Quelle perception ont les Français du phénomène sectaire

 L’Unadfi, en partenariat avec l’institut de sondage Odoxa, a réalisé en décembre 2021 une enquête pour évaluer le niveau de connaissance du phénomène sectaire par les Français. Les résultats de ce sondage, rendus publics le 17 janvier, ont pu montrer que certaines idées reçues sont encore tenaces.

Le sondage a mis en lumière le fait que les Français ont une image assez ancienne du phénomène sectaire, celle des scandales des années 1980 et 1990 autour de mouvements sectaires fermés suivant les préceptes d’un gourou. 84% des Français pensent notamment que l’on ne peut parler de secte que lorsque les personnes vivent recluses en communauté. Cette image dépassée du phénomène s’accompagne d’un grand nombre d’idées reçues. Si cette perception du phénomène sectaire existe toujours une certaine mutation s’est opérée sur les vingt dernières années. Les mouvements sectaires ont pu modifier leur manière de recruter et de faire du prosélytisme notamment avec l’arrivée d’Internet et des médias sociaux. Autre changement celui des domaines concernés, les dérives sectaires s’avérant moindres dans le domaine spirituel alors qu’elles ont explosé dans ceux de la santé et du développement personnel. Aujourd’hui la santé constitue l’un des domaines les plus préoccupants pour la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES) et les associations d’aide aux victimes, sachant que la crise sanitaire a amplifié le phénomène.

Les Français semblent en revanche être assez familiarisée avec la notion d’emprise, le sondage montre que les gens ont compris que l’emprise sectaire se caractérise principalement par une rupture avec la famille et son entourage. Pour Pascale Duval, porte-parole de l’Unadfi, cela montre que la radicalisation islamiste ainsi que le phénomène complotiste ont permis d’éclairer la notion d’emprise. Sur la question du complotisme, les Français semblent avoir une bonne connaissance et 61% d’entre eux voient une porosité entre complotisme et dérives sectaires. Pascale Duval, en pointe certaines caractéristiques communes notamment le fait qu’il est impossible d’identifier des profils-type d’adeptes.

Le sondage montre que 22% des Français âgés de 18 ans et plus, soit plus de 11 millions de personnes, déclarent avoir déjà été personnellement contactées par une secte ou par les membres d’une secte. Si le sondage permet de constater que certaines catégories de populations sont plus enclines à être touchées par le phénomène sectaire, la porte-parole de l’Unadfi rappelle que tout le monde peut se retrouver sous emprise. Il ressort du sondage un faux sentiment de sécurité par rapport aux risques de l’emprise sectaire chez les classes supérieures alors que ce sont ces catégories qui sont les plus touchées par les spiritualités New-Age et les différents groupes de coaching et développement personnel. Pour Pascale Duval, les classes plus vulnérables sur le plan socio-économiques savent qu’elles représentent des cibles potentielles et de fait restent vigilantes. Les classes les plus défavorisées sont plus ciblées par des mouvements notamment religieux qui peuvent se substituer à certains services publics comme par exemple les groupes évangéliques.

Le sondage montre enfin une méconnaissance des institutions et des associations effectuant de la prévention et fournissant de l’information sur le phénomène sectaire. 92% des Français sont incapables de citer un organisme œuvrant dans ce sens. Un travail pédagogique et d’informations est nécessaire pour faire connaître la problématique et les risques.  (Source : Marianne, 17.01.2022)

Consulter l’ensemble des résultats de ce sondage : http://www.odoxa.fr/wp-content/uploads/2022/01/Odoxa-pour-Unadfi-Les-Francais-et-le-phenomene-sectaire-17-janvier.pdf

Les jeunes séduits par les théories complotistes ?

Début décembre 2021, une étude réalisée par l’institut de sondages CSA pour Milan Presse a montré que 85% des 10-15 ans sont séduits par une théorie complotiste et environ un quart estime que les médias « traditionnels » les manipulent.

Pour Jérémie Peltier, directeur d’études à la Fondation Jean Jaurès et auteur de plusieurs études sur le complotisme, les jeunes sont plus exposés aux théories du complot car ils s’informent pour la plupart sur les canaux de diffusion les plus utilisés pour la diffusion de contenus complotistes. Il ajoute qu’il peut y avoir « quelque chose de gratifiant » à croire en une théorie du complot. Allant dans ce sens, la psychanalyste Claude Halmos admet qu’une des raisons qui poussent les adolescents vers les théories du complot est le sentiment de supériorité qu’elles peuvent procurer.  Ce sentiment de supériorité, qui s’acquiert d’ailleurs rapidement sans avoir vraiment étudié un sujet, peut permettre de compenser un sentiment d’infériorité chez des adultes et chez les plus jeunes il exprime aussi une révolte contre un manque de reconnaissance notamment dans le cercle familial.

Ces croyances représentent un danger pour les plus jeunes compte tenu de leur fragilité. Les jeunes peuvent aussi subir l’impact de certains influenceurs ou célébrités qui font office de figure morale et d’autorité, mais répandent de fausses informations et des théories complotistes notamment sur la Covid19 sans se soucier de leur dangerosité.

Face à cette prolifération, les parents jouent un rôle important et doivent échanger avec les enfants dès leur plus jeune âge sur ces sujets. Ils doivent apporter des réponses à leurs questionnements avec discernement avant qu’ils ne choisissent d’aller chercher des explications ailleurs. L’éducation aux médias et à l’information relève de l’ensemble des adultes et en premier lieu de la famille. Le sondage prouve en effet que pour les 10-15 ans les parents restent la première source d’information. 

(Sources : France Info, 03.12.2021 & 11.12.2021 & La Croix, 01.12.2021)