Un documentaire inédit sur les Enfants de Dieu

Courant avril 2022, la chaîne RMC Story a diffusé un reportage inédit, David Berg : Le faux prophète pervers et pédophile, réalisé par Vincent Néquache.

Ce documentaire revient sur David Berg, le fondateur et leader des Enfants de Dieu. Il montre comment son emprise et les règles imposées à son groupe ont détruit des familles. Un grand nombre d’enfants ont subi des abus et des agressions. C’est à la fin des années 1960 qu’il a fondé ce mouvement en recrutant de nombreux hippies qu’il aide dans leurs problèmes de toxicomanie.

Les abus dont sont victimes les membres sont longtemps restés cachés ce qui a permis au groupe d’assurer son expansion.  

(Source : Le zapping du paf, 12.04.2022)

Voir le replay : https://www.rmcbfmplay.com/video/rmc-story/david-berg-le-faux-prophete-pervers-et-pedophile?contentId=Product::NEUF_NUM23_N23704959466527&universe=PROVIDER

A noter : la réédition du livre de Myriam Declair, ex-adepte de ce mouvement, qui retrace l’histoire du groupe  de son origine à aujourd’hui : Se libérer d’une secte : récit, conseils et prévention. Version électronique seulement, sur le site de l’auteur https://myriamdeclair.org/publications-table-des-matieres/

Arrestation du leader

Eligio Bishop, chef du groupe Carbon Nation, a été arrêté et a comparu pour la première fois devant un juge dans le courant du mois d’Avril 2022. Il est accusé de viol, de séquestration et d’envoi de messages à caractère sexuel explicite. Le juge n’a pas souhaité établir une caution.

Les faits reprochés au leader émanent d’une ex-adepte qui après avoir fui le groupe a raconté à la police comment il maltraitait les femmes. Il aurait posté des vidéos à caractère sexuel d’elle et de lui sur les réseaux sociaux sans son consentement. Cette première plainte a permis l’ouverture d’une enquête, les témoignages d’autres ex-adeptes aboutissant à l’arrestation de Bishop.

Selon les témoignages d’ex-adeptes, Carbon Nation a débuté comme un mouvement de contre-culture noire mais s’est progressivement transformé en quelques chose de totalement différent.  Le groupe a changé quand il a commencé à tourner davantage autour du leader dont le surnom est passé de « Natureboy » à « 3God ». Les membres subissent alors une importante violence mentale, verbale et physique notamment les femmes. Les critiques montrent aussi que les adeptes qui choisissent de vivre avec le groupe doivent remettre leur argent et leurs biens et ont interdiction de quitter le groupe. Les membres de la communauté n’étaient pas forcément nombreux, mais le leader était très suivi sur les médias sociaux.

Fondé aux Etats-Unis, le groupe a tenté de migrer en Amérique centrale ou en Amérique du Sud dans le but de créer une communauté idéale. Il avait été expulsé du Costa Rica, du Nicaragua et du Panama. En 2020, Eligio Bishop et plusieurs membres du mouvement ont été arrêtés à Hawaï, pour avoir violé la politique sanitaire, et renvoyés en Californie. Les adeptes déclarent suivre un régime végétalien. Les objectifs du groupe sont d’enseigner sur différents sujets dont la religion et la sexualité et d’aider l’humanité notamment en guérissant les hommes et les femmes noirs de leur traumatisme.

La police continue son enquête afin d’éclaircir les faits. Les membres encore présents dans le groupe soutiennent le gourou et déclarent que les accusations sont fausses, n’hésitant pas à vanter les qualités du leader et ils assurent que tout ce qui se passe sexuellement dans le groupe est fait par consentement. 

(Sources : Fox 5 Atlanta, 15.04.2022 & 11Alive, 20.04.2022)

Retour sur l’affaire  

L’émission Hondelatte raconte diffusée sur Europe 1 est revenue sur l’histoire de la secte fondée et dirigée par Robert Le Dinh, à Agen et dans l’Ariège, l’Association de défense des libertés dans l’institution française (ADLEIF).

