Pas de robe blanche, pas de discours mystique grandiloquent, pas non plus de communautés reculées. Les nouvelles dérives sectaires se diffusent aujourd’hui depuis un smartphone, à travers des comptes Instagram ou des chaînes YouTube. Et elles touchent toutes les couches de la société.
Sur le terrain, l’Unadfi observe une accélération spectaculaire du phénomène, notamment depuis la crise du Covid. Une période qui a vu émerger ce que certains appellent « l’ultra-crépidarianisme », la tendance de chacun à se proclamer expert, sans compétence ni légitimité. Santé alternative, pseudo-religion, développement personnel, bien-être, enrichissement personnel… Aucun domaine n’échappe à ces dérives et les réseaux sociaux en sont devenus le terreau idéal » explique Pascale Duval, directrice de l’Unadfi, précisant que son association « ne combat pas les croyances, mais les dérives liées à ces croyances ».
La force de ces nouvelles figures d’autorité, souvent qualifiées d’influenceurs ou de « thérapeutes alternatifs », repose sur une relation de proximité inédite avec leurs abonnés. Une proximité qui crée un lien de confiance extrêmement puissant. « Quand on fait confiance à quelqu’un, on peut le suivre dans n’importe quoi », explique Étienne Jacob, journaliste spécialisé dans les dérives sectaires. Ces personnalités profitent d’un contexte favorable, une défiance croissante envers les institutions traditionnelles (médecine, État, médias) et une quête de sens amplifiée par les crises successives. Elles proposent des formations, des stages, des accompagnements personnalisés, souvent coûteux et sans aucune validation scientifique, à un public vulnérable, en quête de solutions.
Aucune ne se présente comme une secte. Au contraire, elles affichent une « façade sexy », pleine de promesses d’espoir, de guérison, de réussite, avec un discours simple, accessible et séduisant. Le danger apparaît lorsque ces pratiques encouragent à abandonner des traitements vitaux ou à se couper de toute prise en charge médicale.
« Le mécanisme reste classique. Ce qui change, c’est le canal » expliquent les experts. L’emprise vise à « désindividualiser » la personne pour lui inculquer une doctrine. Tout commence par un « océan d’amour ». La victime se sent valorisée et écoutée. Contrairement aux idées reçues, il ne s’agit pas de personnes naïves ou marginales. Elles sont souvent bien éduquées, insérées socialement, parfois même très critiques au départ. L’isolement s’installe par petites touches. Les gourous détruisent l’ego pour rendre leurs adeptes malléables, remplaçant peu à peu leur identité par une idéologie obsessionnelle. Cette rupture avec la réalité provoque une grande souffrance chez les proches, qui représentent aujourd’hui 75 % des appels reçus par l’Unadfi.
Sortir quelqu’un de cette emprise est extrêmement difficile. Tant que la personne refuse l’aide extérieure, toute tentative d’intervention peut renforcer le discours du groupe. L’Unadfi privilégie ainsi l’accompagnement des familles, pour préparer un éventuel « déclic ». L’association aide aussi les anciens membres après leur sortie, un processus souvent long et douloureux. L’anonymat du premier contact est essentiel parce que « la honte ressentie par les victimes et leurs proches est un frein majeur à la demande d’aide ». Les nouvelles dérives ne ressemblent pas à l’image traditionnelle des sectes. Et c’est précisément ce qui les rend si difficiles à repérer.
(Source : 20 Minutes, 28.01.2026)
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