Une église contre les mesures sanitaires

Steve Gesualdi, pasteur de l’église évangélique Good News Chapel de Montréal, prêche ouvertement contre les vaccins, le port du masque ou encore le pass sanitaire. Il les compare à un système sorti du « livre de Satan ». Pourtant au sein du mouvement plusieurs personnes ont contracté le Covid et certaines en seraient mortes.

Par peur des représailles les membres de l’église ont des difficultés à témoigner mais des proches de membres du groupe n’hésitent pas à le faire. Un infirmier ayant contracté la Covid auprès d’un ami membre du groupe constate que les malades sont de plus en plus nombreux à cause des rassemblements du groupe. Autre témoignage celui d’une dame dont un proche, adhérant au groupe, se trouve en soins intensifs.

En cause, dans ces témoignages, les considérations du pasteur à l’égard des mesures sanitaires et notamment la vaccination. Cette dernière y est perçue comme la « marque de la bête » dépeinte dans l’Apocalypse (livre de la Bible). Elle serait l’œuvre de Satan provenant de Big Pharma et non de Dieu.  Le port du masque et la distanciation sociale sont vus comme des hérésies. A de nombreuses reprises le non-respect des règles sanitaires au sein du groupe aurait été porté à l’attention des autorités de santé publique ; mais sans aucune plainte officielle, elles ne peuvent intervenir. La police a pu cependant visiter les lieux mais aucune infraction n’a été constatée.  (Source : Le Devoir, 07.12.2021)

L’anthroposophie, un frein à la vaccination ?

Publiées récemment, des statistiques sur la vaccination ont montré que la zone germanophone a le taux de vaccination le plus faible d’Europe. Le Midi Libre à s’interroge sur d’éventuels liens de cause à effet avec la large implantation de l’anthroposophie dans cette aire géographique. Une interrogation largement partagée par la presse allemande.

Fondée au début du XXe siècle par l’ancien théosophe Rudolf Steiner, l’anthroposophie est un mélange de croyances chrétiennes, new age, hindouistes, mêlées de karma et d’occultistes. Si le siège central de l’organisation est situé à Dornach en Suisse, le mouvement est constitué de différentes structures fonctionnant de manière indépendante explique Ansgar Martins, professeur de philosophie des religions à l’université Goethe à Francfort. Néanmoins, présentes dans les secteurs bancaire, agricole, médical et scolaire, ces structures ont donné un large champ de diffusion aux concepts de l’anthroposophie dans la société.

Grand admirateur de Goethe, Rudolf Steiner a puisé aussi ses idées dans le courant romantique proche de la nature et critique de l’ère moderne. Selon Tobias Rapp, journaliste du Spiegel et ancien élève d’une école Waldorf, pour Steiner rien n’est impossible et des forces surnaturelles avec lesquelles il faut composer sont constamment à l’œuvre. C’est pour s’attirer leurs bonnes grâces qu’une série de rituels a été conçue par Rudolf Steiner. Ainsi, selon der Spiegel, l’agriculture biodynamique n’est pas seulement écologique, elle est ésotérique. Dans les laboratoires Weleda l’eau dans laquelle les substances sont dissoutes doit être secouée d’une certaine manière afin qu’elles puissent développer leur pouvoir.

Dans ce monde où tout a un sens, la maladie n’échappe pas à la règle. D’après des passages de l’œuvre de Steiner, les maladies doivent avant tout être combattues spirituellement pour permettre à l’âme d’évoluer et éventuellement « d’expier les méfaits des vies antérieures », explique Michael Blume, spécialiste des religions et commissaire à la lutte contre l’antisémitisme dans la région allemande du Bade-Wurtemberg. En outre, selon les croyances de Rudolf Steiner, ceux qui se font vacciner peuvent devenir sourds au message karmique ce qui explique le scepticisme des anthroposophes les plus convaincus envers la médecine conventionnelle et leur réticence à la vaccination.

Il est important de ne pas empêcher les enfants d’être malades car la maladie aurait pour vertu de favoriser leur développement en renforçant leur corps mais aussi leur âme.

Est-ce à cause de cette perception de la maladie que tant d’écoles Steiner ont été touchées par des épidémies de rougeole et sont aujourd’hui le foyer de contamination de Covid-19 ? Cela a été le cas fin novembre 2021 en Allemagne dans l’école Steiner de Borchen où 41 élèves et 12 enseignants ont été infectés par la Covid-19, ou dans celle de Fribourg où plus de 44 élèves et spectateurs d’un spectacle de cirque donné par l’école ont été infectés. Après enquête, l’inspection scolaire de Fribourg a découvert que 55 élèves et professeurs avaient été exemptés du port du masque. Les certificats avaient été réalisés dans des cliniques privées situées à Berlin et en Bavière et seuls trois d’entre eux étaient valides.

La presse a également rapporté le cas de médecins liés au mouvement qui ont « émis publiquement des doutes sur la réalité de la pandémie ou sur l’efficacité du vaccin » et ont préféré miser sur des traitements comme la poudre de météorite pour soigner la Covid.