Pour écouter le podcast : https://www.europe1.fr/emissions/hondelatte-raconte/tang-un-gourou-pervers-lintegrale-4101682  (Source : Europe 1, 01.04.2022)

Lire sur le site de l’Unadfi l’ensemble des articles sur ADLEIF : https://www.unadfi.org/mot-clef/adleif/

Succès d’un podcast qui donne la parole à des ex-évangéliques

I was a Teenage Fundamentalist (IWATF), un podcast lancé par deux anciens membres d’églises évangéliques, Troy et Brain, connaît un succès qui dépasse largement les frontières de l’Australie. Il se place juste derrière exvangelical, le podcast de l’américain Blake Chastain téléchargé 13 000 fois chaque mois.

Mis en ligne en 2021, il IWATF compte déjà 42 épisodes qui donnent la parole à ceux qui ont échappé à des religions autoritaires. Troyy, qui a été membre d’un centre de réveil dans les années 1980, déclare que son podcast est bien plus qu’un moyen de témoigner, qu’il s’agit aussi d’une thérapie qui donne l’occasion aux invités de raconter leurs histoires d’abus et de manipulation par leur église.

Principalement écouté par des ex adeptes ou des personnes qui se questionnent sur leur culte, il a déjà amené des auditeurs à changer de point de vue sur leur Eglise.

Mais Troy et Brian ont qualifié l’enregistrement du podcast de « re traumatisant » à tel point que Troy a dû faire une pause d’un mois.

Âgé de 50 ans, Troy avait été attiré par le Revival Centres International (aujourd’hui Revival Centres Church) alors qu’il n’avait que de 13 ans. Il reproche à l’Église sa stratégie de recrutement ciblant principalement les adolescents qui devaient être recrutés jeunes « avant que le diable et le monde ne corrompent leur esprit et leur âme. ». Quatre ans plus tard, marié et prêt à devenir ministre du culte, il est assailli de doutes, devant les incohérences et les manipulations qu’il a constatées dans le groupe et décide d’en partir.

Quant à Brian il a été membre d’une première Eglise avant d’être recruté comme « sang frais » par les Assemblées de Dieu. A l’époque où il en faisait partie, il décrit une ambiance sectaire où primait le nombre de nouvelles recrues.

L’émission la plus écoutée fut l’interview du cofondateur de Hillsong, Geoff Bullock, un ancien ami de Brian Houston. Pour la première fois, il a évoqué son « expérience infernale » dans cette Église dont le style de leadership était, selon lui, « agressif » et « dominateur, presque intimidant ». Dans le podcast il évoque aussi le syndrome de stress post-traumatique dont il a souffert après son départ de Hillsong en 1995. Pour lui aussi l’enregistrement a été une expérience difficile et réécouter l’émission l’a été encore plus.

À la suite de sa mise en ligne, Brian Houston et Hillsong ont bloqué le compte twitter d’IWATF.

Pour Venn-Brown, l’un des principaux évangélistes d’Australie et l’un des premiers au monde à avoir suivi une thérapie de conversion gay en 1972, des podcast comme IWATF ou le groupe de soutien qu’il avait créé sur Yahoo en 2000, constituent des espaces de soutien, de « guérisons et de résolution » pour ceux qui ont des problèmes avec leur religion. Centré sur l’aide aux personnes homosexuelles confrontées à un conflit entre la foi et la sexualité, son groupe les accueillait sans jugement et leur permettait d’échanger, pour la première fois, avec d’autres. A l’époque, explique-t-il, « nous n’avions vraiment aucune compréhension du SSPT ou du traumatisme religieux ».

Le Dr Josie McSkimming, une ex-évangélique qui a, elle aussi, participé au podcast, souligne que beaucoup de ceux qui envisagent de quitter ces églises sont forcés de vivre une double vie car elles incitent « à ne pas douter, à ne pas parler à des étrangers, à rester assez docile et enfermé dans l’organisation et à ne pas faire confiance à vos sentiments parce qu’ils ne sont pas fiables, alors que la Bible est fiable ». Pour elle un podcast comme IWATF est salutaire car il permet à ses auditeurs de se rendre compte qu’ils ne sont pas seuls.


