.2021)

Ecouter le podcast : https://www.franceculture.fr/emissions/sous-les-radars/la-bonne-sante-des-derives-sectaires

Dérives sectaires : Ces nouveaux mouvements qui surfent sur la pandémie,

Marie Drilhon, présidente de l’Association de Défense des Familles et de l’Individu victimes de sectes (ADFI) Yvelines, membre du bureau de l’UNADFI, a été l’invitée de l’émission 7 milliards de voisins sur RFI.

Aux côtés des journalistes Timothée de Rauglaudre et Jean-Loup Adenor, elle s’est exprimée sur l’évolution des dérives sectaires depuis le début de la pandémie. Outre un accroissement des signalements – la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Mivuldes) en a noté en 2020 40% de plus qu’en 2015 – les intervenants pointent les secteurs de prédilection des nouveaux gourous, en particulier le bien-être.

L’émission a également donné la parole à Enzo, un ancien Témoins de Jéhovah âgé de 21 ans qui a raconté son endoctrinement par le groupe.

(Source : RFI, 22.11.2021)

Ecouter le podcast : https://www.rfi.fr/fr/podcasts/7-milliards-de-voisins/20211122-d%C3%A9rives-sectaires-ces-nouveaux-mouvements-qui-surfent-sur-la-pand%C3%A9mie

Opposants au vaccin anti-Covid-19 et antivax « classiques »

La majorité des opposants au vaccin anti-Covid-19 ne se disent pas anti-vaccins mais inquiets de ses potentiels effets à long terme. Leur discours, qui pourrait paraître plus modéré que celui des antivax « classiques », semble pourtant dans la continuité de ce dernier. Lire la suite

Hors-série Actualités de l’Unadfi N°3 // Spécial Covid-19

Depuis plusieurs mois, l’actualité montre que mouvements sectaires et complotistes profitent de la crise sanitaire de la Covid-19 pour déverser leur flot d’inepties. La vaccination est leur principale cible : elle ne constituerait e plus seulement un risque pour la santé, elle rendrait homosexuel, serait le fruit d’une action globale des élites visant à asservir l’humanité, elle permettrait le traçage de la population ou encore modifierait l’ADN.

Depuis l’attaque du Capitole par les adeptes de QAnon, les autorités françaises ont pris la mesure du danger qu’encourent les Etats. S’il est peu présent en France, des « sympathisants » de ce mouvement devenu international déversent son discours anti-institutions et anti-médecine à travers des sites dédiés à des pratiques de soins non conventionnelles ou à la spiritualité new age.
Le terme conspiritualité, créé en 2011 par les anthropologues Charlotte Ward et David Voas, prend tout son sens dans le contexte actuel : il décrit la fusion des théories du complot et de la spiritualité, notamment celle du New Age, et s’applique à ces théories fleurissant sur le web. Prétextant le contrôle de la société par une élite, les new agers appellent à un « changement de paradigme » dans le prétendu but d’émanciper la société de cette élite.

Et force est de constater qu’Internet est devenu le lieu de recrutement, de prosélytisme et de développement de groupes virtuels où l’emprise mentale s’exerce même à distance.

La volonté affichée de Marlène Schiappa de lutter contre les sectes et toutes formes de radicalités est un espoir pour les victimes de ces mouvements fragilisant nos démocraties.

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