Poursuite de l’enquête sur le réseau complotiste lié à Rémy Daillet

Mardi 22 mars, sept personnes ont été interpelées et placées en garde à vue, sur commission rogatoire des juges antiterroristes chargés du dossier sur Rémy Daillet, par des policiers de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Elles sont soupçonnées d’avoir participé à « l’opération Azur » un projet de coup d’Etat fantasmé par Rémy Daillet.

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Le virage spirituel de l’un des complotistes les plus influents de France

Pour le dernier article de sa série sur le complotisme, le journal Nice Matin s’est penché sur le parcours de Laurent Gouyneau, l’une des figures du complotisme français, plus connu sur internet sous le nom de Laurent Freeman. Ce dernier s’est fait un nom sur la toile grâce au site Stop Mensonge qu’il a fondé en 2012.

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Parler à un proche complotiste

Ce témoignage est celui d’une femme américaine qui ne sait plus comment aborder son frère devenu l’archétype du complotiste moderne : antivax notoire, imprégné de diverses théories conspirationnistes plus loufoques les unes que les autres, et dont le nombre de followers sur les réseaux atteint maintenant 12 500.

Elle nous livre ses tiraillements sur l’attitude à adopter face à lui. Une partie d’elle-même s’inquiète et veut sauver son frère, une autre a envie de rire tant les fake news ou théories relayées sont grotesques. Une autre encore s’apprête à lui claquer la porte au nez tant les conséquences de tels discours paraissent graves et intolérables. Elle craint que des réponses froides et rationnelles face aux vidéos que lui envoie son frère n’aient aucun impact, voire même qu’il se radicalise encore davantage. Elle compare la fracture progressive qui divise sa famille à celle que la société américaine connaît actuellement. 

Selon elle, et comme l’a théorisé le professeur agrégé de psychiatrie Frank Yeomans, il existe des personnalités « narcissiques malignes » qui répandent des théories du complot dans les « esprits captifs » de leurs partisans et prennent plaisir à s’autoglorifier tout en détruisant les autres. Des profils comme Hitler font appel à une masse de gens dont le sentiment d’impuissance est fort. Ces dirigeants catalysent puis militarisent des espoirs, des croyances. Puis ils s’en prennent à la personne ou au groupe désigné comme responsable de tous les maux de la société. F. Yeomans pense que Donald Trump réunit les caractéristiques de ce type de personnalité.

Ce genre de personne s’appuie dans un second temps sur des intermédiaires qui propagent les théories du complot (entreprises, politiciens, célébrités), prêts à justifier toutes les actions du narcissique malin pour conserver leur pouvoir.

Enfin, une troisième catégorie de complotistes se dessine, des gens comme le frère de l’auteure, qui essaient de donner un sens au monde et à leur vie. Les informations conspirationnistes les y aident. La théorie de la dissonance cognitive (attribuée au psychologue Leon Festinger) permet également de comprendre comment l’esprit humain est capable d’extraordinaires efforts pour rechercher une cohérence psychologique interne face à des idées opposées.

La journaliste conclut son article sur la nécessité de maintenir un lien avec ces personnes et de conjuguer sagesse et compassion dans le rapport entretenu.   (Source : Huffington Post, 21.01.2022)

Bien-être et complotisme

Dans un article de janvier 2022, Quand l’industrie du bien-être sombre dans le complotisme, La Presse s’intéresse aux liens entre médecines douces et conspirationnisme.

La journaliste Isabelle Hachey a rencontré Béatrice Elouard, directrice de l’école de Polarité Véga, en Estrie, au Canada. Cette dernière explique que par « polarité », il faut entendre « une approche énergétique qui utilise les concepts physiques, psychologiques et spirituels inspirés de la tradition hindoue ». Le lien avec la nature, avec l’univers, les autres et soi-même est primordial. Dans cette école, se croisent des médecins, des professeurs, des notaires. Solidarité et bienveillance sont des valeurs chères à l’établissement. Récemment, la directrice s’est étonnée face aux 40 à 50% de personnes de son école refusant de se faire vacciner contre le Covid-19 et qui ne pensent pas la santé d’un point de vue collectif.

Pour sonder les raisons de ces réticences vaccinales, la journaliste est allée à la rencontre d’enseignants qui refusent toute injection dans leur corps. Les témoignages recueillis révèlent leurs liens avec les médecines alternatives. La naturopathie, l’ostéopathie ou l’acupuncture sont évoquées. Cela ne signifie évidemment pas que tous les instructeurs de yoga rejettent le vaccin. Cependant, le milieu de la spiritualité Nouvel Âge et celui des médecines douces ont toujours été un terreau pour le scepticisme vaccinal et avec la pandémie, la méfiance à l’égard des laboratoires pharmaceutiques s’est décuplée. Sur les réseaux sociaux, le ton s’est durci, parfois au détriment de la bienveillance.

