ADFI SOFI Val de Marne

L’association de lutte contre les dérives sectaires SOFI-ADFI 94, association familiale adhérente à l’Udaf, est intervenue auprès des professionnels de l’Udaf du Val-de-Marne afin de les sensibiliser sur le thème « les sectes et le monde du travail », notamment autour de la formation professionnelle (un des moyens de recrutement pour les sectes).

(Source : UNAF, janvier 2015)

Loi sur la formation professionnelle

Le décret relatif à la qualité des actions de la formation professionnelle continue est paru au Journal officiel, le 1er juillet 2015. Les nouvelles dispositions doivent être mises en oeuvre afin de faire face à l’offre croissante de formations douteuses notamment celles proposées par des mouvements sectaires comme l’avait souligné la Miviludes dans son rapport de 2012(1).

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Formation professionnelle

Le marché de la formation continue

Pendant que les pouvoirs publics ciblent « les formations dites comportementales » qui représentent 20% de l’offre de formation, certains Organismes paritaires collecteurs agréés (OPCA) mettent en place une politique de veille. Les autorités rencontrent en effet des difficultés à caractériser les dérives sectaires sur ce marché. Les entreprises, quant à elles, restent « peu actives » dans ce domaine.

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Formation professionnelle : Une mine pour les sectes

La progression des dérives sectaires dans le domaine de l’entreprise et dans la vie professionnelle fait partie des thèmes développés dans le rapport 2011-2012 de la Miviludes. Le secteur du coaching est particulièrement visé, conséquence d’une « explosion » de la demande des dirigeants d’entreprises ou des salariés eux-mêmes.
Il existe pourtant un écart entre les services proposés et la réalité. En effet, ceux qui se prétendent « coachs » sont pour la plupart absents du répertoire des organismes de formation ou bien encore ne sont pas connus par les services de l’Etat…

Peu de retombées cependant : la Miviludes ne compte que 20 % de signalements liés à la formation professionnelle sur les 2.600 reçus en 2012. Le président de la Mission, Serge Blisko, explique à Libération qu’un « DRH qui s’est fait berner par un pseudo-organisme de formation ne va pas aller s’en vanter ». Quant aux victimes, elles ont souvent tellement honte qu’elles se taisent le plus souvent.

Nicolas, quant à lui, a accepté de témoigner dans La Croix. De sa formation dans son entreprise, il garde « une impression de dégoût » et une « amertume ». Le stage résidentiel de trois jours, auquel il a participé, était baptisé « équipe gagnante ». Le soi-disant coach faisait passer des tests de personnalité, imposait une psychanalyse sauvage, posant des questions intimes devant la dizaine de stagiaires. A la fin du stage, « les patrons » débarquaient. Le coach qui avait la confiance du responsable des ressources humaines était omniprésent. « Les plus fragiles n’ont pas encaissé. Très vite, il y a eu des démissions, des burn-out. Cela a fait beaucoup de mal ».

Pour Serge Blisko, ce secteur de la formation est « complexe à appréhender ». « A quel moment, dans des formations qui se revendiquent comme touchant à la personnalité et donc à l’intime, tombe-t-on dans la dérive sectaire ou dans l’emprise ? ».

Reste que la Miviludes a recueilli des témoignages. Et certains sont plus surprenants que d’autres ! Ainsi en est-il d’une formation en coaching « pour parfaire » son CV et « être béton en entretien d’embauche » au cours de laquelle le formateur demandait à tous les participants de se déshabiller pour soi-disant « mieux déballer sa vie privée » et « améliorer sa confiance en soi ».

Il existe des dizaines de milliers d’organismes de formation. Certains ont le statut d’entreprise, alors que d’autres ont le statut d’associations loi 1901. Le secteur est peu réglementé. « Pas assez », selon Catherine Picard qui explique qu’il « existe un agrément mais c’est seulement sur le volet administratif. Il n’y a aucun contrôle sur le contenu de la formation. N’importe qui peut se présenter demain comme formateur ». L’un des critères utilisés par la Miviludes pour repérer les organismes « suspects » demeure l’aspect financier car les coûts y sont souvent « exorbitants » : entre 6.000 et 20.000 euros par personne !

Au ministère du Travail et de la formation professionnelle, un service est chargé d’effectuer un contrôle des organismes, mais pour la Miviludes, « ce n’est pas suffisant ». Elle préconise de créer un label « plus serré et plus sérieux » pour certifier les organismes de formation. Elle a aussi publié en février 2012, un guide « Savoir déceler les dérives sectaires dans la formation professionnelle ». [1].

Source : La Croix, Flore Thomasset, 25.04.2013 & Libératon, Marie Piquemal, 25.04.2013 & radinrue.com, 30.04.2013

Autre exemple de risque sectaire mentionné par le président de la Miviludes lors de la remise du rapport à Matignon : un organisme de cours d’anglais à Paris dirigé par trois adeptes du Mouvement Raëlien… « Quelle est la part de prosélytisme ? Est-ce une officine de camouflage ou pas ? Comment savoir ? se demande Catherine Picard, présente lors de la remise du rapport de la Miviludes…

Source : Libération, Marie Piquemal, 25.04.2013

Enquête menée par Lyon Capitale

La journaliste de Lyon Capitale a recueilli les témoignages de victimes de dérives sectaires et a également rencontré des représentants de la Miviludes et des associations.