Ainsi, pointe Tobias Rapp dans der Spiegel, les enseignements de Rudolf Steiner ont peut-être « un impact plus important sur notre société que beaucoup de gens ne le soupçonnent ».  (Sources : Der Spiegel, 15.11.2021 & Midi Libre, 23.11.2021)

La bonne santé des dérives sectaires

Pascale Duval, porte-parole de l’Unadfi, et Stéphane François, professeur de science politique à l’université de Mons, ont été invités par France Culture à l’émission Sous les radars consacrée aux dérives sectaires dans le champ de la santé et du bien-être, des domaines que beaucoup pourraient penser sans risques.

En recherche de solutions naturelles pour faire face au virus ou en quête de sens, l’intérêt des Français pour des offres de soins ou de bien-être s’est accru depuis le début de la pandémie, certains d’entre eux se retrouvant dans les griffes de praticiens peu scrupuleux.

Prenant racine dans le New Age, une idéologie apparue à la fin du XIXe siècle, ces pratiques amènent une défiance envers la science et la médecine, qui n’est pas sans poser des problèmes à la collectivité, en particulier en ce qui concerne le refus de vaccination.

Interrogés par la journaliste  Nora Hamadi, Pascale Duval et Stéphane François se sont attachés à expliquer comment ces pratiques peuvent conduire à des dérives sectaires et quelles solutions peuvent être envisagées pour y faire face.

(Source : France Culture, 06.11.2021)

Ecouter le podcast : https://www.franceculture.fr/emissions/sous-les-radars/la-bonne-sante-des-derives-sectaires

Dérives sectaires : Ces nouveaux mouvements qui surfent sur la pandémie,

Marie Drilhon, présidente de l’Association de Défense des Familles et de l’Individu victimes de sectes (ADFI) Yvelines, membre du bureau de l’UNADFI, a été l’invitée de l’émission 7 milliards de voisins sur RFI.

Aux côtés des journalistes Timothée de Rauglaudre et Jean-Loup Adenor, elle s’est exprimée sur l’évolution des dérives sectaires depuis le début de la pandémie. Outre un accroissement des signalements – la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Mivuldes) en a noté en 2020 40% de plus qu’en 2015 – les intervenants pointent les secteurs de prédilection des nouveaux gourous, en particulier le bien-être.

L’émission a également donné la parole à Enzo, un ancien Témoins de Jéhovah âgé de 21 ans qui a raconté son endoctrinement par le groupe.

(Source : RFI, 22.11.2021)

Ecouter le podcast : https://www.rfi.fr/fr/podcasts/7-milliards-de-voisins/20211122-d%C3%A9rives-sectaires-ces-nouveaux-mouvements-qui-surfent-sur-la-pand%C3%A9mie

Réinfo Covid s’exporte

Connu en France, le groupe Réinfo Covid qui milite pour « « une politique sanitaire juste et proportionnée » est aussi implanté outre-Atlantique au Québec. Le groupe ouvertement anti-vaccin prolifère sur les réseaux sociaux et multiplie ses réunions publiques pour diffuser son idéologie.

Fondé en juin 2021, le groupe organise des conférences de presse pour dénoncer la gestion de la pandémie et aborder le sujet de la vaccination, n’hésitant pas à diffuser de fausses informations. Réinfo Covid Québec organise aussi des manifestations d’opposants aux mesures sanitaires et à la vaccination obligatoire. Leur porte-parole est un médecin à la retraite. Comme il l’indique sur son site web, le groupe souhaite réunir des médecins et des soignants mais pas uniquement. Il prétend réunir des opinions différentes autour d’un dénominateur commun mais au sein du groupe des personnes vont défendre des idées plus extrêmes. Il est difficile d’estimer le nombre de personnes adhérant au groupe. Seule indication chiffrée : le nombre de membres du groupe Facebook, 13 500 au début du mois de novembre. Un grand nombre de publications, notamment sur la dangerosité des vaccins, y sont largement partagées et commentées. Sur leur site on peut retrouver certaines théories complotistes, la promotion de traitements dont l’efficacité n’a pas été prouvée ou encore de nombreuses fausses informations censées permettre aux internautes de se « réinformer ».

La différence est notable entre les discours publics et les idées partagées sur internet et les réseaux sociaux. Sur ces plateformes le groupe semble enclin à plus de radicalité.  Pour Stephanie Yates, professeure au Département de communication sociale et publique de l’Université du Québec à Montréal, le discours sur les espaces numériques est différent car il est notamment moins fondé scientifiquement et plus émotif en faisant plus appel à la peur. Pour elle, les discours dans les espaces numériques s’adressent à des personnes déjà sympathisantes et ne requièrent aucune édulcoration et les remises en question seront quasi-inexistantes.

