Des mises en examen dans l’affaire Arcadia

Dans le courant du mois d’avril 2022, quatre personnes ont été mises en examen dans l’affaire de la société Arcadia. La société aurait été infiltrée par des scientologues. Les quatre mis en examen, le patron de l’entreprise, deux auditeurs et un consultant, sont notamment accusés de harcèlement moral et de banqueroute.

L’affaire a débuté en 2014 lorsqu’une douzaine de salariés de la société Arcadia, spécialisée dans l’aménagement de combles, ont déposé une plainte stipulant que la direction de l’entreprise avait été noyautée par des scientologues souhaitant la « piller financièrement ». Les plaignants mentionnaient aussi le fait d’avoir été forcés de suivre des formations dispensées par des membres de la Scientologie et d’avoir subi une sujétion psychologique. Une instruction avait été ouverte en aout 2015.

L’entreprise est en cessation de paiement depuis juin 2014. Pour les employés, la chute de l’entreprise est dûe à l’omniprésence de la Scientologie, les quatre accusés étaient en effet tous scientologues au moment des faits. En 2014, le porte-parole de la Scientologie avait dénoncé une « plainte loufoque » avançant que la Scientologie n’avait jamais donné de formation dans cette entreprise. Pour Maitre Olivier Morice, avocat des anciens salariés, cette réponse est typique de la Scientologie qui prend ses distances lorsqu’un de ses membres est mis en cause.

Au début de l’année 2022, le directeur de l’entreprise a été mis en examen pour « harcèlement moral », « complicité de banqueroute » et « abus de biens sociaux ». Le juge a notamment constaté de lourdes factures réglées à des auditeurs alors que la situation financière de la société ne le permettait pas. Les auditeurs ont été de leur côté mis en examen pour « banqueroute », « abus de bien sociaux » et « harcèlement moral ». Selon Maître Olivier Morice, il y a des indices graves et concordants dans cette affaire, qui illustrent une infiltration typique de la Scientologie. Il évoque plus de 600 000 euros détournés.

Le Parisien a pu interroger trois anciens salariés de l’entreprise. Ils gardent des séquelles de cette période et se souviennent de leur directeur complètement obnubilé par la Scientologie et de la manière dont les membres du groupe ont essayé de les mettre sous emprise. Un consultant extérieur avait amené des méthodes scientologues dans l’entreprise via des formations pendant lesquelles les employés devaient par exemple rester assis de longues heures ou bien insulter des collègues jusqu’à l’épuisement.

Les ex-employés espèrent qu’un procès pourra leur permettre de tourner la page.   

(Sources : Le Figaro, 15.04.2022 & Le Parisien, 26.04.2022)

Lire sur le site de l’Unadfi, l’ensemble des articles sur l’affaire : https://www.unadfi.org/?s=arcadia

QAnon veut croire aux « medbed » magiques

Au sein de la mouvance d’extrême droite QAnon, une théorie du complot est en train de gagner en popularité : celle de l’existence de « medbeds ».

L’arrivée de ce dispositif est très attendue. Ces lits médicalisés seraient capables de guérir les cancers les plus graves, de faire repousser les membres et même d’inverser le cours du vieillissement. Un groupe QAnon basé à Dallas est persuadé que c’est grâce aux pouvoirs curatifs de ces lits médicalisés miraculeux que John F. Kennedy est toujours vivant et a pu rester jeune. 

Romania Didulo, une leader conspirationniste proche du mouvement QAnon et se présentant comme la « Reine » du Canada, a aussi fait la promotion de ces lits médicalisés. En août dernier elle a publié un post promettant que ces appareils « seront rendus accessibles gratuitement pour tous les Canadiens. » YamatoQ, la frange japonaise de QAnon, a également embrassé cette théorie, et a même fabriqué sa propre version de l’appareil avec des fils de cuivre.

Les adeptes de cette théorie croient en des prophéties. La première dit que Trump connaît l’existence de ces lits et les rendra bientôt accessibles au public. La deuxième concerne les grandes compagnies pharmaceutiques, qui seraient vouées à complètement disparaître d’ici très peu de temps.

