Créationnismes

1ère partie

Au moment où l’on célèbre le bicentenaire de l’œuvre de Charles Darwin, les créationnistes font plus que jamais de la résistance. On connaît l’importance du mouvement aux Etats-Unis mais on minore encore leur activité en France.
L’intérêt que portent les médias à ce phénomène ne tient pas qu’à cette célébration. Il reflète le danger que représentent les offensives créationnistes au sein des instances politiques, de la sphère scientifique et de l’enseignement. En effet, l’appui financier des chercheurs et des universitaires créationnistes, le lobbying et le modelage des opinions dès le plus jeune âge constituent les moyens stratégiques des anti-évolutionnistes.

L’UNADFI demeure vigilante car ces offensives constituent une véritable menace pour la laïcité et offrent aux mouvements à caractère sectaire une réelle porte d’entrée.

De tous temps, les Hommes se sont interrogés sur leurs origines et les religions leur ont apporté des réponses dont celle qui consiste à penser qu’à l’origine de tout, de l’Univers, de la Terre et des Hommes, il y a Dieu. Chaque manifestation de la nature émane d’une intention divine. Aussi lorsqu’en 1859, Charles Darwin publie ses travaux, il provoque avec sa théorie de l’évolution un choc extraordinaire. Ni l’Eglise anglicane, ni l’Angleterre ne sont prêtes à de telles concessions.
Ainsi, le créationnisme est né en opposition à la théorie de l’évolution de Darwin puisque dès lors, vont s’opposer deux camps : le camp de ceux qui sont convaincus que pour défendre la théologie chrétienne il faut s’opposer à Darwin, et le camp de ceux qui pensent qu’avec la théorie de la sélection naturelle l’humanité allait en finir une fois pour toutes avec les bases théoriques de « l’obscurantisme religieux ».
En 2009, cette « diabolisation » de Darwin persiste. Sa théorie représente toujours un danger pour les défenseurs d’un Dieu omniscient.

Origine et définition

A l’origine, la doctrine de la Création est une conception religieuse. Les tendances ont évolué au cours du 20ème siècle et sont aujourd’hui multiples. Elles vont du créationnisme strict (ou fixisme) qui s’en tient à une version littérale des textes bibliques et au fait que les espèces sont créées indépendamment les unes des autres, jusqu’au dessein intelligent (Intelligent Design). Apparu en 1999, l’ID avance que l’évolution de l’Univers et des espèces serait programmée par une cause intelligente et non par des processus naturels. Ses défenseurs se veulent scientifiques et présente leur tendance comme une passerelle entre la religion et la science.
Il y a aussi les « terre jeune », ceux qui prenant la Bible comme référence, estiment à 6000 ans l’âge de notre planète et les « terre ancienne ». Ceux-ci pensent que la Terre a bien été créée en 6 jours mais que chaque 24h durerait des milliers d’années.
C’est pour cela qu’il convient de parler « des créationnismes ». Marc Silberstein Marc Silbertstein, « L’unité des créationnismes », l’Idée Libre, n°279, décembre 2007]] les définit ainsi : « toutes les doctrines qui, à un moment quelconque de leur argumentation, font intervenir un être transcendant, hors de la nature, doué d’intentionnalité et de volonté, agent créateur et décisionnaire, à des degrés divers […], de l’agencement de l’univers, de ses constituants et de ses entités. »

Créationnismes et mouvements à caractère sectaire

 

Les doctrines de certains mouvements à caractère sectaire contiennent des thèses correspondant à la définition de Marc Silberstein.

Ainsi, les Témoins de Jéhovah développent clairement leur position créationniste concernant la théorie darwinienne de l’évolution dans plusieurs publications.
– 1985. « La vie : comment est-elle apparue ? Evolution ou création ». Ce livre a été régulièrement réédité. La revue jéhoviste « Réveillez-vous » d’août 2007 proposait un exemplaire gratuit de l’ouvrage.
– En juin 2004. « Y-a-t’il un créateur qui se soucie de vous ? » tiré à plus de 21 millions d’exemplaires, dans 47 langues.
– Août 2007. La revue jéhoviste « La Tour de garde », tirée à 28.5 millions d’exemplaires et en 161 langues, contient un dossier composé d’un éditorial et d’un article expliquant ce qu’est le dessein intelligent.
Leurs campagnes de prosélytisme sont menées à grand renfort de citations scientifiques tronquées ou hors de leur contexte, de propos de chercheurs spiritualistes et d’extraits de la Bible.

La Scientologie, par l’expression de son fondateur Ron L. Hubbard, a donné sa propre définition de l’évolutionnisme présentant la théorie darwinienne de l’évolution comme archaïque : « théorie très ancienne selon laquelle les plantes et les animaux, au lieu d’avoir été créés ou conçus, se sont développés en partant de formes simples, puis ont été modelés par l’environnement. »[1] . De surcroît, selon Hubbard, l’évolution de l’homme est l’œuvre des « Thétans », esprits immortels d’origine extraterrestre arrivés sur notre planète il y a 35 000 ans…

Les Raëliens conçoivent eux aussi la création de tous les êtres vivants par des extra-terrestres, les Elohims, il y a environ 13.000 ans[2]. Dans un communiqué, ils ont fait savoir qu’ils ont participé « au débat académique au sujet de la théorie du créationnisme scientifique qui est maintenant reconnue officiellement comme l’une des théories expliquant l’origine de la vie ».

