La Soka Gakkaï

Entre 1987 et 1997, la Soka Gakkaï (SG) a fait l’objet de 4 études dans BULLES, par ailleurs ses méthodes, sa situation ont été décrites dans les 2 derniers rapports des Commissions d’Enquête de l’Assemblée Nationale.
Depuis 1997 la SGF a changé deux fois de président, son organisation, certains comportements, le style de la revue mensuelle  » 3ème Civilisation  » en ont été modifiés. Il nous a donc paru opportun de faire le point et d’analyser les spécificités de la SGF et ses recherches d’une meilleure adaptation, du moins de son image, au monde occidental.
Dans une première partie, nous évoquerons en quoi le Bouddhisme proposé par la SG est singulier puis, dans une deuxième partie, nous essaierons de préciser ce qu’est la SGF de l’an 2000.

La Soka Gakkaï propose un Bouddhisme singulier

Un Bouddhisme intolérant

La présentation faite au public, le vocabulaire utilisé à l’intérieur de l’organisation (Bouddhisme correct, Bouddhisme orthodoxe), conduisent les fidèles à penser qu’ils pratiquent le seul (vrai) Bouddhisme. Daisaku Ikeda, le leader du mouvement, déclare dans 3ème civilisation de mars 1987:  » nous personnifions le vrai Bouddhisme « .

Un journal suisse du 10 mars 94 rapporte une question posée au Président de la SG suisse :

Question :  » croyez-vous qu’il existe des écoles différentes de la vôtre, mais correctes tout de même ? «

Réponse :  » le correct est un, malheureusement. «

Nous sommes loin des paroles de Shakyamuni qui déclare dans le sutra du lotus :  » fils de bien … aucune prédication n’est en réalité vaine … parce que les êtres ont toutes sortes de natures, de désirs, de pratiques, de notions et de déterminations « .

La propagande noire semble toujours utilisée au Japon. On rapporte le cas d’un ancien secrétaire du Komeito sali par le journal de la SG ; de même, la situation d’un journaliste attaqué dans un livret envoyé par la SG à tous les organes de presse de Tokyo, il avait écrit des articles défavorables à la SG et participé à la préparation de l’émission à la BBC en 1996.
Le président D. Ikéda continue à attaquer violemment les prêtres de la Nichiren Shoshu dans ses discours reproduits sous la forme de suppléments au mensuel 3ème civilisation. De son côté la SGF a organisé en 1999 une réunion mensuelle à son Centre Culturel Opéra pour contribuer à la grande réussite de toutes ses activités et pour expulser le seul moine de la Nichiren Shoshu en France. Ce dernier habite en région parisienne où une campagne contre lui a inquiété les forces de l’ordre. Shakyamuni, lui, proposait de respecter les autres maîtres de loi.

En France, aujourd’hui nous n’avons plus beaucoup de témoignages concernant des menaces physiques, de harcèlements téléphoniques. Par contre, certains fidèles pris de doutes, se sentent menacés par des  » causes négatives  » (terribles disent certains) influant sur leur destinée dans le cas où ils diraient du mal de la pratique ou chercheraient à nuire à la SG. Certains dirigeants pensent qu’en ce qui concerne la tolérance, la SGF aurait des progrès à faire et qu’il est dommage que sur ce critère elle ne respecte pas la charte de la SGI.

Un Bouddhisme se réclamant plus de Nichiren Daishonin que de Shakyamuni

La mise en avant du moine japonais du 13ème siècle : Nichiren Daishonin comme rénovateur de l’ancienne loi, celle de Shakyamuni, se fait au détriment de ce dernier. Pour la Nichiren Shoshu et pour la SG, Nichiren Daishonin aurait déclaré qu’il est l’éternel bouddha (le bouddha fondamental). Cette déclaration est contestée par les autres écoles bouddhiques se réclamant de Nichiren, elles pensent que la notion de Bouddha fondamental a été élaborée bien après la mort de Nichiren par 2 grands prêtres de la Nichiren Shoshu.

Un Bouddhisme supposé apporter la réussite et la santé

Beaucoup d’adeptes pensent que la foi, la  » pratique « , l’engagement leur apporteront des bienfaits, c’est-à-dire une certaine réussite dans leur vie présente. Pourtant, dans les documents que nous possédons nous n’avons pas trouvé de lien aussi direct entre  » la pratique  » et  » la réussite  » mais des phrases comme :

• si vous avez la foi et si vous pratiquez vous aurez une telle force intérieure que vous réussirez ce que vous entreprendrez,

• vous aurez un tel équilibre que la maladie aura moins de prise sur vous.
Beaucoup de pratiquants oublient la partie centrale de ces phrases et adhèrent à des équations plus simples telles que : pratique = réussite, pratique = santé.

Ces raccourcis peuvent être facilités par :

• les échanges d’expériences de vie en réunion de cellule de base (Zadankai), cela prend parfois la tournure d’une véritable séance de thérapie de groupe raconte le professeur Bruno Etienne,

• la présentation de témoignages de réussites et de miraculeux rétablissements de santé lors de séminaire à Trets.