(Source : Vice, 07.04.2022)

Une nouvelle tendance New Age : le manifesting

Nouvelle tendance d’inspiration New Age, le manifesting stipule qu’il est possible de prendre le contrôle de sa vie grâce à sa volonté et à l’adoption d’un mode de pensée optimiste. Cette tendance est très suivie sur les réseaux sociaux, fortement inspirée par le New Age mais aussi par un individualisme propre à notre époque.

Cette mode se diffuse sur les réseaux sociaux, de nombreuses vidéos promettant par exemple de faire resurgir une personne du passé, faire revenir un ex, parvenir à se transformer, trouver le job de ses rêves. Outre les vidéos, des retraites sont aussi organisées pour « Manifester son bonheur » ou « Manifester son partenaire de rêve ». Tout repose sur une attitude mentale positive et parfois des rituels permettant de devenir ce que l’on souhaite.

Le magazine Usbek et Rica évoque pour cette « technique » un mélange de développement personnel mêlé à des prophéties (soi-disant) auto-réalisatrices. Le manifesting touche principalement la génération Z (personnes nées entre 1997 et 2010) surfant sur la mode actuelle du bien-être, un marché toujours plus lucratif. Des entreprises ont vu le jour proposant des « kit de manifesting », des bagues, des pierres ou des sessions de cours.

Pour expliquer cette ferveur, Usbek et Rica parle de l’impact de la pandémie et des confinements qui a poussé des individus vers un repli spirituel qui apporte un certain réconfort pourtant illusoire. Pour Patrick Rosenkranz, maître de conférences en psychologie de la religion à l’université de Newcastle, c’est aussi une réaction au « désenchantement du monde », une recherche de spirituel au-delà des religions classiques. C’est dans ce sens que le New Age prospère discrètement dans nos sociétés depuis des dizaines d’années. Aujourd’hui des individus défendent des techniques New Age sur les réseaux sociaux auprès d’une population de plus en plus jeune.

L’un des risques du manifesting est de développer la culpabilité personnelle en occultant les raisons structurelles pouvant justifier des échecs, ou des phénomènes sociaux et sociétaux. Tous les maux et les traumatismes reposent alors uniquement sur l’individu. 

(Source : Usbek et Rica, 23.03.2022)

Un membre d’une église évangélique condamné

Un homme de 56 ans a été condamné à seize ans de réclusion criminelle par la Cour d’assises du Loiret pour viols sur mineurs. Les faits ont été commis entre 2005 et 2018.

Membre d’une église évangélique, l’homme était professeur de mathématiques. Il a été reconnu coupable de viols et d’agressions sexuelles sur des mineurs de 15 ans. Ce sont des fidèles qui avaient saisi la justice après le témoignage d’une victime. Un pasteur de l’église qui n’aurait pas dénoncé les faits alors qu’il était au courant devrait être prochainement renvoyé devant la justice pour non-dénonciation de crime.

En plus de sa peine de prison, l’accusé a une interdiction d’entrer en contact avec des mineurs, les victimes et leurs familles. Il est dans l’obligation d’un suivi socio-judiciaire et d’une injonction de soins.  

(Source : 20 minutes, 16.03.2022)

Un pasteur fraudeur sous les verrous  

Mwinda Lezoka, pasteur canadien, a été condamné à deux ans et demi de prison pour avoir extorqué ses fidèles d’un montant dépassant les 250 000 dollars. Cette décision devrait mettre fin à un feuilleton judiciaire qui dure depuis dix ans.

En 2020, un juge a reconnu le pasteur coupable de fraudes sur quelques-uns de ses fidèles entre 2005 et 2009 alors qu’il dirigeait la Communauté chrétienne de Béthel, un groupe évangélique situé à Montréal. Il aurait profité de son ascendant spirituel pour escroquer des fidèles. La somme s’élèverait à 268 000 dollars. Son église étant dans une situation de faillite à la suite d’investissement dans des projets immobiliers il avait poussé des fidèles à hypothéquer leur maison ou leur avait soutiré des sommes importantes sous des prétextes fallacieux. Certains se sont retrouvés dans des situations d’extrême pauvreté à la suite de ces dons. Lors du procès le juge a constaté que l’ascendant exercé par Mwinda Lezoka sur ses victimes a été un élément significatif pour l’obtention des sommes, constituant un réel « un abus de confiance ».

