Une enquête qui ébranle la classe politique

Un vaste scandale politico-religieux secoue la Corée du Sud et menace l’avenir de l’Église de l’unification, plus connue sous le nom de « secte Moon ». Des enquêtes visant l’ancien président Yoon Suk Yeol et son épouse, Kim Keon-hee, ont mis au jour des liens étroits entre ce mouvement religieux et des responsables politiques de tous bords.

L’affaire a éclaté dans le sillage de la tentative avortée de loi martiale en décembre 2024 et intervient alors que la branche japonaise de la secte fait déjà l’objet d’un ordre de dissolution juridique par un tribunal de Tokyo.  

Les investigations en Corée portent notamment sur des soupçons de corruption et d’ingérence politique. L’ex-ministre des océans et de la pêche Chun Jae-soo, ancien député du Parti démocrate, est accusé d’avoir reçu, en 2018, des dons en espèces et des cadeaux de luxe de l’Église en échange de son soutien à un projet de tunnel entre la Corée et le Japon, défendu de longue date par la secte. Il conteste les faits.

L’enquête vise également l’ancienne première dame, soupçonnée d’avoir accepté des cadeaux de grande valeur pour appuyer les activités du mouvement. En septembre, la dirigeante de la secte, Han Hak-ja, veuve du fondateur Moon Sun-myung, a été arrêtée. Son principal collaborateur a été inculpé. À la tête d’un empire religieux et économique tentaculaire, Han Hak-ja incarne un pouvoir centralisé et controversé.

Selon les enquêteurs, l’Église aurait apporté un soutien financier et logistique à des élus du Parti démocrate comme du Parti du pouvoir populaire (PPP), principal parti conservateur. Des milliers de membres du mouvement auraient même adhéré au PPP afin d’influencer ses élections internes du Parti et les législatives de 2024. L’ampleur des révélations a conduit à la création d’une cellule spéciale d’enquête et à des poursuites judiciaires contre plusieurs figures politiques.

Face à la gravité de l’affaire, le président démocrate Lee Jae-myung n’exclut pas « une dissolution de l’organisation si des violations de la loi étaient établies ». Dans un pays de plus en plus laïque, où plus de la moitié de la population se déclare sans religion, ce scandale relance le débat sur l’influence jugée disproportionnée des groupes religieux sur la vie politique et sur les limites d’un rapprochement longtemps toléré entre pouvoir et religion.  

(Source : Le Monde, 19.12.2025)

A lire aussi sur le site de l’Unadfi : La cheffe de la secte Moon inculpée pour financement politique illégal : https://www.unadfi.org/actualites/groupes-et-mouvances/la-cheffe-de-la-secte-moon-inculpee-pour-financement-politique-illegal/

  • Auteur : Unadfi