• l’exposé de témoignages explicitant la notion de  » preuve actuelle  » (la preuve que nous sommes dans la vérité) dans le mensuel  » 3ème Civilisation « . Ces exposés présentent en général 2 volets, l’un montre les progrès du témoin dans la spiritualité de la SG, l’autre montre ses réussites matérielles ou sentimentales, l’amélioration de sa santé ; il reste au lecteur à faire la corrélation entre les 2 volets.

Cette notion de  » réussite assurée  » enferme dans l’organisation un certain nombre de pratiquants :

• Qu’adviendra-t-il si je quitte ?

• Vais-je perdre mon emploi ?

• Aurai-je un cancer ? …

Un Bouddhisme utilisant un prosélytisme agressif

Faire de nouveaux adeptes, propager largement leur spiritualité, sauver ainsi le maximum d’humains est un devoir primordial, cela s’appelle en japonais  » Kosen Rufu  » et c’est souvent présenté à la SG comme une action décisive pour la paix dans le monde (si beaucoup d’hommes et de femmes partagent la même spiritualité, celle de la SG, la paix sera à portée de main !).

Shakyamuni n’aurait probablement pas été un artisan de Kosen Rufu, il déclare dans le Sutra du Lotus :  » parce qu’il se conformera à la loi il n’y ajoutera ni n’en retranchera rien et, même à ceux qui aiment profondément la loi, il ne la leur prêchera pas en excès « .

Un bouddhisme incluant un culte certain du Président International

L’activité du Président Ikéda est largement mise en valeur par la presse de l’organisation ; au Japon leur journal, le Seiko Shinbum tire à 5 millions d’exemplaires. Le Président bâtit son image par de nombreuses visites aux  » grands  » de notre monde ; ainsi en France, il a rencontré successivement : A. Malraux, A. Poher, J. Chirac, E. Faure, J. Lang, F. Mitterrand. etc.

Le Président aime les grandes manifestations, Polly Toynbee la petite fille de A. Toynbee (historien anglais) raconte à la BBC un voyage en Allemagne :  » J’ai eu cette impression de puissance se dégageant de lui, c’est très inquiétant. Puis le jour suivant nous sommes allés avec lui à une réunion dans un grand stade style réunion de Nuremberg, chaque séquence était organisée pour le louer et ce qu’il semblait apprécier c’était ce sentiment de puissance « .

Une organisation riche et puissante

Le parc immobilier au Japon est évalué à 500 voire 700 milliards de francs, les avoirs bancaires à 50, peut-être 100 milliards de francs. Une partie importante des revenus provient des dons, les autres ressources sont d’origine commerciale : la presse, la vente d’objets de culte, de concessions funéraires, de monuments funéraires.

La procédure du don annuel des fidèles démarra modestement dans les années 50, seuls les foyers aisés y participaient et pour un montant de l’ordre de 70 F/an. A partir de 1970, des collectes spéciales furent organisées pour financer la construction de temples et de centres culturels. D’après le Shukan Shincho, le montant des dons en 1993 se situerait entre 12 et 18 milliards de francs ; certaines familles moyennes pourraient donner de 60 à 100.000 F.
L’organisation verticale de la SG est très efficace et anime des fidèles motivés, avec 6 à 7 millions d’adeptes au Japon, elle joue un rôle charnière lors des élections et aujourd’hui dans la politique nationale même si le Komeito, parti politique qu’elle a créé, est théoriquement indépendant. A l’étranger, la SGI compte 2 à 4 millions de membres.

Un Bouddhisme véhiculé par une organisation laïque

La SG a été fondée au Japon dans les années 30 comme une association de laïcs réunissant des fidèles de Nichiren Daishonin et en particulier ceux de l’école Nichiren Shoshu. La coopération entre l’école bouddhique et la très performante organisation laïque fut bénéfique et permit à l’ensemble de passer de quelques 200 à 300.000 fidèles en 1932 à environ 11 millions dans les années 80. La SG était le fer de lance sur les plans du prosélytisme et de la collecte de fonds au Japon, ainsi que pour l’expansion internationale.

Les moines de la Nichiren Shoshu s’inquiétèrent de cette situation où la SG devenait dominante ; en 1991, après quelques querelles, les 2 organisations se séparèrent brutalement. Des batailles eurent lieu dans des temples, un procès en diffamation fut intenté par la SG contre la Nichiren Shoshu à Los Angeles. La SG continue à traîner la Nichiren Shoshu dans la boue, au point que certains membres de la SGF se disent que ce combat ne devrait pas être fondé sur la haine. Aujourd’hui, la SG n’a plus de clergé mais se considère comme reliée directement à son leader spirituel le feu moine Nichiren Daishonin.
 

