Les charlatans ciblent la détresse des couples et des femmes malades

Les couples ayant des difficultés pour concevoir un enfant, les femmes atteintes de cancer du sein ou d’endométriose, souvent en recherche de solutions pour résoudre leurs problèmes, sont des cibles privilégiées pour les charlatans et gourous de la santé. Pauline Pellissier, co-auteure du livre Génération infertile1, en a elle-même fait l’expérience, de même que Marie-Rose Galès. Patiente experte sur l’endométriose ou Émilie Daudin atteinte d’un cancer du sein.

Espérant mettre toutes les chances de leur côté, des couples en parcours de PMA peuvent se tourner vers des pratiques de soins non conventionnelles parmi lesquelles figurent : l’acupuncture, la bioénergie, le fertility yoga, l’hypnose, le magnétisme, le reiki, les saignées, la ventousothérapie, les infusions, les huiles de fertilité et bien d’autres encore.

Des couples sont prêts à payer très cher pour devenir parents. Les auteurs de Génération infertile ont relevé des prix allant de 270 euros par mois pour recevoir une « fertility box » à 649 euros pour s’offrir les services d’une coach en fertilité. Virgine Rio, présidente de Collectif BAMP2, elle aussi concernée par le problème, explique que face au désir d’enfant, la souffrance et la détresse sont telles « qu’il n’y a pas de limite dans l’investissement financier ». L’injonction au bien-être autour de la fertilité pousse aussi les femmes à essayer quantité de choses sous peine d’être accusées de ne pas suffisamment s’investir.

Face à un tel investissement tant financier qu’émotionnel, l’échec est inacceptable. Les escrocs ont bien compris qu’ils pouvaient profiter de ce qu’on nomme en psychologie « l’escalade de l’engagement », un engrenage qui amène les gens à persister dans une voie même si elle ne donne aucun résultat.

Les auteurs de Génération infertile ajoutent que l’isolement face à ce problème, encore tabou, pousse les gens vers des thérapeutes qui leur offrent une écoute et un cadre chaleureux souvent absents du parcours thérapeutique conventionnel.

Ils soulignent aussi que si toutes les médecines alternatives ne sont pas des arnaques, elles doivent cependant susciter la méfiance car aucune n’a pu montrer son efficacité. Il est nécessaire de s’assurer qu’elles sont fiables, financièrement et médicalement » et de se faire conseiller par un médecin ou un centre de PMA, la meilleure solution étant de se confier à un psychologue.

Dans le domaine des maladies touchant les femmes, les propositions de soins alternatifs sont aussi nombreuses et truffées de pièges. Les femmes atteintes de cancer du sein ou de troubles féminins comme l’endométriose, peuvent se voir proposer des traitements dits « naturels » par la myriade de thérapeutes qui fleurissent sur internet.

Marie-Rose Galès, Patiente experte sur l’endométriose, a été confrontée à des discours de type psychologisants similaires à celui que la coach Natacha Calestrémé avait tenu sur France 2 dans l’émission Ça commence aujourd’hui : elle avait expliqué à l’une des invitées que son endométriose résultait de fausses couches chez ses aïeules. Devant le tollé provoqué par ses assertions, l’émission avait été déprogrammée au dernier moment3.

Marie-Rose Galès alerte aussi sur l’engouement pour la « réconciliation du féminin sacré » proposé par Peggy Favez, une coach qui prétend avoir guéri en rencontrant « son pouvoir de femme ». Désormais à la tête d’un business, elle organise des retraites facturées de 760 à 1160 euros pour quatre jours.

Atteinte d’un cancer du sein en 2020, Émilie Daudin a, elle aussi, été la cible de propositions farfelues, non fondées sur la science, voire dangereuses. On lui a proposé un jeûne thérapeutique qui, outre la privation de nourriture, était accompagné de séances de psychothérapies coûteuses censées la guérir du supposé traumatisme qui aurait causé le cancer. Un pharmacien herboriste lui a également conseillé une huile anti-cancer.

Elle déplore que de telles propositions soient nombreuses dans les groupes de soutien contre le cancer sur Facebook et donne l’exemple de personnes qui en avaient été éjectées après avoir essayé « de vendre leur cure de jeûne elfique à 850 euros la semaine ».

Pascale Duval, porte-parole de l’Union nationale des Associations de défense des Familles et de l’Individu victimes de sectes (Unadfi), constate que les femmes sont particulièrement sensibles aux offres de soins alternatifs, peut-être parce qu’elles sont sujettes à des soucis de santé dès la puberté.  « Ces pratiques offrent souvent une promesse de guérison, qui plus est de manière indolore et sur un court terme, contrairement à un traitement invasif qui peut durer des mois ».

Les soins miracles ne sont pas nouveaux, et « la pandémie a rajouté une couche sur un phénomène existant, permettant à des « gourous guérisseurs » connus depuis de longues années d’accroître leur audience » explique Pascale Duval. Selon Marie-Rose Galès le scepticisme envers la médecine conventionnelle qui s’est accru durant la pandémie et les difficultés pour avoir rendez-vous chez un spécialiste favorisent la multiplication des cabinets de pseudos thérapeutes. Pour elle « les médecins sont les fournisseurs officiels des charlatans », en particulier dans le cas de l’endométriose lorsque les patientes sont mal traitées par leur gynécologue. Elles se tourneront alors vers un thérapeute en apparence bienveillant.

Dans cette jungle thérapeutique, il convient de distinguer le charlatan du gourou. Dans le cadre d’une dérive thérapeutique sectaire, la radicalisation de la victime dans ses croyances et l’emprise psychologique sont des éléments qui doivent déclencher l’alerte selon l’Unadfi, en particulier si elles conduisent la victime à une triple rupture : avec elle-même, ses proches, puis avec la société.

L’emprise peut être très dangereuse si elle amène les patientes à abandonner leur traitement. Une prise en charge trop tardive peut compromettre leur chance de guérison ou altérer leur qualité de vie à long terme.

Mais l’entrisme sectaire est difficile à repérer, surtout lorsqu’un médecin en est l’auteur. Comme ce fut le cas pour Marie-Rose Galès victime de faux souvenirs induits par son gynécologue. « Comment aider les gens à distinguer médecines et pratiques de soins non conventionnelles si les médecins prescrivent eux-mêmes ces pratiques-là ? », s’inquiète Pascale Duval.

Cette dernière plaide pour un meilleur encadrement des pratiques de soins non conventionnelles qui ne sont soumises ni au secret médical, ni à une quelconque réglementation. 

(Sources : Au Féminin, 21.07.2022 & Elle, 16.07.2022)

1. Génération infertile ? De la détresse au business, enquête sur un tabou, Estelle Dautry, Pauline Pellissier, Victor Point, Autrement, mars 2022

2 Le Collectif BAMP est une association loi 1901 reconnue d’intérêt général qui regroupe des patients, des ex-patients, des personnes infertiles, stériles, célibataires ou en couples et des personnes sensibilisées : https://bamp.fr/

3 Lire sur le site de l’Unadfi : Quand France 2 manque de diffuser des propos charlatanesques : https://www.unadfi.org/actualites/domaines-dinfiltration/sante-et-bien-etre/pratiques-non-conventionnelles/quand-france-2-manque-de-diffuser-des-propos-charlatanesques

  • Auteur : Unadfii