Afin d’éviter un jugement, le pasteur a essayé de faire durer l’affaire en multipliant les reports, les requêtes ou bien en changeant d’avocat. En plus de sa peine de prison il devra remettre 268 000 dollars à ses victimes d’ici 2029 dans le cadre d’une ordonnance de restitution. Il devra aussi payer une amende de remplacement de 50 000 dollars sous peine d’être condamné à une année de prison supplémentaire.

Le pasteur a fait appel du jugement.  

(Source :  La Presse, 17.03.2022)

Les Témoins de Jéhovah à l’origine du report du rapport 2021 de la Miviludes ?  

La parution du rapport de la Mission interministérielle de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), initialement prévue en février 2022, a été repoussée à une date indéterminée.  Interpelé par ce report, le journal Marianne s’interroge sur l’éventuel rôle de « pressions exercées par les Témoins de Jéhovah qui viennent d’annoncer des poursuites contre la Mission ».

Si ce report du rapport de la Miviludes après les échéances électorales interroge Charline Delporte, présidente du Centre national d’accompagnement familial face à l’emprise sectaire (Caffes), des proches de la Mission y voient une possible pression des Témoins de Jéhovah, très irrités par le rapport 2018-2020 de la Miviludes, publié en février 2021.

Ce rapport évoquait un « prosélytisme très actif » durant la pandémie, le « refus des transfusions sanguines », « le véritable ostracisme mis en œuvre pour celles et ceux qui décident de quitter la communauté », « l’éducation des enfants » qui seraient soumis à une « forte tension psychologique ».

Le 8 novembre 2021, Guy Canonici président de la Fédération chrétienne des Témoins de Jéhovah, adressait à Christian Gravel, président de la Miviludes, un recours administratif préalable dont les seize pages accusaient le rapport de la Miviludes de cibler de « manière discriminatoire les pratiques et croyances des Témoins de Jéhovah par le biais d’accusations fausses et diffamatoires », et exigeait surtout de « supprimer du rapport d’activité les passages diffamatoires. »

Le 20 janvier 2022, Guy Canonici avisait la Miviludes d’une procédure judiciaire devant le tribunal administratif. Enfin, dans un communiqué publié le 7 mars, les Témoins de Jéhovah annonçaient publiquement poursuivre la Miviludes.

Certains voient là un avertissement du groupe qui aurait pu freiner la sortie du nouveau rapport. D’autant que selon plusieurs sources qui se sont confiées à Marianne, le rapport 2021 pourrait être encore plus accablant pour le groupe en raison de nombreux témoignages rapportés à la Mission.

Interrogé par Marianne, Christian Gravel, le président de la Miviludes, réfute cet argument : « Nous n’avons pas cédé, et nous ne céderons pas à leur pression. Nous continuerons à travailler, en toute indépendance, et à dénoncer un certain nombre de dérives et de comportements à caractère sectaire. » Pour lui « le rôle de la Miviludes consiste à faire savoir quelles organisations peuvent être concernées par des dérives à caractère sectaire. C’est ce que nous avons constaté depuis des années avec les Témoins de Jéhovah. L’essentiel du travail sur le prochain rapport a été fait et leur lobbying n’y change rien ».

Marianne révèle néanmoins que les Témoins de Jéhovah ont été reçus au ministère de l’Intérieur le 3 juin 2021 par Sébastien Jallet, l’ancien directeur de cabinet de la ministre déléguée en charge de la Citoyenneté Marlène Schiappa. Christian Gravel et Clément Rouchouse, chef du Bureau central des cultes (BCC) étaient également présents. Selon le courrier de Guy Canonici adressé le 8 novembre à Christian Gravel, lors de cette réunion, « engagement avait été pris de reconsidérer le traitement réservé par la Miviludes aux Témoins de Jéhovah ».

Ce présumé engagement n’a pas été tenu, mais le fait que les Témoins de Jéhovah aient été reçus au ministère de l’Intérieur en présence du chef du BCC et du président de la Miviludes a ravivé les craintes émises lors du passage de la Miviludes sous la tutelle du ministère de l’Intérieur, également en charge « des relations entre l’État et les associations cultuelles établies » via le BCC.

