Derrière une multiplication d’initiatives internationales, l’Inde de Narendra Modi déploie une stratégie d’influence ambitieuse, mêlant diplomatie économique, innovation technologique et valorisation de traditions ancestrales. Une projection d’image efficace, mais qui interroge sur ses ressorts idéologiques et ses implications.
À New Delhi, le sommet international sur l’intelligence artificielle de février 2026 a illustré l’ampleur des ambitions indiennes. Réunissant chefs d’État, experts et entreprises du monde entier, dont Emmanuel Macron et Luiz Inácio Lula da Silva, l’événement s’est conclu par une déclaration soutenue par une centaine d’acteurs internationaux. Non contraignante, celle-ci n’en marque pas moins une volonté affirmée de positionner l’Inde comme un acteur central de la gouvernance technologique mondiale.
Cette offensive diplomatique s’accompagne d’une intensification des accords économiques. L’accord de libre-échange avec l’Union européenne, présenté comme « historique », et le rapprochement avec le Canada de Mark Carney traduisent une stratégie de diversification des partenariats dans un contexte de tensions commerciales avec Washington. New Delhi entend ainsi consolider sa place dans les échanges mondiaux tout en réduisant sa dépendance.
Mais l’originalité de la démarche indienne réside dans l’articulation entre puissance économique et valorisation culturelle. Depuis 2014, le gouvernement promeut activement le yoga, élevé au rang de journée internationale par l’ONU, ainsi que les médecines traditionnelles regroupées au sein du ministère AYUSH. Cette mise en avant de pratiques ancestrales, associées à des politiques de santé et de bien-être, participe d’une diplomatie d’influence qui dépasse le seul registre économique.
Sur le plan technologique, les succès de la conquête spatiale et les projets de station orbitale renforcent l’image d’un pays tourné vers l’avenir, tout en alimentant un récit national valorisant l’excellence scientifique. Dans le même temps, l’engagement dans des initiatives comme l’Alliance solaire internationale ou le rôle accru au sein des BRICS témoignent d’une volonté de peser dans les équilibres géopolitiques, notamment auprès des pays du Sud.
Dans un environnement international marqué par les rivalités entre grandes puissances, l’Inde bénéficie d’une image relativement positive. Cette perception, soigneusement entretenue, constitue un levier essentiel. Reste que cette stratégie globale soulève des questions. La promotion de certaines pratiques traditionnelles, leur articulation avec des politiques publiques, ou encore leur diffusion à l’international, peuvent relever d’une logique d’influence culturelle aux contours parfois flous. À l’heure où l’Inde renforce sa visibilité mondiale, l’analyse de ces dynamiques apparaît d’autant plus nécessaire.
(Source : Asialyst, 05.04.2026)
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