Le Loup Blanc en prison

Durant le mois de décembre 2021, Cyrille Adam, connu sous son appellation de chaman « Loup Blanc » a été mis en examen à la suite de plaintes d’au moins 6 adeptes pour viols, agressions sexuelles et abus de faiblesse par sujétion. A la fin du mois de janvier 2022, l’Office central de répression des violences à la personne (OCRVP) a lancé un appel pour recenser de nouvelles victimes.

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Quelle perception ont les Français du phénomène sectaire

 L’Unadfi, en partenariat avec l’institut de sondage Odoxa, a réalisé en décembre 2021 une enquête pour évaluer le niveau de connaissance du phénomène sectaire par les Français. Les résultats de ce sondage, rendus publics le 17 janvier, ont pu montrer que certaines idées reçues sont encore tenaces.

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L’entrisme de la Mindfulness à l’école

 Associée à plusieurs associations, dont l’Unadfi, La Ligue des droits de l’Homme (LDH) fait part, dans une lettre ouverte1 adressée à Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale, de son inquiétude face à l’entrisme de la méditation de pleine conscience (MPC) et son expérimentation à grande échelle dans les écoles publiques et privées.

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Chef indien, chaman et violeur

Début décembre 2021, un chaman surnommé « Loup Blanc » a été mis en examen et placé en détention provisoire à Nîmes pour des faits de viols, agressions sexuelles et abus de faiblesse. Cela fait suite à un signalement auprès de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) de la part d’anciennes adeptes.

Aujourd’hui septuagénaire celui qui se fait appeler « Loup Blanc » exerce depuis de nombreuses années en tant que chaman. Il aurait pris conscience de son pouvoir mystique à l’âge de 7 ans et il y a une trentaine d’années Sitting Bull lui serait apparu et lui aurait affirmé qu’il « fut un grand chef indien ». Entouré d’environ 200 fidèles, il vend de nombreux produits (cd, livres) et organise des initiations qui permettent selon lui d’ « évoluer vers un autre plan de conscience ». Ces stages qui durent deux jours coûtent entre 200 et 350 euros plus 150€ pour l’hébergement. C’est lors de ces séances que le gourou aurait commis des abus sexuels sur certaines fidèles.

Outre les faits de viols et d’agressions sexuelles, le chaman aurait profité de ses fidèles et de leur argent pour financer un train de vie luxueux. Il roulait dans une voiture luxueuse et vivait dans un château alors qu’il préconisait par ailleurs un mode de vie frugal et un retour à la nature.  La plupart des biens ne sont pas à son nom mais à celui de fidèles qui achètent les biens mis à la disposition exclusive du chaman. Différentes propriétés habitées par le gourou ont été perquisitionnées pour l’enquête. Les autorités ont découvert d’importantes sommes d’argent liquide et de l’or.

C’est à la fin de l’année 2020 que deux femmes ont dénoncé à la Miviludes les abus sexuels commis par le gourou à leur encontre ainsi que l’emprise exercée par « Loup Blanc ». Les abus auraient été commis sous l’emprise de l’ayahuasca, une plante aux vertus psychédéliques. A la suite de cette dénonciation, plusieurs autres victimes se seraient manifestées.

Dans l’attente de son procès, le chaman a été placé en détention provisoire.  

(Sources : Le Parisien, 09.12.2021 & Midi Libre, 09.12.2021 & France Bleu, 10.12.2021)

Des associations appellent au renforcement de la Miviludes

Devant la croissance et la diversification du phénomène sectaire, la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) et plusieurs associations ont demandé, dans un communiqué publié le 27 décembre 2021, davantage de moyens pour la Miviludes.

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La mouvance évangélique dans l’hexagone

Selon des données communiquées en exclusivité à l’Express, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) a reçu plus de 190 saisines concernant la mouvance évangélique en 2021. Deux points semblent inquiéter plus spécifiquement : les abus financiers et les promesses de guérison miraculeuse.

Ces chiffres fournis par la Miviludes ne sont pourtant pas nouveaux. En 2020, la mission avait reçu environ 200 signalements et quatre affaires avaient été judiciarisées. De nombreuses églises ont été signalées à la Miviludes lors des dix dernières années. Si parfois elles sont le fait de pasteurs isolés, souvent autoproclamés, les dérives sectaires proviennent aussi de plus grosses structures établies comme l’Eglise Universelle du Royaume de Dieu (EURD, aussi connue sous le nom de Centre d’Accueil Universel). Ce mouvement d’origine brésilienne est connu pour effectuer un prosélytisme offensif mais aussi pour ses positions controversées sur différents sujets de société. Les exigences financières constituent un point d’inquiétude pour la Miviludes : les adeptes sont fortement incités à faire des dons, achats, dîmes ou offrandes en tout genre. Les pasteurs usent de leur charisme ou utilisent des causes nobles pour pousser les adeptes à donner. L’argent va bien souvent servir à financer le train de vie du pasteur.