« Au Bureau central des cultes, on considère tous les cultes sans distinction », regrette Pascale Duval, porte-parole de l’Union nationale des associations de défense des familles et de l’individu victimes de sectes (Unadfi).

Répondant aux craintes des militants « antisectes », Christian Gravel rassure en confirmant que la souveraineté de la Miviludes n’est nullement remise en cause par son rattachement au ministère de l’Intérieur via le Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR) « qui préserve par définition le caractère interministériel de la Mission. ». 

(Source : Marianne, 07.03.2022)

Viols sous emprise thérapeutique  

Après dix ans d’instruction, un thérapeute sans qualification, contre lequel huit ans de prison avaient été requis, a été condamné à treize ans d’emprisonnement par la cour criminelle de Saint Denis de la Réunion. L’homme était accusé « d’atteintes sexuelles et de viols répétés en abusant de l’autorité conférée par sa fonction » sur une patiente psychologiquement vulnérable. Si une seule patiente a eu le courage, malgré deux tentatives de suicide, de porter plainte et d’aller en justice, bien d’autres ont eu à faire aux dérapages sexuels du thérapeute. Seules deux autres patientes, sur la cinquantaine entendue par la police, sont venues déposer à la barre. Finalement, il a avoué, au cours de son procès, avoir abusé de près de 120 femmes tout au long de « sa carrière ».

Durant les deux jours d’audience, les débats de la cour se sont concentrés sur la notion de consentement. Si l’avocat de la défense a axé sa plaidoirie sur le consentement de la plaignante et avance que son client a commis davantage une faute déontologique qu’un crime, la cour a retenu la notion de « contrainte morale ».

La plaignante a expliqué comment l’emprise établie par le thérapeute l’a conduite à accepter des gestes de nature sexuelle sous prétexte de thérapie. L’homme lui avait été recommandé par des personnes de confiance. Une fois en thérapie avec lui un souvenir d’inceste subi pendant l’enfance a refait surface et l’homme avait une solution : une thérapie censée harmoniser son corps et son esprit pour la reconstruire, qui consistait en des massages californiens pratiqués nus pour plus de commodité. Mais la thérapie a rapidement dérapé vers des gestes de nature sexuelle, puis en viols. Bien que pleine de dégoût, durant un an, de février 2011 à février 2012, elle a subi les assauts du thérapeute dans son cabinet et lors d’un séminaire organisé par ce dernier à Madagascar. Il avait créé chez sa patiente une impression de redevabilité en lui donnant des soins gratuits et si elle refusait d’obtempérer il menaçait d’abandonner la thérapie, une idée difficile à supporter pour elle qui « se sentait déjà abandonnée, nulle, sans valeur ».

L’engrenage s’est arrêté grâce à son compagnon, une altercation entre lui et le thérapeute les ayant conduits à être condamnés pour agression réciproque en 2012. La jeune femme a porté plainte contre le thérapeute quelques jours plus tard signalant avoir eu l’impression d’être droguée. Une enquête a été ouverte et les enquêteurs ont trouvé chez celui-ci du Rohypnol, « la drogue du violeur », une arme à feu et 9 000 euros en liquide.

Les autres patientes entendues et les dépositions lues au tribunal ont mis en évidence un mode opératoire similaire pour chacune des concernées, même pour celles qui défendent le thérapeute. L’une d’elle raconte avoir voulu déposer une plainte en 2011qui n’a pas été retenue. Elle décrit le même processus d’emprise et veut, depuis l’annonce de la condamnation du thérapeute, réunir un collectif de victimes. Pour toutes les plaignantes la justice a relevé : « l’ascendant psychologique, la manipulation, le dérapage systématique vers des gestes sexuels, voire des pénétrations ». La justice a aussi noté que parmi elles figurent plusieurs victimes d’inceste, « signe que le prédateur sélectionnait les proies les plus vulnérables ».

Les experts, quant à eux, le décrivent « comme un être narcissique, omni-puissant et prêt à tout pour satisfaire ses désirs ».

Pourtant le septuagénaire bénéficie d’une bonne réputation sur l’île, en particulier parmi les notables auxquels il dispensait depuis une trentaine d’années des conseils pour souder des équipes en entreprise et surtout pour régler des problèmes de couples.

