L’emprise d’un père, le silence d’une mère, la mort d’une enfant

Quatre jours d’audience, des débats tendus autour de l’emprise et, au centre, une enfant dont on a finalement peu parlé. Vendredi 6 février 2026, la cour d’assises du Morbihan a condamné un père à 25 ans de réclusion criminelle et une mère à quatre ans de prison, dont trois avec sursis probatoire renforcé. Leur fille cadette est morte en avril 2022 d’un traumatisme crânien dans un contexte de dénutrition sévère.

Après quatre jours de débats, la cour d’assises du Morbihan a reconnu coupable ce couple pour l’ensemble des faits qui leur étaient reprochés. Lui, 52 ans, a été condamné à 25 ans de réclusion criminelle pour violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner sur sa fille cadette, ainsi que pour violences, privations de soins et d’aliments. Sa peine est assortie de dix ans de suivi socio-judiciaire, d’une interdiction d’exercer comme kinésiologue, d’une injonction de soins et de l’interdiction d’entrer en contact avec son ex-femme et leurs enfants. Elle, 44 ans, a été condamnée à quatre ans de prison, dont trois assortis d’un sursis probatoire renforcé, pour avoir privé ses trois enfants de l’essentiel et avoir tu les mauvais traitements. Elle exécutera sa peine sous bracelet électronique. Son autorité parentale n’a pas été retirée. La cour a ordonné la confusion de ces peines avec celles prononcées en juin 2022 pour privation de soins et d’aliments, déjà sur fond de pratiques alimentaires jugées dangereuses.

Des dérives sectaires en toile de fond

Que s’est-il passé ? Le 14 avril 2022, la fillette meurt. Dans la journée, lors d’une balade en forêt avec son frère de quatre mois et sa sœur de sept ans, elle chute « de sa hauteur », selon la version du père. Elle s’endort aussitôt. Ne se réveille jamais. Ce n’est qu’à 21 h 41 que les pompiers sont appelés. Les expertises médico-légales sont formelles. La fillette est décédée d’un traumatisme crânien après une lente agonie. Son corps est gravement dénutri et déshydraté. À 17 mois, l’enfant ne pèse que 8,425 kg, le poids moyen d’un bébé de neuf mois. Les médecins évoquent un syndrome du bébé secoué, « un peu atypique à cet âge », reconnaît le légiste, « mais favorisé par le très faible poids »… Pourtant, cette enfant était connue des services sociaux. Placée avec sa sœur en 2020 pour maigreur inquiétante, elle était revenue au domicile familial début 2022.

Au fil des débats, un mot est sans cesse revenu : l’emprise. Celle du père, décrit comme un homme sûr de lui, adepte de pratiques alternatives, kinésiologue, imposant à sa famille un régime crudivore strict. Une idéologie qualifiée de dérive sectaire par plusieurs intervenants, qui a isolé les enfants et contribué à leur affaiblissement. L’avocat général, Stéphane Cantéro, s’est longuement attardé sur cette dynamique conjugale. S’il reconnaît une emprise « indéniable » sur la mère, il refuse d’en faire une explication suffisante.

Les témoins et experts décrivent une femme soumise et rabaissée. « Une femme amputée de sa capacité d’être maman », dont « la parole est inaudible » selon son avocate qui estime que « le réveil est là, tardif, mais bien présent ».

Face aux questions, le père reconnaît « de rares violences » et des privations de soins. Mais nie le geste fatal. La cour a suivi les conclusions médicales. La petite fille n’avait même pas été déclarée à l’état civil. « Elle est née dans l’anonymat et morte dans le silence ». 

(Source : Ouest-France, 05 & 06.02.2026)

A lire aussi sur le site de l’Unadfi : Crudivorisme et kinésiologie : décès d’une enfant de 17 mois : https://www.unadfi.org/actualites/domaines-dinfiltration/sante-et-bien-etre/pratiques-hygienistes-et-traditionnelles/crudivorisme-et-kinesiologie-deces-dune-enfant-de-17-mois/

  • Auteur : Unadfi