Les mouvements évangéliques organisent aussi souvent des séances de « guérisons » miraculeuses basées sur la foi et la prière en totale opposition avec la médecine. Ce qui constitue un risque pour les personnes malades choisissant d’abandonner leur parcours de soins. La pandémie a entrainé une hausse de ces offres de guérison.

Face à la pandémie, certains pasteurs et certains mouvements perçoivent la vaccination comme la « marque de la bête » qui entraînerait pour le vacciné une perte d’autonomie au profit de Satan. Ces messages montrent qu’au sein de la population évangélique prospèrent des discours anti-vaccination et méfiants vis-à-vis de la science. Cela peut s’expliquer par le fait que de longue date certains évangéliques sont suspicieux vis-à-vis des gouvernements perçus comme un pouvoir antichrétien.  Au niveau de la santé, certains groupes évangéliques proposent aussi des jeûnes assortis de prières en traitement de certaines pathologies cardiaques ou d’addictions. Encore une fois cela entraîne un risque d’abandon de soins pour les malades. Certaines églises vont jusqu’à défendre l’idée qu’il faut laisser le corps agir par lui-même et laisser faire la foi face à certaines maladies et notamment face au Covid. 

(Sources : L’Express, 22.12.2020 & 26.12.2021)

Un annuaire douteux des PSNC

Créé en 2016, le site Médoucine ressemble à un Doctolib des médecines douces. Cette startup semble privilégier son développement avant la fiabilité des pratiques proposées.

Le principe de ce site web est de permettre la prise de rendez-vous pour des consultations avec des praticiens de diverses pratiques de soins non conventionnelles. Il revendique plus de 2 000 praticiens référencés. Le site propose aussi des formations payantes pour développer son cabinet de thérapeute et élargir sa clientèle. Derrière cette vitrine, se cache une importante machine à profit grâce aux abonnements mensuels, et aux frais d’inscription pour les praticiens qui payent pour se voir référencés.

Une youtubeuse interne en médecine a réussi à l’aide d’un faux certificat de naturopathe à s’inscrire sur le site jusqu’à l’étape du paiement, demandant si elle pouvait mentionner qu’elle pratiquait le Yahis Idoni. Le site a accepté… alors que cette pratique n’existe pas. Parmi les 25 employés de la structure aucun ne possède de formation médicale, l’inscription des praticiens s’effectue uniquement par un biais administratif et déclaratif. Le manque de vérification peut s’avérer dangereux car de nombreuses pratiques référencées sur la plateforme peuvent relever de l’exercice illégal de la médecine et surtout éloigner des personnes malades de leurs parcours de santé.

Mathieu Repiquet, membre du collectif FakeMed, a enquêté sur ce site, montrant par exemple que la fiche sur l’homéopathie du site ne cite que les études favorables. A propos de l’iridologie qui permettrait de déterminer l’état de santé d’un individu via l’observation de son iris, l’Ordre des médecins rappelle que la pose d’un diagnostic par un praticien qui n’est pas médecin constitue un exercice illégal de la médecine.

Médoucine précise que les pratiques référencées sur son site sont complémentaires et ne remplacent pas la médecine, mais « si des actes à visée curative ont lieu de manière répétée pendant les consultations, il s’agit d’exercice illégal de la médecine » souligne un membre de l’Ordre des médecins.

La Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) rappelle que les pratiques disponibles sur la plateforme ne sont pas fondées scientifiquement et que bon nombre ont déjà fait l’objet d’alertes par la mission qui a reçu trois signalements concernant le site depuis 2020. On y trouve par exemple des praticiens du décodage biologique, méthode fondée par Ryke Geerd Hamer qui a été condamné en Allemagne et en France pour exercice illégale de la médecine. Une géobiologue lithothérapeute vends des pierres cristaux et des bracelets aux différentes vertus (lutter contre la dépression, former des globules). Pourtant de nombreuses condamnations ont déjà été prononcées à l’encontre de lithothérapeutes et la DGCCRF (Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes : NDLR) considère cette pratique comme une pseudoscience.

De nombreuses méthodes présentent des risques pour des personnes en recherche de soins et vulnérables qui peuvent être trompées. Analysant les termes utilisés, Cyril Vidal, président de FakeMed souligne que « médecine douce » donne une consonnance médicale aux propositions du site. Médoucine ne peut pas utiliser le terme de patient, car les pratiques dispensées ne sont pas médicales, et utilise par conséquent le terme de client.  (Sources : L’Express, 17.11.2021 &Marianne, 19.11.2021)

Procès de la fondatrice du groupe de prière « Amour et Miséricorde »

Une femme gourou, Eliane Deschamps, 67 ans, fondatrice en 1999 de la secte présumée « Amour et Miséricorde», est jugée pour abus de faiblesse au tribunal judiciaire de Dijon. Elle prétend avoir vu et entendu la vierge et incarner un renouveau charismatique, enrôlant sous sa coupe des adeptes dans toute la France.