L’ouverture de Reinfo Covid à une pluralité de discours est aussi un constat du journaliste français William Audureau qui montre que le fonctionnement du groupe permet à certaines personnes sans background médical d’exprimer et de promouvoir des « discours parfois assez exotiques ». Il a remarqué que la quasi-intégralité des publications tournent autour de la dangerosité supposée des vaccins et des masques, bien que le groupe se défende d’être antivaccins et anti-masques.   (Source : Radio Canada, 13.11.2021)

Lire sur le site de l’Unadfi, L’inquiétante évolution du collectif Réinfocovid : https://www.unadfi.org/actualites/groupes-et-mouvances/l-inquietante-evolution-du-collectif-reinfocovid/

 

 

La pandémie suscite un regain d’intérêt pour l’ésotérisme

« Coming out spirituel » pour certains, aide pour affronter des temps incertains pour d’autres, les pratiques ésotériques n’ont jamais eu autant de succès que depuis le début de la pandémie. Selon un sondage Ifop paru dans Elle, 58% des français croient aujourd’hui en une « parascience ».

Le Midi Libre qui s’est penché sur l’évolution du phénomène dans sa région, note une croissance économique importante liée à ce domaine. Les médiums, les astrologues, ont vu une nette augmentation de leur clientèle et plusieurs boutiques ésotériques ont ouvert. Quant aux librairies généralistes, elles s’y mettent aussi en offrant des rayons spécialisés. Selon le Syndicat national de l’édition, le chiffre d’affaires des éditeurs de ce secteur a augmenté de 13% en 2020.

Le sujet n’est plus considéré comme farfelu ou tabou et un nouveau public en quête de sens ou amené par des influenceurs web n’hésite plus à faire appel à des praticiens.

Cependant, commente Pascale Duval, porte-parole de l’Unadfi, le phénomène n’est pas nouveau, mais il touche désormais un public plus large. « On a toujours eu dans l’Histoire un engouement pour l’irrationnel après chaque grande crise » explique-t-elle. Prévenant que ces pratiques peuvent conduire à un embrigadement sectaire, elle souligne que l’endoctrinement est progressif. Selon elle « plus on accepte l’irrationnel et plus on s’ouvre à d’autres choses incroyables ». Elle ajoute qu’il faut s’inquiéter lorsque l’adepte change et que ses « croyances occupent une place exclusive dans sa vie ».  

(Source : Le Midi Libre, 02.11.2021)

Le fact-checking est-il utile ?

Face à l’avalanche de fake news qui se répandent sur internet depuis le début de la pandémie, de nombreuses rédactions se sont lancées dans la vérification des faits (fact-checking) pour les contrecarrer.

Si le fact-checking fait hésiter à partager une fausse information, cela n’aura cependant pas « d’incidence sur l’impression globale du sujet » explique Emeric Henry, professeur associé au Département d’économie de Sciences Po. Ainsi on peut corriger une information ponctuelle prouvant qu’un accident de vaccination est faux, sans modifier l’impression globale du public réticent au vaccin contre la Covid-19.

La vérification des faits comporte aussi le risque d’attirer l’attention sur l’information que l’on veut contrer et d’augmenter son audience.

Atteindre sa cible dans le fact-checking est très difficile, car ceux qui partagent de fausses informations ne s’intéressent qu’à celles qui vont dans le sens de leurs croyances et confortent leur opinion. C’est ce que déplorait déjà Caitlin Dewey, la spécialiste des Hoax du Washington Post, en 2014. Cependant, pour le journaliste William Audureau, le fact-checking aide ceux qui font encore confiance à la presse.

Les spécialistes du fack-checking ont cependant constaté que le manque d’efficacité du procédé pourrait tenir au format utilisé pour exposer les faits corrigés. Il semblerait que le format vidéo soit plus efficace pour convaincre quelqu’un, en particulier lorsque les gens confrontent leurs idées. Dan Sperber et Hugo Mercier, chercheurs en psychologie cognitive, ont montré que la capacité à raisonner est meilleure dans le cadre d’un dialogue que d’articles qui seraient donc moins efficaces.

Par ailleurs, le fack-checking ne se prête pas à certains exercices comme la vérification de faits en temps réel comme lors de débats sur les chaînes de télévision, BFMTV ou LCI. Le fact-checking demande de l’approfondissement et ne doit surtout pas tomber dans l’approximation. Les « fact-checkeurs doivent se concentrer sur des sujets vérifiables le plus objectivement possible » explique Emeric Henry.

Un autre obstacle de taille, pour les fact-checkeurs est Facebook, l’un des principaux canaux de diffusion de fausses informations. Si des partenariats ont été noués entre Facebook et des médias comme les Décodeurs du Monde ou Factuel de l’AFP, on ignore leur impact sur un réseau social où les fausses informations circulent six fois plus vite que les vraies. Pour une société comme Facebook, dont le modèle économique repose sur le nombre d’engagements sur une publication, c’est-à-dire de like, partages, et commentaires, il n’est guère intéressant de freiner leur propagation.  (Source : L’Express, 25.11.2021)

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