Originaire du Sud-Ouest de la France, il aurait été formé comme thérapeute en métropole. Dès son service militaire, il enseignait la psychologie, malgré l’insuffisance de ses connaissances pointées par ses supérieurs. Il continue son parcours en devenant formateur en entreprise et aurait donné des séances gratuites de psychothérapie. Il aurait poursuivi dans la même voie après son arrivée à la Réunion en 1982.  N’ayant aucun diplôme, il aurait cependant réussi à se faire recruter en 2008 comme intervenant pour le DU « écoute, communication et arbitrage de conflit » à l’Université de La Réunion et aurait vraisemblablement attiré des étudiantes à lui. Mais l’université n’a pas répondu aux sollicitations des enquêteurs sur ses rapports avec l’accusé.

Il est à noter qu’en 2016, alors que l’affaire de viol était en cours d’instruction, le thérapeute a été condamné à deux ans de prison avec sursis pour avoir filmé l’intimité d’une personne sans son consentement.

L’avocat de l’accusé a déclaré que son client faisait appel de la décision de justice.  

(Sources : Zinfo 974, 09.03.2022 & 10.03.2022 & Parallèle Sud, 11.03.2022)

Travail dissimulé, châtiments corporels sur les enfants, culture de la surveillance : des ex-membres de la secte des Douze Tribus témoignent

Le nom de la communauté des Douze Tribus (The Twelve Tribes) s’est retrouvé placardé dans la presse du Colorado au début de l’année 2022 après qu’un incendie destructeur s’est déclaré le 30 décembre 2021. Le feu s’est étendu sur 2500 hectares, brûlant sur son passage habitations, bâtiments et forêts.  L’enquête n’a pas encore permis d’en identifier la source, mais les soupçons pèsent sur une cabane qui a pris feu dans l’enceinte d’un camp où est installée la communauté des Douze Tribus. D’anciens membres ont saisi cette occasion pour parler de leur expérience dans les médias. Le Denver Post, un quotidien du Colorado, publie ce mois de mars une longue série de témoignages.

« Ils se comportent comme s’ils étaient complètement séparés du monde, mais ils ont les mêmes préoccupations. Ils veulent l’argent du monde. Au fond, il n’est vraiment question que d’argent » raconte Frank W, un homme de 64 ans récemment renvoyé du groupe. Il raconte avoir approché le groupe au plus bas de la crise de la cinquantaine qu’il traversait. Il a ensuite effectué pour le compte du groupe divers travaux à travers tout le pays. Il pouvait travailler jusqu’à douze heures par jour. Jamais il n’a été rémunéré. Un autre ex-membre confie avoir commencé à travailler dans une usine à l’âge de 13 ans. Ses journées : réunion d’adoration à 6h, puis départ pour l’usine jusqu’à 17h. Seconde réunion d’adoration à 18h, puis retour au travail d’environ 19h30 à 22h. « Nous arrêtions l’école à douze ou treize ans, et c’était le cas pour presque tout le monde » raconte-t-il.

Un autre, né dans le groupe et parti à 19 ans, confie pour sa part avoir commencé à travailler dans les boulangeries et restaurants du groupe à l’âge de 7 ans. « L’école pour les enfants n’était pas une véritable priorité. Ils encourageaient tous les enfants à aller au travail. L’accent était mis sur ça. »

Dans la droite ligne de la culture patriarcale défendue par les enseignements de la secte, les garçons allaient travailler à l’extérieur de la communauté, quand les filles restaient travailler dans l’enceinte du camp. Alina Anderson, une ex-membre née dans le groupe et qui en est partie à l’âge de 14 ans déclare avoir été renvoyée du groupe d’élèves scolarisés sur place à son onzième anniversaire. Par la suite, elle passait son temps à s’occuper des tâches ménagères, préparait le repas pour une centaine de personnes tous les jours (ce qui signifiait cuisiner le pain et aller récolter à la main les légumes qui allaient servir au repas) et lavait le linge de deux hommes célibataires. Alina Anderson évoque aussi les châtiments corporels sur enfants, pratique encouragée dans la communauté : « nous étions en gros battus pour absolument tout et n’importe quoi, et ça pour qu’ils puissent vous faire devenir la personne qu’ils voulaient que vous soyez. Demander de la nourriture supplémentaire au petit déjeuner pouvait provoquer une fessée. » Elle et d’autres se souviennent que les adultes interdisaient régulièrement l’accès à la nourriture aux enfants en guise de punition, parfois pendant plusieurs jours. A l’âge de six ou sept ans, Alina fut enfermée dans une cave sombre pour avoir dérobé de la nourriture dans le réfrigérateur : « la fois où j’ai été enfermée dans le donjon -ce n’était pas un vrai donjon, mais on en avait vraiment l’impression– je pense que c’était pendant plus d’un jour, parce que nous jeûnions tous les vendredis, donc j’avais l’habitude d’être affamée, et là c’était plus long que ça. ».