Des entrepreneurs profitent de ces croyances

Une société du nom de Tesla Biohealing, basée dans le Delaware, propose d’ores et déjà à la vente ce qu’elle appelle des « Générateurs MedBed ». Si la société se distancie des théories complotistes de QAnon, elle s’adresse néanmoins à ses défenseurs. Une certaine Julie, vendeuse pour Tesla Biohealing, a vanté les mérites des produits de la société dans un message posté dans une discussion QAnon sur le réseau Telegram : « pour votre information, mon époux utilise un ‘Générateur Medbed’ et un ‘Biohealer Tesla’ pour traiter ses tumeurs de la glande salivaire agressives et inopérables. Cette technologie est d’un très grand soutien. » Tesla Biohealing attribue sa technologie à James Liu, médecin et président de cette société. Par le passé il a été accusé par la Federal Trade Commission (l’équivalent de la Direction générale de la Concurrence) de publicité mensongère alors qu’il proposait des traitements pour l’asthme. De plus, le précédent conseil d’administration de sa société avait émis une résolution l’accusant de sabotage, de contrefaçon, et d’avoir envoyé de l’argent appartenant à la société à sa petite amie d’Internet. Aujourd’hui, James Liu assure que des produits de Tesla Biohealing, des boîtes en métal à placer sous le matelas de son lit, peuvent mener le malade vers la guérison. Ces boîtes généreraient de l’énergie vitale qui aiderait à guérir les malades de « cancers en phase terminale » et ceux « paralysés depuis six mois après un AVC ». Pour les maladies les moins graves, l’entreprise conseille un « Biohealer pour adulte », au prix de 599 dollars. Pour les cancers sévères, elle conseille « deux Générateurs Medbed ou plus », qui coûtent  1999 dollars l’unité.

D’autres entreprises osent aller plus loin encore. Une entreprise suisse du nom de 90.10 est parvenue à acquérir le nom de domaine très convoité « medbed.com » et propose sur son site, vidéo à l’appui, l’accès pour le malade à une « énergie infinie » et la possibilité de « reprogrammer son ADN », le tout sans effets secondaires. L’entreprise ne vend ni ne livre aucun produit. Elle prétend pouvoir transformer à distance les lits de ses clients grâce à une technologie dont elle a déposé la marque : « Faster than Light Technology ». Cette technologie est censée « téléporter ou diffuser sans délai de l’énergie et des fréquences quantiques dans le corps humain. » Sur son site internet l’entreprise a publié des vidéos de prétendus clients qui affirment qu’en une seule nuit de sommeil leur lit aux pouvoirs augmentés était parvenu à réaligner leur colonne vertébrale, nettoyer leurs sinus, guérir des douleurs osseuses, leur révéler leur véritable but dans la vie. Le président de 90.10 a déclaré ne pas être au courant des théories conspirationnistes défendant l’existence des « medbed », ces lits médicaux guérisseurs. L’appellation « medbed » signifierait « meditation bed ». Selon lui, le système qu’il propose n’est pas de nature médicale, mais « a pour objectif d’acheminer de l’énergie quantique à l’intérieur du corps. » Cela pour la modique somme de 2 500 dollars.  

(Sources: Radio-Canada, 01.04.2022 & Times of Israël, 01.04.2022)

Le coaching : nouvel Eldorado de la reconversion professionnelle ?

Depuis plusieurs années le succès du métier de coach ne se dément pas. Il attire de plus en plus de personnes en quête de sens qui espèrent aussi gagner en qualité de vie en devenant indépendantes grâce à cette reconversion professionnelle. Cependant, ce créneau professionnel risque d’être bientôt saturé car la tendance s’est nettement accentuée depuis la pandémie.

Les reconvertis dans le coaching sont souvent de jeunes cadres, majoritairement des femmes. Déçus du manque de reconnaissance du monde de l’entreprise, ayant connu des ruptures dans leur carrière, beaucoup y voient l’opportunité de mettre à profit leur expérience passée. Espérant apporter dans l’entreprise le bien-être qu’ils n’ont pas eux-mêmes connu, ils « veulent réinventer le monde de l’entreprise en permettant aux personnes d’être actrices de leur vie » explique la sociologue Scarlett Salman1. Cet « impératif sociétal à se réaliser soi-même » qui demande « aux personnes d’être aux commandes de leur propre changement a fait du coaching « un marqueur culturel fort des sociétés individualistes » souligne le professeur de sociologie Nicolas Marquis2. Mais au lieu d’aider les individus, cette vision du coaching peut avoir pour effet pervers de faire reposer sur les individus des problèmes structurels liés à une mauvaise organisation des entreprises.