Il faut rappeler également que les Adventistes du 7ème Jour publient des ouvrages de géologie portant la thèse du déluge et que la Fraternité Saint-Pie X a organisé, en France, le 15 novembre 2007, une conférence intitulée : « L’évolution, poison universel ». Sur l’affiche sont représentés Darwin considéré comme responsable de la désacralisation de l’homme, Freud mais aussi Lénine, Staline et Hitler.

 

Créationnismes dans le monde

 

Aux Etats-Unis

Nombre des groupes précédemment cités sont d’origine américaine. C’est également aux Etats-Unis qu’est né le créationnisme. Le mouvement Intelligent Design est une émanation de la droite chrétienne et de courants sectaires américains. Les Etats-Unis sont de loin les plus enclins à l’adhésion des thèses créationnistes : 42% des américains croient que le monde a été créé en six jours comme le dit la Bible et seuls 26% sont convaincus que les spécialistes de l’évolution ont raison. 75% des lycéens déclarent ne plus croire à la théorie de l’évolution. Ces statistiques reflètent la situation aux Etats-Unis où, il faut le rappeler, l’enseignement y est régionalisé.

En Europe

Les liens qu’entretiennent les structures créationnistes avec certaines personnalités politiques constituent le moyen de lobbying le plus efficace au sein des instances décisionnaires. Il est important de revenir sur les pressions qui ont été exercées sur certains parlementaires afin de réduire à néant le rapport sur « les dangers du créationnisme dans l’enseignement » du Conseil de l’Europe [3]. L’une des origines de ces tentatives d’influence est une lettre émanant de la « Mission du Saint Siège auprès du Conseil de l’Europe ». On y lit : « Le Saint-Siège estime que, en ce moment, le mieux serait que ce projet ne soit pas adopté. Je vous serais extrêmement reconnaissant de bien vouloir abonder dans ce sens ». On a donc assisté à une intervention directe de la hiérarchie catholique auprès d’une instance démocratique. Le paragraphe du rapport qui a été le plus contesté mais qui a résisté à l’amendement de suppression lors du débat en séance publique dit en substance : interdire l’enseignement de l’évolution est une profonde atteinte aux droits de l’Homme.
Cet épisode est une autre offensive avortée, certes, mais qui reflète le véritable enjeu que revêt cette question.

– D’ailleurs, les scientifiques italiens ont toutes les difficultés à se faire entendre dans un pays où le Vatican exerce une grande influence.

– Au Royaume-Uni, où les mouvements créationnistes sont très actifs, 40% de la population ne verrait pas d’inconvénients au fait que le créationnisme soit enseigné comme discipline scientifique.

– En Allemagne, le créationnisme convainc l’opinion puisque 13% des allemands pensent que la Bible donne une version exacte de la création du monde. 25% sont favorables à l’Intelligent Design.

– Sur pression de l’Eglise orthodoxe, l’enseignement de l’évolution a été interdit dans les écoles roumaines.

– En Suisse, le Président de l’association ProGenesis en lutte contre les idées du naturaliste anglais, Gian Luca Carigiet, va profiter de cet anniversaire pour lancer une initiative populaire hautement polémique. Son objectif: que la Bible et Darwin soient enseignés sur un pied d’égalité lors des cours de biologie à l’école publique. En Suisse alémanique, certains politiciens conservateurs ont déjà affirmé leur soutien. Les profs ne sont pas enthousiastes. «Si tous les lobbies remodèlent l’école à leur idée, autant la jeter à la poubelle», peste Olivier Baud, de la Société pédagogique genevoise. Jacques Daniélou, son homologue vaudois, craint que les élèves suisses, très moyens en sciences, ne soient brouillés par l’introduction d’une théorie non scientifique.

– Le ministre polonais de l’Education, Miroslaw Orzechowski, veut quant à lui « réintégrer les valeurs catholiques » dans les écoles en remettant en cause la théorie darwinienne de l’évolution[4].

Plus généralement, en Europe de l’Est, là où la pression des Eglises est forte, l’enseignement de l’évolution est remis en cause.

De 2004 à 2008, le projet de recherche européen Biohead-Citizen a interrogé 7.050 enseignants du primaire et du secondaire (de biologie et de lettres) dans 19 pays, sur le thème de l’évolution. Il ressort de cette enquête que les professeurs de biologie sont à une grande majorité évolutionniste et que plus un enseignant est diplômé, quelle que soit la matière, plus il est évolutionniste [5].

Sources :
– Exposés de Guillaume Lecointre, directeur du département Systématique et Evolution au Muséum national d’Histoire naturelle.
– «Les Créationnismes, une menace pour la société française». De Cyrille Baudoin et Olivier Brosseau (Ed. Syllepse). [Consulter la note de lecture.
– Exposé de Guy Lengagne, ancien rapporteur au Parlement européen.

Lire la suite : Créationnismes, 2nde partie

[1] Ron Hubbard, « Aimez et aidez les enfants », www.freedommag.org/french/E134/page17.htm
[2] Comment Raël a rencontré les Elohims, voir la vidéo : http://www.rael.org/e107_plugins/raeltv_menu/view.php?elan=French
[3] Voir article publié sur le site de l’UNADFI : https://www.unadfi.org/domaines-infiltration/recherches-universites/les-dangers-du-creationnisme-dans-l-education 
[4] En 2006
[5] « Le créationnisme chez les enseignant ». Article extrait du dossier proposé par Télérama (Hors série – 2009) : « 150 ans après la théorie de l’évolution, Charles Darwin dérange encore. »