D’autres ex-membres ayant grandi dans le groupe ont révélé avoir reçu des fessées à même la peau, que ce soit sur leurs mains, sur leurs pieds ou sur leurs fesses, même pour la plus petite des bêtises. Il n’était pas anormal qu’un enfant reçoive vingt ou trente fessées dans la journée. Cette violence a entraîné ces dernières années un exode de masse. Ceux qui ont fui sont en majorité des membres issus de la première génération d’enfants nés et élevés dans le groupe et devenus à leur tour parents : « Il était inenvisageable pour moi de battre mes enfants de la manière dont j’ai été battu » confie un ex-membre ayant gardé l’anonymat. « Je ne pouvais vraiment pas. Et vous y êtes obligés si vous êtes là-bas. Si vous ne battez pas vos enfants, vous risquez de gros problèmes. » Un autre ex-membre, Luke Wiseman, 46 ans, décrit la pression exercée par le groupe sur les parents : « si vous ne sortez pas votre enfant de la pièce pour lui donner une fessée pendant les assemblées, alors tout le monde va vous prendre pour un mauvais parent (…) Quand mon fils avait deux ans, les gens me tapotaient l’épaule pour me dire « ton fils n’écoute pas ». Donc si après je ne sors pas de la pièce avec mon enfant pour lui donner une fessée, c’est que je n’accueille pas le message comme il faut. ». Mais une réalité encore plus sombre se cache derrière cette maltraitance : les ex-membres témoignent presque tous d’abus sexuels dont ils ont connaissance ou qu’ils ont eux-mêmes subis.   Ils expliquent que bien que l’agression sexuelle des enfants ne soit pas tolérée chez les Douze Tribus, cela arrive cependant et lorsqu’un abus est avéré, l’affaire n’est pas forcément rapportée à la police. Tout dépendra in fine du statut de l’agresseur au sein du groupe. Il est fréquent que les enfants qui dénoncent un agresseur ne soient pas crus. Quelques cas d’abus sexuels se sont retrouvés dans l’actualité.

En 2004, l’hebdomadaire de Floride Broward Palm Beach New Times publiait un témoignage d’une ex-membre des Douze Tribus dans lequel elle accusait son mari d’avoir abusé sexuellement de leurs enfants. Elle révélait également que les dirigeants du groupe l’avaient empêchée de divorcer et avaient couvert les agissements de son époux. Elle avait alors quitté le groupe, puis s’était tournée vers les autorités compétentes. L’homme a finalement été reconnu coupable d’agressions sexuelles en 2006. En 2007, un ancien professeur ayant exercé au sein des Douze Tribus avait plaidé coupable d’abus sexuels sur deux jeunes garçons dans les années 1990. Enfin, plus récemment, en janvier 2022 la police a procédé à l’arrestation de Ron Williams, sur la base d’un mandat en cours depuis 2020 pour exploitation sexuelle d’enfants. Les autorités du Comté de Boulder avaient trouvé dans ses affaires plus de mille images d’enfants sexuellement agressés. Il vivait parmi les Douze Tribus, dans le camp que la police soupçonne d’avoir été le lieu de départ de l’incendie de Boulder. Mais d’ex-membres mettent en garde : que des cas d’abus sexuels débouchent sur des poursuites au pénal reste une exception et ces récits en cachent bien d’autres. 

(Sources : The Denver Post, 03.04.2022 & 07.04.2022)