Un échange est engagé entre la préfecture des Hauts-de-Seine et deux principales associations des Témoins de Jéhovah, après plusieurs signalements d’ostracisme transmis dans le cadre du renouvellement de leur agrément cultuel. Une première qui offre un motif d’espoir aux fidèles en rupture avec l’organisation, souvent confrontés à une exclusion sociale brutale.
Nicolas, parisien d’une cinquantaine d’années et membre depuis quarante ans, vit désormais en « PIMO », autrement dit « présent physiquement, mais détaché mentalement » de la communauté. S’il ne s’affiche pas ouvertement critique, c’est, dit-il, pour éviter l’excommunication et la perte de tout lien avec sa famille toujours croyante. « D’un seul coup, vous n’existez plus », résume-t-il.
Les associations en cause, basées à Boulogne-Billancourt, ont été entendues dans le cadre d’une procédure contradictoire menée avec le ministère de l’Intérieur. Les Témoins de Jéhovah affirment avoir répondu « de manière circonstanciée » et se félicitent que le dialogue ait « dissipé des préoccupations ». Ils parlent d’un « échange bilatéral constructif ». En interne, les dirigeants remercient les fidèles pour les nombreux courriers adressés au préfet afin de préserver l’agrément leur permettant de recevoir dons et legs.
Pour les ex-membres, cet échange constitue un tournant. Virginie Delage, fondatrice de l’association Escape Cult Mind Control, voit s’intensifier les appels de fidèles en plein « réveil ». Elle-même dit avoir été complètement coupée de son entourage après avoir contesté l’organisation.
Tous décrivent les mêmes mécanismes : perte soudaine des liens sociaux, rupture avec les proches, sentiment d’effacement. « C’est comme mourir socialement », confie Nicolas, qui anime aujourd’hui des groupes de parole pour soutenir d’autres sortants.
Malgré les dénégations officielles, la pratique de l’ostracisme continue d’être rapportée comme l’une des expériences les plus douloureuses au sein de l’organisation. Pour ceux qui tentent d’en sortir, le processus engagé par la préfecture ouvre, pour la première fois, la voie à une possible reconnaissance institutionnelle de cette souffrance.
(Source : Le Parisien, 11.12.2025)
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