Insidieuses, polymorphes et souvent méconnues, les dérives sectaires gagnent du terrain. Sous des apparences de bien-être ou de développement personnel, elles touchent un public de plus en plus large, parfois sans qu’il en ait conscience. L’analyse de Catherine Katz, magistrate et présidente de l’Unadfi, met en lumière les mécanismes d’emprise et l’évolution inquiétante de ce phénomène.
La dérive sectaire repose sur un processus d’emprise : manipulation, isolement, rupture progressive avec les valeurs et relations antérieures. Selon le Pr Philippe-Jean Parquet, cette emprise impose au sujet une obéissance totale et altère sa liberté de pensée. Contrairement aux clichés, n’importe qui peut être ciblé, des personnes en quête de sens, malades, victimes de difficultés personnelles, ou tout simplement curieuses, séduites par des discours rassurants.
Au fil d’un processus en trois étapes (séduction, destruction, reconstruction) l’individu perd ses repères, coupe ses liens familiaux ou professionnels, et se voit remodelé par les dogmes du groupe. Une « triple rupture » avec soi-même, avec l’environnement et avec la société scelle l’enfermement psychologique.
Des grandes sectes des années 1970-2000, telles que le mouvement raëlien ou l’Ordre du Temple solaire, on est passé à une mosaïque de micro-groupes diffus, souvent centrés sur le bien-être, la santé alternative, le coaching ou les pseudo-thérapies. Ces mouvements échappent plus facilement aux radars institutionnels et s’implantent dans des lieux jusque-là insoupçonnés, y compris certains établissements de santé. La médecine non conventionnelle, parfois pratiquée par des intervenants sans qualification, constitue l’un des vecteurs majeurs de captation. Les personnes malades, fragiles ou isolées deviennent des cibles privilégiées.
Internet a profondément transformé le paysage sectaire. Les discours restent classiques (promesse de révélation, d’accomplissement ou de guérison) mais les méthodes sont radicalement nouvelles. Groupes Telegram fermés, salons Discord, communautés cryptées sur WhatsApp… Les adeptes évoluent dans des bulles numériques. Plus inquiétant encore, l’usage de chatbots pseudo-spirituels capables de personnaliser leurs discours marque l’avènement de « l’emprise algorithmique », où l’intelligence artificielle devient un outil de manipulation psychologique.
Des enfants en première ligne
Les dérives sectaires au sein de familles constituent un milieu pathogène pour les enfants où se développent maltraitance, privation, endoctrinement ou encore rejet du monde extérieur. La pandémie de Covid-19 a exacerbé les discours complotistes et anti-science, aggravant les risques d’isolement et d’abus.
Face à cette métamorphose, le cadre législatif évolue. Après la loi About-Picard de 2001, une loi majeure, adoptée en mai 2024, crée un délit spécifique de sujétion psychologique ou physique et renforce la répression des incitations à l’abandon de soins. Les peines sont aggravées lorsqu’il s’agit de mineurs ou lorsque les infractions passent par les outils numériques.
Cette avancée était nécessaire quand on sait que les signalements ont explosé de plus 111 % en dix ans, selon la Miviludes. La santé et le bien-être sont désormais les secteurs les plus touchés. Et dans ce contexte, l’Unadfi demeure plus que jamais un acteur central de la protection. Reconnue d’utilité publique, elle accompagne victimes et familles, se constitue partie civile dans les procès et mène un vaste travail de prévention. Elle demeure un pilier essentiel face à un phénomène qui, malgré les avancées légales, impose une vigilance collective permanente.
(Source : Rotary Mag, N°868, décembre 2025)
A lire aussi sur le site de l’Unadfi : 4571 signalements à la Miviludes en 2024 : https://www.unadfi.org/prevention/aide-aux-victimes/demander-de-laide/partenaires/4571-signalements-a-la-miviludes-en-2024/
