Corée du Sud / Le phénomène sectaire en Corée du Sud

En Corée comme ailleurs, définir une secte n’est pas sans provoquer la controverse. Pour Timothy Lee, de la Divinity School Brite au Texas, expert de la mouvance évangélique en Corée, lorsqu’on cherche « à déterminer si un groupe religieux est un groupe sectaire ou une église légitime, il faut tenir compte de la liberté avec laquelle on entre dans le groupe et avec laquelle on en sort, de « la transparence dans le leadership de la structure, et de l’attitude du groupe envers la société ». Les sectes condamnent systématiquement la société.
 

Dans le monde entier, les groupes sectaires sont associés à des fraudes, du lavage de cerveau, de la coercition voire des crimes tels que des viols et des assassinats. 
En 1987, 33 membres de l’Église du Salut (lire page 14), dont le fugitif mondialement connu Yoo est membre, ont été retrouvés morts dans une usine de Yongin, à environ 50 km au sud de Séoul. Il n’a jamais été déterminé avec certitude si les membres de la secte, dont les corps ont été retrouvés pieds et poings liés, avaient été assassinés ou s’il s’agissait d’un suicide collectif… Les adeptes du groupe Park Soon-ja, qui étaient également parmi les morts, ont cru que le monde était irrémédiablement embourbé dans la décadence, touchait à sa fin.
 

En 2009, Jeong Myeong-Seok, le leader d’une secte sud-coréenne connue sous les noms de Providence ou Jesus Morning Star (JMS), a été reconnu coupable de viols et d’agressions sexuelles sur quatre femmes membres du groupe. Un récent documentaire a montré comment la secte et son leader continuent leurs exactions auprès des femmes qui ne peuvent être pures et lavées de leurs péchés que si elles ont des relations sexuelles avec leur chef spirituel. Providence / JMS, basée en Corée, est également présente à l’étranger. Son impact n’y est cependant pas aussi fort que celui l’Église de l’Unification, communément appelé « Moon ».
 

Ces groupes religieux coréens ont en commun de s’inscrire à des moments précis de l’histoire moderne du pays : l’occupation japonaise, la guerre de Corée et les périodes des différentes dictatures militaires particulièrement celle des années 1970 et 1980. 
Peter Daley, qui étudie les mouvements sectaires coréens depuis 2003, explique que l’absence d’ambiguïté dans leurs enseignements facilite l’accroche des futurs membres. « Avec ces groupes, il n’y a pas de nuance de gris, tout est affirmatif :  » oui, ce gars-là est le Messie, oui, si vous le suivez, vous irez au ciel  » ».
 

La pression des pairs et la déférence envers les aînés, notions très présentes dans la société coréenne, jouent aussi à l’avantage des dirigeants des groupes sectaires. 
Il y a aussi nombre de groupes nationaux qui fondent leurs croyances autour de l’idée que le pays et ses habitants eux-mêmes sont en quelque sorte favorisés par Dieu. Certains pensent que le nouveau messie sera coréen.
 

Timothy Lee n’est pas sûr que « le nombre d’organisations sectaires coréennes soit proportionnellement plus grand qu’au Japon ou qu’aux États-Unis. Mais par rapport aux Occidentaux, les Coréens ont tendance à être moins individualistes et plus communautaristes et sont plus disposés à s’affilier à des organisations ».
 

(Source : The Diplomat, 17.06.2014)