L’entreprise reste un « eldorado » pour les sectes car 30 milliards d’euros sont collectés chaque année au titre de la formation professionnelle. « Les entreprises ont d’alléchants budgets de formation continue, confirme Arnaud Palisson, ancien analyste à la Direction centrale des renseignements généraux. Et certaines organisations se sont adaptées spécialement à la captation en entreprise « en développant des plans de formation propres au monde du travail, voire en créant des organisations écran ayant pignon sur rue, spécialisées dans la formation en entreprise ». Ces organisations visent les cadres et les décideurs, observe la Miviludes. Les victimes refusent souvent de témoigner par peur des représailles, par honte ou par décrédibilisation de l’entreprise… Et seulement 1 % de ces victimes auraient recours à la justice.

Les pouvoirs publics par l’intermédiaire de la Mividules et à travers les associations d’aide aux victimes mettent en garde depuis plusieurs années « les cercles économiques » contre ce péril mais les entrepreneurs continuent de placer l’approche sectaire « presque en dernier sur l’éventail des risques ». Et leur opposer des chiffres est d’autant plus difficile qu’une entreprise « ne dira pas –ou rarement- qu’elle a connu un risque sectaire », explique Henri-Pierre Debord, conseiller à la Miviludes. Selon ce dernier, 10 % environ de ces organismes sont à risque, soit entre 1.200 et 1.500 organismes.

Interrogé, le conseiller de la Mission explique que les PME qui représentent près de 70 % de l’ensemble du parc d’entreprises français, sont « un enjeu de taille » pour les organismes de formation. La diversité des tâches dans ce type d’entreprises « ne donne pas les moyens d’une grande lucidité sur tout ce qui se présente comme offres de services venant de l’extérieur pour ceux qui occupent des fonctions de direction et de décision ». Mais les grands groupes peuvent eux aussi être trompés car ils achètent « des prestations de service les yeux fermés » à des organismes qui posent problème.

Du côté des victimes, la journaliste a recueilli deux témoignages. Le premier concerne des faits récents : Lili, 35 ans, handicapée après un accident du travail, avait contacté Cap Emploi 31 à Toulouse, l’équivalent de Pôle Emploi pour les travailleurs handicapés. Elle s’est alors retrouvée avec un « formateur », adepte d’un mouvement d’origine japonaise, Sukyo Mahikari [2], qui va essayer de la faire adhérer au mouvement, utilisant toutes sortes de moyens et de subterfuges. Pendant sa pseudo-formation, Lili tentera de téléphoner aux services de la Région pour les avertir mais la réponse arrivera… trois mois plus tard. Quant à la conseillère de Cap Emploi appelée à l’aide, elle demandera à Lili de rédiger un courrier, ce que Lili refusera. Elle lui suggérera alors « de n’en parler à personne ». A l’heure actuelle, Lili est encore en colère, d’autant plus, que c’est la Région qui avait financé les deux mois et demi de formation, soit 6.000 euros ! Contacté par la journaliste, Cap Emploi a répondu avoir informé le financeur et donné des consignes pour ne plus orienter de stagiaires vers cette organisme… Malgré tout, le « formateur » de Lili continue d’exercer en tant qu’indépendant. Il propose « ses services » aux entreprises.

Le second témoignage est nettement plus ancien et concerne lui aussi un mouvement d’origine japonaise, la Soka Gakkai [3]. Les problèmes de David remontent à 2003. Il venait d’être embauché dans une association dont la directrice était à l’origine d’un climat déstabilisant pour les salariés. Elle était surtout adepte de la Soka Gakkai qui lui envoyait des « consignes » lui dictant son comportement.
Sur les conseils de l’ADFI locale, six salariés avaient monté un dossier pour harcèlement car les chances de faire jouer l’argument sectaire restaient très minces dans ce genre de cas. La directrice était finalement remerciée mais elle ira aux Prud’hommes et gagnera ! David explique que ce harcèlement quotidien qui prenait la forme de mensonges, de falsification de documents… l’avait conduit à une dépression. Quant à la directrice « remerciée », elle a créé sa propre structure de formation professionnelle. [Décidément !].
(Source : Lyon Capitale, Léa Maltais, 22.04.2013)

[1] Bulles n°114 et le site de l’UNADFI.

[2] L’association Sukyo Mahikari Lumière de Vérité a été fondée par le japonais Kotama Okada en 1960. Elle figure dans la liste des sectes du rapport parlementaire de 1995 et dans le rapport de 1999 sur les sectes et l’argent.]

