Le documentaire Bring Me the Beauties sur HBO revient sur l’histoire d’Eternal Values, une secte fondée dans les années 1980 par Frederick von Mierers, ancien mannequin mondain new-yorkais qui prétendait être un extraterrestre venu de l’étoile Arcturus. Son principal témoin est Hoyt Richards, considéré comme l’un des premiers supermodels masculins de l’industrie.
Richards, adolescent en quête de sens, rencontre Von Mierers qui, charismatique, cultivé et parfaitement intégré aux milieux privilégiés de New York, attire des jeunes gens séduits par un mélange de spiritualité New Age, d’ésotérisme et de promesses de transformation personnelle. Il affirme préparer ses adeptes à survivre à une catastrophe planétaire imminente grâce à l’intervention d’extraterrestres.
Le recrutement cible particulièrement des personnes belles, ambitieuses et vulnérables, notamment des mannequins. Von Mierers valorise la beauté physique comme signe d’élection spirituelle. Les membres doivent adopter un mode de vie strict : alimentation contrôlée, discipline permanente et obéissance au groupe. Progressivement, la communauté développe des mécanismes d’emprise psychologique : isolement familial, culpabilisation, surveillance mutuelle et séances d’humiliation collective destinées à « corriger les déviants ».
Alors que la carrière de Hoyt Richards explose dans les années 1980, il reste profondément sous l’influence de la secte. Une grande partie de ses revenus sert à financer les activités du groupe. Pendant des années, il vit coupé de ses proches et convaincu que son engagement participe à une mission supérieure.
Au fil du temps, Eternal Values prend également une dimension commerciale. Von Mierers vend des consultations astrologiques, des pierres prétendument thérapeutiques, des compléments alimentaires et diverses prestations spirituelles à des prix exorbitants. Des adeptes se retrouvent financièrement ruinés et plusieurs anciens membres finissent par dénoncer ces pratiques comme une escroquerie.
Lorsque von Mierers meurt en 1990 des suites du sida (information longtemps cachée à ses fidèles), la secte ne disparaît pas immédiatement. Le groupe survit plusieurs années grâce à l’emprise de la doctrine et à la fidélité de ses membres. Richards lui-même reste impliqué jusqu’à la fin des années 1990 avant de parvenir à quitter définitivement la communauté, aidé par des amis extérieurs.
Au-delà du récit spectaculaire d’un gourou se prenant pour un extraterrestre, le documentaire s’interroge sur les mécanismes universels de l’emprise : comment des individus intelligents, talentueux et socialement intégrés peuvent être séduits puis contrôlés par une idéologie ? Le parcours de Hoyt Richards montre que les sectes exploitent moins la naïveté que des besoins humains fondamentaux : appartenance, reconnaissance, sens et identité.
(Vanity Fair, 02.06.26; Rolling Stone, 04.06.26)
