La Direction de protection de la jeunesse du Québec plus réactive

La Direction de protection de la jeunesse du Québec a constaté une hausse de l’intervention des services sociaux auprès des familles sous influence de groupes sectaires.

Les cas d’abus recensés par la DPJ étant nombreux (interdiction de manger, de dormir, sévices corporels, absences scolaires, isolement social) les signalements retenus par celle-ci ont augmenté.

Blâmée en 2016 dans un rapport de la Commission des droits de la personne pour sa mauvaise prise en charge dans l’affaire du pasteur Claude Guilot1 alors qu’elle avait reçu dès 2004 des signalements pour maltraitance sur enfants, la DPJ a pris des mesures pour mieux former ses intervenants et être plus réactive dans la prise en charge de ce genre de dossier2 .

Pour Patrick Corriveau, directeur adjoint à la protection de la jeunesse au CIUSSS3, les services sociaux déplorent la complexité de ce genre de dossier et les difficultés pour intervenir auprès des familles dont la réaction est de nier les faits qui leur sont reprochés et qui ne veulent pas avoir affaire à l’État, perçu comme un persécuteur. Les parents eux-mêmes sous emprise « perdent ainsi tout jugement et deviennent incapables de reconnaître ce qui est acceptable ou inacceptable pour leur enfant ». La DPJ travaille étroitement avec la police, mais avec une souplesse qui lui permet de retirer les enfants de leurs familles pour une période, dès lors que des abus physiques ou sexuels sont signalés.

Lorraine Derocher, doctorante en études du religieux et spécialiste des problèmes touchant les enfants vivant en milieu sectaire, explique que « les intervenants sociaux manquent grandement de formation » et sont souvent démunis pour aider les jeunes lorsqu’ils sortent de secte. Elle a donc conçu en par­tenariat avec le ministère de la santé, la DPJ, la sûreté du Québec et Info-Secte, un guide à leur attention : « Intervenir auprès de groupes sectaires ou de com­munautés fermées : s’outiller pour protéger les enfants ».4

Cependant, la députée Agnès Maltais, qui réclame depuis des mois la mise en place d’une Commission parlementaire sur les sectes, critique vertement « les méthodes du gouvernement qui se contente de la création d’un guide d’intervention et d’une formation en milieu de pratique clinique ».

Quant à Simon Jolin-Barette, député de la Coalition Avenir Québec, il souhaite que la DPJ puisse avoir davantage de moyens pour aider les enfants endoctrinés dans des groupes sectaires, et aimerait que la DPJ fasse le point sur cette situation.

(Source : Le Journal du Québec, 16.05.2018)

1.Lire sur le site de l’UNADFI, Les difficultés de la protection de l’enfance à intervenir en milieu sectaire : http://www.unadfi.org/groupe-et-mouvance/les-difficultes-de-la-protection-de-l-enfance-a-intervenir-en-milieu-sectaire

2. Lire sur le site de l’UNADFI, La Direction de la Protection de la jeunesse (DPJ) prend de nouvelles mesures pour intervenir dans les groupes sectaires : http://www.unadfi.org/droit-insti­tutions/pouvoirs-publics/international/la-direction-de-la-pro­tection-de-la-jeunesse-dp

3. « Les Centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux sont des organismes publics chargés, pour le ministère de la Santé et des Services sociaux, de prodiguer les soins et les services sociaux dans chaque région socio-sanitaire du Québec. » (Source Wikipédia)

4. Intervenir auprès de groupes sectaires ou de communautés fermées : s’outiller pour protéger les enfants, Lorraine Derocher, Presses de l’Université du Québec, 2018.