La Soka Gakkaï en France (SGF)

Une association loi 1901

C’est une association opaque de 10 à 20 membres dirigeants. Les fidèles n’en sont donc pas membres , ils n’ont accès ni au rapport moral du Président ni au bilan financier et au compte d’exploitation. Le président en exercice est depuis 1999 M. Yoshio Chiba, le numéro deux serait M. Patrice Morlat et le responsable des études est M. Roland San Salvador.
Les effectifs sont stagnants et comprennent 6000 adhérents auxquels on peut ajouter 500 postulants et 1500 invités (comptabilité SGF !). Cette organisation est donc très minoritaire dans le bouddhisme français qui regrouperait 200 à 350.000 fidèles. Nous regrettons que cela ne soit pas clairement dit dans le livre  » Etre bouddhiste en France aujourd’hui  » dont les longs passages sur la SGF peuvent amener le lecteur à se faire une idée fausse sur son importance relative.

Une organisation fonctionnant avec un organigramme croisé

La ligne hiérarchique part de la cellule géographique (zadankai) composée de 10 à 15 personnes qui se réunissent, en général, tous les 15 jours chez l’animateur. Ces zadankai(s) sont regroupés en  » chapitres  » lesquels composent des districts. L’ensemble est animé par 8 régions démultipliées en 16 centres généraux.

La ligne horizontale regroupe les fidèles par centres d’intérêt appelés départements. Il existerait 4 départements : les jeunes femmes, les jeunes hommes, les femmes, les hommes ; récemment un cinquième département aurait été créé, celui des étudiants ; peut-être que la SG souhaite préparer des cadres pour le futur !

Une organisation très dépendante de Tokyo et très mobilisatrice

Certains responsables de cellules de base vantent à leurs membres la qualité du climat social à l’intérieur de la SGF. Ils indiquent que sur le  » web  » et dans des journaux des USA et du Sud-Est asiatique on peut lire des articles inquiétants concernant la SG au Japon, parlant de violences, d’accidents suspects, de compromission…  » Tout cela, disent-ils, est probablement inexact, aucun procès n’a été gagné par nos adversaires et puis le Japon est loin, nous n’avons pas à nous sentir concernés, concentrons-nous sur notre activité au sein de la SGF. «

Cette proposition des responsables de cellule est-elle complètement rassurante ?

• le projet spirituel est japonais,

• le président Ikéda dirige et contrôle personnellement les responsables de chaque continent,

• beaucoup de responsables nationaux sont japonais, ils sont assujettis aux instructions de Tokyo jusque dans les moindres détails,

• d’après Louis Hermant, les responsables nationaux nommeraient les responsables de rang moyen.

Il faut reconnaître que dans le courant de ces dernières années, les méthodes de la SGF se sont adoucies. Nous n’avons plus de témoignages concernant :

• des pressions financières, même s’il subsiste à Trets des cérémonies de dons annuels en fin de certains séminaires ;

• le harcèlement téléphonique d’adeptes en rupture ;

• des coupures avec les parents.

Par contre, beaucoup de fidèles sont enfermés dans leur vision d’une réussite sur tous les plans apportée par leur pratique, se laissent dominer par un calendrier d’activités nombreuses au point de ne plus avoir de relations en dehors des pratiquants et, dans certain cas, de négliger leurs devoirs familiaux par manque de temps.

Une organisation non reconnue par l’Union Bouddhiste de France et par l’Union Bouddhiste Européenne

La SGF aurait souhaité participer à l’Union Bouddhiste de France et à l’Union Bouddhiste Européenne. Certains dirigeants savent que cette adhésion demanderait des efforts comme peut-être :

• repréciser la place de Shakyamuni vis-à-vis de Nichiren Daishonin,

• respecter la charte de la SGI en particulier l’article concernant la tolérance,

• veiller que les méthodes de prosélytisme soient respectueuses de l’autonomie du prochain,

• clarifier, vis-à-vis des fidèles, la loi de causalité et les empêcher d’adhérer à une notion plutôt égocentrique du paradis terrestre.

Pour notre compte, nous avons apprécié les considérations de Frédéric Lenoir dans son livre  » Le Bouddhisme en France  » édité chez Fayard :

 » même si les divers membres rencontrés avaient tous le sentiment d’être des bouddhistes, même si l’on retrouve quelques similitudes dans les trajectoires respectives des membres de la Soka Gakkaï et de ceux des autres courants bouddhistes reconnus, les dissemblances de stratégie institutionnelles, de recrutement et de motivation des adeptes, de pratiques individuelles et communautaires, de buts recherchés, de relation à la société globale, sont si importantes qu’il m’a semblé finalement impossible de les inclure dans le cadre de cette étude sociologique. « 
 

Ce que nous en pensons

L’analyse faite dans cet article met en évidence dans la Soka Gakkaï les caractéristiques d’un mouvement intégriste, totalitaire, coercitif et manipulateur, c’est à dire dangereux pour la liberté des adeptes et le respect de leur identité. Ce danger est avivé, aujourd’hui, par la bonne presse qu’a le Bouddhisme en général dans notre pays.

Source : Bulles N°68, 4è trimestre 2000.