IM Academy accusée d’embrigader des milliers de jeunes 

Suite à de nombreuses plaintes contre IM Academy, la police espagnole a arrêté, fin mars, 8 membres de sa direction « accusés de fraude et d’organisation criminelle ». Si aucun d’entre eux n’a été condamné à ce jour, l’enquête lancée par la police reste ouverte.

Depuis des mois cette organisation qui vend des formations pour apprendre à investir dans les cryptomonnaies, a réussi à recruter des milliers de jeunes espagnols appâtés par des promesses de gains faciles et substantiels.

L’inscription à la plateforme de formation virtuelle proposée par IM Academy coûte 200 euros. Ensuite chaque mois les élèves doivent débourser 150€ pour accéder aux cours en ligne. Mais rapidement les élèves sont pris dans un système les obligeant à recruter de nouveaux membres pour obtenir des réductions sur leur cours en ligne. Le recrutement est également un impératif pour pouvoir gravir les échelons de l’organisation.

Le journal El Pais qui a enquêté sur l’organisation explique que l’on a affaire à un système pyramidal. Ayant recueilli les témoignages de plusieurs familles dont un proche est embrigadé dans l’entreprise, le journal dénonce aussi un fonctionnement sectaire.

Un youtubeur catalan, Carles Tamayo, qui s’est infiltré dans une formation, a constaté que le groupe isolait ses membres en les incitant à centrer leur vie sur leur formation et à ne pas en parler à leur famille.  Les témoignages publiés dans El Pais confirment ces faits. Les parents ont perçu un changement de personnalité chez leurs enfants, un décrochage scolaire et un isolement, voire une coupure totale avec la famille.

Selon le journal l’Indépendant, IM Academy serait accusée d’escroquerie. En effet les déclarations de revenus présentées par les recruteurs seraient fausses ou partielles et l’organisation encouragerait ses membres à réaliser des opérations financières interdites en Europe.  

(Source : L’Indépendant, 20.04.2022)

[Note de l’Unadfi : la France est elle aussi touchée par ce phénomène. II s’avère que cette société figure dans la liste des acteurs non autorisés par l’Autorité des marchés financiers (AMF) sous le nom Markets Live Ltd (nom de la maison mère américaine que l’on retrouve dans les mentions légales du site d’IM Academy).]

Vente multiniveau / emprise sectaire : des processus similaires ?

Dans une série d’articles publiés sur le site d’information Les Jours, des journalistes se sont penchés sur des entreprises de vente multiniveau. L’analyse de leurs activités, les témoignages d’ex-adeptes et la parole de spécialistes montrent de nombreuses similitudes entre leurs fonctionnements et celui de l’emprise sectaire.

Dans un témoignage, un ex-membre d’un groupe de vente multiniveau utilise un vocabulaire spécifique pour parler de son histoire : adepte, manipulation, endoctrinement, secte. Ces termes sont ceux fréquemment utilisés pour évoquer des dérives sectaires. Il note aussi la difficulté de sortir du groupe mais aussi les différentes ruptures générées volontairement par ces sociétés. Dans un autre témoignage, un jeune homme constate que certains de ses supérieurs dans une société multiniveau pensent être des « élus » parlant « d’énergies » et se qualifiant d’« êtres à part ». Il évoque que ces personnes auraient été formées par un promoteur du marketing multiniveau, également pasteur dans un mouvement évangélique.

La Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) alerte depuis de nombreuses années sur ces sociétés. Anne-Marie Courage, conseillère de la Miviludes chargée du pôle affaires économiques, travail, emploi et formation professionnelle constate que les mécanismes d’endoctrinement sont similaires au mécanisme de l’emprise mentale et que les personnes touchées par ce phénomène passent par les trois phases de l’emprise : la séduction, la déconstruction et la reconstruction.

Les jeunes sont un public de plus en plus touché par ce phénomène, happés par les promesses de gains rapides et conséquents. Les différents témoignages signalent que, dès les premiers contacts, on leur fait miroiter une richesse potentielle et ’une vie rêvée loin du salariat qu’ont pu connaitre certains de leurs proches.

Les recruteurs passent beaucoup de temps avec les nouvelles recrues afin de connaître leur vie personnelle et leurs relations et de pouvoir les utiliser par la suite à des fins de manipulation. La séduction cède ensuite la place à la déconstruction. Les individus se voient inculquer un discours formaté pour répondre aux inquiétudes de leurs proches et subissent des pressions pour développer toujours davantage leur réseau. Ils sont formés à différentes techniques pour recruter ressemblant à de la manipulation mentale. Dans certaines sociétés, on fournit aux adeptes un document donnant les réponses -type aux réserves que pourraient avoir de potentielles recrues. Ensuite les formateurs vont inculquer une nouvelle façon de penser qui amène les individus à rompre avec leur environnement d’origine que ce soit le travail, les proches ou l’école.


