Coup de balai chez les sorcières

Les pratiques de sorcellerie ne sont pas près de disparaître, constate Déborah Kessler-Bilthaeur, ethnologue et auteure d’une thèse sur le sujet. Selon elle, la sorcellerie a même une grande capacité d’adaptation et a su ajouter les nouvelles technologies à ses pratiques ancestrales.

Les sorcières « traditionnelles » ne voient pas d’un bon oeil les nouvelles sorcières 2.0 qui créent des business sur la toile, et capt

ent ainsi un public plus important. Ainsi Lana Corvus, qui se présente comme sorcière païenne, propose des « tutos » pour exorciser les maisons, pour confectionner un médaillon afin d’attirer l’amour à soi. Pour elle, internet est un « grimoire collaboratif ». Véronique, alias l’ange de Gaïa, est une « youtubeuse magie ». Selon elle, Internet lui donne l’opportunité de mettre son savoir au service des autres. Néanmoins, elle donne aussi des consultations payantes, par mail ou skype, pour 20 euros.

Les sorcières « traditionnelles », quant à elles, reçoivent leur clientèle dans leur cabinet, dont le décorum est plutôt prévisible. L’antre d’Hécate, doyenne des sorcières française, est décorée de masques africains, boule de cristal, crâne humain, chauve-souris empaillée…
 

Mue par une quête spirituelle, elle a découvert la pratique à l’adolescence, mais a erré dans différents groupes, qu’elle qualifie elle-même de sectaires, avant d’être initiée par Yul Rugga, le fondateur du Cercle initiatique de la Licorne dite « Wicca occidentale ».
 

Malgré des tarifs prohibitifs, Hécate a une clientèle nombreuse. La première consultation coûte 80 euros à l’issue de laquelle, selon le travail demandé, elle établit un devis. Mais son tarif de base est de 2500 euros. Elle utilise des bougies, des amulettes de cire, mais se défend de donner des potions pour éviter d’être accusée d’exercice illégal de la médecine. Les résultats ne sont pas toujours au rendez-vous « les sorts ne marchent que sur ceux qui y croient » explique-t-elle.
 

Rehold, sorcier de son état, a profité de l’élan vers la sorcellerie suscité par la série Harry Potter pour ouvrir une école de magie appelée Azraald. Sur son site, il vendait, entre-autres, du « fluide de l’esprit d’Einstein » ou de la « poudre de fées ». Une pratique qui l’a conduit devant le tribunal correctionnel de Villefranche. En 2014, il a été condamné à 3000 euros d’amende pour avoir vendus ces produits sans les autorisations nécessaires. Néanmoins, le magicien a plus d’un tour dans son sac, et désormais transformé en évêque il officie au sein de la « Petite église apostolique vieille catholique » qu’il a fondée à Roussay dans le Maine et Loire. L’ADFI Nantes explique qu’il y propose des exorcismes et des retraites spirituelles tarifés à partir de 380 euros.
 

Autre sorcière ayant eu des démêlés avec la justice, Danaé. Basée à Marseille, elle harponne les clients par le biais de son site internet sur lequel elle prétend rembourser 100 % des frais engagés en cas d’échec au bout de huit mois. Ses interventions sont facturées 1990 euros. Soutenues par l’INAD1, plusieurs personnes sont en litige avec Danaé pour récupérer leur argent, soit qu’ils se soient rétractées dans les délais légaux, soit que les résultats promis ne se soient pas produits.

(Source : Street Press, 22.11.2016)

1- Institut national des arts divinatoires.