Le combat de Véronique Margron pour les victimes 

Après neuf années à la tête de la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref), sœur Véronique Margron s’apprête à passer le relais. Théologienne dominicaine et figure de la lutte contre la pédocriminalité dans l’Église, elle laissera derrière elle le souvenir d’un engagement sans relâche en faveur des victimes et d’une parole lucide sur une institution encore en mutation.

Depuis 2016, la présidente de la Corref a fait de l’écoute et de la reconnaissance des victimes son combat. Sous son impulsion, la Commission reconnaissance et réparation (CRR) a vu le jour. 1 100 personnes y ont déjà pris contact. « Tout me scandalise et plus rien ne m’étonne », confie-t-elle, évoquant la violence sans limite qu’elle a rencontrée dans les récits des victimes.

C’est à elle qu’une victime de l’abbé Pierre s’est adressée en premier, déclenchant un séisme médiatique et ecclésial. Elle fut aussi témoin du cri silencieux d’un homme violé à Notre-Dame-de-Bétharram, dont le témoignage a contribué à la création d’un collectif de victimes. Ces affaires ont révélé la persistance d’une « conspiration du silence » au sein de l’institution.

Pour sœur Margron, l’Église a « changé d’époque » depuis le rapport de la Ciase, publié en 2021, mais le chemin reste long. Si certains diocèses, comme Nantes, ont pris des mesures exemplaires de transparence, d’autres résistent encore au changement. « Être neutre, c’est toujours servir l’agresseur », rappelle-t-elle, appelant à une vigilance collective et à un courage de vérité.

La religieuse plaide aussi pour une gouvernance plus ouverte, où les laïcs et les femmes auraient une place réelle. « Plus un milieu est clos, plus il est dangereux. Il faut du regard extérieur pour voir ce qui doit être vu ».

Alors qu’elle s’apprête à quitter la présidence de la Corref, sœur Véronique Margron assure qu’elle poursuivra son engagement auprès des victimes. « J’ai une dette morale, un devoir d’humanité envers tous les visages qui se sont confiés et qui m’habitent ». 

(Source : Ouest-France, 31.10.2025)

  • Auteur : Unadfi