En parallèle, la professeure en communication à l’Université de Sherbrooke, Marie-Eve Carignan, a suivi les trajectoires de conspirationnistes sur le web pendant plusieurs mois en 2021. Son constat est surprenant : des groupes d’extrême droite et une partie de l’industrie des médecines douces ont des liens et constituent un réseau. Le dénominateur commun de leur pensée : la contestation des mesures sanitaires, la méfiance envers les élites, autant pour le gouvernement que la « Big Pharma ». Ce phénomène est également observé aux Etats-Unis où l’industrie du bien-être et la spiritualité sont devenues des portes d’entrée pour la mouvance conspirationniste QAnon, à tel point qu’a été créé un mot-valise pour désigner le rapport entre ces deux « alliés improbables » : la « conspiritualité ». 

(Source : La Presse, 23.01.2022)

La désinformation s’immisce dans tous les champs de la société

Deux ans après le début de la pandémie, Sébastian Dieguez, chercheur en neuroscience à l’Université de Friburg, fait un bilan sur la désinformation massive qui a envahi la société et constate qu’elle est devenue « un sujet à part entière ».

Selon lui, nous touchons aujourd’hui aux limites du système informatif. L’exposé des faits, même démontrés scientifiquement, ne suffit plus pour recueillir l’adhésion du public. Désormais, les gens « constituent leur propre registre de savoir » parfois autour de réseaux de désinformation sur internet, voir même en l’inventant.

Selon le chercheur la désinformation est devenue un « sujet à part entière », opportuniste, qui se fabrique au jour le jour, dans lequel les gens s’investissent. Il ne s’agit pas de « simples bêtises » prévient Sébastian Diéguez, mais bien « de projets de nature politique » et corriger les fausses informations ne suffira pas car une partie de la population y adhère « précisément parce qu’elles sont fausses, niées par les autorités, rejetées, stigmatisées ».

Par ailleurs, la pandémie a mis en évidence que ceux qui y adhèrent ne sont plus isolés, qu’ils ont une véritable action sur la société et influencent les décisions des autorités. La désinformation ne fait pas qu’induire erreur, elle a un impact sur des décisions en raison de la pression de la frange très minoritaire mais très bruyante qui la propage.

Le chercheur a l’impression que les pouvoirs publics ont « adapté la lutte contre le virus à la susceptibilité de certains », même si c’est difficile à prouver. Une réaction observée aussi à moindre échelle au sein des familles où le sujet est parfois devenu tellement clivant qu’il vaut mieux l’éviter.

La désinformation a pris une telle ampleur qu’elle oblige à choisir un camp, entraîne des disputes et détruit des familles, des amitiés.

Réparer les ravages de la désinformation sera difficile, car les armes manquent pour la combattre. Pour Sébastian Diéguez « il ne faut pas oublier les sciences humaines » qui peuvent aider à comprendre comment les gens se comportent et comment l’information circule, ce qui peut aider les scientifiques à faire passer leur message. Il pense nécessaire la reprise en main des canaux de communication utilisés par les désinformateurs, et une adaptation de la législation. 

(Source : 20 Minutes, 06.01.2022)

Complotisme, anti-vaccination et extrémisme

Le complotisme anti-vaccins lié au Covid-19 alerte les autorités suisses. Un article de la RTS rend compte de la situation dans plusieurs villes du pays.

L’inquiétude ne vient pas seulement du pouvoir. Elle croît aussi chez les proches de personnes conspirationnistes qui entendent parler d’actes de violence programmés. Il faut dire qu’à Berne, le personnel de la Ville a déjà été confronté à des complotistes menaçants. Les chiffres du service Radicalisation et Prévention de la violence de la capitale atteste d’une hausse de cas liés à des théories du complot. Aussi, à Zurich, la police municipale témoigne de débordements, parfois violents, observés lors des manifestations contre les mesures anti-pandémiques.

Au sein de ces milieux antivax, les théories conspirationnistes se multiplient, certaines affichant une dimension antisémite. Une xénophobie ravivée par certains milieux d’extrême droite.