Elle se faisait appeler « la servante » ou « la voyante ». Après vingt ans de procédure, elle est jugée pour abus de faiblesse avec un autre membre de sa communauté, Daniel Delestrac, 75 ans, son « bras droit », ancien membre de l’Eglise de Scientologie. Ils sont accusés d’emprise et de comportements constitutifs de dérives sectaires.

Cette longue saga judiciaire témoigne des difficultés à caractériser ce type d’infraction. Marie Drilhon, vice-présidente de l’UNADFI, explique que « ce sont des dossiers compliqués à judiciariser parce qu’établir la preuve de l’emprise mentale sur des personnes majeures reste complexe.  Ce sont des groupes fermés, il n’y a pas de témoin direct, pas de traces pouvant caractériser l’abus de faiblesse ».

Dans ce procès, une douzaine de personnes, des anciens membres ou leurs proches, se portent partie civile.

Dès 2002, l’archevêque de Dijon avait interdit à la prévenue de faire du prosélytisme autour de ses supposées « apparitions ». En 2008, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) avait alerté sur « une structure non reconnue par l’Eglise et un groupe soumis à l’autorité de sa  » voyante  » qui tend à se refermer sur lui-même. » Des premières plaintes sont alors déposées mais aboutissent à un non-lieu. Après de nombreuses nouvelles plaintes, une information judiciaire est de nouveau ouverte en 2014. Interpellée sur les rebondissements de cette affaire, la Miviludes reconnait des comportements constitutifs de dérives sectaires.

Les trois axes judiciaires du procès concernent l’abus de faiblesse, l’abus de confiance et l’extorsion de fonds. Selon l’accusation, la prévenue a enfermé les membres de sa secte dans une « prison spirituelle ». Jérémy Demay, journaliste indépendant, auteur d’un ouvrage sur l’affaire, pointe également les dérives d’ordre financier, montrant que les membres de la communauté sont incités à céder leurs biens et à verser des pensions conséquentes. Des soupçons de détournement d’héritage ont aussi fait l’objet de discussions lors du procès.

Les prévenus étaient passibles de cinq ans d’emprisonnement et 750 000 Euros d’amende. L’état de santé d’Eliane Deschamps ayant été jugé peu compatible avec un emprisonnement, un an de prison avec sursis a été requis au final. (Sources : Le Figaro, 23.11.2021 & TV5Monde, 23.11.2021 & 20 Minutes, 22.11.2021 & France Bleu Bourgogne, 22.11.2021 & Le Parisien, 22.11.2021)

Des communautés complotistes sur le point de voir le jour

Nées sur internet à la faveur de la crise sanitaire, plusieurs communautés conspirationnistes, ayant pour ennemis communs la vaccination anti-Covid et la politique sanitaire du gouvernement, cherchent désormais à se regrouper physiquement dans des lieux reculés pour vivre autour d’idéaux communs.

Rejetant les autorités, leurs membres aspirent à fonder une société différente, plus proche de la nature. Pour One Nation, il s’agit de « démarrer un nouveau monde », « de se ressaisir sereinement de son pouvoir personnel et refuser toute autorité illégitime », tandis que pour Réinfocovid l’idée est davantage de se replier pour échapper à la « dictature sanitaire ». Si Louis Fouché affirme qu’il n’existe aucun projet communautaire l’impliquant, le journal Le Monde avait cependant signalé l’intention de membres du collectif de s’installer dans l’Aveyron.

Ce « conspirationnisme totalement assumé », se diffuse « des ‘antivax’ aux complotistes New Age cherchant à vivre en autonomie, en passant par les survivalistes », constate le chercheur en psychologie sociale Sylvain Delouvé.

Ce type de communauté attire de plus en plus l’attention de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), qui a reçu 28 saisines au sujet d’écovillages en 2021, dont 9 sur One Nation. Mais « si ces groupes sont profondément conspirationnistes, ils ne s’inscrivent pas « à ce stade dans la dérive sectaire », explique Christian Gravel, Secrétaire général du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR) et président de la Miviludes.

Cependant constate Pascale Duval, porte-parole de l’Unadfi, il y a chez les adeptes de ces communautés, inspirées par des idées new age « un besoin de fuir notre société pour recréer la leur. Avant, elle existait de façon virtuelle. Aujourd’hui, ils sont en train de la matérialiser ». 

(Source : Blue Win, 21.11.2021)