Pourtant, selon une étude de l’International Coach Federation (ICF), le succès du coaching ne faiblit pas. Le nombre de coachs a augmenté de 33 % dans le monde entre 2015 et 2019. Rien que pour la France, l’ICF aurait accrédité 1 600 coachs, soit deux fois plus qu’il y a sept ans. Le Syndicat interprofessionnel des métiers de l’accompagnement, du coaching et de la supervision (Simacs) compte 5 000 adhérents.

Le coaching couvre des domaines variés allant du monde de l’entreprise au coaching de vie, aussi n’est-il pas facile de s’orienter dans cet univers hétéroclite qui flirte parfois avec la psychanalyse, voire l’ésotérisme lorsqu’il promet la « réparation de traumatismes enfouis, la disparition des pensées limitantes ou l’autonomie émotionnelle ». Dans son dernier rapport, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), note un triplement des saisines sur le coaching entre 2018 et 2020.

Cette profession non encadrée est accessible à tous via des formations parfois très courtes. Leur prix, allant de quelques centaines d’euros à plus de 20 000 euros l’année à HEC, ne dissuade pas les nouveaux postulants. Devant un tel engouement, les responsables du diplôme « Pratiques du coaching » de Paris-VIII (5 000 euros l’année), ont réduit le nombre de places afin de ne pas « sursaturer un marché qui l’est déjà ».

Si l’investissement de départ est élevé, sa rentabilité est loin d’être immédiate et bien souvent deux à trois ans de travail sont nécessaires avant d’arriver à en vivre. Aussi beaucoup de coachs cumulent plusieurs activités telles que consultants ou formateurs et bien souvent gagnent leur vie en formant des coachs qui formeront à leur tour d’autres coachs… 

(Sources : Le Monde 24.03.2022 & Le Figaro Madame, 05.04.2022)

1. Scarlett Salman est l’autrice du livre « Aux bons soins du capitalisme. Le coaching en entreprise », Les Presses de Sciences Po, 2021.

Le financement de la désinformation en ligne

Au début du mois de septembre 2021, France 2 a diffusé « Fake news, la machine à fric », un documentaire sur les circuits financiers permettant aux producteurs de désinformation de prospérer notamment grâce à la publicité. Des entreprises, associations ou plateformes sur le web peuvent contribuer, parfois contre leur gré, au développement de ces fake news. Lire la suite

Du développement personnel au sein d’une entreprise

Une ancienne employée de la chaîne de restauration rapide Panda Express affirme avoir été soumise à des stages de développement personnel ressemblant à une secte. Elle y aurait subi des violences psychologiques ainsi que des abus sexuels. Selon elle la progression au sein de l’entreprise dépendait du suivi de ces stages. L’ex-employée a décidé de porter plainte contre Panda Express et la structure organisatrice du stage. Lire la suite

La pandémie profite à des entreprises liées aux Frères de Plymouth

Les journaux anglais, Byline Times et The Citizens, qui avaient lancé au printemps 2020 une enquête1 sur le financement des équipements de protection individuelle (EPI) en lien avec l’épidémie de Covid 19, ont révélé que ce ne sont pas douze, mais plus de 20 entreprises liées aux Frères de Plymouth2 qui se sont vu attribuer des contrats par le gouvernement anglais. Des contrats dont le montant dépasse de loin les chiffres avancés au printemps. En effet, les deux journaux auraient découvert que ce montant serait de 1,1 milliard de livres, une somme équivalente à celle de tous les contrats attribués au secteur privé en 2019-2020. Lire la suite

Règlement à l’amiable

Teton Therapy, une entreprise du Wyoming, a réglé à l’amiable une action en justice fédérale intentée par une ancienne employée qui prétendait avoir subi des pressions pour suivre des cours de Scientologie. L’entreprise était accusée de discrimination religieuse à l’encontre de l’employée. Lire la suite