Le parquet de Privas a requis de lourdes sanctions contre la Famille missionnaire de Notre-Dame (FMND) et son supérieur Gérard Pinède, poursuivis pour abus de faiblesse sur cinq anciens religieux. Il s’agit du premier procès en France portant sur la notion d’abus spirituel au sein de l’Église catholique.
À l’issue de quatre jours d’audience, la procureure a demandé deux ans de prison avec sursis et cinq ans d’interdiction de prêtrise contre Gérard Pinède, ainsi qu’une amende de 100 000 € et la fermeture pendant un an de la maison-mère de la congrégation, située à Saint-Pierre-de-Colombier (Ardèche). Le parquet dénonce des pratiques de séduction, de manipulation et d’emprise psychologique, notamment par le détournement des vœux d’obéissance et des menaces spirituelles. « Ce n’est pas la vie religieuse qui est en cause, mais son dévoiement », a insisté la magistrate.
Les parties civiles étaient absentes à l’ouverture du procès, ce que le parquet attribue à une stratégie de déstabilisation des victimes. Une ancienne religieuse a toutefois témoigné, décrivant des conditions de vie éprouvantes, une obéissance absolue imposée et la mise à l’écart de ceux qui expriment des doutes. D’autres témoignages recueillis lors de l’enquête évoquent des situations de grande détresse psychologique, allant jusqu’à des tentatives de suicide.
Plusieurs évêques ont confirmé leurs inquiétudes de longue date sur le fonctionnement de la FMND. L’ancien évêque de Viviers a notamment raconté avoir exfiltré un frère terrorisé à l’idée d’être damné s’il quittait la communauté. Une visite apostolique, menée en 2019, avait déjà mis en lumière des dysfonctionnements internes.
La défense, menée par Me Jérôme Triomphe, a plaidé la relaxe. Elle dénonce une « enquête à charge » et estime que ces questions relèvent du champ religieux et non judiciaire. Des membres de la FMND ont également témoigné pour défendre la communauté. Ils soutiennent vivre librement leur engagement spirituel. Le jugement sera rendu le 24 mars.
(Source : Sud-Ouest, 24.01.2026)