Toutefois, le complotisme n’est pas l’apanage des cercles les plus à droite puisque le Réseau national de sécurité (RNS) observe la montée en puissance d’extrémismes « monothématiques », comme le conspirationnisme en lien avec la pandémie. Et des cercles de gauche sont aussi impliqués. Pour lutter contre cette dérive, le pouvoir lance son Plan d’action national (PAN) contre la radicalisation et l’extrémisme, élaboré par la Confédération, les cantons et les communes. Alors que la priorité est donnée au radicalisme islamiste, le Pan prévoit d’étendre ses mesures de manière à « mieux couvrir toutes les formes d’extrémisme violent ».  

(Source : RTS, 30.12.2021)

Théories conspirationnistes et politique 

Le magazine Slate s’est intéressé au rôle politique des influenceurs complotistes et des plateformes alternatives sur lesquelles ils propagent de multiples théories conspirationnistes sans aucun contrôle

Sur ces comptes, ils dénoncent la censure dans un premier temps. Ils s’insurgent ensuite contre la politique sanitaire mise en place dans le cadre de la lutte contre le Covid 19 qui, selon eux, vient simplement servir « une dictature mondiale numérique où l’intelligence artificielle dominerait l’humain ».

Il faut rappeler que ces dernières années beaucoup de comptes conspirationnistes ont été bannis des réseaux sociaux traditionnels comme Facebook ou Instagram. Des adeptes de ces complosphères ont alors rejoint d’autres plateformes alternatives, comme Telegram. Ainsi, en toute impunité, des informations au caractère parfois antisémite prospèrent, comme sur le fil Telegram « Le Grand Réveil », qui compte plus de 100 000 abonnés aujourd’hui. Un vidéaste conspirationniste comme Silvano Trotta a réuni 130 000 personnes autour de lui grâce à ce même réseau social. Il y relaie des thèses douteuses sur le Covid-19 mais aussi sur le « deep state » (« l’Etat profond »), expression tirée d’une théorie complotiste selon laquelle une élite mondiale gouvernerait le monde secrètement. Selon le politologue Julien Giry, deux types de publics sont enclins à rejoindre ces groupes : ceux dont le lien avec les théories conspirationnistes préexistait à la pandémie et ceux pour qui celle-ci a constitué une « porte d’entrée » vers ces idées. Reste à savoir si la double défiance pour les informations issues des médias traditionnels et pour le pouvoir politique se traduira de la même manière qu’aux Etats-Unis lors de l’élection présidentielle en avril 2022. Le directeur du site Conspiracy Watch formule cette inquiétude : « Ma grande question serait de savoir si l’on va voir en France une réédition de ce qu’il s’est passé lors de l’élection de Joe Biden, c’est-à-dire une fraction de l’opinion publique persuadée que l’élection a été volée, qu’il y a eu des fraudes. En clair, une remise en question de la légitimité du vainqueur ». (Source : Slate, 07.01.2022)

Les premiers résultats du rapport Bronner

Installée en 2021 par le président Emmanuel Macron et pilotée par le sociologue Gérald Bronner, la commission « Les Lumières à l’ère du numérique » a rendu son rapport. Quatorze membres étaient chargés de réfléchir sur les défis que pose Internet pour la bonne santé de notre démocratie et notre accès à une information qualitative.

Ce travail, remis le 11 janvier 2022 aux autorités, montre notamment comment le Covid-19 a révélé des formes de complotisme dans certaines franges catholiques. Quelques milieux minoritaires chrétiens, parmi lesquels figure le parti Civitas, ont manifesté devant les vaccinodromes, parlant de « plandémie satanique » et continuent de vanter les bienfaits de la médecine naturelle. Pierre Barnérias, réalisateur du documentaire conspirationniste Hold-Up, a travaillé plusieurs fois pour la chaîne KTO. Deux journalistes, Jean-Loup Adénor et Timothée de Rauglaudre ont enquêté sur ces franges catholiques. Ils observent une convergence entre le discours intégriste -des membres de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X par exemple- et celui de l’Ecologie New Age, pourtant très différents idéologiquement et politiquement. Ils rappellent que l’Eglise catholique n’a pourtant jamais eu de texte magistériel condamnant la vaccination et que le pape François perçoit le vaccin comme un « acte d’amour ».

Thierry Casasnovas, devenu un véritable gourou sur les réseaux sociaux pour beaucoup d’antivax, est lui un chrétien évangélique. Aujourd’hui, les associations de lutte contre les dérives sectaires tout comme le Conseil National des évangéliques de France s’inquiètent de mouvements néo-pentecôtistes et d’autres courants chrétiens dont la rhétorique complotiste n’a cessé de se dévoiler tout au long de la pandémie.(Source La Croix, 12.01.2022)