La gratuité n’exclut pas le danger…

Dans le cadre de la « Tournée des pratiques douces » organisée par la Ville de Strasbourg, la ville s’est adjoint les services d’une association proposant des cours de yoga gratuits, association qui s’est avérée être liée à Sahaja Yoga. La municipalité avait accepté l’offre bénévole de l’association, évitant ainsi une lourde procédure de marché public.

C’est une participante qui a signalé la supercherie à la mairie de Strasbourg. Habituellement méfiante à propos des sectes, elle a participé en toute confiance à la séance de méditation proposée par la ville en toute confiance. Le déroulement du cours ne lui a pas paru suspect, mais la distribution d’un tract offrant des cours gratuits de « Méditation Sahaj » dans un hôtel a éveillé ses soupçons.

Il ne lui a fallu qu’une courte recherche sur Internet pour découvrir que l’association n’était autre que le Sahaja Yoga, une structure plusieurs fois signalée par la Miviludes.

Devant ce constat, elle a décidé de prévenir la ville en envoyant un mail le 13 août dernier pour empêcher le déroulement d’un deuxième atelier de méditation le 18 août. Elle n’a jamais reçu de réponse.

Elle s’étonne de ce silence au vu des informations qu’elle a trouvées, en particulier celles sur la place des enfants au sein du groupe. Ainsi l’Unadfi prévient, « chez Sahaja Yoga les enfants n’appartiennent pas aux parents mais à la Mère divine, Sri Mataji, la fondatrice du groupe. Les parents sont encouragés à se séparer d’eux dès le plus jeune âge en les envoyant dans des ashrams et des écoles à l’étranger ». Cela a donné lieu à plusieurs procès, pour empêcher l’envoi d’enfants dans des ashrams situés en Inde, en Italie ou en République Tchèque. Les décisions rendues par la justice ont été diverses. Pour l’un d’eux, la justice française estimait en 1995 que « l’éloignement ne peut constituer à lui seul un abandon », tandis que la justice belge concluait pour un cas similaire que « la secte Sahaja Yoga a en effet parmi ses objectifs la séparation absolue et définitive entre parents et enfants dès leur plus jeune âge ».

Le détachement des enfants est un des préceptes prônés par Sri Mataji qui affirmait : « N’importe qui peut faire un enfant – même un chien peut faire un enfant […] Aussi créer un enfant n’est pas extraordinaire […] D’abord vous avez renoncé à votre famille, renoncé à vos enfants, renoncé à tout, vous êtes parvenu à cette extrémité. »

Pour en savoir plus, le journal Rue 89 a contacté l’antenne strasbourgeoise du Sahaja Yoga qui a refusé de répondre. C’est finalement la responsable d’une structure picarde qui défendra l’association, proclamant que la méditation Sahaj l’a sauvée de la dépression et l’a guérie d’une affection aux bronches et de spasmes au ventre. Selon elle, la pratique serait même susceptible de modifier les gènes grâce à l’énergie sacrée se répandant dans le corps lors de l’éveil du Kundalini.

Face aux demandes de précisions des journalistes, elle répond : « il n’y a pas grand-chose à comprendre, quand vous êtes dans la paix, vous le comprenez. »

D’après plusieurs responsables d’associations de défense contre les dérives sectaires, dont Gilbert Klein, président du Cercle laïque pour la prévention du sectarisme, « l’utilisation du yoga pour enrôler de nouveaux adeptes est une stratégie classique ».

Contactée par Rue 89, la ville de Strasbourg a finalement admis « un manque de vérification » et a précisé que « l’association ne pourra plus faire de cours pour la ville ».

(Source : Rue 89, 18.10.2019)

 

 

  • Auteur : Unadfi