Les renseignements intérieurs tirent la sonnette d’alarme sur le terrorisme masculiniste

Une enquête de Radio France révèle que les services de renseignement français considèrent le masculinisme radical comme une menace terroriste émergente. Dans un entretien exceptionnel, la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) alerte sur la progression rapide de cette idéologie, portée par des profils toujours plus jeunes et des contenus en ligne de plus en plus violents.

Le signal d’alarme est renforcé par une affaire survenue en juillet 2025 près de Saint-Étienne. Un jeune homme de 18 ans, arrêté avant de passer à l’acte, projetait d’attaquer des lycéennes avec des couteaux. Il a été mis en examen pour association de malfaiteurs terroriste criminelle. Il se réclamait du mouvement des « incels » (célibataires involontaires), l’une des branches les plus radicales du masculinisme.

Né aux États-Unis dans les années 1990, le masculinisme affirme que les hommes seraient aujourd’hui désavantagés par les avancées du féminisme. Sa version extrême, l’incélisme, considère les femmes comme responsables du célibat et de la frustration sexuelle de certains hommes. Cette idéologie a déjà inspiré plusieurs attaques meurtrières.

Selon la DGSI, la radicalisation touche désormais les adolescents. Les recruteurs exploitent notamment TikTok, Instagram et d’autres plateformes où des contenus liés à la santé mentale, au mal-être ou à la quête de performance masculine peuvent servir de porte d’entrée vers des discours misogynes plus radicaux. Les services de renseignement constatent également une accélération du phénomène.

Face à cette menace, les autorités françaises renforcent leurs dispositifs de surveillance et de prévention. Magistrats, enquêteurs et spécialistes du terrorisme sont formés à repérer les signes de radicalisation : fascination pour les tueurs de masse, consommation d’images violentes, usage de l’intelligence artificielle ou publication de contenus haineux.

Cette idéologie dépasse les seuls individus radicalisés. Elle se diffuse plus largement dans l’espace public et numérique, où les discours antiféministes gagnent en visibilité. Les femmes engagées dans le débat public deviennent des cibles privilégiées. L’exemple de Typhaine D., victime de près d’un million de messages misogynes, de menaces et de harcèlement après une prise de position sur la langue française, illustre cette violence. Des associations féministes ont aussi été visées par des menaces.

Enfin, des intervenants en milieu scolaire observent une banalisation croissante de ces idées chez les adolescents. Si une minorité les revendique ouvertement, beaucoup les tolèrent ou les relaient sans opposition. Le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes appelle ainsi à la mise en place d’une stratégie nationale de prévention et de lutte contre le masculinisme radical.

(Radio France, 05.06.26 : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/revelations/revelations-du-vendredi-05-juin-2026-4252960)

  • Auteur : Unadfi