[3La Soka Gakkai a été fondée au Japon dans les années 30. Présidée par Daisaku Ikéda, la Soka Gakkai Internationale (SGI) est aujourd’hui une organisation riche et puissante. Présente dans 190 pays, elle compte plus de 10 millions d’adeptes, dont 6.000 en France où elle est implantée depuis 1966.

Pour plus d’informations, consulter le site de l’UNADFI :

Les « marchands de bonheur »

Le développement personnel, notion attrape-tout, regroupe un ensemble de pratiques aux frontières floues, plus ou moins inspirées du New Age, des psychothérapies comportementales ou des médecines traditionnelles. Présent dans l’entreprise ou dans le cercle privé, il offre autant de techniques que de raisons de se sentir mal dans sa peau ou dans son métier. Méditation, rebirth, programmation neuro-linguisitique, reiki, Emotional freedom techniques (EFT)… toutes ces méthodes auraient, selon leurs promoteurs, réponse à tout. Ces pratiques peuvent attirer nombre de charlatans.

 
Le développement personnel est né en Californie dans les années 1960 et a fait son entrée en France, dans nos vies privées et professionnelles, dans les années 2000. Il est issu du mouvement hippie mais aussi de la « nouvelle économie et de ses valeurs libérales et individualistes. Roland Gori[1], professeur de psychologie, le souligne : « c’est un champ qui a émergé au sein d’une culture très libérale où l’individu est ‘’manager’’ de lui-même. Aujourd’hui, l’individu se pense comme une entreprise libérale. Il fait donc appel à des contrôleurs de gestion de l’intime ».
Sur les 2 500 signalements reçus à la Miviludes, 20% concernent le secteur du développement personnel. Pour Serge Blisko, son président, « les objectifs même du développement personnel ne sont pas clairs ». Par exemple, dans le cas de la formation professionnelle, on se demande si l’objectif est « de faire augmenter le chiffre d’affaires, de permettre l’adaptation au poste de travail ou de permettre au salarié de se sentir mieux ».
Le coaching s’inscrit également dans la notion de développement personnel. Dans le marché de l’entreprise, on comptait 1 500 coachs en 2010, on en recenserait 6 000 cette année. « Ce métier se développe sur des problématiques où les psychothérapeutes ne sont pas » explique Serge Blisko.

 
Dans l’entreprise, les formations en développement personnel ne s’adressaient à l’origine qu’aux cadres dirigeants. Elles concernent aujourd’hui tous les échelons d’encadrement. Elles sont proposées dans les grands groupes, les petites et moyennes entreprises mais aussi dans les administrations publiques.
En 2011, 14% des stagiaires de la formation professionnelle suivaient un cursus en développement personnel, prestations facturées plusieurs milliers d’euros aux entreprises.
Serge Blisko pointe une difficulté qui est celle du signalement. En effet, l’expérience montre que lorsqu’un salarié est confronté à un stage déviant, il ne le signalera pas. Dans les rares cas où il le fait, il s’adressera au responsable des ressources humaines qui ne se vantera pas d’avoir envoyé ses employés dans un organisme de formation potentiellement sectaire.
Depuis peu, la direction de l’emploi et la formation professionnelle ou les organismes collecteurs agréés sont en mesure de contrôler, d’écrémer ce marché.

 
Cette vigilance n’est pas encore possible dans le secteur du développement personnel à destination des particuliers où les prestations englobent également le vaste marché du « bien-être », en constante progression. Selon l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques), il afficherait un chiffre d’affaires de 37,5 milliards d’euros en 2012.
Le coaching proposé aux particuliers se décline sous différentes formes se démultipliant à volonté ; il existe autant de spécialités que de types de problème : amour, argent, scolaire ou spiritualité. Roland Gori souligne qu’avant « pour un problème de poids, on allait plus naturellement voir un nutritionniste (…). Aujourd’hui, on va voir un coach alimentaire ». Aller voir un coach fait peut-être plus chic mais coûte indéniablement plus cher. Une heure de coaching sportif est facturée 50€ à 120€ de l’heure alors qu’un entraînement sportif dans une salle de sport associative coûte beaucoup moins. Les coachs financiers facturent leurs truismes à prix d’or alors que les solutions peuvent être apportées par des professionnels, diplômés d’État, les conseillers en économie sociale et familiale (CESF).

 
De manière générale, le coach ou autre prestataire en développement personnel va utiliser des termes dans lesquels tout un chacun peut se retrouver et des techniques qui ne sont pas scientifiquement éprouvées. Un coaching mal mené peut être destructeur ; il peut faire ressortir des faiblesses que la personne n’est ensuite pas en mesure de surmonter. Dans ce marché tapageur, même s’il est difficile de résister « aux sirènes du marketing », il faut toujours avoir en tête qu’il existe de vrais professionnels aux tarifs souvent beaucoup moins exorbitants. Il faut se méfier de ceux qui « promettent le bonheur ‘’à tout prix’’ ou plutôt ‘’hors de prix’’ ».

(Source : Que Choisir, n°136, Octobre 2014)

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