Notre association comme la Miviludes reçoit de nombreux appels et signalements concernant ce sujet. Cela montre que les victimes ou leurs proches analysent la situation comme similaire à l’emprise sectaire et se tournent vers l’Unadfi pour obtenir de l’aide et de l’accompagnement. Pour l’anthropologue Nathalie Luca qui a étudié de près ce phénomène à son début aux Etats-Unis, le marketing multiniveau s’est ancré dans une idée de la culture du rêve américain imprégnée de l’éthique protestante du capitalisme. Elle n’hésite pas à rapprocher ce marketing de la théologie de la prospérité qui promet aux fidèles qui donnent à leur église de voir la réussite de leurs vies, la prospérité et une bonne santé. En France, après son arrivée dans les années 1990, le marketing multiniveau a gommé ces origines religieuses afin de pouvoir prospérer.

(Sources : Les Jours, 07.02.2022 & 21.02.2022)

Lire l’intégralité des articles sur le site de Les Jours (payant) :
https://lesjours.fr/obsessions/arnaque-marketing-sectaire/ep5-vente-pyramidale/
https://lesjours.fr/obsessions/arnaque-marketing-sectaire/ep4-emprisesecte/
Lire sur le site de l’Unadfi, l’intégralité des articles sur la vente multiniveau :
https://www.unadfi.org/mot-clef/reseaux-de-distribution-vente-multiniveau/

Les dérives sectaires touchent aussi la vente multiniveau

La vente multiniveau loin d’être en perte de vitesse connaît un regain d’activité depuis l’instauration du statut d’auto entrepreneur. Entre 2008 et 2018, « la création annuelle d’entreprises est passée de 3 500 à 28 400. Les facilités pour s’installer, l’absence de qualification requise, les promesses d’enrichissement rapide à moindre effort, le travail à la carte, contribuent à son succès. Mais son système de recrutement par cooptation, les incitations à investir rapidement, à se former constamment amène à une hyperactivité qui peut être préjudiciable au vendeur. Lire la suite

Condamnation définitive pour la fondatrice de Training Sandra Network

Le 24 janvier 2019, Sandra Faraire, fondatrice de Training Sandra Network, s’est désistée de son appel et s’est donc vue définitivement condamnée à deux ans de prison, dont un avec sursis, pour escroquerie. A cela s’ajoutent une amende de 41 000 euros, une obligation d’indemniser ses victimes et cinq ans d’interdiction de gestion. Lire la suite

Rapport 2016-2017 de la Miviludes

Le 22 mars dernier, la Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires (Miviludes) a remis au Premier ministre son rapport sur l’évolution de la problématique sectaire pour l’exercice 2016-2017.

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Une vahiné plutôt « gonflée »

Le 18 avril 2017 le parquet du tribunal correctionnel de Papeete (Tahiti) a requis un an de prison ferme, un an avec sursis, un an de mise à l’épreuve, 58 000 euros d’amende et un mandat de dépôt à l’encontre de Sandra Faraire, fondatrice et dirigeante de la SARL Training Sandra Network. Elle et ses deux associées devaient répondre des chefs d’escroquerie, d’abus de bien sociaux, de banqueroute et de travail dissimulé.

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Akeo

Le site web d’actualité StreetPress a enquêté sur Akeo, une entreprise dite de vente multiniveaux. Pour son enquête, le journaliste a interrogé l’un de ses fondateurs, André Pierre Alexandre, mais il a aussi recueilli des témoignages d’anciens membres qui alertent sur les méthodes suspectes de l’entreprise.

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Le présentateur John Oliver coupe l’herbe sous le pied d’Herbalife

Les entreprises de vente multi-niveaux utilisent la notoriété de célébrités pour présenter au grand public une façade honorable. C’est ainsi que Herbalife s’est adjoint les services du footballeur Cristiano Ronaldo. Celui-ci diffuse avec Herbalife toute une gamme de produits énergétiques. Mais l’arrière vitrine est moins reluisante et nombreux sont les revendeurs qui finissent avec des milliers de dollars hors des poches.

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L’ ancien patron du GEPM rattrapé par la justice

Jean Godzich, ancien leader du GEPM, Groupement Européen des Professionnels du Marketing, a été incarcéré le 22 juin 2016. Condamné en 2006 par le tribunal correctionnel d’Evreux à trois ans de prison, 500 000 euros d’amende et 20 millions d’euros de dommages et intérêts pour abus de biens sociaux, il faisait l’objet de deux mandats d’arrêt. Absent à son procès, il n’avait pas pu être interrogé sur les faits qui lui sont reprochés.

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